ANNALES DU MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE. ANNALES . 77 DU MUSÉUM. : D'HISTOIRE NATURELLE, PAR. LES PROFESSEURS DE CET ÉTABLISSEMENT. OUVRAGE ORNÉ DE GRAVURES. TOME DIX-HUITIÉME. AAL A PARIS, ips €cHEZ G. DUFOUR. Er COMPAGNIE, LIBRAIRES, RUE DES MATHURINS-SAINT-JACQUES, N°. Jg. 1011. NOMS Messieurs , Bior -o ` Se For ; LAUGIER. . VAUQUELIN. . . . -DESFONTAINES. * . GEOFFROY-ST.-HILAIRE. LACÉPÈDE coo oo LAMARCK. . . : Portit, a e Corni s ; | VaNsPAESDONGK. ER DELEUZE, .—. DES PROFESSEURS. Minéralogie. Géologie , ou Histoire naturelle du globe. Chimie générale. 3 Chimie des Arts. . Botanique au Muséum. Botanique à la campagne. . Culture et naturalisation des végétaux. Mammifères et oiseaux. . . . . Reptiles et poissons. . . ¢ Zoologie. . Insectes, coquilles , APA etc. Anatomie de l'homme. Anatomie des animaux. Iconographie, ou l'art de dessiner et de peindre les productions de la nature. Secrétaire de la Société des Annales. * ANNALES DU MUSEUM D'HISTOIRE NATURELLE. [RCRUM MÉMOIRE SUR LES LOBELIACÉES ET LES STYLIDIÉES, NOUVELLES FAMILLES DE PLANTES. PAR M. A. L. DE JUSSIEU. * | e plusieurs années j'avois commencé à préparer, pour les Annales du Muséum, une Monographie du genre Zobelia - dont nous possédons ici beaucoup d'espéces, soit vivantes P P , > soit en herbier, au nombre desquelles plusieurs sont nou- velles. Ce travail étoit retardé, d’une part par la difficulté de bien caractériser et distribuer toutes les espèces, de Pautre par lembarras de faire dessiner et graver celles qui sont nouvelles, en évitant de trop multiplier les planches pour ne pas dépasser le nombre que peut comporter cet ouvrage pé- riodique. Il entroit dans ce plan l'intention de séparer ce . genre des Campanulacées pour en former le type d'une fa- mille nouvelle et voisine qui devoit prendre le nom de Lo- beliacées, c'est-à-dire, du genre qui fournissoit le plus 18. s I he, 2 ANNALES DU MUSÉUM d'espèces à cette nouvelle série. Elle devoit être dilinguée des Campanulacées par une corolle régulière. inclinée sur le côté, fendue supérieurement presque jusqu'à sa base, et par une couronne membraneuse souvent bordée de poils for- mant à l'extrémité du style une espèce d'involucre ou collet autour du stigiháte. La découverte de cette membrane ap- _partenoit à M. Richard qui avoit eu aussi la première idée de la formation de cette nouvelle famille. Déjà elle pouvoit alors s'enrichir du genre Scævpola qui auroit formé une sec- tion caractérisée par les étamines distinctes, et peut-être encore du Cyp/za de Bergius qui ne nous est connu que par les descriptions. Cependant les cinq divisions profondes et égales de la corolle dans ce. dernier semblent l'écarter de cette famille. Lorsque le goodenia parut, il vint se placer naturellement entre ces genres et le Z/obelia. Enfin le szy- lidiwm publié plus récemment fut jugé devoir faire partie de la méme famille et y former une troisième section, surtout aprés que M. Richard eût distingué avec précision du filet 'étamines; le style et son stigmate. | . — Ce travail étoit.ainsi disposé, lorsque M. Robert Brown m'a fait parvenir le premier volume de son Prodromus Floræ novæ-Hollandiæ, ouvrage qui joint au mérite de présenter beaucoup de plantes nouvelles, celui de.les, classer d’après leurs rapports naturels. Il fera époque dans la science, et ne peut manquer d'immortaliser son auteur. Rempli des prin- eipes de la vraie science, .M. Brown a fixé les affinités au- , paravantinconnues de plusieurs genres, étendu ou circonserit le caractére général de plusieurs familles, formé des familles nouvelles, soit composées entièrement de genres nouveaux, d e D'HISTOIRE. NATURELLE. 3 soit détachées des familles anciennes. Ces innovations et ces changemens sont en général bien motivés. La plupart seront adoptés par tous les botanistes sectateurs de l'ordre naturel; quelques-uns paroitront peut-étre moins nécessaires. Je ne sais si je dois être satisfait de n'avoir pas encore publié la seconde édition du Genera plantarum, dans laquelle je me trouve fréquemment d'accord avec M. Brown. Il est au moins certain que, si le temps et ma vue affoiblie me le permettent, j'essayerai d'enrichir mon travail des observations nouvelles répandues dans son Prodromus. Si nous possédions ici les plantes sur lesquelles il à composé ses genres, nous pourrions plus facilement apprécier l'exactitude des descriptions et la justesse des rapports établis. Maintenant nous ne pouvons nous permettre que l'examen des genres qui nous sont con- nus et des familles nouvelles formées avec ces genres. En voyant que M. Brown avoit décomposé les Campanu- lacées pour former deux familles nouvelles: des Goodenoviées et des Stylidiées , sans comprendre le Zobelia dans l'une des deux, jai commencé à douter de la bonté de mon travail antérieur, puisqu'il n'étoit pas d'accord avec le sien. Cepen- dant comme M. Richard, auquel je dois les observations faites sur le /obela et le s£yldmum, persiste à affirmer qu'elles sont exactes, comme de plus j'ai pu les. vérifier sur quelques espéces, je n'hésite pas à les mettre sous les yeux de M. Brown lui-méme, et je suis porté à croire qu'il en tirera les mêmes conséquences que nous. J'ai sous les yeux le dessin et la description, faits il y a vingt ans à la Guadeloupe par M. Richard, d'un /obela qu'il nommoit L.areo/ata, et qu'il croit être le L. stricta de 1 * 4 ANNALES DU MUSÉUM M. Swartz, cueilli également surla montagne dela Soufrière à la Guadeloupe. Sa corolle est irrégulière, fendue presque jusqu'à sa base et divisée par le haut en cinq lobes inégaux , comme dans tout le genre. Les cinq anthéres allongées, portées sur des filets distincts par le bas et unis au-dessus dans toute leur longueur, forment par une réunion pareille un tube traversá par le style; et celui-ci est terminé par un stigmate en téte à deux lobes, au-dessous duquel est une couronne de poils trés-apparente. Un autre dessin du L. amæna de Michaux, fait encore par M. Richard, présente la méme irrégularité de la corolle, et surtout la méme couronne de poils entou- rant le stigmate. On aperçoit distinctement dans plusieurs lobelia de nos herbiers, à grandes fleurs, un amas de poils dans le méme point, qui, lorsqu'on les examine avec moins d'attention, paroissent appartenir à la gaine des étamines; mais quand on y regarde de plus prés, on reconnoit qu'ils tiennent au sommet du style. Dans le ZL. ćupa ces poils pa- roissent portés sur une membrane circulaire dont ils garnis- sent les bords; et l'on peut croire que dans toutes les espéces la méme membrane existe, mais plus courte et moins appa- rente. Si nous passons au goodenia, il ne présente de différence que dans ses anthéres qui sont séparées et non réunies en gaine, comme dans le Zobelia. D'ailleurs il a la même orga- nisation, soit dans la corolle, soit dans la membrane ciliée qui termine le style, et qui est seulement ici plus longue, confor- mée en godet au fond duquel est niché le stigmate. Cette membrane avoit été prise pour le stigmate lui-même par Ventenat ( Mém. de l'Institut, vol. 2, p. 321, t. 10, et Jard. \ D'HISTOIRE NATURELLE. 5 de qot 3), dans la description et la figure qu'il donne du G. opata de M. Smith. M. Richard qui l'avoit observé en 1796 chez M. Cels, distingue bien, dans sa description manuscrite et dans son dessin, le stigmate de la membrane dont il est entouré; et, dans son édition du Dictionnaire de Botanique de Bulliard, p. 210, c'est ce genre et le Zobelia qu'il avoit en vue, quand il a indiqué un calicule ou une couronne de poils entourant quelquefois le stigmate. M. Labillardiére a eu la méme opinion sur cette membrane quil nomme urceolus , ev la consignée dans sa Flore de la Nouvelle-Hol- lande, vol. 1, p. 53, lorsque, en parlant du goodezza, il dit : stigmatis urceolati denominationem quamvis non muta- perim , nifulominüs septum , hic in medio urceoli inclusum et liberum , est verum stigma. W annonce la méme organi- sation dans le velleza et le scævola, p. 55-57. C'est cette membrane différente du stigmate que M. R. Brown désigne sous le nom de zedusium submembranaceum cyathiforme , et dont il fait le caractère principal de sa famille des Goode- 'noviées, celui qui le distingue le plus des Campanulacées. H rapporte à ce nouvel ordre le vellera et le scævola dans lesquels il reconnoit, comme M. Labillardiére, l'existence de ce godet membraneux entourant le stigmate, que nous trouvons également dessiné et décrit dans le scævola Plume- rii par M. Richard, lorsqu'il herborisoit dans l'île Sainte- Croix, une des Antilles. Mais M. Brown, en laissant le ve//eia. avec le goudenia dans une première section caractérisée par une capsule dont les loges sont polyspermes, place le scævole. dans une seconde section distinguée par le fruit qui devient: un brou recouvrant une noix à une ou plusieurs loges mo- id 6 |» "ANNALES DU MUSEUM nospermes. Il ajoute à ces deux sections plusieurs genres nou- veaux dont la plupart ne nous sont connus que par ses des- criptions. Le calogyne , l'euthales et le lechenautia appar- tiennent à la première; il range dans la seconde le diaspasts , le dampiera, et lui joint avec doute le brunonia de M. Smith, dont le fruit monosperme n’est ni charnu ni osseux. Tous les genres énoncés précédemment sont donc unis par deux caractères qui les distinguent parfaitement des Cam- panulacées, savoir la corolle irréguliére fendue profondément d'un côté, et le godet membraneux ou la couronne ciliée qui entoure le stigmate. Ils ont tous les anthéres allongées, droites, appliquées dans leur longueur sur la face intérieure du filet, filamento intùs adnatæ, et redressées contre le style qui s'éléve au-dessus. Dans plusieurs genres ces anthéres sont distinctes les unes des autres; dans le dampiera elles sont unies par leur milieu et distinctes à leurs deux extré- mités; dans le /obela réunies entièrement elles forment en- semble un tube traversé par le style. Le fruit adhérent au calice est ordinairement capsulaire et à deux loges polys- permes dont les graines sont portées sur la cloison. Rarement les loges sont réduites à une ou portées au nombre de trois ou quatre. Quelques fruits à loges monospermes ont la graine attachée à leur fond et sont alors des espèces de noix recou- vertes d'un brou plus ou moins épais. Dans tous l'embryon droit, renfermé dans un périsperme charnu et mince, a la ra- dicule dirigée vers l'ombilic ou point d'attache de la graine. D'aprés cet exposé il paroit certain que tous ces genres doivent former une famille voisine des Campanulacées, dans laquelle on ne peut se dispenser de faire entrer le ZobeZia qui - D'HISTOIRE NATURELLE. 7 doit méme, à raison de son ancienneté et du trés- grand nombre de ses espéces, devenir le genre principal de la fa- mille et lui donner son nom. Cette addition de genre et ce changement de dénomination ne diminuent point le mérite du travail de M. Brown qui a bien tracé le caractère général etas a fait d'heureux rapprochemens. Pour fortifier nos assertions ainsi que les siennes, nous joindrons ici dans deux planches les détails de fructification des genres ZobeZia, goodenia, vellera, scævola , dampiera , qui se trouvent dans nos her- biers et dont M. Richard a fait l'analyse et le dessin quil a bien voulu nous communiquer. Nous avions d'abord eu l'idée - de former deux sections caractérisées par des anthéres dis- ünctes et des anthéres réunies; mais la division de M. Brown . en fruits à loges polyspermes et fruits à loges monospermes paroît plus naturelle. Le -darmpzere à anthères réunies est rapporté à la seconde partie avec le scævola à anthères dis- ünctes. Il-conviendra de joindre également dans la premiére, au gooderia dont les anthéres sont séparées, le Zobedza qui les a réunies. Vt p gi -- Maintenant, après avoir prouvé l'analogie de ce dernier genre avec ceux qui comme lui ont la corolle irrégulière, nous devons examiner d’autres genres très-voisins des Lobe- liacées par leur port et qui paroissent cependant s'en écarter par les caractères qui leur ont été assignés. Il doit être ques- tion d'abord du szyZidium. Les premiers auteurs qui l'ont fait connoitre ont pris un filet unique, chargé de deux anthères arrondies et. didymes „pour ‘un style portant deux anthères sessiles au-dessous d'un stigmate légèrement prominent. et simplement convexe; et leur opinion a été adoptée par plu- 8 ANNALES DU MUSÉUM sieurs autres. Si cette insertion des étamines étoit vraie, elle formeroit d'abord une exception unique et très- forte qui répugne, surtout dans la série des familles dicotylédones à corolle monopétale ; elle reporteroit le séylidium loin des a Campanulacées et des Lobeliacées avec lesquelles il a néan- moins une grande affinité déterminée par l'assemblage de plusieurs caractères. On peut raisonnablement repousser l'idée de voir ici des étamines portées entièrement sur le style, et croire que leur support apparent doit prendre un autre nom, ll faut chercher ailleurs cet organe. M. Richard le trouve, comme dans les familles précédemment énoncées, partant du sommet de l'ovaire et rejeté un peu sur le côté du tube de la corolle qui correspond au point où elle est fendue dans les Lobeliacées. Le style, au lieu de se porter au dehors, reste appliqué contre le point où la fente devroit exister, et se soude, pour ainsi dire, avec les deux bords de cette fente qui dès-lors est supprimée. Ainsi au moyen de cette adhérence le tube de la corolle est entier, semblable en quelque manière à celui des étamines de quelques Légu- mineuses, qui presque toujours fendu devient pareillement entier, lorsque le filet de la dixième étamine bouche com- plétement la fente contre laquelle il n’est ordinairement qu'appliqué. Il faut seulement observer que la soudure dà filet des Légumineuses est extérieure, et que dans le szyZr- dium celle du style est intérieure. On reconnoit bien ici l'exis- tence de ce style ainsi adhérent qui forme une petite nervure ou ligne relevée contre le paroi de la corolle. Il se termine supérieurement en deux lobes allongés, fermes, épais et glanduleux, qui ont bien les caractères et la structure de stig- D'HISTOIRE NATURELLE. 9 mates, et que l'on a pris cependant pour des appendices ou divisions intérieures de la corolle. Entre ces deux stigmates est placée extérieurement une petite languette de méme grandeur qui a été regardée comme une cinquiéme division très-petite de la corolle, et n'est point en proportion avec les quatre lobes principaux dont son limbe est composé. Quoique cette languette ait la texture et la couleur des autres grandes divisions de la corolle, elle paroit cependant moins lui appartenir qu'au style et peut tenir lieu de la membrane existante sous le stigmate des Lobeliacées. Si cependant un examen plus attentif prouvoit sa dépendance plus réelle de la corolle, alors cette corolle yapu regardée comme natu- rellement entière, disposée, non à ètre fendue latéralement comme celle des EE mais à être régulière à cinq divisions comme dans les eats , €t présentant un de ses lobes plus petit, parce que l'adhérence du style auroit gèné son développement. Cette seconde manière de consi- dérer la corolle ne contrarie point les affinités et ne peut conséquemment répugner. C'est celle qui a été adoptée par tous les auteurs qui ont décrit dans le stylidium une corolle à cinq lobes. M. Swartz, premier auteur du genre dans le vol. 5, p. 47, t. 1, » des Actes de la Société d'Hist. nat. de Berlin, compare le cinquième lobe à une petite lèvre, Zabel- Zum , divisée en trois parties dont deux intérieures rejetées sur les’ côtés, patentes, et plus ou moins apparentes dans les diyerses espèces. Il admet encore une petite appendice intérieure entre chacune des autres divisions de la corolle, et ne les distingue pas suffisamment des deux divisions inté- rieures du Zabellurn ; cependant il admet entre celles-ci un 18. 2 10 ANNALES DU MUSÉUM corps glanduleux. Ses descriptions sont répétées avec quel- . ques modifications par les auteurs plus récens. MM. Labillar- dière et Brown parlent aussi des appendices qui n'existent pas ou au moins ne sont pas apparentes dans toutes les es- péces; mais le dernier ajoute que le disque du Zabellum est trés-souvent épaissi, un peu convexe en dedans, garni ordi- nairement à sa base de deux découpures. Ce sont ces décou- pures intérieures que M. Richard persiste à regarder comme sügmates; et nous ne pensons pas qu'on puisse leur assigner une autre destination. Il les a observées non-seulement dans l'espéce dessinée par lui (t. 3 ) sous le nom de szyZdrum la- ricifolium , rapportée de la Nouvelle-Hollande par M. Les- chenault, mais encore plus récemment dans le S. armeria ( Labill. N.-Holl., t. »16), dont les fleurs plus grandes laissent mieux apercevoir ces stigmates glanduleux que j'ai pu recon- noitre moi-même avec une vue très-affoiblie. Dés-lors le filet qui supporte les deux anthéres leur appartient exclusivement, et son sommet ne peut étre pris pour un stigmate. Cette qualification des vrais organes sexuels du stylidium a déjà été indiquée depuis long-temps par M. Persoon , d'aprés M. Ri- chard. M. Labillardiére, qui avoit d'abord adopté les déno- minations de M. Swartz, a aussi reconnu là séparation des deux organes; mais il place le stigmate immédiatement sur l'ovaire, prés la base du filet d'étamines > et il le dit plus ou moins apparent, et tantót simple, tantôt double. TÍ paroit qu'il prend ici pour tel des corps glanduleux , au nombre de un Où deux, qui occupent en effet cette place lorsqu'on peut les apercevoir, et qui sont mentionnés par M. Brown : mais peuvent-ils étre autre chose que des glandes ou des produc- D'HISTOIRE NATURELLE. 17 tions d'un disque glanduleux, s'il existe en même temps des stigmates très-apparens et de nature propre à la fonction qu'on leur assigne ? C’est ce que l'on voit dans quelques sgy- ludrum qui présentent à la fois des glandes et des stigmates, et nous citerons pour exemple le sy Zidzum armeria, Labill., t. 216, dans lequel M. Richard a vu et dessiné (t. 2, n°. 4) une glande placée entre les bases du style et du filet. Or ne confondra donc point l'un et l'autre; mais il restera au moins certain que M. Labillardiére , qui ordinairement est sévère dans ses observations, refuse au filet le nom et les fonctions - de style, et que déjà quelques autres partagent cette opinion. L'organisation attribuée à la fleur du stylidium paroit se retrouver en partie la méme dans le /epenhookta de M. Brown; autant que nous en pouvóns juger sur la description sans avoir la. plante sous les yeux. Si nous le comprenons bien, son cinquième lobe on Zabe/lum, très-mobile et irri- table, creusé en voûte ou en cuillère, articulé sur le tube de la corolle, et plus long que la colonne qui porte les éta- mines, la recouvre et l'eribrasse avec force par l'effet d'une : cause: irritante.. Cette colonne plus courte, appliquée contre le tube au-dessous du ZaBeZlurn , porte des anthères dont les deux lobes sont. placés lun au-dessus de l'autre. Il y aici deux stigmates capillaires dont on n'assigne pas la place; mais la mobilité et l'irritabilité du Zaġellum semblent prouver qu'il joue un rôle principal dans l'acte de la fécondation, et qu'il est lui-méme un desdeux organes sexuels ouqu'il le renferme dans sa concavité, L'inspection dela fleur est cependant néces: saire pour fixer nos idées sur ce genre singulier dont nous nous contentons de rétonnoitre l'analogie avec le stylidium. 2 * 12 ANNALES DU MUSEUM Ils constituent tous deux la famille nouvelle des Stylidiées, établie par M. Brown, que nous étions d'abord disposés à regarder seulement comme une section des Lobeliacées; mais quoique nous n'adoptions pas le caractére principal attribué à cette famille, nous reconnoissons que le style soudé à la corolle, le filet chargé de deux anthéres et surtout la forme arrondie de celles-ci la distinguent suffisamment des Lobe- liacées et des Campanulacées qui ont cinq anthéres allongées, et doivent la faire conserver en ne l'éloignant pas de ces deux autres familles. . Doit-on cependant adopter pour caractère général des Stylidiées la-soudure du style à la corolle, ou cé caractère doit-il être simplement générique? Il nous-reste sur ce point un doute que fait naître non-seulement l'incertitude sur la situation réelle du stigmate dans le Zeverhookia , mais encore l'examen des deux genres forstera et phyllachne rappro- chés du szy diu par tous les auteurs qui ont transformé en style le filet des étamines. . | On sait que le forstera, décrit par Linnzeus fils et Forster, présente, selon eux , dans le centre de sa corolle monopétale, un seul filet qui part de son fond et dont le sommet se ter- mine en deux stigmates larges et écartés, entourés de deux écailles ovales au-dessous desquelles sont insérées deux an- théres arrondies. Forster, dans ses Caract. génér. , t. 58, décrivant le phyllachne , autre genre trés-voisin du forstera, et que nous en avions aussirapproché (Gen. Plant. , p. 422), y trouvoit dans une fleur un filet long inséré dans son fond entre deux glandes et terminé par deux anthéres, dans une autre fleur un filet pareil placé de méme entre deux glandes D'HISTOIRE NATURELLE, 13 et surmonté de deux stigmates; et il regardoit ces fleurs, l'une comme mâle, l'autre comme femelle. Commerson, dans ses; Manuscrits, annonce également, mais avec doute , cette sé-: paration des sexes dans son s£/bas qui est la méme plante que le phyllachne. Cependant si l'on examine la figure des fleurs dans les gravures de Forster, on est trés-porté à croire qu'elles sont hermaphrodites et que les stigmates ne sont que des anthères déjà ouvertes et fanées. D'ailleurs M. Swartz, dans le journal de M. Schrader, 1799, cité par M. Willde- now, dit formellement que la structure des fleurs du pAyZ- lachne est la méme que celle du forszera , et il réunit ces. deux genres en un seul auquel il conserve ce dernier nom. {l sufliroit donc pour nous de connoiwe l'organisation d'une de ces plantes pour la déterminer dans l'autre. On ne pos- sède dans l'herbier du Muséum qu'un échantillon incomplet du forstera , donné, par Forster; mais cet herbier contient - assez abondamment le pAylacAne , cueilli par Commerson dans le détroit de Magellan. Ses fleurs extrémement petites sont difficiles à étudier et il faut des yeux habitués aux ob- servations microscopiques , comme ceux de M. Richard, pour en apercevoir tous les caractéres. Il a eu la complaisance de examiner et d'en faire le dessin. que je joins ici. Cette plante, trés-basse et ayant le port d'une mousse, porte, comme l'a vu Commerson, des fleurs terminales so- litaires, monopétales, régulières, à cinq et quelquefois six ou sept divisions , entourées des feuilles supérieures de la tige qui tiennent lieu de calice. Du fond de chaque tleur s'éléve un filet trés-long, implanté sur l'ovaire entre deux. corps. glanduleux, .et terminé par deux anthères uniloculaires, ou: 14 , ANNALES DU MUSÉUM vertes transversalement en deux valves dont l'inférieure est pendante et la: supérieure relevée. La petitesse! des parties n'a permis d'apercevoir ni style ni stigmates semblables à ceux du. s£ylilium ; mais en eoupant perpendiculairement l'ovaire qui fait corps avec le fond de la corolle ou du calice, M. Richard a vu distinctement deux loges remplies chacune d'environ six ovules ou. rudimens:de graines portés sur le milieu de lw cloison qui sépare les loges. Quoique le style n'ait pas été aperçu, peut-on regarder comme hermaphrodites des fleurs dans lesquelles on a trouvé ces rudimens avec des anthères? Tous ceux qui ont décrit le forstera le disent hermaphro- dite, et on a vu plus haut que le pAyacAne lui est congé nére. Nous pouvons donc admettre les mêmes fleurs dans: celui-ci : mais alors où fixer la place du style et surtout dw stigmate dont l'existence est nécessaire ? On ne voit point ici, comme dans le s{y/idium, un style soudé contre les parois de la corolle; et on ne peut prendre pour stigmates quelques- unes des divisions de cette corolle toutes égales et régulières, quoique leur nombre soit augmenté dans quelques fleurs. De plusil est dit que le forstera a un style. implanté sur le milieu de l’ovaire et terminé par deux stigmates bien mars qués, entourés de deux écailles au-dessous: desquelles sont insérées deux anthéres presque sessiles. Si l'analogie- des deux genres est parfaite; l’organisation du pZyZachne de= vroit être la méme: cependant M: Richard, observateur exact, wy a vw ni stigmate ni écailles au-dessus: des deux anthères. D'ailleurs cette organisation du forstera, telle qu'on l'indique, est si-partieuliére, si différente de celle des autres plantes dans lesquelles la corolle et les étamines ont au moins une D'HISTOIRE NATURELLE. 15 origine commune quand elles ne sont pas réunies ensemble, que l'on peut la révoquer en doute et demander une nou- velle vérification à ceux qui sont à portée de l'observer de nouveau. $i les stigmates existoient réellement au-dessus des anthéres et sur le méme support, on pourroit croire que ce support apparent est un Ei creux émané du même point que la corolle, formé parla réunion de deux filets d'éta- mines, et traversé par un style qui lè déborderoit pour se distat au delà en deux stigmates. Cette organisation seroit_ presque conforme à celle de quelques Zobelia dont les filets d'étamines sont presque entiéremént réunis en tube, et la principale différence consisteroit dans le nombre moindre des - anthères, leur forme arrondie et leur séparation. Mais dans la supposition que les prétendus stigmates soient des valves supérieures. d'anthéres déjà ouvertes, et que le filet ne soit pas creux, puisque les meilleurs yeux n'ont pu y apercevoir de cavité, pourroit-on croire.avec:M. Labillardiére ( 4nnales du Mus., 7, p. 400 ) que les deux petites glandes situées au fond de la fleur du phyllachne , et conséquemment du Jors- tera, sont les véritables stigmates correspondans à un nombre pareil de loges. Il semble que Ja méme raison, qui, dans le stylidium a fait refuser à ces glandes le nom et les fonctions d'un organe sexuel, doit ici avoir la méme valeur par’ suite de l'analogie entre 2: unes et les autres qui ne peuvent étre regardées que comme des productions d'un: disque glandu- leux couronnant l'ovaire. On doit donc multiplier les re~ cherches pour trouver dans ces plantes un autre stigmate; et nous réitérons, à ceux qui possèdent plusieurs fleurs en bon état du ONERE sedrfolia , plus grandes que celles du 16 ; «ANNALES DU MUSÉUM: phyllachne, Vinvitation de les soumettre à un nouvel ega- men dirigé. d’après, les notions données sur le. s#yldium. Elles sont nécessaires pour fixer avec précision le caractère général des Stylidiées dont le forszera ne pire pas devoir être éloigné. Les observations présentées dans ce mémoire - dent: à prouver d'une part que le Zob@la doit être placé dans la série des genres à corolle monopétale et fendue rapportés auparavant aux Campanulacées, de l'autre que le caractère principal du, séy dium et de sa famille; plus convenable à ses rapports naturels, diffère de celui qui lui étoit auparavant attribué; et nous croyons qu 'elles établissent suffisamment la vérité de. ces propositions. T EXPLICATION DES FIGURES. Pour qu 'on saisisse plus facilement les caracières énoncés plüs baut, nous transcrirons ici: littéralement r Tipi n mi M: Richard a mm à ses dessins. PLCNOUE infi a A Dii amana. ( Mich. , Fl. Bor.-Amer. IL, 153. ) a Fleur de gr. nat. : 1 calice: 2 corolle. — B Cie longitudinale de la fleur : 1 divisio: s du cal: $ -2 partie du tuhe de la'corolle: 3 étamines: 4 style : 5 stigmate, vers la fin . ' dela fleuraison: 6 ovaire bilocul. demi-infère.—C Étamines : 1 filets réunis - ` en tube par leur partie, supérieure et distincts par leur inférieure : 2 àn- ihéree soudées en un petit tube ouvert obliquement à son sommet, la lèvre ‘inférieure de l'orifice barbue et formée par l'extrémité de deux des anthéres. a tappe Sommité du ‘sty le portant le stigmate : celui-ci a encore ses deux divi- , sions rappochées, et il est environné d’une couronne de poils très-serrés. D - GoopzN1A ovata. ( Brow. Prod. N. Holl. 576. ) a Pédoncule triflore de gr. . nat.: 1 ovaire infère : 2 limbedu calice: 3 corolle vue du côté de la scissure ` du tube. — B 1 Ovaire : 2 limbe du calice, dont deux des divisions ont été D'HISTOIRE NATURELLE. 17 enlevées : 3 corolle, les deux petites divisions et une portion du tube.ayant été, retranchées : 4 les cinq étamines; les deux postérieures laissent entre elles uh petit espace, qui est occupé par un tubercule épigynique, compri- mé, presque carré : 5 style terminé par le stigmate. — C Étamine vue par sa face interne — D et par sa face externe. — E1 Style: 2 involucre du stigmate, d'abord dressé — F et ensuite recourbé. — G Involucre coupé, pour faire voir le stigmate qui en occupe le fond. — H Ovaire coupé bilo- culaire. — I Portion de l'axe dica un des ovules, qui sont au nombre de quatre dans chaque loge. N°. 3. VELLET spathulata. (Brow. Prod. fap) a pe cr mist florifere, de gr. nat. : 1 bractée perfolié ; wiphylle; foliole supérieure 2 un peu plus grande, yes torbigulés 3, 4; folioles ‘latérales 5 cordiformes : 6 corolle. — B Fl. entière : 1 partie indiviat du tube de la corolle 2, dont les bords de la scissure supérieure ( qui descend quel- quefois jusqu'à l'ovaire) ont été écartés : 3, 4 divisions supérieures de la corolle, dont le bord formant celui de la scissure est barbu et muni d'une sorte d'appendice membraneuse : 5, 6, 7 les trois autres divisions : 8 cinq -étamines distinctes : g stigmate : 10 partie infere de l'ovaire, tellement continue au tube de la corolle, qu'on n'apercoit aucun indice de limbe calicinal. — C, 1 Tube de la corolle prolongé sur un des côtés de l’ovaire 2 _ en une sorte de cul-de-sac 3 adné à celui-ci. D, 1, 2 Étamines : 3 tube - de la corolle coupé: 4 partie infère de l'ovaire: 5 sa partie supere ou libre: 6 glande attachée à l'ovaire et recouverte par le prolongement 7 ou cul- de-sac de la corolle : 8 style : 9 stigmate, à peu près semblable à celui du scaevola, — E ,1 Ovaire biloculaire : 2 cul-de-sac coupé transversalement ainsi que la glande qu'il recouvre. Ce cul-de-sac, ou espèce d'éperon, ré- pond à l'intermédiaire B 6 des trois divisions inférieures de la corolle. N°. 4. Scævora lobelia. ( Willd. spec. I, 955.) a Fl. de gr. nat. : 1 bractées : 2 ovaire infère : 3 limbe du calice, à cinq petites dents obtuses : 4, 5 tube et limbe de la corolle : 6 étamines: 7, 8 style et stigmate. — B, x Gin étamines distinctes : 2 ovaire : 3 style : 4 involucre stigmatique penché : 5 glande épigynique. — C Anthère vue par sa face interne — D vue par sa face ex- terne, — E Pistil d'une fl. encore close, dont le style 1 et l'involucre stig- ' matique 2 sont dressés. — F Coupe de ce dernier, au fond duquel est le stigmate. — G Drupe entière et mûre, — H, 1 Chair du péricarpe fort épaisse : 2 noix. — I Noix séparée — K biloculaire. — Ty Graine : 2 petite ` échancrure un peu latérale , par laquelle elle est attachée au bas de la cloi- — son, M Embryon, dégagé de son endosperme ( périsperme Juss.) charnu. 18, 3 ANNALES. DU MUSÉUÏ à " PLancne IL 1. DaurrERA ovalifolia. ( Brow. Prod. N. Holl. , 588.) a Rameau florifére de gr..nat. — B Fleur entière : 1 ovaire iüfère , tellement continu au tube de la ‘corolle 2, qu'il semble en faire partie; en écartant les poils de l'ovaire, on aperçoit trés-difficilement une, deux ou trois menues laciniures, dont la position est variable comme celle des folioles du PrvuracuNz : 3 scissure supérieure de la corolle. — C-Méme fleur, dont la corolle est ouverte par sa scissure : 1, 2 appendices des deux divisions supérieures de la corolle, flé- chies en dedans et invisibles dans la position naturelle de ces divisions : 8 filets distincts : 4 anthères réunies en tube. — D Coupe longitudinale de la partie inférieure de la même fleur: 1 étamines + 2 ovaire uniloculaire ; un seul ovule fixé au fond de sa loge: 3 style : 4 stigmate imberbe. N°. 2. Daurizna stricta. ( Brow. 589.) a Sommité d'un rameau florifère de gr. nat; — B Fleur grandie : t ovaire : 2 limbe du calice quinqueparti : 3 corolle, essentiellement semblable à celle-de Pespéce précédente. — C, 1 Ovaire : 2 limbe du calice : 3 anthères réunies en tube : 4 style: 5 stigmate; dont l'involaere diffère de celui de l'autre espèce, en ce que son petit bord = paroit composé de petits poils soudés en une membrane de maniére que leurs sommets sont libres, ce. qui rend ce bord comme finement denticulé. — D, 1 Ovaire uniloculaire; un seul ovule, dressé, N°. 3. PnvyracuwE uliginosa, ( Forst. ) a Partie de cette petite plante de grand. nat. — B Rameau terminé par une fleur. — C Fleur entière : 1 ovaire infère 2 une seule foliole calycinale au sommet de l'ovaire : 5 une foliole ( quel- quefois deux ) naissant latéralement: 4 une des feuilles environnant la fleur: 5 corolle quinquefide : 6 filet staminal :7 deux anthères encore closes. — D Autre fleur : 1 bourgeon constamment associé à chaque fleur : 2 ovaire : 3, 4 deux folioles terminales ( ces folioles , dont le nombre varie de une à trois et dont la position est incertaine, Paroissent devoir être considérées plutôt comme des bractées que comme appartenant au calice qui alors m'auroit pas plus de linbe que celui du. velleia) : 5 corolle à sept divi- 'sions : 6 style: 7 anthères ouvértes transversalement en: deux valves. — E - Coupe longitudinale d'une fleur : 1 ovaire coupé de manière à faire voir la `- disposition des ovules d’une de ses loges : 2 filet staminal naissant entre deux Kad tubercules épigyniques ; je n'ai pu savoir s'il est central ou non : 3 anthéres commencant à se faner, — F , 1 Ovaire montrant ses deux loges et le point d'attache des.ovules, ih : "Nota. Il m'a été impossible de trouver le stigmate: dans les fleurs sèches que j'ai examinées, ` fi D'HISTOIRE NATURELLE, 19 N°. 4, SryripiUM armeria. ( Labill. Nov. Holl., 2, p. 66, t. 216. Pers. Syn. IT, = 210. ) a Coupe longitudinale d'une fleur considérablement grossie: 1 seg- ment du rachis : 2 bractée : 3, 4 bractéoles : 5 ovaire infère : 6 limbe du calice comme bivalve; une- valve légèrement échancrée, l'autre à trois dents très-courtes : 7 corolle :8 ligule stigmatique réfléchie : 9 tubercule épigynique , situé entre le filet staminal et le côté de la corolle portant le stigmate : 10 filet des étamines: 11 deux anthères, ouvertes. — B Portion stigmatifère de la corolle: 1 ligule stigmatique, dressée pour en faire voir la figure: 2, 3, divisions du stigmate : 4 nervure montant du sommet de l'ovaire au stigmate ( cependant peu différente de celles qui parcourent le tube de la corolle ). TIGE ; . Prawcnuz III SrxLinium Jaricifolium. ( Pers. Syn. YI, 210). Sommité florifère d'une tige de gr. naturelle. a Fleur entière : 1 ovaire infere : 2 limbe du calice à cinq di- visions, quelquefois cohérentes, deux d'une part ét trois de l'autré : 5,4, 5,6 di- visions de la corolle: 7 ligule sligmatique ( Labellum de M. Brown ) : 8 filet et les deux anthères vues par le dos, — B Corolle avant son épanouissement : 1, 2 les deux plus grandes divisions "recouvrant en partie les deux plus petites 3, 4: 5 ligule stigm. dressée, cachant les deux lobes du stigmate qui sont appli- qués et convergens sur sa face interne. — C Etamines renfermées dans cette co- rolle non ouverte. — D, 1 Tube indivis de la corolle: 2, 3 ses divisions anté- rieures ou inférieures : 4, 5 les postérieures ou supérieures : 6 ligule : 7 filet : 8 anthères. — E. Tes den écamines monadelphes : 1 filet : 2 anthères ouvertes x les deux loges de chacune d'elles étalées en sens opposé et unies seulement par leur base. — F Fleur coupée longitudinalement : 1 filet inséré sur lé sommet de Vovaire, de manière, cependant, à ne pas être parfaitement central et à faire un peu corps avec le tube 3 de la corolle du côté de l'incision qui distingue les deux grandes divisions : 2 anthères commençant à se faner : 4 ligule coupée: 5 ovaire montrant les ovules nombreux contenus dans une de ses loges, — G, 1 Tube de la corolle fendu et ouvert longitudinalement : 2 nervure du tube parois- sant remplir les fonctions de style : 3 ligule formant une appendicestigmatique analogue à l'involucre de celui du Scxvora, etc., et à la couronne barbue du Losezra : 4, 5 les deux divisions du stigmate, confluentes avec saillie par leurs | bases et toutes glanduleuses intérieurement. — H Oxaire biloculaire, 3* 20 ANNALES DU MUSÉUM RECHERCHES Sur les Phénomènes et sur les causes du Sommeil hivernal de quelques Mammifères (4). PAR M PRUNELLE, Professeur à la Faculté de Médecine de Montpellier. PREMIER MÉMOIRE. Lu à l'Institut, le 28 Décembre 1807. U. grand nombre d'animaux éprouvent, pendant l'hiver, une somnolence périodique ou plutót un engourdissement tel qu'il semble anéantir la plupart de leurs facultés. F'évat le plus profond de cet engourdissement se manifeste dans (1) Ces Recherches ont été communiquées à la première classe de l'Institut de France, au moment où elle s'occupoit de juger les mémoires envoyés au concours dans la question du sommeil hivernal de certains mammifères. Elles furent men- . tionnées, dans le compte rendu des travaux de la classe pour l'année 1807, d'une manière tellement avantageuse, que l'auteur se crut obligé , pour justifier ce ju- gement, de ne publier son travail qu'aprés lui avoir donné toute l'extension dont il le croyoit susceptible. Diverses circonstances l'en ayant constamment détour- né , il n'ent point songé à faire paroître ces Mémoires dans l'état où ils existoie primitivement, si M: Cuvier, dans son Histoire du progrès des sciences physiques depuis 1789, ne les eut présentées comme le complément des ouvrages de MM. Spallanzani, Mangili, etc, D'HISTOIRE NATURELLE. 2I les insectes, les mollusques, les serpens et les quadrupèdes ovipares, Il paroît augmenter chez eux en raison directe de l'intensité du froid et réciproquement; les espèces qui vivent dans la zóne torride n'y sont point sujettes et ne l'éprouvent qu'en passant sous des latitudes plus froides. Ces animaux ,. pendant leur engourdissement, ne conservent presque de l'animal que la forme; les fonctions les plus importantes à la vie restent suspendues ; la respiration paroit comme anéan- ` tie; aucune nourriture ne vient réparer les pertes de l'ani- mal et ces pertes sont elles-méme peu considérables; phéno- ménes qui s'expliquent lorsqu'on fait attention que dans les classes d'animaux dont je viens de parler, la circulation est trés-lente, l'appareil respiratoire peu développé et le sang en petite quantité. Dans ces espéces, les mouvemens de la res- piration toujours irréguliers peuvent étre suspendus pendant long-temps, la chaleur du corps pendant la vie la plas active n'est guére aü-dessus de celle de l'atmosphére, et l'estomac peut supporter des abstinences trés-longues sans que l'animal paroisse en souffrir. Mais la plupart de ces circonstances, dont aucune n'existe pour les mammifères léthargiques, ne S observent point non plus chez les poissons; aussi plusieurs naturalistes ont-ils prétendu que ces derniers n'étoient pas sujets à engourdissement hivernal. ‘Si l'on considère cepen- dant que l'air contenu dans l'eau et digéré par les oüies, ne peut suffire à la respiration, il devient nécessaire d'admettre que si cette fonction n'est pas totalement suspendue, elle a au moins diminué d'énergie chez les individus vivant dans des lacs qui sont quelquefois recouverts pendant six à sept mois de 4 à 5 décimétres de glace et de 2 ou 3 métres de neige 22 ANNALES DU MUSÉUM également congelée. Dans les bassins dont la surface est lé- gérement glacée et lorsque l'atmosphère se soutient à environ 7? du therm. centigrade, les poissons ne remuent plusau fond de la vase et paroissent éprouver une espèce d'insensibilité qui remplace la vivacité extrême qui leur est particulière. On sait qu'en Russie et dans la partie septentrionale des Etats- Unis, on transporte à d'assez grandes distances différentes espèces de .poissons que l'action du froid a rendu roides comme des bâtons et qui reviennent ensuite à la vie en les plongeant dans l'eau. Fabricius dit aussi que dans le Groéland le salmo rivalis hiverne dans le limon où il reste comme endurci. Cette roideur et cet endurcissement ne peuvent étre que la suite de l'engourdissement hivernal; car si ces poissons restoient gelés pendant autant de temps, il est trés-sür qu'ils ne pourroient ensuite revenir à la vie. Il seroit curieux, sans doute, de déterminer un peu exac- tement les divers degrés d'engourdissement dont tous ces animaux sont susceptibles, et les rapports dans lesquels cet engourdissement se trouve avec l'organisation des étres qui l'éprouvent, Mais ces recherches ne serviroient nullement à expliquer le sommeil hivernal des mammifères, sommeil qui en raison des différences qu'il présente chez eux, et de leur organisation particulière, me paroit d'un tout autre ordre que le phénomène analogue observé dans les espéces à sang froid. Le hérisson, la chauve-souris, le loir, le lérot, le muscar- din, le hamster, sont, je pense, les seuls mammifères de nos climats qui éprouvent le sommeil hivernal. L’ours et le blai- reau ne me paroissent point avoir cette propriété, ainsi que | D'HISTOIRE NATURELLE. 23 je chercherai à l'établir plus bas. J'ignore si les espéces de ces genres qui se trouvent ailleurs qu'en Europe s'engour- dissent également; ce qu'il sera nécessaire de vérifier lors- qu'on voudra donner un travail un peu complet sur les animaux léthargiques. Je ne saurois avoir cette prétention, puisque je n'ai observé que le hérisson, la chauve-souris, le lérot, la marmotte, et que je n'ai méme pu répéter sur cha- cun de ces animaux les expériences que j'avois faites sur quelques-uns d'entre eux. J'exposerai donc dans autant d'ar- cles séparés ce que j'ai observé sur chaque animal, afin que Fon ne puisse attribuer à l’un ce que j'aurai dit d'un autre. Pour mettre cependant le plus d'ordre possible dans l'exposition de ces faits, je décrirai d'abord les phénoménes de l'engour- dissement chez les mammifères dormeurs; je traiterai ensuite de leur structure particuliére et des explications que cette structure peut fournir de l'état oà ils se trouvent pendant lhiver. . | On croit assez généralement que les ours s'engourdissent à cette époque; ce qu'il y a de certain au moins c'est qu'aux approches de la saison froide, ils ont un trés-grand embon- point, et qu'ils passent ensuite plusieurs jours dans une inac- üvité totale, sans prendre méme de nourriture. Dans les Alpes, ils ne s'élèvent jamais au-dessus de la région des sa- pins; leur retraite ordinaire est sous quelque rocher, dans les endroits les plus fourrés des forêts, ou méme dans le creux de quelque arbre où ils montent et d’où ils descendent i avec une agilité surprenante. Dans ces mémes montagnes, ils disparoïissent ordinairement pendant tout le mois de janvier, époque qui est regardée comme celle de leur sommeil par X 24 ANNALES DU MUSÉUM tous les chasseurs. Mais si ce. sommeil est réel, il n’est pas au moins de la même nature que celui de la marmotte; car toutes les fois que lon approche de la retraite d’un ours, dans le temps même où on le croit le plus engourdi, il en sort aussitôt pour prendre la fuite. Il est vrai qu'alors il court trés-mal; ce qui est dù , je crois, au ramollissement que ses pattes ont éprouvé par la succion continuelle qu'il à exercée sur elles, et non à un reste d'en ourdissement. Je ? n'ai jamais entendu dire que l'on eut surpris un ours dans cet état, quoique j'aie habité assez long -temps des pays où ces animaux sont trés-communs. Les ours captifs, ainsi que tout le monde le sait, ne s'engourdissent point, même par les plus grands froids. | Au mois de février, lorsque toutes les montagnes sont en- core couvertes de neige, les ours descendent dans les vallées pour manger les racines du calla palustris et de l’angelica sylvestris , ainsi que les bourgeons de laune et du peuplier. À cette époque on les trouve fréquemment auprés des four- miliéres qu'ils avalent avec avidité. Tous ces alimens de nature trés-excitante, leur sont sans doute alors nécessaires, pour réveiller l'action des voies digestives épuisées par un jeüne de plusieurs semaines. On jugera maintenant s'il est néces- saire de supposer l'engourdissement des ours pour expliquer la maniére dont ils passent. plusieurs jours de l'hiver dans leur quartier. On sait qu'ils sont extrémement gras à l'époque où ils y entrent, qu'ils ne sy donnent aucun mouvement, quils y dorment sans doute la plus grande parüe du temps et qu'étant recouverts de poils épais, ils perdent trés - peu par la transpiration. Pendant tout ce temps, la- graisse dont D'HISTOIRE NATURELLE. 25 ils sont surchargés leur fait aisément supporter l'abstinence; et ils sortent de leur bauge lorsque cette graisse est consom- mée et qu'ils sentent le besoin d’une nourriture nouvelle. — Linnæus et quelques autres naturalistes ont mis également le blaireau au nombre des mammifères dormeurs; mais si cela est vrai pour les parties septentrionales de l’Europe, il en arrive autrement dans nos elimats où les blaireaux sortent de leurs trous en hiver comme en été, pour chercher leur subsistance. Lorsque la terre est couverte de neige, on voit toujours autour de leurs terriers l'empreinte de leurs pattes. Le 25 décembre 1805, j'ai chassé des blaireaux par un froid de 13° aux environs de St.-Fargeau, dans le département de l'Yonne. Dans l'état ordinaire, les blaireaux dorment dans leurs trous, toute la nuit et les trois quarts de la journée; "ce qui les entretient dans un embonpoint tel qu'il les em- péche souvent de courir; aussi ces animaux supportent facilement la diéte ; quelquefois méme , dans les temps de neige, ils restent plusieurs jours sans manger; circonstance qui leur est commune avec les ours et qui a peut-étre sufli pour les faire placer l'un et l'autre au nombre des mammifères léthargiques. Le hérisson au contraire 3 erinaceus europæus ) est bien dédidément sujet au sommeil hivernal; mais ce sommeil n’est pas d’une durée trèď-Jonguë, Dans les forêts où les hérissons sont communs, on p'en voit plus dés que la température est à + 20,5 ou 4- 39,75 du therm. centigrade; ils reparoissent avec les premiers béaux jours et toutes les fois que l'on a + 15 ou 17? de chaleur. On les voit alors courir sous les arbres et chercher leur nourriture comme à l'ordinaire. L'en- 18, 4 26 ANNALES DU MUSÉUM gourdissement de ces animaux est donc interrompu ; ils font des provisions dans leurs trous, pour les consommer à leur réveil lorsque la faim les empêche de sortir; et ces provisions se renouvellent plusieurs fois dans le cours d'une même saison. Dans l'état de veille, la chaleur des hérissons m'a toujours paru être de 350 en plaçant le thermomètre dans la bouche de l'animal. Je dois remarquer ici que cette manière d'expé- rimenter est peu exacte à cause des courans d'air qui s'éta- blissent alors dansla bouche, et qui donnent ordinairement 20,5 de moins que la température réelle. Je m'y suis trompé souvent lorsque je commencois à observer les animaux lé- thargiques. Toutes les fois en effet que la chaleur de ces ani- maux ne s'élevoit pas à plusieurs degrés au-dessus de celle de l'atmosphére, le thermométre passant de l'air extérieur dans la bouche de l'animal, n'indiquoit aucun changement; ce qui conduiroit à une conclusion absurde. Dans les expé- riences que j'ai faites pour connoitre la chaleur propre des hérissons, ainsi que dans toutes celles que je rapporterai par la suite, je me suis servi de thermométres sensiblement com- parables, et à graduation centigrade. Lorsque j'ai eu besoin d'obtenir un résultat trés-prompt, j'ai employé le thermo- mètre à esprit-de-vin qui me paroissoit donner plus rapide- ment la température réelle. Tl m'a semblé que j obtenois plus vite encore cette température, en poussant d'abord l'instru- ment à plusieurs degrés au-dessus de la chaleur présumée de l'animal. De cette maniére la liqueur descendoit ordinai- rement en quatre minutes à un degré qu'elle ne dépassoit plus ensuite, et j'avois besoin de six minutes au moins pour , ' D'HISTOIRE NATURELLE. 57 parvenir au méme résultat par la méthode ordinaire. Je crois devoir prévenir encore que dans mes expériences eudiomé- triques, je me suis servi du gaz hydrogène et de l'étincelle électrique, en observant avec soin toutes les précautions in- diquées par MM. Humbolt et Gay-Lussac. Pendant le printemps de l'année 1806, j'ai eu successive- ment à- Arcueil, chez M. Berthollet, une dixaine de hérissons qui m'ont cependant fourni trés-peu d'observations, à cause de la facilité avec laquelle ces animaux périssoient. La diffi- culté de les cónserver en vie, jointe à celle de pouvoir s'en procurer pendant l'hiver, m'a privé de la plus grande partie des faits que j'aurois pu recueillir. Les piquans dont ces ani- maux sont recouverts, et la forme globulaire qu'ils prennent en sendormant ou seulement lorsqu'on approche d'eux , ajou- tent une difficulté de plus aux expériences. Je n'ai eu à ma disposition qu'un seul hérisson véritablement engourdi. Le thermomètre placé dans la poitrine au moyen d'une ouverture faite aprés la section transversale du muscle sous - cutané, marqua = 109, tandis que la température de l'atmosphére étoit à + 19,55. Onze minutes aprés, l'animal commencoit à se réveiller, sans doute par suite de la douleur qu'il éprou- voit, et le thermométre conservé dans la plaie monta en 14 minutes à 369,75. Sgi ` Deux jours avant cette expérience, j'avois placé le méme hérisson dans un vase d'eau échauffée à 109; il y fut tenu pendant 4 minutes ; plusieurs bulles d'air sortirent de ses poumons, et l'expérience ne parut nullement l'avoir fatigué. Le 21 août 1807, j'enfermai un hérisson bien éveillé dans une boite avec quelques chátaignes. Je descendis cette boite A* 28 “ANNALES DU MUSÉUM dans une glacière à 50; 52 heures après, le hérisson avoit mangé les châtaignes, n’étoit nullement engourdi et paro soit d’ailleurs très-bien portant. Le même jour, je plaçai au milieu d’un mélange réfrigé- rant à — 18,75 un autré hérisson également éveillé et ren- fermé dans un bocal de verre dont la température intérieure fut constamment à — 150; l'animal fut tenu dans ce bocal pendant 12 heures entières; au bout de ce temps il n'étoit point engourdi, mais seulement. un peu moins vif qu'à l'or- dinaire. Je renouvelai la glace du mélange, et 10 heures aprés j'observai le hérisson. Il étoit alors sans mouvement; je le crus cngsurdi; mais en l'examinant de plus prés et le sou- mettant à l'action de divers stimulans, je m'assurai que la vie étoit réellement éteinte. Les chauve-souris (vespertilio. murinus ) s enveloppent de leurs ailes et de la membrane de leur queue pendant le som- meil hivernal; elles ont alors la tête retirée vers la poitrine et prennent une forme globulaire. Dans cet état leur respi- ration ne paroit pas sensible, mais l'on voit presque les mouvemens du cœur; les sen de cet organe qui, dans la veille, vont jusqu'à 200 par minute, sont alors réduites à 5o ou 55 environ. En comparant le sang de deux chauve- souris auxquelles j'avois ouvert les carotides, à l'une pendant son engourdissement et à l'autre dans l'état de veille, j'ai trouvé celui de la dernière beaucoup plus vermeil. Dans les froids les plus vifs on peut réveiller les chauve-souris au moyen d'un stimulus mécanique quelconque, par le bruit que l'on fait autour d'elles ou par là vapeur de I ammoniaque, Quand on les transporte bien engourdies dans un apparte- D'HISTOIRE, NATURELLE. %) ment à + 17 ou 220, la respiration devient sensible après quelques minutes; peu à peu elles se réveillent et commen- cent à voler au bout de quelques heures. On rencontre assez communément les chauve-souris en- gourdies dansles caves, dans les égoüts et dans d'autres endroits où l'atmosphére se trouve toujours au-dessus de o, pendant la saison froide; mais toutes ne sengourdissent pas à la méme température. À Lyon et surtout à Vienne, je suis entré plu- sieurs fois pendant l'hiver dans des restes d'anciens aquéducs oi elles se retiroient en grand nombre, et j'ai toujours vu que pendant que plusieurs de ces animaux sont dans l'en- gourdissement le plus complet, d'autres volent avec la méme agilité qu'au milieu de l'été. Vers la fin de février 1807, je répétai la méme observation dans un souterrain de l'ancien fort de la Brunette; j'y ai trouvé un grand nombre de chauve- souris accrochées aux voûtes et formant des groupes de dix à douze individus chacun; d'autres étoient tapies dans des trous, la plupart engourdies et froides comme la pierre sur laquelle elles reposoient; quelques - -unes voloient encore foi- blement, mais un plus grand nombre avoient de la peine à se remuer et ne prenoient leur vol qu'aprés avoir été excitées par quelque corps piquant, par la lumiére d'une lanterne, ou mieux encore par l'exposition à l'air libre. La température de ce souterrain, lorsque j je l'observai, étoit de + 109, celle de l'air extérieur de — 39,75; celle i animaux engourdis -varioit presque dans chacun et depuis + 5o jusqu'à + 17 L2 J'emportai dans une boite plusieurs des chauve-souris qui me parurent le plus léthargiques. Arrivé à Suze , elles étoient ‘encore dans le méme état et marquojent toutes de 5 à 109 t 30 ANNALES DU MUSÉUM de chaleur, le thermomètre étant placé sous l'aisselle. Jouvris alors d’un seul coup de cizeaux la poitrine d’une chauve- souris engourdie à + 60,22, pour y introduire la boule d’un thermomètre marquant + 200; la liqueur descendit sur-le- champ à+ 79,50 et remonta ensuite graduellement à+- 386,75, à mesure que la douleur de la blessure retiroit l'animal de sa léthargie. On verra par la suite de mes expériences que dans les animaux léthargiques, l'engourdissement est d'autant plus profond que la température de l'animal est plus basse, et vice versa. Le thermomètre indique donc ces deux états à la fois, et je m'en suis toujours servi pour évaluer le degré de l'un et de l'autre. Il ne fant. pas oublier de. remarquer que dans la dernière expérience il y a eu 10,28 de différence entre la chaleur intérieure et la chaleur extérieure de l'animal. Cette différence qui ne provient point du réveil de l'animal, montre que la chaleur, pendant la léthargie, n'est pas également ré- pandue dans toutes les parties du corps, et c'est ce que nous tàcherons d'expliquer. Les chauve-souris que j'avois apportées de la Brunette ne se réveillèrent point dans ma chambre chauffée à 119,25. J'en plaçai une devant le feu de la cheminée où le thermomètre indiquoit à côté d'elle 180,75. Elle commenca à remuer après quelques minutes et fut complétement éveillée en moins d’un quart d'heure. Le thermomètre indiquoit alors sous l'aisselle, 380,75. La température de l'atmosphére étant à — 39,15, je mis deux chauve-souris sur la plate-bande extérieure de ma fe- nétre; elles y séjournérent quatre heures sans faire aucun mouvement, mais vers le soir, le froid étant devenu plus vif, D'HISTOIRE NATURELLE. 31 elles commencoient à remuer un peu; il augmenta encore pendant lanuit et le lendemain matin les chauve-souris avoient disparu. C'est par une raison semblable que, dans les plus grands froids de l'hiver, on voit quelquefois voler autour des habitations des chauve-souris qui ont abandonné leur retraite, et qui n'en seroient certainement point sorties si la tempéra- ture eut été plus douce. Cette observation réunie à l'expé- rience précédente, prouve que les chauve-souris ne peuvent demeurer engourdies à un froid un peu vif; l'observation a méme à cet égard l'avantage; car dans l'expérience le phéno- mène se trouvoit compliqué par les courans d'air froid aux- quels ces animaux se trouvoient exposés en méme temps. Ces courans , à quelque température qu'ils soient, font cesser l'en- gourdissement; j'ai réveillé plusieurs chauve-souris en em- ployant sur elles pendant quelques minutes l'action d'un soufilet à deux vents. Lorsque.j'ai eu occasion d'observer des chauve-souris en- gourdies, j'ai toujours été dépourvu des appareils nécessaires pour connoitre l'action qu'elles exercent alors sur l'air atmos- phérique. Les expériences suivantes ne donnent à cet t égard que des résultats très-approximatifs. En février 1807, j ai plongé dans un vase d’eau à+ 70,05 deux chauve-souris engourdies, l'une à + 79,05, l'autre à + 79,55. La première fut trouvée morte au bout de 20 mi- nutes qu'elle avoit passées sousT eau; la deuxième étoit encore engourdie et vivante après y être restée 6 minutes. ` À la méme époque, j'ai tenu séparément pendant plusieurs jours, sous des-cloches renversées sur un baquet d'eau de chaux et de la.capacité d'environ un litre, deux chauve- $5. ANNALES DU MUSÉUM souris engourdies l'une et l'autre à + 79 à peu prés. La tem- pérature de la chambre où se faisoit cette expérience fút maintenue constamment à -+ 50 et + 66,55. Au-dessous et dans l'intérieur de ces cloches étoient disposées deux plaques . de liége qui supportoient l'animal et en méme temps une petite capsule pleine de potasse caustique, afin d'absorber tout le gaz acide carbonique que pourroit contenir l'air des cloches. Douze heures — je retirai les capsules recouvertes d'un disque de verre à travers l'eau de chaux. J'enlevai en méme temps, aussi bien que possible, tout le carbonate de chaux formé à la surface de l'eau de la cloche; aprés dix jours elle en fut entièrement recouverte; ; je retirai alors les chauve-souris de dessous les cloches; l'une d'elles étoit morte, et l'autre étoit encore engourdie; je la réveillai en l'exposant au grand air, mais elle parut trés-malade et périt deux j Jus aprés, Une autre chauve-souris engourdie à + 79 fut mise sous lé récipient d’une machine pneumatique à à un seul corps de pompe et sans éprouvette. Aprés les cinq premiers coups de piston, l'animal étendit les ailes, je rendis l'air, la chauve- souris s'agita légérement encore trois ou Te fois, nrais ne put revenir à la vie, Le 19 février 1807 , je pesai avec des bitten assez justes, deux chauve-souris bien ous Elles demeurérent dans cet état j jusque au I2 mars, époque de leur réveil; et furent alors pesées de nouveau. Tune avoit peran 35 Bici x et l'autre 23, ce qui faisoit environ 4& de leur poids primitif. us be sonis hivernal des lérots ( myoxws nztela.) est in- Terrompu comme celui des hérissons, et paroit durer encore > m D'HISTOIRE NATURELLE. 33 moins long-temps. Le lérot est gras en automne et trés-maigre à la fin de l'hiver; ce qui est bien contraire à l'opinion de Martial, lorsqu'il a dit, XII, 49: Tota mihi dormitur hyems et pinguior illo Tempore sum quo me níl nisi somnus alit. Les lérots font des provisions pour passer l'hiver, et le besoin de prendre de la nourriture les réveille de temps en temps; lorsque ces provisions sont finies et qu'ils ne peuvent les renouveler, ils périssent dans leurs trous. La graisse au- tomnale dont nous parlerons par la suite, est donc bien loin de suflire à les nourrir pendant tout l'hiver. . L'atmosphére étant à + 80,07, la boule du thermomètre placée dans la poitrine d’un lérot engourdi, a marqué + 80,50. Les inspirations se faisoient à intervalles inégaux; j'en comp- tois depuis huit jusqu’à douze par minute. De tous les mammifères dormeurs, les marmottes ( arcto- mys marmotta ) sont ceux que jai observés avec le plus de soin; l'engourdissement de ces animaux est beaucoup plus long que celui des autres espéces et j'en ai eu à ma disposi- tion un assez grand nombre, tant à Paris que dans les Alpes. Les marmottes sont d'ailleurs d'une grosseur telle qu'elles peuvent donner des résultats beaucoup plus appréciables, tant dans les dissections que dans les expériences auxquelles on peut les soumettre. J'ai fait beaucoup d'observations sur leurs mœurs, mais il suffit ici de rappeler celles qui se rappor- tent à l'état léthargique. En France, les marmottes habitent es montagnes les Bike hautes et les plus inaccessibles des départemens des Hautes- 18. : $ 34 ANNALES DU MUSÉUM Alpes, du Mont-Blanc et du P6, dans des lieux qui souvent sont encore couverts de neige à la fin du mois de mai. Elles choisissent pour établir leur demeure les petites vallées et les rochers taillés à pic. Elles préfèrent toujours la partie orientale et méridionale de la montagne, comme la plus ex- posée au soleil, et c'est ordinairement dans des expositions semblables qu'on les rencontre pendant la belle saison. L'al Chemilla alpina, le rumex digynus, Vantirrhinum alpi- num , le trifolium alpinum , l'aster alpinus , le phellandrium Mmutellina e le plantago alpina sont les plantes les plus communes dans les lieux qu’elles fréquentent et l'on. doit croire qu'elles en font leur nourriture principale qui consiste ordinairement en végétaux. Lorsqu'elles sont apprivoisées , elles mangent cependant de tous les alimens dont l'homme fait usage, mais alors elles ne deviennent point aussi grasses, Le lait qu'elles aiment beaucoup, d'aprés Buffon, leur donne la dyssenterie et les fait périr assez promptement ainsi que je lai vu plusieurs fois. J'ai observé également que lorsque plusieurs marmottes étoient enfermées ensemble , elles se dé- voroient mutuellement ainsi que les autres animaux que l’on mettoit avec elles; ce qui ne paroit point arriver lorsqu'elles jouissent de leurliberté. > -00 5 p Ces animaux vivent en société et comme en famille. A la fin ‘de septembre ou au commencement d'octobre, ils se retirent dans leurs terriers pour n'en sortir qu'à la fin d'avril , et ils de- meurent engourdis pendant tout ce temps. Ces terriers consis- tent en un seul boyau régulier, assez étroit à son ouverture et ayantà son extrémité une excavation beaucoup plus large que le corps méme du boyau. Ce boyau ou terrier creusé d'abord D'HISTOIRE NATURELLE. 35 perpendiculairement , ensuite dans une direction qui se rap- proche de l'horizontale, a ordinairement 12 à 15 métres de long sur une profondeur de deux métres à deux métres et demi au- dessous du niveau du sol. Cette profondeur varie en raison de la nature du terrain, et elle est telle que la température des terriérs est toujours à + 79,5 ou 89,75. C’est au moins ce que l'on peut conclure des renseignemens que j'ai pris et des observations que Pallas a faites sur les terriers du Boback qui ont en Sibérie une profondeur de 7 métres et méme quelquefois davantage. Les marmottes, pendant l'hiver, ferment exactement l'entrée de leur terrier avec un bouchon qu'elles font avec de la terre glaise, du sable, de l'herbe et des pierres. Ce bouchon est tellement construit qu'il ne peut être poussé en dehors lorsque les marmottes veulent sortir; alors elles le retirent au contraire en dedans et mettent de côté les terres et les pierres qui ont sérvi à sa formation, On observe que dès que les terriers sont fermés, les marmottes ne tardent pas à s'engourdir; peu de temps aprés, pour l'ordinaire, la neige en recouvre la surface; il faut donc quand on veut déterrer ces animaux à cette époque reconnoitre d'abord les terriers habités et les marquer avec une perche. On attend ensuite que les marmottes y soient renfermées depuis 10 à 12 jours, et lorsqu'on les déterre on use de précaution pour ne pas les éveiller, car dans ce cas elles creusent de leur cóté avec une célérité extréme, et il est souvent impossible de les atteindre. La principale et presque la seule précaution que l'on ait à prendre est de tenir le boyau fermé autant que possible du cóté des marmottes , car si l'air extérieur parvient jusqu'à leur gite, elles se ré- A 3 ^ 36 ANNALES DU MUSÉUM veillent bientôt; ce qui le prouve encore, c'est que lorsqu'on s'est amusé à ouvrir des terriers de marmottes avant la chute des neiges, on les trouve toujours rebouchés un ou deux . jours aprés. Mais si l'on parvient au fond du terrier sans avoir dérangé ces animaux, on les trouve comme ensevelis dans le foin, serrés les uns contre les autres et repliés sur eux- mémes en forme de boule; de maniére à présenter moins de surface à l'air et à avoir la téte recouverte par les extrémités postérieures. Dans cet état, leur corps est roide et froid comme les corps environnans; ils paroissent absolument privés de la vie; et si on a le soin de ne pas les tenir exposés à un air un peu vif et de ne pas les échauffer , on les em- porte sans qu'ils fassent le moindre mouvement. Leur insen- sibilité est méme telle qu'ils ne se réveillent point complé- tement quand on les jette d'un mètre à 1,50 de haut, ou qu on les fait rouler comme des boules. En novembre 1806, jai recu à Paris une caisse contenant dix marmottes engour- dies et emballées avec du foin comme l'auroient été des mi- néraux peu précieux. Cette caisse resta dix jours en route et me parvint par la diligence sans que les animaux qu'elle ren- fermoit parussent avoir souffert du voyage. En automne, et avant qu'elles entrent dans leurs lieu; les marmottes sont excessivement grasses. Cet état est tel que deux mois aprés j'ai encore trouvé 489 grammes de graisse dans un animal dont le poids total n'étoit que de 3400 gram. Àu printemps , au contraire, les marmottes sont excessive- ment maigres lorsqu'elles sortent de leurs trous. Dans les Alpes ce fait est connu de tout le monde, et je l'ai en quel- que sorte vérifié par les dissections que j'ai faites en assez D'HISTOIRE NATURELLE. 37 grand nombre et à différentes époques. Fl eut été plus sim- ple sans doute de peser les marmottes avant et après leur engogmlisement; mais dans celles que j'ai eu à ma disposi- tion cet état n’a jamais eu la même durée que dans les ter- riers. J'ai seulement vu qu'une marmotte, pesant le 29 fé- vrier 1468 grammes, et engourdie depuis cette époque jus- qu'au 12 avril, avoit perdu 9 mci de son pec primitif. Les marmottes qui « ont été prises jeunes dans les mois de juin et de juillet vivent ensuite familièrement avec l'homme. Dans les environs du Mont- Genévre et dans les vallées de l'Are et dela Doire, au pied du Mont-Cénis, on trouve fré- quemment dans les villages des marmottes ainsi apprivoisées ; mais il est d'une observation constante que dans cet état de servitude elles ne deviennent jamais trés-grasses. Si elles s'en- gourdissent alors, ce n'est pas pour long-temps et elles ont besoin de se réveiller souvent pour prendre de la nourriture. Dans les habitations on les trouve toujours dans quelque coin de l'appartement habité; lorsqu'elles se sentent disposées au sommeil, elles ramassent de la paille, des haillons et tout ce qui se présente à elles pour en faire une espéce de nid dans lequel elles se tapissent, condition sans laquelle l'engourdis- sement n'auroit point lieu. Les marmottes au. contraire: qui ont été prises en octobre ou en novembre, s'engourdissent lorsque les autres qui se trouvent auprès d'elles, sont complétement réveillées. Pour les retirer de cette léthargie, il faut employer des moyens d'excitation assez forts; pour les y conserver pendant tout l'hiver, on les porte dans les caves des habitations et on les 38 ANNALES DU MUSÉUM enferme dans des caisses pleines de foin dont on recloue en- suite le couvercle. La température ordinaire de ces caves est de + 30,75 à 5o, Celles de l'hospice du Mont-Cénis avoient 85,75 de chaleur, en mars 1807 , époque à laquelle j'y trou- vai quatre marmottes bien-engourdies dont je me servis en- suite pour mes expériences. . Vers la fin d'avril ou au commencement de mai, lorsque . .les marmottes sortent de leurs terriers, la terre est encore couverte de neige et il fait presque toujours beaucoup plus froid qu'à l'époque où elles y sont entrées. Pour sortir elles sont done farcées de continuer leur boyau dans la neige; et elles descendent alors dans la région moyenne de la montagne pour y chercher leur nourriture. Lorsque l'hiver s'est pro- longé trop long-temps et que le vent n'a pas encore balayó la neige de dessus les pelouses, elles périssent de faim. Il seroit assez difficile de faire sur une marmotte sauvage les expériences nécessaires pour connoitre sa température or- dinaire à l'état de veille; et je me suis servi dans ce but des marmottes apprivoisées dont il a déjà été question. Leur chaleur a été constamment d'environ 375,75, quelle que füt d'ailleurs la température extérieure, car j'ai répété cette ob- servation un grand nombre de fois sur des animaux différens qui ont été successivement soumis à une température qui varioit depuis + 129,5. jusqu'à — 179,5, c’est-à-dire de 300. -H seroit possible cependant que cette température éprouvát quelque variation dans les degrés extrémes de chaleur, mais je ne l'ai point expérimenté. Je me suis servi pour mes ob. servations de thermomètres à esprit-de-vin dont les boules étoient cylindriques, Je graissois ce cylindre avec un peu D'HISTOIRE NATURELLE. 39 d'huile et l'introduisois ensuite en entier dans l'anus de l'ani- mal au moyen d'un léger mouvement de rotation. En sept minutes j'avois ordinairement la température exacte, mais je laissois toujours le thermométre en expérience pendant quel- ques minutes de plus. ; Au mois de décembre 1805, je plaçai les dix marmottes que j'avois reçues des Alpes, dans une chambre au troisième étage , ayant au nord, à l'est et à l'ouest des fenétres dont les jalousies donnoient constamment un accés facile à l'air ex- térieur. On avoit porté dans cette chambre, du foin, des raves, du son et du lait que lon renouveloit de temps en temps. J'y avois établi à demeure un thermométre sensible- ment comparable avec ceux dont je me servis ensuite pour les animaux. La température étant, dans ma premiére expé- rience, de + 49, je retirai successivement les dix marmottes de leur caisse de voyage, et je les examinai dans l'ordre suivant : ES Me na 1*. Marmotte la plus piiteo lude iL. Chess din nds 157 n PT TD TT PT E eA TPE T. TE TE V PR. M v A epe o «did En + 10,25 Les plus grosses des dix. 3 AG ve se TE RES (hear eut ane si) cote ei + 11,25 air. PI . + 17,5 M pres: ire: 4» + 12,5 Dio sodaiczi E Toutes ces marmottes étoiept À....... + 8 . E 0E ** > d’une taille moyenne entre celle 2 .. .. ... + 18,75 Loro D nU AA re ».|1 de la première et les n°, net 7° 1555.9... T 6,25 XE ST PNE UE dre eg 105. est e Aer eK Eo + 7,5 Les.marmottes no. 4 et n». 7, dont la température étoit à + 17,5 et + 18,75, avoient une chaleur sensible au fact; . Ces animaux respiroient, et l'on voyoit les mouvemens de 40 ANNALES DU MUSÉUM contraction et de relàchement des muscles des joues et de ceux de l'abdomen. Toutes les autres marmottes paroissoient comme glacées et ne montroient aucun mouvement respira- toire. On peut répéter ces expériences sur la chaleur des marmottes engourdies, sans avoir à craindre de changer la maniére d'étre de l'animal, pourvu cependant que sa tem- pérature ne dépasse pas + 125; car alors il est beaucoup plus facilement excité. iN J'ai refait toutes ces expériences bien des fois et je n'ai jamais vu, qu'en observant ensemble plusieurs marmottes engourdies, il s'en trouvàt deux qui marquassent exactement le méme degré au thermomètre. A Lauslebourg au pied du Mont- Cénis, l'atmosphère étant à + 2,5, la chaleur de la marmotte que j'ai trouvée la plus engourdie étoit de 5° et ne put diminuer, quelle que fût d’ailleurs la température ex- térieure. Celle de l'animal, dans l'engourdissement le plus profond, est toujours au-moins de 19,5 au-dessus de celle du milieu où il vit. Ce rapport n'est pas constant lorsque l'en- gourdissement diminue et que l'action des poumons aug- mente proportionnellement, C'est ainsi que dans l'expérience rapportée ci-dessus, on a vu par la méme température de + 4? une marmotte engourdie à + 6,55, ét une autre à + 18,75. Mais lorsque la chaleur de l'animal arrive à ce dernier terme, il est bien prés de son réveil; il commence à ronfler à + 20; à + 22,25 il s'agite et porte à droite et à gauche la partie supérieure du corps; il marche déjà à + 250; et pour peu qu'on l'excite, alors il parvient en moins d’une . heure à reprendre la chaleur de son état de veille. Il devroit donc étre impossible que la léthargie des marmottes se sou- D'HISTOIRE NATURELLE. 4x unt, lorsque l'atmosphère est à + 22,5, et l'expérience s'ac- corde en cela avec le raisonnement. A lhospice du Mont- Cénis, une marmotte sortant d'une. chambre à + 3,75 et ayant elle-même + 6,25 de chaleur intérieure, fut mise sur un poële de faïence où un thermomètre placé à côté d'elle marquoit + 23,74. Un autre thermomètre étoit enfoncé dans l'anus de l'animal; il séleva en 23 minutes à= 3o, la cha- leur du poéle restant la méme, et la marmotte fut compléte- ment réveillée;-elle n’eut ensuite besoin que de rester pen- dant. quelques'heures dans la chambre où elle étoit d'abord pour s'engourdir de nouveau; ce qui arrive toutes les fois que. ces mammiféres sont arrachés à leur torpeur par un moyen d' excitation dont l'action n'est: pas continue. Les dix marmottes dont je viehs de: parler ayant été ainsi examinées furent. placées sur le foin et laissées à elles-mêmes: pendant cinq jours. Au bout de cé temps, il n'en restoit plus que deux à la place où je les avois mises précédemment. Les autres s étoient. retirées dans le tuyau de la cheminée et y avoient. transporté une grande partie de.leur foin. L'une des plus petites y étoit léthargique à + 11,25. Quatre étoient ré- veillées et poussoient des sifflemens aigus lorsqu'on appro- choit d'elles ; deux autres s'étoient réfugiées sous l’âtre de la cheminée par une ouverture dé. à 6 centimètres au plus, et y paroissoient engourdies. La température de la chambre étoit alors de + 60,25. Les marmottes avoient lâché quel- ques excrémens, bu du lait et mangé du son et des raves. J'en pris une engourdie à + 119,55; je la placai dans un manométre. de -la capacité. de 21 litres. Ce manomètre ne différoit de celui que M. Berthollet a décrit -dansles Mé- 18. | 6 42 ANNALES DU. MUSÉUM motres de la Société d Arcueil , qu'en ce que son couvercle, trop grand pour être fermé commodément au moyen de plusieurs pas de vis, étoit luté par ses bords émincés sur ceux méme du bocal. J'employois à cet effet le lut donné par Desaussure, dans son Hygrométrie; je recouvrois les parties lutées avec des vessies mouillées; mais cette précaution est inutile quand on emploie le lut un peu chaud et qu'on opère à des températures basses. Une cuvette de plomb recouverte d'une plaque de. méme métal percée de plusieurs ouvertures, étoit disposée dans le fond du manomètre. Cette cuvette, remplie d'eau de chaux, portoit en outre sur l'un des côtés de son couvercle une capsule pleine de potasse caustique. À six heures et demie du soir, l'atmosphére étant à + 100, j'introduisis ma marmotte dans l'appareil ainsi disposé, en ayant soin de: lui conserver sa forme globulaire, et aprés avoir au préalable inséré dans le rectum la boule d'un ther- momètre placé de manière à ce que les divisions en fussent apercues à travers le verre du bocal. Le lendemain à 4 heures du soir, l'animal vivoit et sa température n'avoit pas changé. Je pris de l'air du manométre en le remplacant par un vo- lume égal d'eau qui coula dans la cuvette de plomb et je trouvai par l'analyse que cet air contenoit 9,16 oxygène de moins que lair atmosphérique. Le méme jour à 8 heures du soir je ne remarquai aucun changement. Le lendemain, troisiéme jour de l'expérience, à 9 heures du matin, l'animal étoit mort et étendu sur la plaque de plomb. L'eau de la cuvette contenoit une assez grande quantité de carbonate de chaux; le thermomètre étoit cassé et je fus tenté de croire. que l'animal avoit pu s'éveiller avant de mourir. 161 parties D'HISTOIRE NATURELLE. 43 de l'air du bocal mélées avec 80 parties d'hydrogène ne purent détonner en faisant passer l'étincelle électrique à "diverses "e au travers du mélange. L'addition d’oxigène ne procura qu'une absorption correspondante : à l'oxigéne ajouté. Vers la fin de décembre 1805, la température descendit à Arcueil à + 129,5 et ce froid se soutint huit jours environ. Pendant tout ce temps on ne visita point les marmottes; mais le 5 janvier, l'atmosphère étant à + 8, elles me parurent moins engourdies qu'elles ne l'étoient douzejours auparavant, ét elles avoient consommé toutes leurs provisions. Le reste de l'hiver de cette année fut LOTUS 7 je ne retrouvai plus le même degré de léthargie que j'avois observé pour la pre- mière fois. Les marmottes s'engourdissoient et se réveilloient alternativement. Les plus petites étoient rarement éveillées d'une mañière complète, mais leur léthargie paroissoit dimi- nuer chaque jour. Les deux marmottes les plás grosses ne CREER plus du tout. Je ne dois pas oublier de dire qu'on renouvelloit leur nourriture tous les trois ou quatre jours, et que vers lé commencement du mois de mars tous ces animaux mangeoient beaucoup. J'essáyai alors de décider Tengourdissement au moyen d'un froid arüfiéiel. Je disposai à cét effet deux bocaux, chacun dé là capacité d'environ 18 litres, dans un mélange de muviaté de soude et de glace. L'aunosphére étoit alors à + ro?, la température intérieure des bocaux à + 15,5; L'un d'eux renfernioit üne marmotte éveillée; celle du second bocal étóit léthargique à + 11,55. La marmotte éveillée parut sassoupir un peu pendant le premier quart-d'heure; mais ensuite elle commença à s'agiter 6* | AA ANNALES DU MUSÉUM beaucoup et elle témoignoit assez par ses sifflemens conibien elle étoit fatiguée du froid. rigoureux qu'elle éprouvoit. Ce froid n'agissoit pas avec moins de force sur la deuxième mare motte qui se réveilloit. à vue d'œil, et le fut, complétement au bout d'une heure et quart. La durée totale de l'expérience fut de dix heures avec une température toujours à peu prés égale, et lorsqu'elle: fut terminée, la marmotte du premier bocal que je ne pouvois tenir auparavant qu'avec des pinces étoit tellement abattue qu'elle.se laissoit saisir sans remuer, dans toutes les parties du corps. Elle mourut deux jours après. La moins malade mourut aussi au bout de quelques - jours, mais peut-être par des causes: étrangères au froid au- quel ‘on lavoit. soumise. M. Berthollet fut témoin de cette expérience quise fit dans son laboratoire, et il voulut bien aussi prendre connoissance par lui-méme des faits anatomiques que j'eus l'occasion d'observer chez lui; ce. qui;en. garantit i Pa +h SRE d "L'expérience précédente prouvoit, en quelque: sorte que le froid poussé. surtout à un certain degré ne pouvoit être la cause de l'engourdissement, ainsi que je le croyois alors avec tout le monde j mais; les observations qui vont suivre ne laissent aucun doute'à cet égard. Le 5 mars 1807, lat- mosphère étant à Lauslebourg,à — 10, je portai sur les cinq heures du soir dans le jardin de mon auberge une mar- motte léthargique à + 6,7. Elle étoit placée sur la neige entre deux couches de foin, et j'avois eu l'attention de Yatta- cher à lun.des barreaux d'une fenêtre avec une petite chaine de fer. À cinq heures trois quarts la respiration étoit pénible et comme stertoreuse ; à six heures et demie l'animal ( p'HISTOIRE NATURELLE. 45 étoit complétement éveillé. A huit heures le froid avoit aug- menté de 2°. Je remarquai alors que la marmotte avoit aban- donné son lit de foin et s'agitoit vivement sur la neige; à mi- nuit elle étoit morte et gelée. Quelque temps auparavant, je m'étois convaincu que pour conserver les marmottes en- gourdies il falloit toujours les tenir dans un lieu dont la tem- pérature fut au-dessus de o. En les renfermant dans une chambre à — 4o, j'ai toujours vu qu'elles se réveilloient le premier ou le deuxième jour au plus tard. J'avois soin en méme temps de les garantir de l'action d'un air libre qui püût former des courans autour d'elles; car placées au milieu de ces courans, quelle qu'en soit d'ailleurs la température, elles se réveillent constamment aprés un ou deux jours au plus. La connoissance de ce fait m'eut valu un an plutót l'avantage de conserver mes marmottes léthargiques à Arcueil, et tous les paysans de la Maurienne en savoient à cet égard plus que moi. Cette observation est d'ailleurs analogue à ce qui se voit chaque jour chez les personnes qui vivant dans une atmos- phère qui n'est pas renouvelée souvent, ont la plus grande propension au sommeil; ce qui dépend peut-étre moins de la pureté de l'air, comme l'a dit Beddoes, que de l'action su- mulante: qu'il exerce sur la peau et sur les poumons en se xenouvellant sans cesse à la surface de ces organes. Le 7 mars, méme année, le thermomètre marquant — 14^, j'exposai en plein air une marmotte apprivoisée qui ne s'étoit “point encore engourdie. Elle étoit renfermée avec du foin dans une petite caisse, dont trois ou quatre planches mal jointes formoient le, couvercle. L'air ne-manquoit. donc pas à la respiration de l'animal et il ne devoit pas non plus éprou- 46 ANNALES DU MUSÉUM “ver l'action stimulante des courans dont je viens de parler. L'expérience avoit commencé à sept heurs du soir; le lende- main à huit heures du matin, la marmotte étoit morte aprés avoir rongé un des coins de la caisse pour essayer de s'évader. On voit donc que les marmottes sortent de leur état léthar- gique quand on augmente de plusieurs degrés le froid et la chaleur par lesquels elles y sont entrées. On s'est convaincu également que le froid ne décide pas cette léthargie et qu'il améne méme la mort de l'animal lorsqu'il est poussé trop loin. Maintenant il reste à considérer quels seront dans les mémes circonstances les effets de la vapeur d'ammoniaque et de l'électricité mise en jeu par la machine ordinaire ou par la pile de volta. À Arcueil, le 18 février 1806, l'atmosphére étant à + 6,6, je placai sous les narines d'une marmotte engourdie une cap- sule pleine d'un mélange de muriate d'ammoniaque et de chaux. La chaleur de l'animal étoit d'abord de + 1 19,12; en vingt minutes elle parvint à + 15. Après une demi-heure, la respiration devint sensible, quelques mouvemens se firent apercevoir dans le cou, et à compter de deux heures depuis le commencement de l'expérience, l'animal avoit recouvré assez de force pour porter la tête hors de la position désa- gréable où je l'avois mise; mais il ne fut pas réveillé com- plétement. J'ai répété la méme observation dans les Alpes et avec les mémes résultats sur une marmotte engourdie à + 6,5, Je dois cependant remarquer que celle-ci eut besoin de rester quarante minutes en expérience pour parvenir à 200 de chaleur. Le méme jour, c'est-à-dire, le 18 février 1806, j'électrisai deux marmottes engourdies, l'uneà + 1 15, l'autre à 4- 13,75, D'HISTOIRE NATURELLE, 47 Je me servis successivement du bain électrique et de la com- motion; mais quelle que füt la force de la machine, je ne pus pas dans le bain électrique tirer une seule étincelle de toute la surface de l'animal. Je pris alors le parti de rapprocher celui-ci du conducteur de la machine dont le plateau étoit en rotation; la marmotte tira un grand nombre d’étincelles, mais ne parut pas développer la moindre sensibilité. Je don- nai encore au méme individu deux commotions assez fortes avec la bouteille de Leyde; la premiére commotion ne pro- duisit pas un effet bien marqué; à la deuxième, l'animal s'al- longea un peu et entr'ouvrit les yeux il ne se réveilla point d'une manière complète. La deuxième marmotte présenta les mémes phénoménes, et toutes deux étoient engourdies quatre heures après l'expérience comme si elles n'y eussent point été soumises. Les effets de la pile de volta sont infiniment plus mar- qués. Je me suis servi d'une pile de 1» couples, chacun de 4 pouces de diamètre, avec les poles de laquelle je mettois l'animal en communication au moyen de deux fils de laiton terminés par des bouts olivaires du méme métal. Le 16 mars 1807 , le thermomètre marquant + 30 dans une cellule de l'Abbaye du Mont-Cénis, j'introduisis la boule d'un thermo- mètre dans le rectum d'une marmotte léthargique à + 7,5. | J'avois monté la pile une heure d'avance, et lorsque les fils de laiton me firent éprouver en les portant sur les dents une espèce de secousse, je soumis l'animal à l'action du fluide ; j'avois eu la précaution de le placer dans une petite corbeille d'osier en lui conservant sa position orbicülaire, afin que : l'expérience ne se compliquàt point de la chaleur que les : 7; NE ANNALES DU MUSÉUM mains pouvoient lui communiquer. Je trempai alors les bouts des fils dans une forte dissolution de muriate de soude et presqu'au méme instant oii je les placai dans la bouche de la marmotte, la respiration devint sensible; au bout de trois minutes, elle s'agitoit et remuoit en tout sens; aprés huit mi- nutes elle ouvrit les yeux, et la chaleur reparoissoit déjà aux extrémités. Cependant le thermométre montoit rapidement et la chaleur habituelle de l'animal reparut en moins de quinze minutes. Je répétai le méme jour cette expérience sur une autre marmotte léthargique à + 90, qui fat cóm- plétement éveillée en dix minutes. . Maissi l'action galvanique rappelle promptement la sensi- bilité chez les animaux engourdis, les blessures les plus pro- fondes ne produisent point cet effet au méme degré. Le 27 février 1807, à une chaleur de 4o, je disséquai l'artére crurale d'une marmotte léthargique à + 6,5, dans une longueur d'environ deux pouces. Aprés avoir incisé la peau tout le long dela cuisse, je mis l'artére à nu; les petits vaisseaux que. j'étois obligé de couper, tant artériels que veineux, don- noient très-peu de sang, et le sang paroissoit étre pour tous à peu près de la méme couleur. Je placai ensuite sous l'artère deux ligatures à un pouce de distance l'une de l’autre. Je serrai l'inférieure pour observer le gonflement des vaisseaux; ce gonflement, au bout de deux minutes de compression, n'étoit pas encore très-sensible. Alors je coupai l'artère trans- versalement d’un seul coup de bistouri, au-dessus de la liga- ture déjà serrée. L'animal étoit toujours engourdi, quoique cette opération durát déjà depuis prés de 6 minutes; il ne commença à se.réveiller que lorsque le sang sortit un peu D'HISTOIRE NATURELLE. 49 abondamment du vaisseau coupé. Je le laissai couler pendant deux minutes et serrai la deuxiéme ligature immédiatement aprés. Le cours de ce fluide étoit trés-lent pendant les pre- miéres secondes qui suivirent la section du vaisseau; il étoit moins noir que le sang veineux, mais beaucoup moins ver- meil que le sang artériel ordinaire. Aprés 33 minutes depuis le commencement de l'expérience, la marmotte étoit com- plétement éveillée et la chaleur répandue dans tous ses mem- bres. J'ouvris l'artére de nouveau; le sang jaillit alors avec impétuosité et avec tous les caractères du sang artériel ; en peu d'instans l’animal expira et je n'ai pas eu l'occasion de faire de nouveau cette expérience, qui moyennant quelques modifications, promettoit une foule de résultats curieux. Mais pour parvenir à quelques connoissances précises sur l'état de la sensibilité pendant la léthargie hivernale, il fau- droit essayer sur les animaux qui l'éprouvent l’action de cer- taines substances qui telles que la scammonée, l'opium, la. jusquiamé, etc., portent üne impression directe sur le sys- téme nerveux. Ces expériences devroient étre faites dans les deux états de sommeil et de veille et répétées sur un grand nombre d'individus; car si l'on conclut imparfaitement de la sensibilité d'un animal, d'individu à individu, combien plus imparfaitement encore ne concluroit-on pas d'espèce à espèce. Ma dernière expérience fait connoitre jusqu'à un certain point les borhes des stimulus mécaniques pendant la léthar- gie des marmottes; mais cette expérience a encore un but plus direct en donnant unegidée assez exacte de l'état où se trouve la circulation à la méme époque. Cette fonction, chez . es marmottes, est ordinairement très-active pendant la veille; 18. 7 rd 5o ANNALES DU MUSÉUM j ài compté jusqu'à 9o pulsations par minute dans une mar- motte bien apprivoisée et chez laquelle par conséquent la frayeur ou la colère ne pouvoient rallentir le mouvement du sang. Pendant l'engourdissement, au contraire, le coeur | ne donne dans le méme intervalle que huit à dix pulsations ; ces pulsations ne se font pas à temps égaux; elles ne sont sensibles dans l'artére crurale que lorsqu'elle est mise à nu. H faut remarquer du reste qu'il est presque impossible d'ob- tenir à cet égard aucun résultat fixe, parce que la moindre excitation, le changement méme de position de l'animal, font varier promptement le nombre de ces pulsations. | La respiration, par son influence sur la chaleur animale et par tous les rapports qu'elle conserve avec la circulation, devient surtout la fonction importante à observer pendant l'engourdissement. Dansune marmotte léthargique au-dessous , de =- 120,50 il m'a paru impossible de compter les inspira- tions; ces inspirations ne deviennent sensibles que lorsque l'animal a+ 150 de chaleur, et ne se font d'un mouvement égal et continu que lorsque celle-ci est arrivée à + 230, Ainsi, par exemple, on compte quelquefois, par une température plus basse, 3, 4, 5 inspirations par minute, et il s’écoule en- suite un intervalle au moins égal avant que ces inspirations recommencent. | J'ignore si l'on a comparé encore les phénomènes de la respiration chez les animaux engourdis avec ceux que pré- ‘senteroit cette fonction dans le même individu réveillé et sou- mis à la méme température qui.existoit lors de sa léthargie. J'avois projeté ces expériences que je wai pu terminer; mais elles eussent offert, selon toute apparence, des résultats assez D'HISTOIRE NATURELLE. 51 vagues; car la respiration varie tellement dans ses produits en raison des circonstances particulières où les animaux se trouvent, que l'on ne peut presque rien donner de précis à eet égard. Mais lors méme qu'on admettroit la nécessité de cette expérience, elle pourroit être suppléée en partie par celles qui vont suivre et qui ayant été faites sur des animaux léthar- giques de températures différentes, dont les fonctions sont alors plus ou moins soustraites à l’action nerveuse, doivent présenter par cela seul beaucoup moins d'instabilité, Le rer, mars 1807, l'atmosphère du lieu où j'opérois étant à +3,85, je placai dans un manomètre de la capacité de 5o li- tres, une marmotte engourdie à 4-89,5. J'avois au préalable établi dans l'appareil un vase à bords relevés contenant une petite quantité de carbonate de chaux délayé dans l'eau et correspondant à un tübe de verre mastiqué dans la douille destinée au baromètre. Tout étant ainsi disposé,.et le cou- vercle du manométre luté par la méthode ordinaire, je versai par le tube, au moyen d'un petit entonnoir, un peu d'acide sulfurique étendu d'eau ; l'effervescence se manifesta de suite; le dégagement de l'acide parut durer 5 à 6 minutes; au bout de 13, la marmotte éprouva un léger mouvement convulsif; je délutai le manomètre sur-le-champ et je trouvai l'animal mort. | ; - Le méme jour, à là méme température et au moyen d'un appareil hydropneumatique que je m'étois fait d'une moitié de tonneau scié-en travers, je remplis une cloche de 20 litres de gaz oxigéne trés-pur, aux deux tiers environ de sa capa- cité; le reste du vase contenoit de l'air at bérique. A trois heures après-midi, je placai sous cette he une marmotte - 7 * 52 ANNALES DU MUSÉUM engourdie à + 0,50, en la faisant passer au travers de l'eau et la plaçant ensuite sur un cube de pierre disposé préalablement à cet effet. À 7 heures du soir, la respiration de l'animal étoit trés-sensible; à 9 trois quarts il fat réveillé; je terminai l'ex- périence sans analyser l'air de la cloche, ce qui étoit assez inutile. Tl eut été plus essentiel de suivre les changemens progressifs qu'éprouveroit la chaleur de l'animal, à l'aide d'un thermomètre inséré dans l'anus; mon appareil étoit trop incommode pour pouvoir le faire. Le 3 mars méme année, j'enfoncai dans un vase d'eau chauffée à + 119,55, une marmotte engourdie à peu prés au méme degré, en portant avec précaution au-dessus de son museau, un verre renversé et destiné à recevoir l'air qui s échapperoit de ses poumons. Cent parties de cet air lavé à l'eau de chaux contenoient encore cinq parties oxigéne. Chez les mammifères à l'état de veille, ce gaz est ordinairement en proportion moindre dans l'air expiré. s Le méme jour à 10 heures du soir, je mis deux marmottes engourdies dans deux manométres de capacités sensiblement égales, et cotés no. 1 et no. ». La marmotte no. 1 étoit à la température de + 7,50; celle du no. 2 étoit de + 13,25. La capacité des manométres étoit de 5o litres. Au commence- ment de l'expérience, le thermométre dela chambre marquoit - 6,75, mais il étoit descendu le lendemain à 8 heures du matin à + 59. La chaleur du premier animal étoit alors de- meurée la méme; celle de la marmotte no. » S'étoit élevée à - 150. J'analysai l'air des deux manomètres. Cent parties air lavé du no. 1 me dgnnérent 19,63 oxigène et 80,37 azote. Pen- dant 10 heures l'absorption de l'oxigéne n'avoit donc été que D'HISTOIRE NATURELLE. 53 de 1,37 parties. Or, le manométre contenant 5o litres d'air atmosphérique, Denon 12,5 litres oxigène; et puisque la marmotte a absorbé 1,37 de ce gaz sur 21 parties que l'air en contient, la masse totale de l’osigène consommé par une respiration de 10 heures est de 0,2» litre. L'air du manométre no. 2 avoit perdu, au contraire, 2,90 parties oxigène, ce qui étoit un peu plus que le double de la consommation du premier animal. Le 4 mars à 6 heures du soir, j'examinai de nouveau les manométres. La marmotte no. 1 étoit toujours à 7,50. Cent parties air du manomètre lavé contenoient ; oxigéne 17 parties, azote 83. La température de l'animal n°. 2 s'étoit augmentée encore . et elle étoit à 179,50. Cent parties air lavé de ce manométre ne contenoient plus quer 1,34 oxigene. Cette marmotte parois- sant fatiguée je cessai l'expérience pour elle; mais la première resta dans son bocal. J'attendis alors qu'elle y eût passé 40 h., à compter du moment de l'expérience, pour analyser de nou- veau l'air du manomètre; il ne contenoit pins alors que 14,8 parties oxigène et la chaleur de l'animal s’étoit toujours sou- tenue à + 7,50. Enfin le 6 mars, quatrième jour de l'efpé- rience, à 9 heures du matin, la température de la marmotte avoit augmenté de 0,50; sa respiration insensible jusque-là, se faisoit apercevoir par les muscles abdominaux. J'examinai Tair du manomètre pour la cinquième fois, ét je n'y trouvai plus que 12,44 oxigène. Comme-je ne voulois point perdre cette marmotte, je la retirai du manométre; elle eut beaucoup de peine à se réveiller à l'air libre. & On voit par là jusqu'à quel point l'augmentation de lachaleur 54 ANNALES DU MUSÉUM suit les rapports ; de l'absorption de l'oxigéne. L'expérience - suivante eut été plus concluante encore pour le honte, si j'eusse pu la terminer complétement. Dans la douille à baromètre du couvercle de l’un de mes manomètres, le reste de l'appareil étant disposé comme à l'ordinaire, je fis passer un fil de laiton plié en deux et qui tenoit par son anse dans la bouche de la marmotte qui por- ^ toit un thermométre à son autre extrémité. Ces deux fils maintenus. dans la douille par un bouchon isolant mettoient l'animal en communication avec une pile électrique. Il étoit bien évident, d'aprés mes expériences précédentes, que dés que l'action nerveuse de l'animal léthargique auroit été ra- nimée par le fluide dégagé de la pile, sa respiration et sa cha- leur augmenteroient dans le méme rapport que la sensibilité. Une marmotte engourdie à + 79 fut placée dans un ma- nométre de méme capacité que les précédens. Cent parties de l'air respiré pendant 5 heures contenoient encore 20,40 parties oxigène. J'établis la communication en plaçant les deux fils de laiton aux póles zinc et cuivre de la pile qui se trouvoit formée de huit paires de disques. En 6 minutes le thermomètre de l'anus monta de + 7 à= 15. L'air du mano- métre pris à cette température de l'animal étoit encore com- posé de 19,75 oxigène. Mais la pile se trouvant trop forte, la marmotte fit plusieurs mouvemens en sens opposé et cassa le thermométre. Comme il ne me restoit plus que deux de ces instrumens, ce dernier accident m empécka de commencer une nouvelle expérience. Si je n'ai donc pu déterminer avec autant de précision que je l'aurois désiré, la relation qui existe entre la température D'HISTOIRE NATURELLE. 55 des marmottes et l'accélération de respiration que produit en elles le réveil de leur sensibilité, je puis du moins établir comme un fait bien constaté que leur température est en raison directe de la quantité d'oxigéne qu'elles absorbent dans le même temps. En partant en effet des expériences que je viens de décrire, la température des milieux, les capacités des manomètres étant égales ainsi que les temps employés, on trouve que dans la première expérience, par exemple, si les températures étoient exactement proportionnelles aux quantités d'oxigéne absorbé, celle de la marmotte n°. 2 devroit être 12°,70, tandis que celle indiquée par le thermomètre est 129. Or, ces nom- bres sont aussi rapprochés que peuvent l'être des détermi- nations déduites de mesures répétées huit à dix fois, et le sont beaucoup plus que la plupart des observations faites j jusqu’ à présent sur les êtres vivans. On peut remarquer, en général, chez tous les mammifères dormeurs, qu'il ne faut point une excitation aussi forte pour les réveiller pendant les premiers jours de leur sommeil que lorsque celui-ci dure déjà depuis quelque temps. Dans les dix à douze premiers jours de l'engourdissement des mar- mottes, de simples cris suffisent pour les en retirer. Cet état léthargique dure ordinairement à son maximum pendant quatre mois, et il décroit ensuite graduellement jusqu'à ce qu'il soit tout-à-fait terminé par le réveil de l'animal. Une des observations les plus curieuses sur la respiration seroit donc d'examiner cette fonction à toutes les époques de l'en- gourdissement , et depuis le moment oü la marmotte com- mence à se rouler en boule, jusqu'à celui où elle fait les 56 : ANNALES DU MUSÉUM premiers pas aprés son réveil. J'avois projeté ces expériences et je m'en proposois encore un grand nombre pour. com- pléter autant que je le pourrois l'histoire du sommeil hivernal \ lorsque différentes circonstances m'ont forcé de renoncer momentanément à ce travail. S'il n’est pas déjà terminé par le Mémoire auquel l'Institut national a décerné le prix, il le sera sans doute bientót par les observations de M. Maugili qui s'occüpe depuis long-temps du méme sujet. Sans nous étre communiqués nos travaux mutuels, j'ai eu l'avantage de me rencontrer dans plusieurs circonstances avec cet estimable professeur de Pavie. La publicité que ses observations ont reçue me dispense de les citer à l'appui des miennes; mais je n'en dirai pas autant de celles de Spallanzani que M. Sennebier a publiées récemment, parce que je pense qu'en général on ne peut avoir confiance aux expériences annoncées par cé naturaliste, qu'autant qu'elles auroient été confirmées par d'autres observateurs. Cette assertion paroitra sans doute ex- traordinaire à ceux qui n'ayant point connu personnellement l'abbé Spallanzani, ignorent encore la manière dont il faisoit ses expériences. D'un autre côté, m'étant occupé pendant plusieurs mois de vérifier tout ce qu'il a dit sur la respiration des différentes espéces d'hélix et sur l'action que l'animal mort exerce encore sur l'air atmosphérique tant par lui-méme que par son enveloppe, j'ai presque toujours obtenu des résultats : contraires à ceux quil annonce , quoique j'aie opéré d'ailleurs d'une manière beaucoup plus rigoureuse qu'on ne pouvoit le faire de son temps, D'HISTOIRE NATURELLE. 57 SUR LES CYMOPHANES : DES ÉTATS-UNIS. PAR M. HAUY. Ds tous les Traités de Minéralogie qui ont été publiés jusquici, on s'est borné à indiquer d'une maniére générale les pays d’où l'on tiroit les cymophanes, tels que le Brésil et ile de Ceylan (1). Mais nous ignorons dans quelles parties de ces contrées elles ont été produites, et quelles sont les substances qui leur y servent d'enveloppe ou de support. J'ai acquis, par rapport à un autre gisement de la cymo- phane, des connoissances plus précises, à l’aide d'un morceau qui m'a été envoyé l’année dernière par M. Bruce, savant trés-distingué, et professeur de Minéralogie à New-York. C'étoit un fragment d'une roche qui se trouve dans le Con- necticut, et qui renferme des cristaux translucides d'un jaune verdâtre, sur lesquels M. Bruce désiroit avoir mon avis. La roche qui leur sert de gangue est composée de féld-spath blanc, de quarz gris, de talc blanchâtre, en trés- petite quantité, et de grenats émarginés, où les faces primitives sont si peu sensibles que l'on seroit tenté de rapporter ces grenats à la - variété trapézoidale. Cette roche pourroit étre associée à la (1) On avoit conjecturé qu'il-en existoit près de Nertschink en Sibérie. 18. 58 ANNALES DU MUSÉUM variété de granite qui contient accidentellement des grenats, si l'on adoptoit une opinion que certaines observations sem- blent favoriser, savoir que le mica et le tale sont des modi- fications d'une même espéce de minéral (1). Mais si l'on s'en tenoit à la distinction admise jusqu'ici entre ces deux miné- raux , et qui est d'ailleurs plus conforme aux résultats de l'ana- lyse,:et si la roche dont il s'agit constituoit des masses assez considérables pour mériter une place dans la méthode géo- logique, elle y formeroit une nouvelle espèce, à laquelle il faudroit donner un nom particulier. : Ayant détaché quelques-uns des cristaux dont j'ai parlé, pour les soumettre aux expériences propres à en développer les caractères, j'ai trouvé que leur pesanteur spécifique étoit de 3,7 , et qu'ils rayoient fortement le quarz et sensiblement le spinelle. De plus, en observant leurs fragmens à la lumiére, J y ai reconnu trois joints naturels perpendiculaires l'un sur l'autre. La cassure qui a lieu dans les autres sens est tantót inégale et presque sans éclat, tantót légèrement vitreuse. Les divers caractères que je viens de citer, abstraction faite du defnier, qui, en général, est trés-variable, conviennent à la cymophane. s 2: p ` Mais pour mettre hors de doute le rapprochement déjà in- diqué avec une grande vraisemblance par ces caractéres, i] falloit encore s'assurer, par l'observation des formes cristal- lines, que la molécule des cristaux dont il s'agit avoit les mémes dimensions que celle de la cymophane. La manière (1) Voyez le Tableau comparatif des résultats de la Cristallogr. et de l'analyse chimique relativement à la classification des minéraux, p 253. - D'HISTOIRE NATURELLE. 59 dont. ces cristaux sont engagés dans le feld-spath ne permet- tant pas d'en mesurer les angles, ni même de reconnoitre la formé à laquelle ils se rapportent, je suis parvenu à en isoler un qui offre assez de faces pour qu'il soit facile de suppléer à ce qui lui manque, et des fragmens de quelques autres à l'aide desquels j'ai déterminé les incidences de certaines faces qui étoient trop petites sur le premier pour se préter à des mesures précises. La forme à laquelle j'ai été conduit, en par- tant de la molécule de la cymophane, et dont on voit la pro- jection ( Pl. 4, fig. 1), est celle d'un prisme à huit pans terminé par des sommets à quatre faces pentagonalés. Elle présente une nouvelle variété de cymophane dont le signe rapporté à la forme primitive (fig. 2) est; M^G G^ T A* FA, et à la- Mis Li quelle j'ai donné le nom de cymophane dioctaèdre. Voici les mesures de ses principaux angles. Incidence de M sur T, 90d ; de M sur s, 1254 16; de T sur s, 1444 44'; de M sur f, 1174 56'; de T sur f, 1164 12'. Angles plans de hexagone M; ils sont tous de 1204. Cette variété diffère de la cymophane annullaire ( fig. 3), par l'absence des faces z, et en ce que les faces o, o, qui résultent de la loi A* *A sont remplacées par d'autres faces Ja F (fig. 1) dont l'exposant est la moitié du précédent. x = La cymophane des Etats-Unis le cède de beaucoup à celle du Brésil, par les qualités qui rendent une pierre propre à être taillée pour l'ornement, comme la transparence, l'éclat et l'agrément de la couleur. Elle ne pourroit passer dans le commerce qu'autant qu'on en trouveroit des cristaux doués a” 6o ANNALES DU MUSÉUM de ce-genre de perfection qui a fait donner à la cymopliane du Brésil , par les lapidaires, le nom de chrysolithe orientale. Les résultats de mes observations et de mes calculs relati- vement à la détermination de la nouvelle variété que j'ai décrite plus haut, m'ont rappelé la comparaison que j'avois faite, dans mon Traité de Minéralogie (1), de la cymophane et du corindon. Comme la variété dont il sagit ajoute de nouvelles analogies à celles que'j'avois indiquées entre ces deux minéraux, j'ai cru qu'il ne seroit pas inutile de revenir ici sur cet objet, et d’insister sur les caractères distinctifs, qui font disparoitre l'espéce d'illüsion que tendroient à produire _ces mêmes analogies. | La pesanteur spécifique de la cymophane, qui est d'environ 3,8 dans la variété du Brésil, et de 3,7 dans celle des Etats- Unis dont le tissu paroit moins serré, se rapproche beaucoup de celle du corindon qui varie depuis 3,9 jusquà 4 à peu prés. Les différences n'excédent pas celles que présentent certains corps qui appartiennent évidemment à une espéce unique. La dureté est sensiblement la méme dans les deux pierres. La forme du prisme hexaédre régulier, que présen- tent quelquefois les cristaux de corindon, se retrouve dans la variété de cymophane (fig. 4) que jai nommée anamor- phique. De plus, l'incidence de M sur f, dans la variété dioc- taèdre (fig. 1), et qui est, comme je l'ai dit, de 1174 56', établit une nouvelle relation entre la cristallisation des deux substances. Dans la variété de corindon nommée addrfipe: et qui est représentée ( fig. 5 ), si l’on fait abstraction des faces P, * (1) Tome II, pag. 495. D'HISTOIRE NATURELLE. 61 on aurà un prisme hexaèdre régulier dont les arètes autour des bases seront remplacées par des facettes 7, 7. Or l'inclinai- son de ces facettes sur les bases o, est de 1194 13', c'est-à- dire, qu’elle n'excéde que de 14 17' l'incidence de f'sur M (fig. 1 ). A la vérité les facettes r, x (fig. 5) sont au nombre de six dans le corindon, tandis que dans la cymophane (fig. 1) les facettes f^, seulement au nombre de quatre, se trouvent séparées par les faces s dont les inclinaisons sont différentes. Mais si au décroissement °G G? qui donne ces facettes, on substitue le décroissement G GË, qui n’est pas hors des li- mites entre lesquelles sont renfermées les lois de la struc- ture (1), les faces qui en naitront seront inclinées sur M pré- cisément de la méme quantité que les faces f^, f, c'est-à-dire de 1174 56' , et en rétablissant les faces 7, 7 (fig. 4), on auroit -un solide que l'on pourroit considérer comme un prisme hexaèdre régulier, dont les faces M, qui représenteroient les bases, seroient entourées de six facettes obliques, inclinées dé la méme quantité que les facettes correspondantes sur le corindon soustractif, avec une différence assez légère pour échapper au gonyomètre, sur des cristaux d’un aussi petit volume que le sine ordinairement ceux qui appartiennent -au corindon et à la cymophane. Ainsi la comparaison des - formes cristallines relatives aux deux substances peut être , présentée sous un point de vue d'autant plus séduisant, que les motifs qu'il sembleroit offrir de leur rapprochement se- (1) L'exposant de ce Do nn est la moitié de l'exposant 2. qui a lieu par . rapport aux faces z, z de la variété isogone, Traité de Minér al. , tom. lI, pag. 494, ` pl. XLIII, fig. 28. 62 |J ANNALES DU MUSÉUM roient conformes aux indications de la pesanteur spécifique et de la dureté, caractères dont la réunion avec celui qui se tire de la forme avoit paru si décisive à Romé-de-l'Isle, qu'il a composé un ouvrage particulier dont le but est de prouver qu'il n'existe point dans la nature deux substances intrinsé- quement différentes, qui aient à la fois la méme forme cris- talline, la méme pesanteur spécifique et la méme dureté (1). Maintenant si l'on compare les résultats des analyses de la cymophane et du corindon, on trouve d'abord que le prin- cipe dominant est de part et d'autre l'alumine, dont la quantité, dans les seuls cristaux de cymophane analysés jusqu'ici, a été de 71,5 sur 100, et a varié, dans les divers morceaux de co- rindon soumis à la méme opération, depuis 84 jusqu'à 98,5. La cymophane a donné de plus 18 de silice, 6 de chaux, avec une petite quantité de fer. M. Klaproth n'a point trouvé de silice dans le corindon bleu dit saphir oriental, et n’a retiré de ce minéral que 0,5 de chaux. Mais M. Chenevix, qui a fait avec beaucoup de soin l'analyse du saphir et celle du corin- don rouge dit rwbrs oriental, a trouvé dans le premier 5,25 de silice, et dans l'autre 7 de la méme terre (2). Or, si l'on fait attention que les cymophanes du Brésil, du nombre des- quelles étoient les cristaux dont M. Klaproth a déterminé la . composition, ont en général une teinte laiteuse qui offusque leur transparence , et qui dans un assez grand nombre de ces pierres est mêlée de bleuâtre, et produit ces reflets chatoyans (1) Des Caractères extérieurs des Minéraux, Paris, 1784. (2) M. Vauquelin a retiré du corindon granulaire ( vulgairement émeril) en- viron 15 parties de silice, et 2 de chaux. Mais on sait que de toutes les variétés de corindon , celle-ci est la moins pure. D'HISTOIRE NATURELLE. 63 qui semblent flotter dans leur intérieur, on pourra douter ` que les cymophanes dont il s'agit fussent assez pures pour que le résultat de leur analyse représente exactement le type de la composition. Mais en admettant méme les différences qu'offre cette ane- lyse relativement à celle du corindon, on voit que l'alumine a de part et d'autre une grande prédominance, et que la silice, dont la quantité est environ le quart de celle de l'alumine dans la cymophane , s'est retrouvée, en proportion sensible , dans des corindons transparens, en sorte que la comparaison dont il s'agit semble plutôt indiquer avec vraisemblance la: séparation des deux minéraux que l'établir avec une entière certitude. J'ai maintenant à prouver qu'un examen approfondi des formes cristallines de ces mémes minéraux ne laisse aucun lieu de douter qu'ils ne constituent deux espéces essentielle- ment distinguées l'une de l'autre. ^ La forme primitive du corindon est un rhomboide (fig. 6) ün peu aigu, dans lequel, en prenant la limite la plus simple qui s'accorde avec les mesures des angles des cristaux secon- daires, déterminée conformément aux lois les plus simples “de décroissement, on trouve pour le rapport des diagonales celui de [/15 à /17, ce qui donne 864 38' pour l'incidence de deux faces P, P situées autour d'un méme sommet. Dans la cymophane on a trois joints naturels perpendiculaires l'un sur l'autre, ce qui indique d'abord pour la forme primitive un parallélipipède rectangle. Mais il reste à savoir si ce paral- lélipipede est un cube, ou si c'est un prisme droit à bases carrées, ou si toutes ses faces sont des rectangles. 64 ANNALES DU MUSÉUM Or, en examinant avec attention ses formes secondaires, on s'aperçoit que les décroissemens qui les donnent n'agissent pas de la méme manière sur les quatre bords de chacune des faces primitives. Ainsi à l'égard de la face T (fig. 2), les dé- croissemens qui ont lieu parallélement aux bords G, G’, pro- duisent des facettes dont les inclinaisons différent de celles des facettes qui naissent des décroissemens relatifs aux bords B, D'. D'une autre part, les deux bords B, B considérés sur la face P, subissent des décroissemens, tandis que les deux autres bords C, C; restent libres. Enfin les bords G, G, considérés sur la face M sont remplacés chacun, tantôt par une et tantôt par deux facettes, tandis qu'on n'en voit aucune à la place des bords C. Ces observations annoncent déjà que c'est le troisième cas qui a lieu, c'est-à-dire, que la forme primitive est un parallélipipède dans lequel les trois faces P, M, T sont des rectangles qui different entre eux, ou, ce qui revient au méme, que les trois dimensions-C, B, G du parallélipipède ont des longueurs différentes. La théorie détermine ensuite le rapport de ces dimensions, toujours d'aprés le principe de la plus grande simplicité des décroissemens, et l'on trouve que ce rapport donne pour les expressions de C, B, G, les nombres 1/6, 3, V3. La conformation générale que pré- sentent les cristaux secondaires, et qui peut être assimilée à ce qu'on appelle communément le port dans les animaux et dans les végétaux, participe des caractères géométriques des formes primitives dont ils dérivent. Les cristaux de corin- don se trouvent, pour ainsi dire, dans leur attitude naturelle, < lorsqu'on les place de manière que l'axe du rhomboide qu'ils renferment comme noyau soit dirigé verticalement, Dans ce D'HISTOIRE NATURELLE. 65 cas les pans s, $, du prisme hexaédre régulier (fig. 5) qui naît du décroissement D (fig. 6), ont eux-mémes une posi- tion verticale ; les faces o (fig. 5) qui font la fonction de bases sont horizontales, et les facettes 7, 7, sont situées sous des degrés égaux d'obliquité relativement à l'axe. Le rhomboide qui fait ici l'office de noyau, fournit par lui- méme un indice de sa position naturelle qui exige que son axe, c'est-à-dire la ligne qui passe par les deux angles solides composés de trois angles plans égaux, ait une direction ver- ticale. Il n’en est pas de méme du parallélipipéde rectangle qui représente la forme primitive de la cymophane; ce solide ayant trois axes dont chacun passe par les centres de deux faces opposées, il semble d'abord qu'il n'y ait aucune raison de choisir plutót l'un que l'autre, pour déterminer l'aspect natu- rel du parallélipipède, d’après la position verticale de cet axe. Mais lorsqu'on a sous les yeux l'ensemble des formes secon- daires, on s'apercoit que les parties qui répondent à la face P et à son opposée se rapprochent, en général, de la forme pyramidale, tandis que dans le sens latéral, les facettes addi- tonnelles qui remplacent les bords G, G, favorisent l'idée que le travail de la cristallisation se rapporte à l'axe qui passe par le centre des faces P, et qui doit être situé verticalement pour que l'oeil soit satisfait. | Par une suite de cette même relation, l'hexagone M (fig. r et 4) qui a, comme je l'ai dit, tous ses angles de 1 20d, s'allonge dans le sens de l'axe dont j'ai parlé, ainsi que le représentent les figures, en sorte que dans le cristal considéré comme prisme hexaèdre, les pans T sont eux-mémes plus allongés que 18. 66 ANNALES DU. MUSÉUM les pans Z qui se trouvent dans un cas différent, les premiers étant parallèles à deux faces du noyau, et les deux autres - étant le résultat d'une loi de décroissement. Au contraire, dans le corindon prismatique, les côtés de la base tendent vers légalité, la méme tendance ayant lieu par rapport aux pans qui sont tous dans des cas semblables, comme étant produits Len la méme loi de dééroissement. On doit conclure de ce qui Abs que les formes élé- mentaires de la cymophane et du corindon, non-seulement différent trés-sensiblement entre elles, parles mesures de leurs angles , et par le rapport de leurs dimensions, mais qu elles sont même irréductibles l'une dans l'autre, et incompatibles dans un méme système de cristallisation. Les analogies que présentent certaines variétés prises dans les deux espèces ne sont qu'accidentelles, et disparoissent de- vant les contrastes qui s'opposent d'ailleurs au rapprochement des formes. Par exemple, dans la variété qui est l'objet de cet article, on ne voit qu'une partie des faces du prisme hexaèdre régulier qu'offre la variété (fig. 4); il manque les faces z, z pour le compléter. Au contraire dans les cristaux de corindon, les faces du vo hexaédre régulier se montrent ou man- quent toutes à la fois. Les faces 4, s, (fig. 1) de la méme va- riété de cymophane, ont des inelinaisons différentes sur les hexagones M, de celles des faces f, f. Au contraire dans la ‘variété de corindon représentée (fig. 5), toutes les faces r _ sont inclinées de la méme quantité sur hexagone o, par une "suite de la similitude avec laquelle agissent nécessairement les lois de décroissement qui produisent ces faces, tandis que D'HISTOIRE NATURELLE. 67 celles qui font naître des faces correspondantes sur la cymo- phane ne sont point astreintes à la même symétrie. Quelques personnes demanderont peut-être à quoi tend la discussion précédente, puisque de tous les temps la cymo- phane a été regardée comme: une espèce distinguée du corin- don, et que la séparation de ces deux minéraux a même pré- cédé les résultats de leurs analyses. Mais sans entrer ici dans un plus grand détail, je me contenterai de remarquer que les caractères qui ont décidé les premiers observateurs, sur la séparation dont il s’agit, étoient de ceux qu’on appelle ex- térieurs , et que c'est en se dirigeant d’après des caractères du même genre, que les minéralogistes étrangers partagent en- core aujourd'hui le corindon en plusieurs espèces, sur les- quelles méme ils ne s'accordent pas entre eux, les uns réunis- sant sous le nom de saphir les corindons hyalins bleu et jaune, et faisant'une espèce séparée de celui qui est rouge et qu'ils appellent rubis , tandis que d'autres considèrent ces différentes pierres comme une seule espéce qui est leur saphir, à la suite duquel ils placent deux nouvelles espèces prises parmi les varié- tés du corindon harmophane, savoir : le korund et le diamant spath (1). Cependant, il est bien démontré aujourd'hui , que tous ces minéraux ne constituent qu'une seule espéce; puis- que leurs molécules intégrantes sont semblables; qu'ils ont des formes secondaires communes, et que celles qui sont par- üculières à tel minéral, sont produites par des lois de décrois- sement dépendantes de la méme forme de molécule; qu'ils (1) Dans les mêmes Méthodes, la variété de corindon qu'on appelle communé- ment émeril forme encore une espèce particulière, sous le nom de smirgel. Voyez le Tableau Comparatif, etc., pag. 3o. | 9* 68 ANNALES DU MUSÉUM ne différent pas sensiblement par leur dureté et par leur pé- santeur spécifique, et qu'enfin ils ont tous la double réfraction dans le méme sens. On voit, par ce seul exemple, combien il est peu sür de s'en rapporter uniquement, pour la classi- fication des minéraux, aux caractères extérieurs, dont le mé- rte, qui ne peut d'ailleurs étre contesté, se borne à nous familiariser avec toutes les modifications d'un minéral sus- ceptibles d'affecter nos sens, et à nous faciliter les moyens de le reconnoitre partout où il se présente de nouveau. Ainsi le vert jaunâtre (vert d'asperge des Allemands), qui est la couleur ordinaire de la cymophane du Brésil, devient, sur- tout lorsqu'il est joint à des reflets d'un blanc bleuâtre, un caractère auquel un œil exercé distingue facilement cette pierre, méme lorsqu'elle est taillée par le lapidaire: Cependant, déjà la cymophane des Etats-Unis présente un ton différent de couleur où le vert en général domine davantage et passe quelquefois au vert-obscur. J'avoue qu'en voyant pour la première fois dans la roche du Connecticut des cristaux de cette substance, qui s'offroient sous la forme de lames d'une certaine étendue , et en considérant la couleur de ces lames, leur éclat et toutes les apparences qui composent ce qu'on ap- pelle le facies , je présumai qu'elles pourroient bien être des lames de corindon analogue à celui du Bengale, et ce n'est qu'après avoir étudié leur structure, que l’idée qui m'avoit été suggérée par les premières apparences, s'évanouit pour faire place à la conviction que j'avois entre les mains une nouvelle variété de cymophane. Ainsi la classification de la cymophane, comme espèce dis- tincte, avoit été amenée par une application des caractéres £z D'HISTOIRE NATURELLE. ` 69 extérieurs qui n'étoit qu'heureuse, et avoit besoin d’être vé- rifiée par d'autres caractères, susceptibles d'une détermina- tion précise; etcela d'autant plus, qu'un examen des formes, qui n'eut pas été assez approfondi, pouvoit faire présumer entre la cymophane et le corindon un rapprochement que les indications de la dureté et de la pesanteur spécifique au- roient paru confirmer. J'ajoute que, dans l'état actuel des choses, les caractères extérieurs eux-mêmes sollicitoient eette vérification, puisque la cymophane des Etats-Unis, considé- rée sous le point de vue de ces caractères, semble former entre la variété du Brésil et certaines variétés de corindon, une nuance intermédiaire capable d'effacer, au moins en parue, les différences qui, dans l'origine, séparoient ces deux mi- néraux l'un de l'autre. 70 ANNALES DU MUSEUM MÉMOIRE ANATOMIQUE SUR UNE NOUVELLE ESPÈCE D'INSECTE Du Genre BRACHINE. PAR M LÉON DUFOUR, Médecin au 3°. Corps de l'Armée française en Espagne. Qoo: d'habiles observateurs aient déjà étudié et fait connoitre l'anatomie de quelques insectes, il n'en est pas moins vrai que, par rapport à la prodigieuse variété de ceux-ci, lEntomologie considérée sous ce point de vue est encore une science à son berceau. Depuis long-temps les savantes lecons du professeur Cuvier sur l'anatomie comparée m'a- voient porté à former le projet de confirmer par l'étude des organes intérieurs les familles naturelles des insectes établies si heureusement par Latreille , sous les yeux duquel j j ai appris à en distinguer les traits extérieurs. J'ai déjà fait sur ce point quelques recherches qui me font espérer des résultats satis- faisans, et je me propose de les poursuivre. Les circonstances dans lesquelles je me trouve ( en Espagne et au service de l'armée) m'exposent, sans doute, à donner comme nouvelles des choses peut-étre déjà publiées, mais dont je n'ai point connoissance; je crois néanmoins qu'en D'HISTOIRE NATURELLE. 71 pareille matière la confirmation de certains faits appuyée par des faits analogues ou par les mêmes observations répétées, vaut presque une découverte. Le genre Brachine appartient à la tue famillé des Carabes. Il se distingue de ceux qui l'avoisinent, non-seule- ment par la forme générale du corps et par les caractères pris de la bouche, mais encere par la faculté qu'ont toutes ses espéces de produire par l'anus une explosion avec bruit et fumée. Il forme le type des Bornbardiers. L'espèce que je vais décrire est la plus grande de celles qui ont été décou- vertes en Europe. Son analogie parfaite, soit par ses carac- téres extérieurs, soit par ses habitudes avec les autres espèces de ce genre, ne permet point de douter de la méme confor- mité pour les détails anatomiques. Je divise ce Mémoire en ce qui est relatif à la decidi purement entomologique et en ce qui concerne l'anatomie, CHAPITRE Ie. DESCRIPTION ENTOMOLOGIQUE. Brachine tirailleur. Brachinus displosor. (Voy. pl. 5,fig. E Apterus, ater ; thorace rubro, anguste truncato, cordato; elytris sulcatis , impunctatis , abdomine brevioribus , trun- catis. Tête entièrement noire, mais, dans quelques individus, offrant vers son milieu un point d'un brun rougeàtre. Une dépression oblongue de chaque os de la face, près de lin- sertion des antennes. Celles-ci, à l'exception des deux pre- miers articles, revétues d'un duvet roussátre. Palpes bruns. 72 ANNALES DU MUSÉUM Corcelet rougeàtre , à peine plus long que la tête, de même largeur qu’elle, bien plus étroit que l'abdomen, de la forme d’un carré oblong, un peu dilaté antérieurement. Bords latéraux légèrement réfléchis, arrondis en devant,” droits dans le tiers postérieur; bord antérieur en segment de cercle, le postérieur droit. Sa sur face glabre, lisse, légère- ment convexe, avec une ligne médiane MEC et une légère dépression près des angles postérieurs. Écusson petit, court, triangulaire, noir. Abdomen ovoide. Elytres d’un noir profond, mat, RE marquées chacune de neuf sillons assez profonds, parallèles, dont des deux extérieurs plus larges offrent, à la loupe, quel- ques légères aspérités, formées par des points saillans. Extré- mité postérieure de ces élytres largement tronquée , laissant à découvert les trois derniers anneaux de l'abdomen. Ceux- ci finement pointillés , couverts d’un duvet court, y ferrtgis - neux. Point d'ailes. Pattes de moyenne longueur, noires. Les cuisses òffrant des séries longitudinales irrégulières de points enfoncés. Les jambes et les tarses revêtus d'un stayer ferrugineux, soye, luisant. ` Il a de six à sept lignes de longueur. Il habite sous les pierres ou les tas de plantes pourries dans les terrains secs et élevés de la Navarre, de l'Arragon, et de la Catalogne. Lorsque cet insecte est découvert dans sa retraite, il lance avec explosion par lanus une fumée blanchâtre, d'une odeur forte et piquante, qui à la plus grande analogie avec celle qu'exhale l'acide nitrique. Cette fumée est une vapeur caus- tique qui produit sur la peau la sensation d'une brulüre, y D'HISTOIRE NATURELLE. 73 forme, sur-le-champ ; des taches rouges qui passent promp- tement au‘brun et persistent plusieurs jours, malgré qu'on se lave souvent. Elle rougit aussi le papier blanc. Ce brachine, pressé, inquiété , peut fournir à dix ou douze décharges bien conditionnées; mais aprés qu'il a été fatigué, l'explosion avec bruit n'a plus lieu, et au lieu de fumée il ne peut plus répandre qu'une liqueur jaune, quelquefois bru- nâtre, qui se fige à l'instant sous forme d'une légère croüte et qui observée immédiatement aprés son émission laisse échapper des bulles d'ait comme si elle fermentoit. Il a la faculté de diriger sa fusée dens tous les sens, à raison de la mobilité particuliére des Ris ae GAME de labdomen, qui, comme je l'ai dit, ne sont point recouverts par les élytres. Ainsi, l'irrite-t-on en dessous du corps? il courbe en bas l'ex- trémité de son ventre et lance entre les pattes sa fumée caus- tique. Sent-il que c'est sur le corcelet qu'on l'inquiéte? il réfléchit l'anus en dessus et la surface de ses élytres est bien- tótsoupoudrée d’une poussière sulfureuse déposée par le petit nuage. 4 La nature a donné à cet insecte la faculté de produire et d'expulser cette fumée pour le défendre contre ses ennemis, soit en se dérobant à leur poursuite à la faveur du peut nuage, soit en les effrayant par le bruit, soit enfin en les pi- quant par la causticité de cette vapeur. Remarquons qu’elle est commune aux deux sexes. à 18. 1Q ANNALES DU MUSEUM E CHAPITRE IL DESCRIPTION ANATOMIQUE. SI Le Si l’on veut donner aux descriptions de ce genre ce carac- tère de vérité incontestable, qui seul doit en faire le mérite, il est essentiel de multiplier ses recherches. Comment se flatter en effet-de saisir à un premier et méme à un second examen ce qui a rapport à la forme, à la situation, à la structure d'or- ganes de cette petitesse? Ces qualités ne varient-elles point d'ailleurs suivant l'état de contraction ou de dilatation des organes, comme on le verra dans le cours de ce Mémoire. Pour bien voir il faut plus d'exercice que l'on ne pense. Ce que je vais dire relativement au #rachine tirailleur, je Yai constaté par la dissection de plus de trente individus. Je parlerai successivement de l'organe qui sert à la produc- tion de la fumée, de celui de la digestion, et de celui de la génération dans les deux sexes. ARTICLE T. ORGANE QUI PRODUIT LA FUMÉE. ( Voy. fig. 2.) 1l devenoit curieux de connoitre comment s'opéroit cette singuliére explosion de fumée, et aprés des recherches d'abord infrüctueuses ou douteuses, je suis enfin parvenu à le dé- couvrir. Cet appareil est double, c’est-à-dire qu'il y en a un de chaque côté dans la cavité abdominale. Il consiste en deux corps très-distincts dont l'un est, à proprement parler, l'organe préparateur , et l'autre l'organe conservateur ou le réservoir. 19. L'organe préparateur est situé plus intérieurement dans l'abdomen. Il se présente sous deux aspects entièrement D'HISTOIRE NATURELLE. 75 différens, suivant qu'on l'observe dàns l'état de contraction ou dans celui de dilatation. Dans le premier cas, c'est un corps blanchátre, irréguliére- ment arrondi, un peu déprimé, d'une consistance molle et d'une apparence glanduleuse , placé sous les derniers anneaux del'abdomen. Lorsqu'on lesouléve avec précaution au moyen d'une pince, on voit que d'une part il s'abouche immédiate- ment dans le réservoir, et que de l'autre il se termine en un filet blanchâtre très- long, d'une extréme ténuité, que l'on prendroit d abord pour un filament formé accidentellement par le tissu cellulaire ou pour une des nombreuses trachées qui se répandent sur les viscéres. Je me suis convaincu par des recherches réitérées que cefilet existe constamment. C'est un conduit particulier qui apporte, sans doute, dans cette espéce de corps glanduleux les matériaux de sa sécrétion. Dans le second cas l'organe préparateur est si différent de ce qu'il est dans le premier, que l'on ne pourroit croire que , c'est le méme, si l'observation répétée n'en eut donné la cer- titude. Je l'ai trouvé gonflé par de l'air et occupant alors toute l'étendue de l'abdomen. C'est un sac oblong, membra- neux, diaphane, qui paroit libre, excepté à l'endroit où il s'abouche avec le réservoir. .39. L'organe conservateur ou le réservoir consiste en un corps sphérique, de la esp d’une ini de navet, d'une couleurbruneourougeàtre, d'une papyracée, d'une forme constante, creux intérieurement, placé sous le dernier anneau dorsal de l'abdomen, justement au-dessus du rectum, et s'ouvrant à côté de l'anus par un pore. Il est contigu avec celui du cóté opposé, mais l'un et l'autre sont bien — 10 * 76 : ANNALES DU MUSÉUM. Je les ai trouvés enduits intérieurement de la méme croüte “qui se fige sur le dos, lorsque l'animal, fatigué par des explo- sions répétées; n'émet plus qu'une matière liquide. Un tube membraneux, extrémement court, ayant sans doute son muscle sphincter soumis à la volonté de l'insecte, sert à ex- pulser la fumée. THER Je m'abstiens d'expliquer le mécanisme de cet appareil singulier jusqu'à ce que l'étude d'organes semblables dans d'autres insectes ait éclairé mes idées à ce sujet. Je remarque seulement que voilà des capsules à peu prés analogues aux poches qu'on observe dans certains quadrupèdes de l'ordre des carnassiers. eios fs Jai trouvé aussi dans plusieurs carabes et dans les blaps des organes semblables à l'organe préparateur du brachine , mais jamais gonflés par de l'air. On sait que ces insectes, lors- ^ qu’ils sont menacés de quelque danger, répandent par des . pores placés soit à l'extrémité , soit aux cótés de l'abdomen, une liqueur ácre et caustique. ; Anricce IL OnGaxe DE rA miérsriox. ( Voy. la fig. 3.) Le tube digestif de ce brachine a à peu près deux fois la longueur de tout.le corps. Il commence par un œsophage droit, cylindrique, occupant la longueur du corcelet. Puis vient l'estomac proprement dit qui est logé dans la poitrine et dont la contexture particulière se présente sous deux as- pects différens, suivant que cet organe est dilaté ou contracté. Dans le premier cas, surtout lorsqu'il est gonflé par de Fair, . il forme un petit ballon ovoïde, parcouru d’un bout à l'autre par des lignes longitudinales assez distantes, dont les inter- D'HISTOIRE NATURELLE. 77 valles légèrement convexes lui donnent de la ressemblance avec un melon à côtes. Ces intervalles offrent une multitude de lignes transversales, courtes et blanchâtres. Quelquefois il est tellement dilaté que toutes ces lignes s effacent. Dans le second cas, c'est-à-dire lorsque l'estomac est contracté ou qu'il contient peu d'alimens, ses parois sont épaisses et leur surface est ridée, verruqueuse , granuleuse. Les petites lignes transversales dont je viens de parler étant devenues plus courtes par la contraction de l'organe, rendent convexe l'es- pace qui les sépare. Comme ces espaces sont situés tous à la file l'un de l'autre et que les lignes longitudinales en séparent les séries, l'organe a une ressemblance singuliére avec un épi de mais garni de ses grains. Une ligne aprés l'estomac se présente un petit renflement presque globuleux, constant distinct de l'estomac et de l'in- testin par un étranglement. H est formé d'une membrane mince et lisse qui ne paroit point musculeuse comme celle de l'estomac, ni hérissée de petites papilles comme l'intestin qui le suit. Ce dernier est un tube cylindrique, couvert de papilles superficielles très-apparentes à la loupe , et qui lui donnent l'aspect chagriné. Cet intestin fait une circonvolution sur lui-même, et avant de se terminer à l'anus par ün rectum d’une ligne de longueur, il forme un renflement semblable ` pour sa forme, sa grandeur et sa structure, à l'estomac. D'autres genres de la famille des carabes m'ont offert la ` méme forme et la méme structure d'organe digestif. AnricLE IIS ORGANES DE LA GÉNÉRATION. - Jl n'est pas besoin de mettre à découvert les organes de 78 | ANNALES DU MUSÉUM la génération pour établir dans cet insecte la différence des sexes. Ceux-ci se distinguent à l'extérieur par deux caractères constans et faciles à à explorer : 10. par la forme des tarses an- térieurs, ce qui est connu depuis long-temps et commun à plusieurs autres insectes. Dans le mâle, les trois premiers ar- ticles de ces tarses sont égaux entre eux, courts, plus dilatés que ceux qui les suivent, SEN que dans la femelle le pre- mier article est cylindroide et une fois plus long que le second. ' 0, Par la conformation du dernier anneau ventral de l'ab- domen qui dans le mâle est composé de trois plaques unies _ par une membrane, et dans la femelle d'une seule pièce of- frant la trace d'une ligne médiane. — Je vais examiner successivement dans les deux sexes l'or- gane préparateur et l'organe copulateur, S L Organe générateur mâle. ( Voy. fig. 4.) 10, Organe préparateur. Les testicules du brachine sont, comme ceux des autres insectes, renfermés dans l’abdomen. Ils sont constitués par deux corps cylindriques, filiformes, blanchâtres, ressemblant à deux vers. Ils ont chacun six lignes de longueur, sont plus ou moins repliés sur eux-mêmes et se prolongent jusqu'à la poitrine au milieu des viscères. Leur consistance est assez dure, presque cartilagineuse, et si on les rompt on voit qu ‘ils sont remplis d’une matière visqueuse qui peut se tirer en un très-long filet, lequel livré ensuite à lui- même se contourne en spirale. Cette matière écrasée entre les doigts fournit une odeur fade, spermatique. | Ces deux corps vermiformes se réunissent en un pétiole ou cordon commun d'une ligue et demie de longueur, qui avant D'HISTOIRE NATURELLE. 79 de s'aboucher dans l'organe copulateur passe au travers d'un corps blanchátre, informe, comme spongieux en dehors et presque calleux intérieurement. Voilà des testicules d'une grande simplicité constitués seu- lement par l'organe essentiel à la préparation et à l'élaboration du sperme. : 20, Organe. copulateur. Lorsque lon presse entre les doigts l'extrémité de l'abdomen, on voit sortir prés de l'anus un corps oblong, irrégulier , d'une couleur brune, d'une con- sistance cornée, c'est la verge. Ce corps assez gros relative- ment à la grandeur de l'insecte se termine par un ongle ou crochet qui s'incline sur une sorte d'apophise obtuse placée au-dessous de lui. A sa réunion au corps spongieux qui en embrasse la base, et dont j'ai déjà fait mention, la verge se prolonge latéralement en une pointe un peu crochue. Si l'on comprime la verge entre les ongles, on voit saillir par lapophise obtuse dont j'ai parlé, une partie blanche , molle, qui offre l'aspect d'un conduit membraneux renversé, du centre duquel sort une pièce particulière brune, cornée, aplatie, avec une dent ou pli de chaque côté. Cette pièce paroit destinée à se glisser dans une rainure pratiquée au- dessous du crochet qui termine la verge, et sert sans doute avec ce dernier à accrocher et fixer l'organe de la femelle pour l'acte de l'accouplement. S II Organe générateur femelle. (Voy. fig. 5.) 16. Organe préparateur. Les ovaires sont deux sacs qui, . lorsqu'ils contiennent des œufs fécondés, occupent presque toute la capacité abdominale jusqu'au corcelet. Ils sont formés So ANNALES DU MUSÉUM par une membrane extrêmement mince, diaphane. Vers la partie postérieure de l’abdomen ils sẹ réunissent en un con- duit commun d’une ligne de longueur, qui va s'aboucher dans l’organe copulateur. Les œufs sont oblongs. 20. Organe copulateur. Yl est bien plus compliqué dans cet insecte que dans la plupart des autres. Si l'on presse entre les doigts les derniers anneaux de l'abdomen afin de procu- rer l'issue des parties externes de la génération, on voit se présenter : 10, deux crochets bruns déprimés; 20. entre ceux- €i une pièce mince, aplatie, dilatée à son extrémité, qui est tronquée et échancrée ; 3o. à la base externe de chaque cro- chet on observe une espéce de disque arrondi dont le con- tour est muni de cils assez longs et distincts. Toutes ces parties sont fort petites, d'une consistance cornée et jouent les unes sur les autres. Les crochets sont les plus mobiles et c’est entre. eux et justement au-dessus de la petite pièce intermédiaire qu'est l'orifice du vagin. Cet appareil offre un corps comme po à l'endroit où le cordon commun des ovaires s'unit à lui. EXPLICATION DE LA PLANCHE. EC tirailleur mâle (Brice pour de grandeur natu- relle. - Fio. 2. — qui produit la fumée très-grossi, 2,0; L'organe conservateur, . b, &, L'organe préparateur dans les deux états. . ' e, c, Le filet qui termine l'organe préparateur, Fic, 3. Organe digestif grossi. a , L'estomac dilaté par de l'air. b, Renflement presque globulaire, c , Intestin, D'HISTOIRE NATURELLE. 81 , d, Renflement semblable à l'estomac représenté dans l'état de contrac- tion. £ Fic. 4. Organe générateur måle, très-grossi. a, a, Les testicules. b , Le pétiole ou cordon commun. c, Le corps comme spongieux qui entoure la base de la verge. d, La verge. ‘Fio. 5. Organe générateur femelle. a, a, Ovaires avec les œufs. b , Le pétiole ou cordon commun. c, c, Le corps comme spongieux qui est à la base de l'organe copulateur. d, L'organe copulateur avec les cinq pièces qui le composent. $a OANNALES DË MUSEUM ANALYSE COMPARÉE DES URINES DE DIVERS ANIMAUX. PAR M. VAUQUELIN. Ls seules urines de l'analyse desquelles les chimistes se soient jusqu'ici occupés d'une manière satisfaisante, sont celles de l'homme et de quelques-uns des grands animaux herbi- vores. Les urines des animaux carnivores et des animaux ron- geurs n'ont encore, que je sache, été examinées par personne. Cependant, si l'on reconnoit que l'anatomie comparée a beaucoup contribué à l'avancement de la physiologie, on reconnoîtra peut-être aussi que la chimie comparée peut de son cóté devenir trés-utile à cette science. Déjà l'analyse de l'urine des oiseaux a fourni des résultats assez intéressans et inattendus pour engager les chimistes à poursuivre ce travail dans toutes les classes d'animaux qui fournissent cette liqueur, afin de ne pas juger d'aprés l'ana- logie qui est souvent epe. C'est d’après cette vue que j'ai entrepris Fondiyse des urines du tigre royal, du lion et du castor dont je consigne ici les résultats en attendant que le temps me permette de pour- suivre plus loin mes recherches sur cette partie. D'HISTOIRE NATURELLE. 83 Urine de Lion et de Tigre royal. L'urine de lion et celle du tigre se ressemblent parfaite- ment en tout point, elles ont aussi quelques rapports avec Purine de l'homme, mais elles en diffèrent assez essentielle- ment à plusieurs égards importans. | . rre, Différence : elles sont alcalines au moment méme où elles sont rendues; les urines de l'homme en santé, sont au contraire constamment acides. . | 4 "ONPE PUO C'est à la présence de l'ammoniaque développée dans ces urines que doit étre attribuée l'odeur forte et désagréable qu'elles répandent au sorür méme de la vessie de cette classe d'animaux. 5e. Différence : elles ne contiennent point d'acide urique, ni aucune combinaison de cet acide avec les alcalis. Au moins, l'analyse de ces urines répétée quatre fois ne m'en a donné aucune trace sensible. | Le défaut d'acide urique dans ces urines a d'autant plus fixé mon attention que je regardois sa formation comme étant principalement due à la nourriture animale. . La 3e. différence que présentent les urines de lion et de tigre royal, est l'absence presqu'absolue de phosphate de chaux. | C’est une chose à laquelle on devoit naturellement s'at- tendre, puisque ce sel ne peut se dissoudre dans l'eau qu'à _ la faveur d'une surabondance d'acide, et que l'urine dont il s'agit ici est au contraire alcaline. : il paroît cependant que les reins de ces animaux séparent du sang une certaine quantité de ce sel, car j'en ai trouvé £^ 84 ANNALES DU MUSÉUM de légéres traces dans ces urines, et que l'ammoniaque ne se forme que dans la vessie où probablement elle précipite le phosphate de chaux, et que telle est sans doute la raison pour laquelle.les urines de ces animaux sortent presque toujours troubles de leur vessie. ! Si d'aprés cela l'on trouve jamais des calculs dans la vessie de ces animaux, ils ne pourront être formés que de phosphate de chaux, puisqu'elles ne contiennent que cette substance qui soit insoluble. | 4e. Différence : les urines de lion et de tigre ne contiennent qu’une quantité infiniment petite de muriate de soude , tandis que celles des hommes en offrent ordinairement beaucoup. | On trouve dans ces urines une grande quantité d'urée très- disposée à la cristallisation et peu colorée en général : des phosphates de soude et d'ammoniaque, du sulfate de potasse, une matière muqueuse, et une trace de fer. Ce sont là les points par lesquels les urines de lion et de tigre royal ressemblent aux urines humaines, mais elles s'en éloignent aussi, comme on vient de le voir, par"un assez grand. nombre de points pour qu'on en puisse faire une espèce par- ticulière. Elle est composée. 10, D'urée. 59, De mucus animal. 3o. Phosphate de soude. 49. — d'ammoniaque. 5o, Muriate d'ammoniaque. 60. Une trace de phosphate de chaux. 79. Sulfate de potasse en grande quantité. - LA D'HISTOIRE NATURELLE. 85 8o. Un atôme de muriate de soude. Urine de Castor. L'analyse soignée et répétée plusieurs fois de l'urine de castor m'a fait connoitre qu'elle avoit beaucoup de ressem- blance avec l'urine des animaux herbivores ordinaires. En effet, on y trouve du carbonate de chaux qui y est tenu en disolution par une surabondance d'ácide carbonique : des acides benzoique et acétique, de Purée, du muriate de soude et du sulfate de potasse, et on n'y rencontre point d'acide urique ni de sels phosphoriques. Cependant elle en différe en ce qu'elle ne contient point de muriate d'amnioniaque et qu'elle recèle une quantité no- table de carbonate et d'acétate de magnésie, qui ne se trou- vent pas, au moins en méme quantité, dans les urines des animaux herbivores. | Voici comment j'ai reconnu le carbonate de magnésie. Aprés avoir concentré à une chaleur douce une certaine quantité de cette urine, je décantai la liqueur épaissie, et je lavai avec de l'eau distillée le vase sur les parois duquel le carbonate de chaux s'étoit attaché. J ' y passai ensuite de l'acide sulfurique étendu d'eau qui produisit une effervescence écu- meuse à cause d’une matière muqueuse qu'entraine avec lui le carbonate de chaux M'étant aperçu que l'acide sulfurique avoit pris une saveur amére par cette combinaison, je fis sécher et calciner le mé- lange, puis je le lavai avec un peu d’eau, et j obuns par l'éva- poration de cette dernière, un sel qui avoit toutes les pro- priétés du sulfate de magnésie. 86 ANNALES DU MUSÉUM Voulant savoir par une autre expérience sil y avoit du inuriate d'ammoniaque dans l'urine de castor comme dans celle des autres animaux herbivores, je mis dans une portion de cette liqueur épaissie un morceau de potasse caustique, et comme l'odeur de l'ammoniaque ne se fit pas sentir méme à l'aide de chaleur, j'en conclus qu'elle ne contenoit point de muriate d'ammoniaque ; mais il se présenta un phénomène qui m'étonna, et qui me donna l'envie d'en rechercher la cause. La liqueur se prit en une masse comme gélatineuse ; soupçonnant que cet effet étoit produit par la précipitation de quelque substance terreuse, je traitai la totalité de l'urine épaissie que je possédois avec la potasse caustique, je filtrai la liqueur pour obtenir la matiére en question, et aprés l'avoir lavée et calcinée je la combinaï avec l'acide sulfurique étendu d'eau, et j'obtins du sulfate de magnésie mêlé d'un peu de sulfate de chaux. | Quoique j'aie annoncé que l'urine de castor contient de l'acétate de magnésie, cependant je n'en suis pas parfaitement sür; il seroit, en effet, possible que pendant l'évaporauon, quoique faite à une douce chaleur, il se fut formé une cer- taine. quantité d'acide acétique, et que celui-ci eut agi sur le carbonate de magnésie resté dans la liqueur à cause de sa solubilité plus grande que celle du carbonate de chaux. On reconnoit ordinairement par la couleur, l'odeur, la sa- veur etla propriété de teindre les étoffes alunées surtout, qu'a Turine de castor, l'espéce de végétal dont cet animal s'est nourri J'ai distingué très- évidemment dans celle qui nous occupe D'HISTOIRE NATURELLE. 87 la partie;colorante de l’écorce de saule, et son gardien ni'a depuis confirmé cette observation. ll y a donc des cas où certaines substances végétales peuvent passer par les voies dé la digestion et de la cireula- tion sans perdre entièrement les propriétés qui les distinguent dans leur état naturel. J'ai trouvé aussi dans l'urine de castor une quantité de fer qui m'a d'abord étonné; mais ayant réfléchi qu'on l'avoit recueillie dans un vase de fer blanc, et qu'elle contient de l'acide carbonique libre, je crois qu'on doit attribuer au vase la plus grande partie de ce métal. L'urine de castor est donc composée, . D'urée. 29. De mucus animal. 3e. De benzoate de potasse. | 4°. De carbonate de chaux et de magnésie, 50, D'acétate dé magnésie (douteux ). 6». De sulfate de potasse. 70. De muriate de potasse ou de soude. 8», De matière colorante végétale. . -— 99. Enfin d'un peu de fer. 88 ANNALES DU MUSÉUM MÉMOIRE SUR LE SQUALE PÉLERIN. PAR HENRY DE BLAINVILLE, D. M. P. Tis poisson qui fait le sujet de ce Mémoire fut pris avec deux autres individus de la méme espèce, la nuit du 21 no- vembre 1810, embarrassé dans des filets à pécher le hareng, dont il détruisit, comme on le pense bien, uue trés-grande partie; femorqué dans le port de Dieppe au moyen d'un cable attaché à la base de la nageoire caudale , et d'un bateau pécheur qui mit à cet effet toutes voiles dehors, il fut acheté par des spéculateurs, chargé encore vivant sur un charriot extrémement solide et transporté à Paris, où il arriva le di- manche suivant à 4 heures du matin, fort entier et en trés- bon état. Envoyé par M. Cuvier avec M. Rousseau, chef des travaux anatomiques du Muséum d'Histoire naturelle, pour en faire la description sur le frais, l'anatomie s'il étoit possible, et au moins en extraire les piéces les plus propres à orner le superbe Cabinet d'anatomie comparée qu'il a pour ainsi dire créé; c'est à la confiance et aux bontés dont il veut bien mnrhonorer que je dois l'occasion de ce travail fait sous ses yeux. La longueur totale de cet énorme poisson, le plus grand à . D'HISTOIRE NATURELLE. 89 ce quil me semble de tous ceux que l'on ait observés jus- qu'alors, étoit de »9 pieds 4 pouces, du bout du museau jusqu'à la ligne perpendiculaire abaissée de l'extrémité du lobe supérieur dela nageoire caudale; mais en suivant la courbure . decelle-ci elle passoit 3o pieds de quelques pouces.Sa grosseur ou sa circonférence à la racine dela première nageoire dorsale étoit de 16 pieds; son poids estimé 16 milliers (1). La forme générale du corps étoit celle d'un fuseau, c'est- à-dire, que renflé vers son milieu il diminuoit de grosseur en se portant vers les extrémités; à peu prés arrondi dans sa moitié antérieure, le diamétre vertical cependant un peu plus grand que l'horizontal, ce qui peut-étre dépendoit de la po- sition du cadavre gissant sur le flanc, il étoit d'autant plus comprimé que l'on approchoit davantage de la racine de la nageoire caudale, où la coupe verticale eut été elliptique, le grand axe étant d'un tiers environ plus grand que le petit... Dans toute la ligne dorsale on remarquoit une espéce de méplat ou mieux une gouttiére trés-peu profonde qui étoit surtout sensible dans la moitié antérieure du corps, et une caréne à base fort large et à angle solide très-obtus s'étendoit sur les parties latérales de la queue, depuis la racine de la nageoire anale jusqu'à quelques pouces au delà de celle de la nageoire caudale. — (1) L’individu décrit et figuré par Gunner, Act. de Dronth. tom. If, n'avoit que 5 orygies de long, ou 20 pieds environ; celui de Pennant, 27 pieds 4 pouces angl., ou 25 pieds 1 pouce environ de France; celui de Shaw , 28 pieds angl, ou 25 pieds 8 pouces environ de France. Enfin l'espèce quej'ai décrite dans le Journal de Phy- sique , sous le nom de Squalus peregrinus , pinna anali nulla , n'avoit dans l'état frais que 27 pieds. 18. 12 90 | ANNALES DU MUSÉUM La peau épaisse de 9 lignes environ, étoit d'une couleur presque uniforme -sur toutes les parties du corps et des na- geoires, c'est-à-dire d'un brun noirâtre, à travers lequel ` perçoit cependant dans quelques endroits, comme, par exem- ple, sur les parties latérales de la queue, une légère teinte de bleu provenant de la couleur du derme, paroissant à tra- vers les fendillures de l'épiderme. Ces fendillures irrégulières étoient presque partout verticales, beaucoup plus profondes et plus larges dans le milieu et sur les parties latérales du tronc qu'à ses extrémités et sur les nageoires, et ne faisoient pas mal ressembler la peau de ce poisson à celle de l'éléphant. L'espace demi-circulaire dans lequel se mouvoient les deux nageoires dorsales et l'anale en étoit entiérement dépourvu : àla racine de toutes les nageoires elles formoient des sillons concentriques plus profonds qui sembloient être le résultat des mouvemens de ces parties : en avant des nageoires pectorales elles étoient dirigées d'avant en arrière : le bout du museau ainsi que la face interne des appendices génitaux en étoient totale- ment dépourvus : ces parties n'offroient non plus aucun des petits aiguillons pointus recourbés d'une demi-ligne de hauteur environ qui recouvroient tout le reste de la peau, dirigés irrégu- lie: t dans tous les sens, en sorte que dans quelque direction quel on | promenát la main dotas. elle étoit facilement écorchée. La tête proprement dite, sans y comprendre la cavité bran- . chiale, étoit petite et conique : le museau très- court, assez obtus, relevé à son extrémité, étoit parfaitement lisse et percé d’un assez grand nombre de pores arrondis d’une demi-ligne de diamètre, d’où suintoit une humeur légèrement sanguino- lente : en dessous étoit un grand nombre de très - petits , D'HISTOIRE NATURELLE. | OI aiguillons dirigés en arrière, formant une bande moyenne s’élargissant et se terminant à la partie antérieure de la gueule. L'ouverture des yeux, située très-près du bout du museau, _ répondant environ au quart antérieur de la ligne dentaire su- périeure dont elle étoit fort rapprochée, étoit fort petite, ovalaire, le plus grand diamètre d'avant en arrière : la peau n'offroit aucun repli simulant une sorte de paupière, et elle offroit les mémes caractéres que sur le reste du corps, jusqu'au bord méme de l'orbite où elle se changeoit en conjonctive. Celle-ci, comme on le verra plus bas dans l'anatomie de l'œil, étoit blanche dans toute sa circonférence, et d'un brun assez foncé autour de la cornée transparente. L'iris étoit d'un brun noirâtre, ainsi que la pupille. En arrière, un peu au-dessus du niveau de l'œil et en avant du milieu de l’espace qui le sépare de la première ou- verture branchiale, directement au-dessus de l'angle de la gueule, se trouvoit l'orifice externe de l'évent ou inspiracule; il étoit oblique, extrémement petit, de 2 à 3 lignes de diamè- tre, en sorte que dans une figure réduite comme celle que je donne , jointe à ce Mémoire, à moins d’un demi-pouce pour pied, il ne pourroit étre apercu si l'on ne forcoit pas un peu: du reste il communiquoit verticalement dans l'intérieur de la gueule en avant du premier arc branchial ; mais, outre cela, il paroit qu'il y avoit un autre canal dirigé d'arriére en avant au-dessous la peau, car on pouvoit y enfoncer avec facilité une sonde, quelque flexible qu'elle fut, jusqu'en avant de l'œil, vers les pores muqueux du museau; en sorte que peut-étre étoit-ce une sorte de canal excrétoire, comme on en trouve en si grand nombre autour du museau des raies. * 12 92 ANNALES DU MUSÉUM Les ouvertures branchiales étoient, comme dans la plupart des autres Squales, au nombre de cinq de chaque côté, assez rapprochées entre elles, surtout les deux dernières qui l'é- toient de moitié plus que les autres. La première étoit à peu prés à égale distance de l'angle de la gueule et de la racine de la nageoire pectorale, qui étoit un peu recouverte par la membrane branchiostége de la dernière; mais elles étoient surtout remarquables par leur grandeur démesurée. En effet, elles occupoient non seulement toute la face latérale de la cavité thoracique, mais elles se prolongeoient en dessus comme en dessous, de manière à couper, si ce n'est la der- niére, le profil de l'animal et à n'étre plus séparées de celles du côté opposé que dans une étendue de 4 pouces pour la premiére , en dessus comme én dessous : l'espace qui séparoit les suivantes augmentoit ensuite graduellement, et enfin il y avoit entre l'extrémité supérieure et inférieure des cinquiémes ières une étendue de 10 pouces. Toutes avoientla méme frie; c'est-à-dire qu 'elles présentoient trois courbures al- ternatives et représentoient à peu près un € majuscule dont les crochets seroient peu courbés, et dirigés en arrière. Chaque membrane branchiostége étoit par conséquent fort lâche, flottante, se déversant facilement d’arrière en avant, mais ne présentoit aucuns plis dans son contour; elles s'imbri- quoient réciproquement. C'est cette singuliére disposition, ainsi que la flexibilité due à leur grande étendue, qui ont valu à cette espèce de squale le nom de pélerin, nom que nous avons cru devoir lui conserver, celui de maximus ou de trés-grand ne pouvant plus lui convenir (1). | (1) Foyez à ce sujet mes observations sur les différentes espèces de Squales , D'HISTOIRE NATURELLE. 93 Les narines situées sur les parties latérales de la surface in- férieure du museau avoient leur orifice ovalaire : elles étoient trés-petites proportionnellement avec la grandeur de l'animal, presque transversalement dirigées, et un peu plus rapprochées du bord antérieur de la gueule que du bout du museau. J'ai malheureusement négligé de pousser plus loin mes recherches quant à leur structure. | Les nageoires étoient au nombre de huit : 4 paires et 4. impaires. Les nageoires pectorales étoient assez médiocres compara- tivement avec la grande taille de l'animal, wiangulaires, trés- rapprochées de la derniere ouverture branchiale, de maniére que sa membrane branchiostége battoit méme un peu sur leur racine : leur bord antérieur étoit convexe, fort épais et le plus long : le postérieur, légèrement concave et beaucoup plus mince : l'interne étoit le plus petit, sa^moitié antérieure seule adhéroit au tronc, et cette attache se faisoit si bas que le plan inférieur des deux nageoires étendues étoit au niveau du bord inférieur du corps. Les ventrales étoient également médiocres , triangulaires, | mais le triangle qu'elles formoient étoit presque équilatéral : leur racine antérieure se trouvoit environ au milieu de l'es- . pace qui sépare celle des nageoires pectorales du méme point de la caudale, et par conséquent étoit un peu en arrière du milieu du corps : convexes et plus épaisses par leur bord anté- rieur, légèrement concaves en arrière , elles n'adhéroient au sous le nom de Squalus maximus de Linné, lues à la Société philo- confondues 5 août 1810, et consignées dans le Journal de Physique, cahier de matique le 2 septembre même année. 94 ANNALES DU MUSÉUM tronc que par la moitié de leur bord interne, l’autre moitié recouvrant et s'attachant au quart antérieur environ des ap- pendices génitaux. "Ces appendices, attributs essentiels du sexe mâle et que nous décrirons avec plus de détails quand nous serons arri- vés à l'anatomie des organes de la génération, considérés ici comme faisant partie de l'extérieur du poisson, avoient trois . pieds de long et de libre: ils étoient à peu prés cylindriques, se terminant en arriére en une pointe obtuse : leur surface externe et supérieure étoit couverte dela méme peau rugueuse que le reste du corps; mais leur face interne et inférieure étoit excavée dans presque toute sa longueur et garnie d'une peau molle, muqueuse, absolument analogue à celle qui tapisse le rectum. Au bord inférieur et vers sa partie moyenne sailloit d'un demi-pouce environ une espèce d'ergot ou de pointe que nous étudierons par la suite avec plus de soin. Les nageoires dorsales étoient au nombre de deux : la premiére, beaucoup plus grande, avoit la forme d'un triangle scaléne fort élevé : la ligne perpendiculaire abaissée de son sommet se trouvoit justement répondre au milieu de l'espace compris entre le bout du museau et la racine du bord su- périeur de la nageoire caudale. Son bord antérieur étoit presque droit : le postérieur un peu concave se prolongeoit en arrière en une sorte de pointe horizontale : l'inférieur ou la base du triangle étoit adhérent dans ses trois quarts anté- rieurs : le reste étoit libre, fort épais et frottoit sur le dos dans les mouvemens de la nageoire. La seconde, beaucoup plus petite, plus surbaissée, arrondie à son sommet, assez échan- crée en arrière, avoit sa base plus longue que ses autres côtés : L4 D'HISTOIRE NATURELLE. 95 sa moitié antérieure seule étoit adhérente : sa ligne moyenne répondoit à peu près au quart postérieur de l'espace compris entre la racine antérieure de là précédente et celle de la na- geoire caudale. La nageoire anale étoit un peu plus petite que la seconde dorsale, mais absolument de méme forme: sa racine anté- rieure répondoit à la ligne moyenne de celle-ci, en sorte qu'elle se prolongeoit un peu davantage en arrière. Enfinle corpsseterminoit par une grande nageoire caudale : à sa racine, en haut comme en bas, se remarquoit une fos- sette semi-lunaire, analogue à celle qui se voit dans le sgua- lus glaucus de Linné et dans beaucoup d'autres espèces chez lesquelles on ne lavoit point observé jusqu'alors : l'une et l’autre avoient leur bord convexe en avant et concave en arrière : l'inférieure étoit un peu plus petite que la supérieure : toutes deux étoient peu profondes et la peau y présentoit un aspect particulier; elle y étoit rugueuse, presque noire, - mais sans fendillures ni aiguillons. Du reste la nageoire caudale se divisoit en deux grands lobes, dont le supérieur d'un tiers plus long étoit lui-méme terminé par une sorte de petite nageoire séparée de l'autre par une échancrure assez profonde au quart supérieur environ du bord postérieur de ce lobe ; «ette petite nageoire étoit tronquée en partie dans l'individu que nous décrivons, mais l'échancrure étoit bien entière et indiquoit assez la forme de ce qui avoit été enlevé. . L'ouverture de la gueule, située comme dans le plus grand nombre des espèces de ce genre à la partie inférieure de la tête, assez peu en arrière de l'extrémité du museau, avoit | près de 3 pieds d'un angle à l'autre : elle formoit une courbe 96 ANNALES DU MUSÉUM parabolique dont la convexité dépassoit à peine le niveau du bord antérieur de l'œil : la mâchoire inférieure étoit reçue et se fermoit dans une espèce de sillon peu profond de la su- périeure : l'une et l'autre étoient garnies dans presque tout leur contour d'un trés-grand nombre de petites dents de » lig. et demie de long, un peu comprimées, recourbées fortement dans leur milieu d'avant en arrière et de dehors en dedans, et offrant la plupart de chaque cóté une petite caréne à peine dentélée, indice de ce qui a lieu dans le plus grand nombre de squales : à la pointe antérieure de la máchoire inférieure, dans l'étendue d'un pouce environ, il y avoit un espace vide; il en étoit de méme à la partie correspondante de la supé- rieure, Venoit ensuite à celle-ci seulement un petit groupe de chaque cóté de dents plus comprimées, triangulaires et diri- gées tout-à-fait en arriére, puis un espace vide d'environ un pouce entre ce petit groupe de 4 à ^ dents sur 3 à 4 rangs, . et enfin la série marginale n'étoit plus interrompue jusqu'à la commissure. Dans cette série les dents en haut comme en bas étoient le plus ordinairement sur six rangs et quelque- fois sur un ou deux de plus, surtout dans le milieu de chaque branche; et comme dans la longueur d'un pouce on en comptoit également six le plus ordinairement , on peut, sans crainte d'estimation trop haute, compter trente-six dents par pouces carrés, ce qui fait pour toute la circonférence des nàchoires 4032 dents au moins. Du reste elles n'étoient pas plus enchassées dans la substance méme des máchoires que dans toutes les autres espéces de ce genre , mais seulement retenues dans l'épaisseur de la peau, de manière à être jusqu'à un certain point mobiles avec celle-ci; elles avoient égale- n D'HISTOIRE NATURELLE. 97 ment une couleur opaline dans l'état frais, mais qui s'est con- vertie bientôt en cette blancheur opaque propre aux os. . L'intérieur de cette énorme gueule étoit tapissé par une membrane blanche, épaisse, entièrement lisse : on y aperce- voit de chaque cóté,inférieurement et supérieurement, les car- tilages qui bordent les cinq ouvertures branchiales internes, la première à la distance de 8 pouces de l'angle de la gueule, la dernière à 24 pouces du méme point : à sa face inférieure on voyoit la jonction des six cartilages branchiaux avec les parties latérales de la série de piéces intermédiaires, sans qu'il y eut traces d'aucun renflement simulant une langue : à la voûte du palais j'ai cru voir quelques tubercules papillaires, assez peu saillans et irréguliers; du reste, toute cette ca- vité branchiale étoit également lisse. Entre sa partie postérieure et le premier estomac se trou- voit une portion du canal alimentaire à laquelle on pouvoit donner indifféremment le nom de pharynx ou d’œsophage; sa longueur ét d'un pied, sen diamètre égal à celui de la cavité branchiale, de 10 pouces environ; à sa partie antérieure et inférieure se trouvoit une sorte de bande large de 3 pouces à peu prés, ne formant pas un cercle complet, c’est-à-dire, ne se rejoignant pas à la partie supérieure du pharynx, composée d'un. assez grand nombre de longues papilles d'une forme et gune structure singulière; on ne sauroit mieux les comparer qu'à un axe de corail qui seroit très-mol et flexible : c'est-à- dire, que chacune adhérant à la membrane pharyngienne par un pédicule fort épais, se subdivisoit ensuite et d'une manière presque dichotomique en un très-grand nombre de branches dont la dernière étoit renflée et aplatie : toute la 18. 13 98 ANNALES DU MUSÉUM surface de cette espéce d'arbre étoit couverte par un trés-grand nombre d'autres papilles trés- fines qui la faisoient paroitre comme lanugineuse. Les plus grandes de ces papilles occu- poient le milieu de la bande et pouvoient avoir quatre pouces de long : elles diminuoient ensuite graduellement jusqu'à ses deux extrémités : toutes étoient dirigées d'avant en arrière et flottantes dans l'intérieur de l'oesophage. Le reste, de l'éten- due de ce dernier, étoit entouré d'une membrane molle, sans aucuns replis ou papilles, mais dont la surface paroissoit légè- rement chagrinée par un trés-grand nombre de petits cryptes muqueux. Aprés ce court cesophage venoit un premier estomac ou renflement du canalintestinal fort distinct à l'extérieur comme àlintérieur : dirigé d'avant en arrière, sa longueur étoit d'un pied et demi: et son diamétre interne de prés de dix pouces : sa surface extérieure, de couleur brune rougeâtre, comme finement striée, présentoit de grandes bosselures transversales produites par des étranglemens dans cette di- rection : sa membrane interne, d'un brun rouge trés-foncé, formoit un trés-grand nombre de plis longitudinaux que cou- poient à angle droit d'autres transversaux plus saillans, d’où résultoit des espèces d'alvéoles de 9 à ro lignes de profondeur, quadrilatères, irrégulières, à peu prés semblables à ce qu'on trouve dans l'estomac des animaux ruminans, appelé bonnet ou réseau. Ce premier estomac codd tuoln supérieurement avec l'esophage par une ouverture de 7 pouces de diamètre au- tour de laquelle on remarquoit deux grandes valvules trian- gulaires , dirigées d'avant en arrière et saillantes de près de D'HISTOIRE NATURELLE. 99 4 pouces dans ce dernier : leur bord adhérent où la base du triangle qu'elles représentoient étoit le plus épais, il occupoit la moitié de la circonférence de l'ouverture : leur pointe ou sommet étoit bifurqué : ces espéces de valvules mitrales étoient retenues dans leur situation au moyen de deux replis ou freins, qui de la partieinférieure de l'oesophage se portoient à leur face externe et qui étoient entièrement semblables aux replis qui se trouvoient dans l'intérieur méme de l'estomac. Enfin ce dernier se terminoit postérieurement en communi- quant avec le second estomac analogue au feuillet par une ouverture de 4 à 5 pouces de diamétre au plus, rétrécissement qui est indiqué au dehors par une sorte de bride ligamenteuse oblique produite par le mésentère , ou péritoine. La portion du canal intestinal à laquelle l'on peut donner le nom de second estomac sembloit être l'analogue de celui qu'on nomme feuillet dans les ruminans : elle commencoit dans la méme direction que le précédent; sa longueur étoit au moins de quatre pieds :son diamètre intérieur, dans la partie la plus renflée, étoit de 10 pouces : il offroit à l'exté- rieur absolument les mémes apparences que le premier, c'est- »-dire de fortes bosselures séparées par des étranglemens, et Ja méme couleur; mais à l'intérieur il en différoit beaucoup, en ce que la membrane interne au lieu d'espéces de cellules quadrilatéres assez peu profondes, formoit des replis longi- tudinaux fort serrés, appliqués les uns contre les autres comme les feuillets d'un livre, dont les plus saillans avoient prés de 4 pouces dans le milieu de l'estomac et qui diminuoient de lar- geur à mesure que l'on se rapprochoit davantage de ses deux extrémités : chacun de ces replis coupoit à angle droit les bos- p - 100 | ANNALES DU MUSÉUM selures que nous avons dit exister à sa surface externe, et comme celles-ci faisoient une saillie assez considérable à Pin- térieur méme, il en résultoit qu'ils étoient alternativement plus larges à des endroits qu'à d'autres; ils offroient en outre à l'une de leurs surfaces, ainsi qu'à leur bord libre, un très- grand nombre de tubercules arrondis, peu saillans, qui les faisolent paroitre comme granulés. Ce second estomac communiquoit supérieurement , comme nous l'avons vu, avec le premier, par une ouverture dont le diamètre étoit de 4 à 5 pouces; du reste il n’offroit rien autre chose de remarquable, que ce changement presque subit dans la direction et la grandeur, des replis de la mem- brane interne. A mesure qu'il se portoit plus en arrière, il diminuoit graduellement de grosseur , les feuillets se serrant . davantage et convergeant vers l’orifice de communication avec ‘le troisième estomac : en cet endroit le canal se recourboit un peu de bas en haut, formoit un très-petit cul-dé-sac au- quel adhéroit la base de la rate, et se terminoit enfin en s'ouvrant dans le troisième estomac ; cette ouverture formoit un véritable pylore, c'est-à-dire qu'elle étoit extrémement étroite, car à peine y pouvois-je introduire le doigt; il n'y avoit cependant aucun indice de valvule, et l'épaisseur de ses parois étoit au plus de quatre lignes. Cette troisiéme portion du canal intestinal étoit aussi fort distincte du reste : elle étoit étroite, allongée, suivoit d'abord la méme courbure que la terminaison du second estomac de bas en haut et se dirigeoit ensuite d'avant en arrière : sa lon- gueur étoit de 22 pouces, son diamétre intérieur à prendre ` t dans la partie la plus large à peu prés de 2, ses parois de - formant une saillie dans son intérieur. . D'HISTOIRE NATURELLE. IOI- 3 lignes seulement dans ses trois quarts antérieurs, mais en- suite elles alloient jusqu'à 18 lig. , la tunique charnue elle seule en ayant 15. A l'extérieur il étoit presque entièrement recou- vert par le pancréas ; à l'intérieur la membrane muqueuse formoit des replis longitudinaux peu profonds, fort épais, d'un demi-pouce de haut; il se terminoit enfin par une ouverture fort étroite percée à travers une sorte de paroi placée entre les deux estomacs et qui communiquoit dans le quatrième et dernier. | Celui-ci, situé immédiatement en avant du duodénum ou de-la portion du canal intestinal qui recoit les sucs bi- liaire et pancréatique , étoit fort petit, à peu prés globuleux, de 8 pouces de long environ sur 3 pouces au plus de dia- mètre intérieur : il formoit une sorte de cul-de-sac placé au~ dessus de l'axe du reste du canal intestinal : ses parois étoient épaisses d'environ deux pouces : sa membrane interne n’of- froit ni replis ni valvules : il communiquoit en arriére et en bas avec le duodénum par une ouverture étroite, arrondie, Enfin venoit le duodénum remarquable par sa brièveté; il n'avoit en effet que 8 pouces de long sur 6 de diamètre : l'épaisseur de ses parois étoit de 2 environ : sa membrane in- terne n'offrant aucun repli ni valvule; mais on y remarquoit d'abord en haut et à gauche l'ouverture du quatrième estomac dont nous avons déjà parlé : en bas et plus à droite „à 2 pouces environ, celle du canal cholédoque qui formoit dans son in- térieur un mamelon assez gros, arrondi, d'un demi - pouce de long : plus en arriére et assez prés de l'orifice de commu- nication dans l'intestin valvulaire, un autre mamelon un peu 102 | ANNALES DU MUSÉUM moins gros, saillant également d'un demi-pouce environ, étoit l'extrémité du canal pancréatique. Enfin cette portion du canal se dilatoit un peu à son extrémité postérieure, et là commencoit le plan incliné qui formoit la valvule spirale du colon ou intestin valvulaire, et dans son milieu l'orifice de l'axe de cette spire. Cet intestin valvulaire, que l'on peut regarder jusqu à un certain point comme l'analogue du colon, suivoit immédiate- ment le duodénum, sans aucune trace de division à l'exté- rieur; il étoit extrémement pesant à cause de la grande épaisseur de ses parois qui en quelques endroits, comme à la partie inférieure, étoit de prés d'un demi-pied à cause des veines mésaraiques qu'entouroit un tissu caverneux fort épais, et des nombreux replis de sa valvule spirale : sa longueur étoit de près de trois pieds et son diamètre de ro pouces au moins: sa cavité possible étoit presqu 'enüérement remplie par la- valvule spirale qui, aprés avoir commencé comme nous l'avons dit en formant la paroi postérieure du duodénum, se continuoit en tournant d'une manière si serrée autour de l'axe de l'intestin que dans une coupe, suivant sa longueur, on voyoit cinquante plaques de six lignes d'épaisseur et ne laissant d'intervalle entre chaque que 1 à 2 lignes : et comme le repli qui formoit cette valvule n’avoit pas une largeur tout-à-fait égale au demi-diamétre de l'intesün, il en résultoit que l'axe étoit percé dans toute sa longueur par un canal de demi-pouce de diamétre, à travers lequel on concoit aisément qu'un corps pourroit passer de suite sans suivre le plan incliné formé par la vàlvule. Du reste , elle n'étoit pas formée par un simple repli de la membrane interne, ce qui l'auroit rendue flottante, D'HISTOIRE NATURELLE. 103 mais toujours ferme et solide, elle étoit composée d’une partie moyenne fort dense, d'une tunique musculeuse et de chaque cóté d'une lame de membrane muqueuse dont la sur- face libre étoit réticulée d'une manière assez régulière, mais peu profonde. De l'extrémité de cet intestin valvulaire jusqu'à l'anus étoit la dernière portion du canal intestinal ou rectum; elle se portoit en effet directement d'avant en arriére : sa longueur étoit de deux pieds, son diamétre de 7 à 8 pouces. Sa surface interne étoit lisse et fort blanche : on y remarquoit à un pied environ en arrière et à sa partie supérieure , un orifice oblique- ment dirigé d'arrière en avant, et de hant en bas d'un pouce de diamètre , sans repli ni valvule , qui étoit la terminaison du col d'une sorte de vessie ovalaire située dans un repli du mésentère, entre la colonne vertébrale et le canal intestinal, et sur laquelle nous allons bientót revenir; enfin, trés- prés de son orifice extérieur et à la partie supérieure, on trouvoit un appendice molasse qu'on ne sauroit mieux comparer qu'à un bout d'intestin coupé, percé à la base de son côté droit d'un trou ovalaire, et dans toute sa longueur communiquant avec le cloaque ou la poche dans laquelle aboutissent les ca- naux déférens et les uretéres, et deux autres papilles creuses, saillantes de deux pouces environ, une de chaque cóté, percées dans leur longueur et. communiq it librement avec la cavité du péritoine, sans aucun repli valvulaire; enfin l'ex- trémité la plus reculée de ce cana! s ouvroit à l'extérieur, non par un orifice arrondi, mais par une fente longitudinale , très-serrée et déterminée par la racine des appendices géni- taux qui se touchoient en cet endroit. + * . 104 ANNALES DU MUSÉUM La rate étoit.située à peu prés comme dans les autres squales à la partie postérieure du second estomac, dont elle . enveloppoit en se recourbant tout le cul-de-sac : sa forme étoit triangulaire; elle adhéroit fortement par sa base à cet estomac ; par une sorte d'appendice antérieur fort étroit elle remontoit le long de son bord inférieur dans l'étendue d'un pied environ, et par un autre beaucoup plus long, elle se prolongeoit en arriére en suivant le trajet du troisiéme es- tomac , et à son bord inférieur également, jusque très-près de Vintestin valvulaire : sa largeur à sa base étoit, sans compter les appendices, de prés d'un pied : sa hauteur du sommet du triangle ou de sa pointe sa base, 7 pouces, et son épaisseur de 4 seulement; mais ce que cet organe offroit de plus re- imarquable étoit sa division en un trés-grand nombre de ma- melons arrondis de grosseur variable, un peu irréguliers, séparés par des sillons assez profonds; de-manière à lui don- ner l'aspect d’un-espèce de grappe de raisin, et cela d'autant plus qué la eouleur étoit d'un brun rougeátre trés-foncé, recouverte par uue membrane ‘très-fine et luisante. Eh la coupant on vóyoit tous ces mamelons communiquant entre | eux au moyen d'une espéce de tissu: càverneux , rempli de -sang ; ils en con nt eux-mêmes une très-grande quantité noir, coagulé , renfermé dans les interstices fort larges de ce 4nénie tissu caverneux; n'ayant pu réussir à trouver l'artére splénique; il a été impossible d'essayer par une injection fine ‘de pénétrer plus avant dans l'étude de la structure de cet organe dont les fonctions sont encore à peu prés inconnues ; mais nous croyons nous être assurés, M. Duméril et moi , qu'il n'y a pas de veine splénique proprement dite, mais que - D'HISTOIRE NATURELLE. ro5 le tissu spongieux qui compose la rate elle-même commu- nique, au moyen de l'appendice postérieur, avec ce méme tissu enveloppant les veines mésaraïques à leur passage, sous le pancréas. Le pancréas étoit étendu à la partie supérieure des troisième et quatrième estomacs, compris dans la duplicature du mésen- tère : il étoit assez considérable, comprimé à ses deux extré- mités, à peu prés triangulaire à sa partie moyenne, son plus petit côté inférieur excavé, appliqué sur le canal intestinal : sa longueur de 31 pouces : simple dans sa moitié antérieure, il se bifurquoit en arrière : le lobe supérieur le plus court suivoit le trajet supérieur de l'intestin; l'inférieur beaucoup plus long passoit à droite et au-dessous de lui, et se termi- noit à la partie inférieure de l'origine de l'intestin valvulaire. En le coupant, son tissu nous a paru compacte, d'un rouge pâle, sans aucune trace de grains glanduleux ; le canal pan- créatique, aprés avoir recu la division du lobe supérieur, étoit à peu prés de la grosseur d'une plume d'oie, dans son trajet le long du lobe inférieur : il régnoit presque superficielle- ment dans toute sa longueur, et vers son extrémité posté- rieure il remontoit un peu, se dirigeant de droite à gauche, traversoit obliquement les parois du duodénum, et alloit s'ou- vrir, comme nous l'avons dit, en parlant de cet intestin. Dans - toute l'étendue de son trajet dans le lobe inférieur du pan- créas, je n'ai pu, méme dans son intérieur, apercevoir de ramification. Le foie étoit, comme dans tous les poissons en général, mais surtout comme dans la famille des raies et des squales, énormément volumineux , remplissant à lui seul au moins les 18. 14 106 ANNALES DU MUSÉUM deux tiers de la cavité abdominale, et étendu d'une de ses extrémités à l’autre, depuis la cloison de la cavité thoracique jusqu'à lanus; il étoit composé de deux lobes qui m'ont semblé égaux, convexes en dessus, concaves en dessous ; ils recouvroient tout le canal intestinal, et étoient séparés par ses deux replis mésentériques; plus obtus et plus arrondis en avant, où ils se réunissoient l'un à l’autre, ils s’élargissoient et s'amincissoient en arrière; ils n'offroient aucune trace de scis- sures sur leurs bords; mais à leur face inférieure on voyoit des espéces de sillons plus ou moins longs et profonds, que l'on auroit: pu regarder au premier abord comme artificiels et provenant de coups de scalpel, par exemple; mais leur aspect luisant, produit par la présence du péritoine, ne laissoit plus de.doute à ce sujet. Il a été impossible de peser un si volu- mineux organe; qu'il me suflise de dire que de ses morceaux on a rempli quatre à cinq tonneaux et qu'on a estimé son poids étre d'environ 2,000 liv.;enle coupant ou mieux en le déchirant, ce qui étoit fort facile, on voyoit que son paren- chyme n'étoit composé que d'un très-grand nombre de fila- mens ou canaux blanchátres, égaux, autour desquels les grains hépatiques où glanduleux étoient adhérens en forme de cha- pelet, et que ces grains se convertissoient presque de suite ‘en une huile limpide, un peu jaunâtre, qui couloit très- abondamment de la surface entamée. Quoique nous ayons coupé en tous sens des morceaux fort considérables de ce foie, nous n'avons pu rencontrer de gros troncs artériels veineux ou méme cystifères, ce qui peut être dù à ce que ces morceaux provenoient de l'extrémité postérieure des lobes. C’étoit à leur partie antérieure, au point de leur séparation, 1 D'HISTOIRE NATURELLE. 107 qu'entroient ou sortoient les vaisseaux devant servir à la sé- crétion de la bile, ou du moins la veine-porte et les canaux biliaires : ils formoient par leur réunion, au moyen d'un tissu particulier, rougeàtre et d'un aspect musculaire, composé de fibres lougitudinales, un gros cordon aplati, de prés de deux pouces de large sur un demi d'épaisseur, et d'au moins six pieds de long :.il se dirigeoit de haut en bas et d'avant en ar- rière, libre d'abord, puis contenu dans le repli antérieur du mésentère, vers le duodénum. En le coupant transversale- ment, à peu prés vers le milieu de son étendue, on trouvoit qu'il contenoit neuf canaux bien distincts, réunis par le tissu dont nous avons parlé plus haut, dont l'un beaucoup plus grand étoit la veine-porte provenant comme à l'ordinaire de ‘Ja réunion successive des veines mésaraiques qui règnent dans tout le bord inférieur de l'intestin valvulaire, et d'une autre grosse veine qui suivoit le bord inférieur du pancréas, et dans laquelle nous croyons avoir vu s'ouvrir le tissu caverneux ou spongieux méme de la rate. Les huitautres canaux étolent tous cystifères ; variables quant à leur calibre , tous étoient ova- laires ; ils servent à porter la bile secrétée dans le foie, dans la - vésicule biliaire qui paroît avoir échappée aux recherches de M. Home, à moins qu'elle n'existàt pas dans l'espèce de grand squale qu'il a disséquée, ce qui est beaucoup plus probable, tant on doit avoir de confiance daus l'exactitude de ce savant anatomiste. Quoi qu'il en soit, dans le squale pélerin cette vésicule , à peu prés globuleuse , de 4 à 5 pouces de dia- métre , étoit située au-dessous du duodénum, contre les parois inférieures duquel elle étoit immédiatement collée, à 6 pieds au moins de la sortie des vaisseaux hépatiques du foie : cachée i^ -108 ANNALES DU MUSÉUM et en partie confondue avec une espèce de bride qui du bord inférieur de l'intestin valvulaire alloit se continuer avec le eordon hépatique , sa surface interne étoit parfaitement lisse, colorée en jaune : on y voyoit à sa partie gauche et inférieure ouverture de trois canaux hépatiques seulement , les cinq autres se confondant avec eux dans leur passage même à tra- vers les parois de la vésicule : ces trois canaux n'étoient pas d'un diamètre plus grand que celui d'une plume d'oie; ils se glissoient fort obliquement dans l épaisseur méme de la poche avant de s'ouvrir dens son intérieur, de maniére que cette ouverture étoit assez difficile à apercevoir; enfin cette vésicule communiquoit directement avec le duodénum, sans canal in- termédiaire, par une ouverture située à sa partie gauche et su- périeure, évasée en forme d'entonnoir dans son intérieur et saillante sous forme de mamelon dans le duodénum, comme nous l'avons vu en parlant de ce dernier. -D’après cette singulière disposition, on voit que dans. " squale pélerin il y a.des vaisseaux hépato-cystiques seul pant de canaux hépatiques ni ieholédoquesyl 7r vésicule biliaire souvrant directement et sans canal intermédiaire dans le duo- dénum. T RE | Nous devons encore rompe au sais: pa annexes k canal intestinal un organe dont les fonctions nious sont ericore entièrement inconnues, qui existe chez tous les squales , et dont nous avons déjà indiqué la situation en parlant du rec- tum. C'est une sorte de vessie ou poche ovalaire fortement comprimée et un. peu recourbée sur ses bords, répondant à la moitié de la face supérieure du rectum, retenue dans une situation fixe par un repli du mésentére, son fond en avant , D'HISTOIRE NATURELLE. 109 son col en arrière; sa longueur étoit de 7 pouces, sa largeur la plus grande de 3 pouces 6 lignes; son aspect extérieur blanc à cause du péritome qui l'enveloppoit. Eu la fendant sui- vant sa longueur, nous l'avons trouvée remplie d'un fluide de couleur de sang foncé , violàtre, assez épais, que nous avons remis de la part de M. Cuvier à M. Chevreuil pour qu'il voulüt bien en faire l'analyse : tout l'intérieur de cette vessie étoit garni d'un trés-grand nombre. de colonnes charnues, dont les plus profondes, trés-fines, formoient une sorte de tissu spongieux, et les plus superficielles ou internes, plus grosses et plus longues, des espéces de valvules ou replis libres et dirigés du fond vers le col: c'est dans les mailles de ce tissu que le fluide sanguinolent étoit contenu, et on l'en: faisoit sortir par la pression comme d'une éponge : l'épaisseur de ses parois solides étoit de 9 lignes au milieu, et alloit en diminuant vers les extrémités; en arrière elle se terminoit par un canal d'un pouce de long, de 9 à 10 lignes de dia- mètre , se recourbant d'arrière en avant, qui perçoit fort obli- quement la paroi supérieure du rectum et alloit s'ouvrir lar- gement et sans aucune valvule vers la moitié de cette portion du Canal intestinal; cette vessie recevoit un canal veineux de A lignes de diamétre, qui de l'extrémité la plus antérieure de la cavité abdominale, probablement de la veine - porte, se portoit dans le grand reph du mésentère, et quand il étoit terminé, suivoit la face supérieure de l'intestin valvulaire et “parvenu à l'ouverture du cot de la vessie, se recourboit d'arriére en avant et se perdoit dans ses parois, ou mieux daus son tissu spongieux; il est à remarquer quil contenoit un fluide absolument semblable à celui dela vessie, c'est-à-dire 110 ANNALES DU MUSÉUM sanguinolent, et qu'il ne s'ést point converti en sérum et en caillots par l'exposition prolongée au contact de l'air: cher- chant à pénétrer plus avant dans la structure de ce singulier organé, nous avons voulu nous assurer s'il ne recevoit pas dans le repli du mésentére qui l'attache à la colonne verté- brale quelque canal provenant d'un viscére secréteur, mais en coupant transversalement ce repli, nous n'avons trouvé que les orifices de quelques veines, et deux autres canaux à parois beaucoup plus épaisses, à lumière fort petite, qu'au premier abord nous avions été tentés de regarder comme des uretéres ; mais en les sondant, nous sommes arrivés dans les parois mêmes de la vessie, où ils se sont subdivisés à la manière des artères , en présentant cette particularité que leur calibre étoit notablement augmenté. Tout cet énorme appareil de la digestion, c'est-à-dire, le canal alimentaire et ses annexes étoient attachés à la partie inférieure de la colonne vertébrale par deux grands replis du péritoine servant de mésentére, séparés dans le milieu de la cavité abdominale par un grand espace vide : l'antérieur, de . beaucoup plus large, commencoit en pointe à la racine du foie et finissoit vers l'intestin valvulaire : c'étoit entre ses deux lames qu'étoient compris tous les vaisseaux x qui alloient ou revenoient du canal intestinal : l'autre, beaucoup plus petit , n'occupoit que le quart postérieur de la cavité. Son bord libre étoit anté- rieur; au contraire du précédent, son bord adhérent étoit à la partie la plus reculée de la cavité : il contenoit cette espéce de vessie que nous avons dit se trouver à la partie supérieure et moyenne du rectum et les vaisseaux qui se portoisaes à ces organes ; Mais ces replis du péritoine, quoiqu'assez épais , | D'HISTOIRE NATURELLE. III n'auroient pas suffi pour soutenir le poids de viscéres aussi considérables, si l'abdomen n'avoit été sanglé pour ainsi dire par une aponévrose extrémement épaisse, appartenante à ses muscles et qui l'enveloppoit entiérement, se trouvant immé- diatement sous la peau. Ces deux replis du mésentére étoient formés comme à l'ordinaire par le péritoine, qui, aprés avoir tapissé tout l'intérieur de l'abdomen, se portoit aux intestins pour les envelopper : il étoit blanc, lisse, d'un tissu dense et serré, surtout en passant sous les veines. et les organes de la génération où il étoit fort épais. . La grande cavité qu'il formoit offroit cette nt. commune à toute la tribu des raies et des squales, de commu- niquer antérieurement par deux canaux d'un diamètre con- sidérable avec celle du péricarde, et postérieurement par un méme nombre d'ouvertures, une de chaque côté de l'extré- mité du canal intestinal, avec le cloaque, dans lequel cette communication étoit rendue manifeste par une sorte de papille molle, flasque, de prés d'un pouce de long, creuse dans toute sa longueur, sans qu'on y remarquát aucune val- vule; en sorte qu'il est assez probable que l'eau de la mer peut entrer dans l'abdomen et de là dans le péricarde, ou en sortir, à la volonté de l'animal : et comme les poissons qui offrent cette disposition sont constamment dépourvus de vessie _natatoire, peut-être est elle jusqu'à un certain point propre à favoriser la natation, en faisant varier le volume et par consé- quent la pesanteur spécifique de ces poissons. : En considérant la grande complication du canal alimentaire de cette espéce de squale, sa division en plusieurs poches fort distinctes, le grand nombre de replis que forme sa mem- 112 ANNALES DU MUSÉUM brane interne, la présence de papilles pharyngiennes qui semble indiquer un goût plus délicat; en faisant attention en méme temps que ce degré de perfection dans cette partie des organes de la digestion se trouve concomitant avec une foi- blesse et une petitesse remarquables des dents dont est armée la gueule d'ün si volumineux animal, on sera nécessairement induit à penser qu'il doit étre beaucoup moins vorace que les autres espèces de son genre, qui avec un système dentaire infiniment plus développé ont un canal intestinal remarqua- ble par sa simplicité. Si l'on ajoute en outre que dans tous les individus de ces trés-grandes espéces de poissons que l'on a eu l'occasion d'examiner sur nos cótes ou sur celles d'An- gleterre, ce qui se monte maintenant à plus d'une douzaine, l'on n'a trouvé dans l'intérieur de leur estomac aucune trace ou résidu d'alimens solides, comme arétes de poisson, en- veloppes de crustacées, mais une mucosité plus ou moins abondante, comme dans celui que j'ai observé, et les trois disséqués à Dieppe, un trés-grand nombre ( plusieurs sceaux ) de petits cailloux, comme M. Home l'a vu dans celui auquel nous avons donné le nom de ce savant, ou enfin des plantes marines seulement, comme dans un assez grand nombre d'in- dividus de l'espèce décrite par Derranz , peut-être sera:t-il permis d'hasarder avec ce dernier, et contre l'opinion géné- ralement admise, que ces poissons pourroient être herbivores, ou ce qui paroitra plus probable, qu'au moins ils ne se nour rissent que de trés- petits animaux , comme le dit Gunner d’après le rapport des pêcheurs qui l'ont assuré n'avoir jamais trouvé .dans lestomac de ceux quils ont ouverts que des Oniscus, à peu prés comme la Baleine, le plus grand des D'HISTOIRE NATURELLE. 113 mammifères, ne se nourrit cependant que d’une espèce de petit mollusque qui n’a pas plus d’un pouce de long, le Clio borealis. Quoi qu'il en soit de cette conjecture, cette grande complication du canal alimentaire, concomitante d’une grande foiblesse dans le système dentaire, servira peut-être à confirmer dans la classe des poissons, cette belle loi établie parmi les mammifères , d'un rapport inverse entre ces deux systèmes de l'appareil digestif, l'un semblant n'être que le complément de l'autre. | Il nous a été impossible de faire des observations exactes sur la distribution du système vasculaire, mais nous la croyons la méme que celle qui a lieu dans les autres Squales, telle qu'elle est décrite dans les lecons d'anatomie comparée de M. Cuvier. Quant à la structure des veines, par exemple, nous avons pu l'apercevoir avec plus de facilité à cause de la grandeur des parties ; ainsi tant qu'elles sont encore dans le tissu des organes dont elles rapportent le sang; ellesn'ont pasde parois distinctes, elles sont réellement creusées dans l'organe: lui-méme, formant une sorte de réseau ou de corps caver- neux à mailles plus ou moins serrées, tapissées par la mem- braneinterne seulement (1). C’est ce que l'on voit surtout dans la grande veine mésaraique qui règne au bord inférieur de l'intestin valvulaire ; mais quand elles sont entrées dans le mésentére , alors elles sont enveloppéespar un tissu particulier extrémement épais , comparativement avec les parois des “vaisseaux, d'ispect musculaire > à fibres longitudinales , qui ur Duméril et moi, déjà observé cette: dispo- ins évidente , dans une grande lamproie: - 12 (1) Nous avions, M. le professe sition , mais d'une maniere beaucoup mo 18. 114 ANNALES DU MUSEUM les accompagne dans toute leur étendue. Nous avons déjà vu ce méme tissu envelopper le cordon des canaux biliaires, et les artères mésentériques en étoient également entourées. Toutes les veines du corps aboutissoient dans un sinus com- mun qui se trouvoit au côté droit et postérieur de l'oreillette droite par quatre troncs one : deux très-gros de deux pouces de diamètre, l'un à droite et l'autre à gauche, et qui probablement étoient, le premier la terminaison de la grande veine concomitante de l'aorte dorsale, le second celle des veines hépatiques; et deux autres beaucoup plus petits qui avoient la partie moyenne de leur orifice dans le sinus commun extré- mement contracté, s élargissant en forme d'entonnoir du côté du sinus, comme du côté de l'abdomen, étoient probablement les deux veines caves antérieures. Quoi qu’il en soit, les deux gros troncs convergeant l'un vers l'autre étoient séparés dans - l'intérieur du sinus par un éperon ou avance fort saillante qui sembloit étre la continuation de la paroi commune des deux petits. Ce sinus commun des yeines formoit une sorte de golfe allongé suivant le sens de l'oreillette, de prés de 3 pouces 6 lignes à son point de contact avec elle. -Le paika considéré en totalité, étoit assez abili et b lui d'un trés-gros bœuf; il pesoit 16 liv. ; il n'étoit omposóy comme dans. tous les poissons, que d'une oreillette et d'un ventricule, situé comme à l'ordinaire dans l'angle que forment en arrière les derniers arcs branchiaux. Il n'étoit point enveloppé: dans un péricarde fibreux , mais séparé de l'abdomen par une sorte de cloison peres la cavité dans laquelle il étoit contenu étoit tapissée par un péri- carde séreux qui communiquoit librement par deux canaux hi D'HISTOIRE NATURELLE. 115 du calibre d'un demi-pouce environ avec la cavité de l'ab- domen : dans la situation naturelle du cour, le ventricule étoit en bas , l'oreillette en dessus et un peu à droite. : La forme de celle-ci étoit à peu prés celle d'une pyramide triangulaire dirigée transversalement : l'angle inférieur. et postérieur formoit un cul-de-sac assez profond , mais à l'in- térieur ne présentoit aucune différence avec le reste de l'or- gane : l'ouverture du sinus veineux se faisoit dans le milieu de la face postérieure ; elle étoit ovalaire; on y remarquoit deux grandes valvules en forme de lévres, de 3 pouces 6 lignes de long, coupant à augle droit la direction de l'orifice veineux, et se répondant dans toute la longueur de leur bord libre qui étoit légérement crénelé : de leurs extrémités ou commissures partoit une colonne charnue très-forte qui alloit s'insérer d'autre part aux parois internes de l'oreillette. Celle-ci n'avoit qu'un demi-pouce d'épaisseur environ, mais elle étoit considérablement renforcée par une trés- grande quantité de colonnes charnues fort serrées de manière à for- mer une sorte de tissu spongieux, et dirigées dans toutes sortes de sens. died Eg y A l'angle supérieur et antérieur. de cette oreillette se trou- voit l'orifice auriculo- ventriculaire qui répondoit à la partie antérieure et droite du ventricule, à un pouce environ de l'artére pulmonaire, un peu au-dessus de son axe; profond d'ün pouce et demi environ à cause de la grande épaissehr des parois du ventricule, il étoit dirigé d'avant en arriere et de droite à gauche; il étoit entièrement lisse; on y voyoit d'un . eóté l'insertion des colonnes charnues de l'oreillette 'et de l'autre ou du côté du ventricule deux valvules triangulaires : 157 116 ANNALES DU MUSÉUM fort épaisses, mais à peine saillantes dans celui-ci, car outre sa paroi interne et ses valvules, le sinus formé n'avoit pas plns d'un pouce de profondeur. | Le ventricule, situé comme nous l'avons dit en parlant du cœur en général, avoit prés de 27 pouces de circonférence, . 8 pouces de long de sa base à sa pointe, 7 de large : il étoit conoide, un peu plus convexe en dessus qu'en dessous, où il étoit presque plane : ses parois étoient excessivement épaisses, composées de fibres dirigées en tous sens, à sa pointe elles avoient prés de 6 pouces d'épaisseur, ce qui diminuoit ensuite graduellement jusqu'à sa base, où elles n'en avoient plus que deux. La cavité étoit par conséquent extrêmement petite. Dansles deux dimensions, en longueur et en largeur, elle avoit deux pouces seulement; mais dans le sens vertical, les deux parois se touchoient presque , à peine y apercevoit-on des co- lonnes charnues; à sa partie antérieure se faisoit la commu- nication avec l'artére branchiale, par une sorte d'évasement ou de cavité qui sembloit faire partie de la cavité ventricu- lare, mais qui étoit sur un plan plus inférieur qu'elle, et qu'une avance fort épaisse semblant provenir du prolonge- ment de la paroi de la racine de l'artére séparoit en partie horizontalement. Sa lumière étoit de trois quarts de pouce environ : la paroi du cœur à sa racine n'avoit plus que 14 à 15 pouces d'épais : mais à peine sortie du ventri- cule cette artére pulmonaire se renfloit en une sorte de bulbe allongé de 4 pouces 6 lignes environ, sur un diamétre d'en- viron un pouce, ses paróis ayant à peu prés la méme épaisseur dans le milieu et diminuant graduellement jusqu'à la nais- sance de l'artère elle-même qui n'a plus que 2 à 3 lignes. Dans D'HISTOIRE NATURELLE. 117 l'intérieur de ce bulbe, qui avoit ses parois charnues comme le ventricule, se trouvoient trois rangs de trois valvules sig- moïdes chacun : dans les deux rangs postérieurs elles étoient moins larges, n'occupant pas toute la circonférence de l'ar- tére, moins profondes, en général moins fortes, et leur bord libre étoit retenu dans une situation fixe par quatre freins ou replis de la membrane interne : le premier rang étoit à 1 pouce- 6 lignes de l'orifice ventriculaire : il étoit séparé du second par un espace de 6 lignes environ, et celui-ci étoit à peu près à une égale distance du troisième. Ce dernier rang se trouvoit au bord antérieur du bulbe : les valvules qui le composoient étoient plus grandes, plus larges, contigués, et avoient leur bord antérieur tout-à-fait libre, sans aucune bride ligamen- teuse. Enfin l'artére pulmonaire formoit la continuation du bulbe : sa lumière étoit de 1 pouce 4 à 5 lignes, et l'épais- seur de ses parois, qui n'offroient plus de fibres musculaires , étoit à peine de 3 pouces 6 lignes. Il y avoit deux trés-grosses artères cardiaques qui naissoient probablement, comme dans les autres squales, de la veine branchiale postérieure, avant sa réunion aux quatre autres pour fermer l'aorte; elles suivoient la direction du bulbe de l'artère pulmonaire, se divisoient ensuite en deux branches qui alloient embrasser le cœur de toutes parts, de leurs rami- fications. Voodoo Je n'ai trouvé que deux orifices de veines coronaires de > à 3 lignes de lumiere, trés-rapprochées l'une de l'autre et souvrant à la cde cae du sinus des veines caves; en dehors de la valvule antérieure. Il nous a été impossible de suivre la distribution de l'artère + 118 ANNALES DU MUSÉUM pulmonaire aux branchies; mais il est extrémement probable qu'il n'y avoit pas de grandes différences avec ce De a lieu ` dans les autres squales. ; Les organes de la respiration ne m'ont paru non plus dif- férer de ce qu'ils sont dans les autres espéces de ce genre que par leur grandeur : j'ai seulement noté que la longueur de chaque lame branchiale vasculaire, c'est-à-dire des vais- seaux appliqués sur l'appareil cartilagineux formé par l'arc branchiostége et ses rayons, étoit de 7 pouces; que dans ` une longueur de 8 pouces 6 lignes de lame branchiale il y avoit sept rayons branchiostéges et quarante-huit lames vas- culaires; en sórte qu'il est aisé de voir; au moyen d'un simple calcul, quelle surfice immense présente au contact du fluide ambiant, le sang répandu dans un si dure nombre de vais- seaux. La petite po du systéme artériel qu il m'a été possible d'observer ne m'a paru rien offrir de différent avec ce qui _a lieu dans les autres squales. | Les reins, que je n'ai malheureusement pas examinés dans leur intégrité, m'ont paru excessivement petits comparative- merit avec la grandeur de l'animal : aussi je ne crois pas qu'ils s étendissent dans toute la longueur de la cavité abdominale, comme dans l'espèce’ disséquée par M. Home, et je pense même qu'ils n'en occupoient pas la moitié postérieure. Quoi quil en soit, ils étoient, comme dans tous les animaux verté- brés, situés hors du péritoine, et comme dans tous les pois- sons , sur la : partie latérale dela colonne vertébrale, au-dessus de la partie postérieure des canaux déférens; sio épais en en arrière qu'en avant, où je suppose qu'ils se terminoient t * : D'HISTOIRE NATURELLE. k^ MU en pointe, ils étoient légérement convexes en dessus et concaves en dessous oü ils étoient appliqués sur les canaux déférens. Dans aucune de leur surface, ils ne présentoient de traces de divisions en lobules et méme aucunes granulations: leur couleur étoit d'un brun hépatique : en intéressant leur substance on la trouvoit entièrement homogène, sans grains ni tubercules : les uretéres én naissoient par des ramifications nombreuses qui en se réunissant successivement, mais sans aucune régularité, formoient un canal tout au plus de la gros- seur d'une plume d'oie, qui régnoit dans l'intérieur méme du rein jusqu'à son extrémité postérieure; ces uretéres tra- versoient ensuite une masse de substance blanche, compacte, fibreuse, d'une nature parüculiére, recouvrant à sa partie supérieure l'extrémité des canaux déférens et servant à at- tacher ces parties à Ja colonne vertébrale. Ils s ouvroient en- suite obliquement sur les parties latérales de la paroisupérieure d'une cavité dont nous allons parler avec plus de détails à l'article des organes de la génération. | Les zesticules étoient situés vers le quart antérieur de l'ab- domen, sur les parties latérales de la colonne vertébrale, hors du péritoine qui passoit au-dessous d'eux et les tenoit dans une situation fixe; ils avoient un pied de long sur 5 à 6 pouces dans leur plus grande largeur; leur forme étoit ovalaire, un peu comprimée. En enlevant le péritoine qui les recouvroit , on lestrouvoit divisés en 15 à 16 lobes ou rondelles par autant de sillons transversaux assez profonds. En quelque sens qu'on les coupât, on voyoit qu'ils étoient entièrement composés de petits corps sphéroïdes de grosseur un peu variable, agglu- tinés de toutes parts; chacun d'eux offroit sur sa tranche une "430 à : ANNALES DU MUSÉUM sorte de substance corticale, blanchátre, granulée, qui en en- touroit une autre plus rouge et d'apparence charnue. Dans le milieu de cette derniére étoit une espéce de point blanc d’où sembloit sortir en divergeant quatre ou cinq filamens de mème coüleur et tissu apparent, qui séparoit par conséquent le parenchyme en autant de triangles : ces espèces de rayons parvenus ensuite dans un interstice se réunissoient avec ceux provenant d'autres tubercules, et ainsi successivement. Il en résultoit des filamens blanchâtres qui grossissoient davan- tage à mesure qu'ils approchoient de la superficie de l'organe; en sortant des sillons que nous avons dit le subdiviser en rondelles ou lobules et en si grand nombre, en se dirigeant d'abord parallélement de dehors en dedans, puis d'avant en arriére, que toute sa surface inférieure en étoit recouverte; tous ces filamens n'étoient autre chose, à ce qu'il nous a sem- blé, que des veines; et, en effet, on les voyoit bientót.s'ou- vrir dans la ligne médiane dans un véritable tissu caver- neux tout-à-fait analogue à celui qui enveloppe toutes les autres veines et qui probablement appartenoit au trés-gros tronc veineux qui accompagnoit l'aorte dorsale. En arrière surtout, leur assemblage formoit une sorte de queue ou de prolongement de près de 26 pouces de long et on apercevoit cette terminaison d'une manière manifeste. On pourroit donc irouver quelque analogie entre cette grande quantité de veines sortant du testicule de cette espèce de squale , et le corps pampiniforme des animaux mammifères; et en se- rappelant que d’après les observations de Bordeu sur les glandes et les secrétions, les veines d'un organe secréteur sont d'autant plus dilatées et développées que cet organe est ha- D'HISTOIRE NATURELLE. I21 bituellement en plus grande activité, onne sera plus étonné de voir autant de veines sortir du testicule de ce poisson; parce que nous allons voir tout-à-l'heure combien l'épidi- dyme et les canaux déférens étoient gorgés de liqueur sé- - münale. — > 546 ! Y | L'épididyme étoit situé plus antérieurement que le testi- cule, car il se trouvoit tout -à-fait à la partie antérieure de l'abdomen, tout prés de la cloison musculeuse qui le sépare de la cavité branchiale. Je n'ai pu voir évidemment sa nais- sance dans la substance de l'organe, ces deux parties ayant été séparées dans l'ablation qui en fut faite hors du corps de l'animal; mais je présume qu'elle avoit lieu comme dans les autres squales, en ce qu'on. trouvoit à la partie postérieure d'un des lobes de l'épididyme des replis nombreux extrème- ment fins qui ne pouvoient étre quele commencement du canal mille fois replié quile forme. Quoi qu'il en soit, cet épididyme étoit très-curieux à cause de sa ressemblance avec le cerveau d'un. mammifère dont les circonvolutions seroient extréme- ment nombreuses et peu grosses. Il étoit, en effet, composé _de deux lobes bien distincts, de forme hémisphérique : l'un interne étoit le plus petit, sa longueur étoit de 4 pouces environ, et sa largeur de » pouces 6 lignes, pointu à ses deux extrémités, convexe d'un. côté, plane. ou légèrement concave de l'autre, par lequel il toüchoit au second. lobe, il étoit entièrement composé par les circonvolutions fort serrées d'un canal à parois blanches, fibreuses, assez épaisses, et gorgé de matière séminale. A la partie antérieure où le ca- nal étoit sensiblement plus M. M arriere se faisoit la communication avec l'autre lobe ou portion de l'épididyme, 16 198. i 122 ANNALES DU, MUSÉUM au moyen d'un prolongement replié du canal : celui - ci étoit un peu plus allongé, à peu près de même largeur, pointu à ses deux extrémités, également convexe d’un côté et concave de l'autre; il communiquoit par la face intérieure de son ex- trémité antérieure avec l’autre lobe, et en arrière le canal dont les nombreux replis le formoient augmentoit insensi- blement de calibre, et perdant ses flexuosités se continuoit avec le canal déférent. Cet épididyme, outre le We qui L'anpliquoi. sur dis parues latérales de la colonne vertébrale, étoit enveloppé par une membrane blanche, fibreuse, assez épaisse : les replis du canal qui le argen. étoient en outre réunis d'une - maniére trés -solide, au p nere d'un tissu cellulaire fort serré, | | Le canal déférent né, ainsi que nous venons de le dire, de l'extrémité postérieure de l'épididyme, s’étendoit ensuite au-dessus du péritoine dans toute l'étendue de l'abdomen sur les parties latérales de la colonne vertébrale où il faisoit "une saillie fort considérable ; à cause de la trés-grande quantité de matière séminale qu'il contenoit; il augmentoit de gran- deur à mesure qu'il se portoit davantage en arrière. Il étoit formé par une première membrane blanche, épaisse, entié- . rement confondue en dessous avec le péritoine, et en dessus immédiatement appliquée contre la chair, ou sous les reins, dans l'endroit où les organes existoient, et. tapissée à l'inté- rieur par une autre beaucoup plus mince ; également blanche. Cette membrane i interne analogue à la auque ou u veloutée de nombiias replis ou valvules flottantes, semblables pour = r D'HISTOIRE NATURELLE. 123 la forme à celles que l'on connoit dans l'homme sous le nom , de conniventes; mais elles en différoient en ce qu'il n'y en avoit qu’à la face supérieure et qu'elles formoient deux rangées l'une à côté de l'autre, au lieu d’être opposées : ces valvules adhé- rentes par leur côté convexe, libres et flottantes pär leur . bord inférieur ou concave, étoient adossées deux à deux dans chaque rang et formoient ainsi une double série de cellules fort profondes, ouvertes largement par léur cóté inférieur dans le canal déférent, et d'autant plus larges et plus profondes qu'elles étoient plus postérieures. Enfin chaque canal dé- férent, convergeant un peu vers la ligne moyenne ou l'un vers l'autre, s'ouvroit trés-largement sans aucune trace de valvule à la partie antérieure et supérieure de la cavité dans laquelle nous avons déjà vu souvrir les uretères. Cette cavité ou premier cloaque se trouvoit à là partie su- périeure et antérieure du véritable, c 'est-à-dire de l'extrémité | du canal intestinal au point de terminaison dé la cavité ab- dominale, creusée, pour ainsi dire, dans ce tissu compacte que nous avons dit servir à réunir l'extrémité du rectum avec la cólonne vertébrale : elle pouvoit avoir à peu prés 6 pouces de longueur et de largeur. Plus large en avant, on y remarquoit en allant de haut en bas, re. l'orifice oblique de 3 Tignes de diamétre environ des uretères, l’un à droite, l’autre à gauche qui anticipoit un peu sur la paroi supérieure? 20. une longue ouverture également de chaque côté, dans kquelle j je pouvois avec quelque difficulté introduire le poing, c étoit celle des canaux déférens dont nous venons de parler; 30. "au-dessous de cet orifice en étoit un ‘autre au moins aussi large, sépasé du précédent par une grosse pasrar : I 124 ANNALES DU MUSÉUM non percée, d'un tissu blanc, fibreux, extrèmément dur et compacte, et saillante dans l'intérieur de cette cavité. Cet ori- {ice communiquoit dans une cavité fort grande, allongée, di- rigée d'arriére en avant, située entre le péritoine et la mem- brane propre du canal déférent, au-dessous de celui-ci, et dont la membrane interne ne formoit aucun repli. On peut voir dans cette cavité une véritable vésicule séminale, dans la- quelle la: semence doit refluer du canal déférent autour de la grosse papille. conique. Enfin la partie postérieure de ce premier cloaque ou supérieur diminuoit toujours de largeur, se terminoit en zzfundibulum dans cetappendiceintestiniforme que nous avons dit se trouver à la paroi supérieure du véri- table cloaque, et sur lequel nous allons donner quelques détails. Cet TR entièrement mollasse et flasque, avoit 6 à 7 pouces de long sur environ un pouce de diamètre à sa base: il étoit: entièrement flottant et pendant à la partie supérieure du cloaque et dirigé d'avant en arrière : traversé dans toute sa longueur par un:canal fort large sans valvule ni repli, il offroit antérieurement et supérieurement la continuation du cloaque supérieur, se terminoit dans le véritable par un orifice également ouvert au bord duquel on voyoit. supérieurément un petit prolongement peu saillant, et inférieurement deux brides ou demi-anneaux se portant d'un bord à l'autre, de même nature que le reste de l'appendice. Enfin à sa base et au cóté dxoit étoit un orifice ovalaire fort large, communi- quant librement avec le canal et avec le cloaque supérieur. Ses parois n étoient formées que par une double membrane - muqueuse, séparée par une couche de tissu cellulaire, sans D'HISTOIRE NATURELLE. 125 aucune fibre musculaire, ni rién qui ressemblàt à un tissu ca- : verneux; en:sorte qu'il est extrémement probable que cet orgáne n'est pas susceptible d'érection. ra | Tous les nombreux replis formant les deux lobes de l'épi- didyme et la portion antérieure du canal déférent étoient remplis et véritablement gorgés d’une matière seminale , ho- mogéne, qu'on ne sauroit mieux comparer qu'à du. pus cel- lulaire bien lié; mais dans la moitié postérieure du canal la matière qu'il contenoit formoit des caillots plus ou moins gros, d'apparence albumineuse , dans le milieu desquels on aperce- voit quelques points de la méme matière séminale que dans l'épididyme : l'intérieur des deux cloaques ne contenoit ab- solument rien. "coda | | Les appendices extérieurs des organes de la génération avoient environ trois pieds de long, depuis leur dégagement de la nageoire ventrale : leur face externe et supérieure étoit convexe et entièrement recouverte par la méme peau ru- gueusé et fendillée que le reste du'corps; mais à leur face in- terne et inférieure, du côté où ils se regardoient et méme se touchoient en partie, la peau étoit molle, tendre, pülpeuse, légèrement rougeàtre, et étoit évidemment la continuation de celle de l'intérieur du cloaque : de ce côté, ils offroient en outre. une. fente ou sillon étendu dans toute leur lon- gueur, mais dont la moitié antérieure; d'à peu prés 14 pouces, étoit étroitement fermée par le rebord de deux* cartilages très-serrés etqu’onne pouvoit écarter qu'avec une très-grande difficulté. Le reste. de cette face offroit.une excavation sus- ceptible d'étre facilement et largement ouverte, dans laquelle on reinarquoit 19. une sorte de pointe ou d'ergot de 7 pouces 120 ANNALES DU.MUSÍUM de long, articulé et fort mobile sur l'extrémité postérieure du cartilage qui bordoit supérieurement le sillon fermé, mais qui | étoit tout-à-fait recouvert par la membrane interne, et dont l'extrémité seule d’un demi-pouce de long m'a paru comme - cornée et libre au bord supérieur et extérieur de l'appendice; 29. un autre cartilage , un peu aplati, occupant le milieu du tiers - antérieur de cette gouttière; celui-ci étoit mobile presqu'en tous sens, mais entiérement renfermé dans un repli dela mem- brane interne qui se prolongeoit, libre et flotante, jusqu'à l'extrémité postérieure du sillon. Outre le sillon principal qui régnoit dans toute la longueur de l'appendice en se poire geant méme dans.sa racine, i| y eu avoit un autre situé à son côté interne, mais beaucoup plus petit et plus étroit : il étoit formé par le cartilage qui s’articuloit avec la partie pos- térieure de celui qui se trouvoit au bord supérieur du sillon fermé, et un autre rebord cartilagineux qui étoit au bord - interne et inférieur de l'appendice : il ne remontoit pas dans sa racine comme'le précédent, mais ilw a semblé qu'il com- muniquoit avec lui. Je dois faire observer que dans cette excavation alg l'ap- pendice j'ai trouvé une assez grande quantité d'une matière absolument semblable à celle que nous avons vu remplir la partie supérieure des canaux déférens, ou de sperme, ce qui me semble déjà fortement infirmer l'opinion de Bloch et de plusieuts autres Ichthyologistes , que ces organes ont pour seul usage de retenir la femelle dans le moment de l'accou- plement; mais comme je wai pu trouver la communication de cet appendice avec les organes de la génération dans le squale dont je donne la description, ce que j'ai réussi à faire : D HISTOIRE NATURELLE. 129: . dans d'autres espéces, je me réserve, dans un autre Mémoire que j'aurai trés-incessamment l'honneur de soumettre au ju- gement de la Société, de traiter de la structure et des usages de ces appendices dans les raies et les squales. ! . Je terminerai ce Mémoire en disant quelque chose de la colonne vertébrale et du peu de systéme nerveux que j'ai pu observer. - La plus forte vertébre qui m'ait été remise, c'étoit une des antérieures, avoit 4 pouces 10 lign. de longueur, 7 pouces de diamétre vertical et 8 pouces 3 lignes par le transversal : elle offroit en avant comme en arriére une cavité conique, dont la hauteur ou profondeur étoit de 3 pouces 4 lignes environ, en sorte qu'il n'y avoit que » lignes d'épaisseur entre le sommet des deux cavités : les vertèbres étoient réunies entre elles au moyen d'un bourrelet fibreux composé de lames circulaires, adhérentes par lèur bord, d’un pouce to lig. d'épaisseur sur deux pouces de hauteur, en sorte que la cavité intervertébrale ` en étoit considérablement augmentée, au point qu'elle pou- voit contenir environ 3 pintes et demie de liquide. Cette es- pèce de sinovie, dont nous avons aussi remis une assez grande quantité à M. Chevreul pour qu'il voulut bien en faire l'ana- lyse, étoit de couleur blanchâtre, trouble, composée d'une partie liquide dans laquelle nageoït un assez grand nombre de caillots; au goût elle étoit trés-salée. Comprimée de toutes parts dans une cavité hermétiquement fermée, incompres- sible comme tout fluide, elle distendoit tout autour le liga- ment ou bourrelet interarticulaire, ce qui étoit sensible seu- lement sur les parties latérales, parce qu'en dessus comme en dessous il étoit beaucoup moins épais , les bords de la cavité 128 ANNALES DU MUSÉUM de la vertèbre proéminant davantage en cet endroit que sur les cótés : d'ailleurs il y avoit aux deux faces supérieures et inférieures de la colonne vertébrale un autre appareil liga- menteux fort serré qui servoit à lui réunir une série d'espèces de chevrons percés pour former le canal dela moelle épinière en dessus et celui de l'aorte en dessous. Les chevrons supé- rleurs étoient en outre réunis entre eux par un très- fort ligament jaune élastiqne d'un pouce d'épais au moins qui ré- gnoit dans toute l'étendue de la colonne vertébrale, en pas- sant de l'un à l'autre. D? 'aprés cette disposition on voit que les moüvemens de l'échine en haut ou en bas doivent étre trés- . bornés, tandis qu'au contraire ils sont très-faciles de droite à gauche; ajoutons à cela que la grande élasticité du bourrelet interarticulaire fait qu'aussitót que l'animal a fléchi le tronc d'un cóté, il est de suite reporté dans la ligne médiane, sans aucun effort musculaire, par cette seule tendance de ses fibres - à revenir à leur état antérieur. La moelle vertébrale étoit beaucoup plus petite que le canal dans lequel elle étoit contenue ; celui-ci étoit rond : elle étoit . au contraire fortement déprimée ou aplatie de haut en bas : sa largeur, dans les plus grandes vertèbres, étoit de 6 lignes et son épaisseur de deux et demie seulement; elle ne m'a offert, en quelque endroit que je l'aie observé, aucune espèce de renflement ; à sa face supérieure étoit un sillon trés-con- sidérable, au contraire en dessous à peine y en avoit-il un de sensible : la matiére grise. étoit fort pen abondante, en oceupoit le milieu et n'offroit presque qu'une sup ligne, dilatée un peu, et bifurquée à ses extrémités. La pie-mére oula membrane propre de la moelle onde - D'HISTOIRE NATURELLE. 120 étoit assez épaisse, elle formoit en dessus, en passant d'abord d'un sillon à l'autre, un canal triangulaire fort sensible qui s étendoit probablement dans toute la longueur de la moelle: et sur les parties latérales il y avoit également de chaque côté un trés-petit canal dont l'étendue étoit probablement la inéme. 'Tout l'espace compris entre l'enveloppe de la moelle épiniére et la cavité vertébrale étoit rempli par une quantité immense de vaisseaux sanguins, dirigés dans tous les sens et formant une sorte de tissu caverneyx à mailles fort làches. Les nerfs vertébraux naissoient de la face supérieure de la moelle, ceux d'un cóté fort rapprochés de ceux de l'autre., mais par une seule et unique racine ;ilsse dirigeoient ensuite d'avant en arriére, un peu de dedans en dehors, ‘et traversoient obliquement les cartilages des chevrons : je n'ai pu voir si ensuite ils formoient des ganglions d’où sortiroient les nerfs qui alloient se rendre aux parties. Les portions de nerfs qu'il m'a été possible d'extraire, comme le pneumo-gastrique, et ceux qui se distribuoient en trés-grand nombre à l'anus, ne m'ont offert qu'un tissu grisàtre, homogène, mais je n'ai pu les diviser en filets. L'œil extrêmement petit, surtout comparativement avec la grandeur de l'animal, étoit de forme à peu prés hémisphé- rique ; fort aplati en avant, il se terminoit en afriére par une protubérance mousse ou espéce de pivot obtus sur lequel il rouloit dans la cavité de l'orbite, au moyen de muscles trés-forts. Son diamètre interne et transversal étoit de près de » pouces et l'antéro-postérieur de 16 lignes seulement. La sclérotique offroit cela de particulier qu'elle étoit en- 18. Ss 17 LA 130 ANNALES DU. MUSÉUM tièrement cartilagineuse et absolument de la méme nature que le squelette lui-même; elle avoit 3 à 4 lignes dans la partie postérieure qui étoit la plus épaisse, s'amincissoit beau- coup en avant et se terminoit par un bord mousse et arrondi qui circonserivoit l'ouverture de la cornée transparente; cette ouverture avoit 13 lignes de diamétre. ll n'y avoit réellement pas de cornée transparente pro- prement dite; mais la conjonctive , après avoir tapissé la partie antérieure de la sclérotique, passoit au-devant de son ouverture antérieure, et la fermoit. En cet endroit la con- jonctive ne changeoit nullement de nature, mais sa couleur, qui sur le reste de son étendue étoit d'un brun noirátre, s éclai ivement et devenoit entièrement blanche. La choroide, de plus d'un tiers de ligne d'épaisseur, d'un brun presque noir, étoit composée de deux lames distinctes. Les procés ciliaires étoient assez marqués, trés-fins et de 5 à 6 lignes de long. L'iris m'a paru comme formée par des. stries convergentes vers le centre de la pupille qui avoit 8-10 lignes de diamètre. Les vaisseaux ciliaires étoient. très- -gros, au nombre de deux seulement, et traversoient fort obliquement la partie la plus épaisse de la sclérotique. Le crystallin formoit uhe- sphère sensiblement régulière, de 9 à 10 lignes de diamètre; sa capsule étoit fort épaisse et adhéroit d'une manière très-solide au bord externe de Viris. . L'humeur vitrée étoit presqu’entièrement détruite lorsque j'ai pu étudier l'œil. Le nerf optique, remarquable par son extrême petitesse , > D'HISTOIRE NATURELLE. 131 puisqu'à peine il avoit une ligne dë diamètre, étoit un peu comprimé et composé, comme dans l’homme, d’un faisceau de filets dont la coupe imite assez bien celle d'une baguette de jonc. Il traversoit obliquement la sclérotique plus en de- dans que l'axe de l'organe, ét s'épanoüissoit pour former la rétine. Celle-ci tapissoit comme à l'ordinaire toute la face interne de la choroide; sa couleur étoit brune, comme cui- -vreuse. Íl n'y avoit aucune trace de la cod que l'on trouve dans l'œil des poissons osseux. Avant de terminer ce Mémoire, nous ferons dates ob- servations sur l'époque et l'état dans lequel on a vu la plu- part de ces grands poissons, et sur l'espèce à laquelle. nous rapportons celui-ci. M. Home a déjà fort bien observé que c'est toujours à la suite de grandes tempêtes que ces animaux sont arrivés dans nos mers; nous ajouterons que c'est à ce qu'il paroit vers l'équinoxe d'automne qu'ils abandonnent les mers du Nord, oü ces grandes espéces de Squalés sont relégüées, comme nous verrons la plupart | des aütres espéces de ce genre, et peut-étre méme de posee en général, étre confinées dans certains parages. Quant à la cause qui les détermine à les quitter, si l'on fait attention que jusqu'ici l'on n'a point en- core vu d'individu femelle, et que les individus mâles que l'on a eu l'occasion de disséquer se sorit toujoürs trouvés avoir les organes de la génération gorgés de liqueur séniinale, il paroitra peut-être probable que c'est à la poursuite ét pent cue mieux à la recherche des femelles qué ces poissons, à l'époque du frai , se sont égarés et pour ainsi dire fourvoyés dans nos mers. Aussi toutes les petsonities qui/ont eu locca- | ok /'- La 132 ANNALES DU MUSÉUM sion d'en observer à la mer, m’ont-elles assuré que leur ma- nière de nager sembloit tenir d'une sorte d'état de fureur; en effet, en nageant ils tournent continuellement sur eux- mêmes, s'élevant et s'abaissant successivement sans avoir une direction déterminée dans leur marche. Quant à l'espéce à laquelle nous rapportons l'animal que nous venons de décrire, nous rappellerons que dans notre Mémoire sur les différentes espèces de Squales confondues sous le nom de Squalus maximus de Linné, nous avons dit à l'article du Sg. peregrinus. dont le type est conservé au Muséum, que nous rapporterions provisoirement à cette es- pèce l'individu figuré par Shaw, sous le nom de Sq. maxi- mus måle. ( Basking shark, màle), tom. V, part. 2, p. 327 «e. la Zoologie générale, mais avec quelques doutes, à cause de la nageire anale indiquée dans la figure; cependant, ajoutions-nous, si M. Shaw eut joint à sa figuré une deserip- tion. qui nous eüt garanti la. fidélité du dessinateur, nous au- rious été tentés de regarder l'individu qu’elle représente comme appartenant à une espèce distincte de notre peregri- "us, tant nous nous sommes assuré de la constance de certains caractères, en apparence peu importans, dans la famille des Squales. Nous. pensons donc. que Tindividu « qui fait le sujet de ce Mémoire, est; de la méme espèce que eelui figuré par Shaw, ce qui, nous donne. une quatrième espèce bien dis- tincete, ce nous semble, à ajouter aux trois autres que nous croyons confoudues sous le nom de CARRE maximus de Linné, et nous la caractérisons ainsi : $g ualus 19. Dentibus COPICIS , Phinutis , numerosis , recur- à: ji vaigs ; NOM, serratis. | D'HISTOIRE NATURELLE. 133 29. Jnspiraculis exiguissimis. 30. Exspiraculis aut aperturis óranchialibus , im- mensis, suprà ac infrà prolongatis, prüná longiore; membraná branchtostega laiti: ` . 49. Corpore immenso, ubique ferè nigro; cute asperá , profunde rugosa, elephantiné. 5o. Pinna anali secunda. dorsal ferè cequalt. 6». Cauda ad basin utrinque carinata, et fovea semi-lunari suprà et infrà instructa. 3 "sy ! EXPLICATION DES FIGURES. F:c. I. Figure du Squale pélerin au 5; de la grandeur naturelle. A. Event ou Inspiracule, : B B. Fossettes semi-lunaires qui se trouvent à la racine dela queue. | C. Caréne. Fig. II. Le canal intestinal ouvert depuis le pharynx jusqu'à l'anus pour faire \ voir les différentes parties dont il se compos 019; A A. Pharynx. 1,1. Bande de papilles qui se trouvent à la me initia BB. Premier estomac ou œsophage. 1, 1. Ouverture de communication du pharynx avec le premier estomac, 2,2. Valvules qu’on y remarque. 3,3, 3. Espèce de réseau formé par les replis de la membrane interne. UP OE C, C. Second Estomac. 1, 1. Rétrécissement à l'endroit de communication du premier avec le se- cond estomac. 2,2 2, 2. Lames ou feuillets formés par la membrane interne. 5. Cul-de-sac auquel adhère la Rate E E. D D. Troisième estomac. : 1. Communication fort étroite du PME avec le troisième ou Pylore. 2. Plis longitudinaux que lou voit dans son intérieur. ` t 134 ANNALES DU MUSÉUM F F. Quatrième estomac, G G. Duodénum. 1. Communication fort étroite avec le dernier estomac. ; 2, Ouverture du col de la vésicule du fiel qui n’a pu sy même être aper- cue dans la figure, mais qu'on a pontillée 4. 3. Ouverture du canal pancréatique. _ 5. Orifice de l'axe de la valvule spirale. H,H, H,H. Intestin valvulaire ou colon. 1,1,1,1. Valvule spirale. 2, 2. Orifice postérieur de l'axe de cette valvule. I, I, I, I. Rectum. 1. Orifice de l'espèce de vessie qui se trouve à la partie supérieure du Rectum , mais que l'on n'a pa rendre visible dans cette figure. 2. Cul-de-sac. L, L. Cloaque. 1, 1. Penis intestiniforme. 2. Trou ovale dont il est percé à la base de son cóté droit, 5, 3. Brides qui le terminent. / 4 , 4. Papilles creuses servant de communication entre la cavité péritonéale et le cloaque. K, K. Terminaison du canal déférent. 1. Réservoir ou vésicule séminale. '2. Grosse papille conique terminant la cloison qui sépare le omal déférent du réservoir séminal. P. Artére mésentérique. F:c, III. Portion de la moelle vertébrale, pour montrer comment les nerfs en naissent. 1. Espace compris entre la moelle ot son canal, rempli d'un lacis do vaisseaux sanguins. | 2, 2. Canaux latéraux triangulaires formés par l'enveloppe médullaire. Fic. IV. Coupe de l'œil à moitié de grandeur naturelle, 1, 1. Sclérotique entièrement cartilagineuse. 2. Espèce de pivot de même substance sur lequel l'œil roule en totalité dans l'orbite. 8. Conjonctive passant au devant de r vert téri de la sclérotique 4. Rétine, E Fie, V. Une papille pharyngienne de grandeur naturelle. D'HISTOIRE NATURELLE. 135 Fic. VI. Une vertèbre réduite à 2 lignes par pouce. 1. Corps de la vertèbre excavé en cône en avant comme en arriere. 2. Coupe d'un des chevrons formant le canal de la moelle MN d et qui ne sont qu'appliqués sur rfa vertèbre. 3. Canal vertébral. 4. Très-gros ligament jaune et élastique étendu de la tête à la queue au- -dessus de toutes les vertèbres 1236 ANNALES DU MUSÉUM EXPÉRIENCES CHIMIQUES SUR LE CARTILAGE DU SQUALUS PEREGRINUS. PAR M. CHEVREUL i. Es cartilage du squalus est demi-transparent : il a quel- que chose de bleuâtre : il est flexible, on peut le couper au couteau en lames trés-minces : quand il est frais, il n'a quune odeur trés-légérej'mais dés qu'il commence à se décomposer il exhale une odeur de poisson extrémement forte. S Ter. à CARTILAGE ET EAU. . 9. Une lame de cartilage pesant 1 gramme, a été dissoute par un litre d'eau bouillante divisé en cinq portions. 3. Avant que le cartilage soit dissous par l'eau, il absorbe ce liquide, il se gonfle et finit par disparoitre. Il m'est arrivé de croire qu'il falloit moins de 1 litre d'eau pour dissoudre 1 gramme de cartilage, par la raison que cette substance étoit tellement pénétrée d'eau qu'elle réfractoit la lumière comme ce liquide, en sorte qu'il étoit impossible à l'œil de les dis- tinguer l'une de l'autre : mais lorsqu'on, versoit du muriate _ D'HISTOIRE NATURELLE. 137 de mercure au maximum dans l'eau , le cartilage se combi- noit sur-le-champ au sel mercuriel , l'eau étoit expulsée d'entre les molécules du cartilage, et celui-ci paroissoit sous la forme de grumeaux blanes; ce qui prouvoit encore que le cartilage étoit simplement suspendu dans l'eau, c'est que quand on filtroit la liqueur, il restoit dans le filtregune gelée trés-volu- mineuse et le muriate de mercure versé dans r eau filtrée n'y faisoit qu'un louche trés-léger. — ' 4. Les lavages du cartilage étoient visqueux ; ils moussoient | par l'agitation; ils rétablissoient la couleur du papier de tour- nesol rougi par un acide. Les premiers lavages étoient plus visqueux que les derniers; j'attribue cela à ce que ceux-ci contenant moins de sels alcalins que les premiers, avoient dessous une «plus petite quantité de cartilage. Cet liqúides évaporés n’ont pas donné de gélatine. - 5. La solution de cartilage étoit troublée par une goutte d'acide sulfurique, nitrique et muriatique; mais j'ignore si ce trouble étoit dà à ce que les acides neutralisoient un alcali qui tenoit de la matiére animale en dissolution, ou bien à ce qu'ils formoient avec celle-ci une combinaison peu soluble. Lorsqu'on ajoutoit 1 un excés ——! à la liqueur, le trouble disparoissoit. 6. La solution de cartilage étoit précipitée en flocons blancs, par l'acide muriatique oxigéné : elle l'étoit également par plusieurs sels métalliques, mais surtout par le nitrate de mercure àu minimum et le sous-acétate de plomb : l'infusion de noix de galle n'y faisoit aucun changement, seulement quand la solution avoit été concentrée, il se formoit un louche léger qui n'étoit suivi d'aucun précipité. 18. 18 140 ANNALES DU MUSÉUM tate d'ammoniaque (1), un acide que je présume être du vinaigre, plus du principe odorant et un peu de matière animale. Les acides faisoient dans cette liqueur un précipité soluble dans la potasse. 12. Le résidu des lavages, qui n'avoit point été dissous par l'alcool, traité par l'eau, donna des cristaux de sulfate et de zevrzate de soude. il contenoit de plus de la matière anunale ex du principe odorant. 13. Je ne pus séparer le principe odorant des matiéres qui accompagnent, probablement à cause de sa grande affi- nité pour la matióre animale et de sa petite quantité. Mais si l'on considére que ce principe est soluble dans l'alcool, qu'il a la méme odeur que l'huile du sperme de squalus, on sera conduit à le regarder comme étant de là méme nature que cette huile. 14. Le résidu de l'évaporation des lavages alcooliques (11) n'avoit qu'une odeur trés-légére, mais le méloit-on avec de l'hydrate de chaux, aussitót il se dégageoit de l'ammoniaque qui emportoit avec elle de l'huile odorante et répandoit une forte odeur de Boisson, Ge résultat explique ce qui se passeau commencement de la décompositi še du cartilage et des parties du. ualus q is contiennent dcT huile; ces parties, dans leur état naturel, n'ont pas d'odeur dineb. parce que le principe odorant est peu volatil et que l'affinité qui existe entre ce principe et les matières animales qui lui sont unies diminue encore sa volatilité. Mais lorsque ces matières viennent à se décomposer, l'ammoniaque qui est produite, (1) Et peut-être du muriate. D'HISTOIRE NATURELLE. 141 s’unit à l'huile, elle forme une combinaison volatile qui répand une odeur trés-forte. On conçoit d'après cela com- ment les acides peuvent affoiblir l'odeur de poisson, en neu- tralisant l'ammoniaque qui tient l'huile à l'état gazeux. Examen du cartilage lavé à l'alcoot. 15. Cent grammes de cartilage épuisés par l’aléool bouil- lant se sont réduits à 0,3, après avoir été desséchés à une température de 4o à 50°. | | if 16. Le cartilage traité par l'alcool étoit légèrement coloré en jaune; en perdant l'eau qu'il contient naturellement, il avoit perdu de sa transparence et de sa flexibilité; chauffé dans l'eau, il absorboit ce liquide, se gonfloit et recouvroit en partie ses premières propriétés; il n'avoit pas d'odeur sen- sible, cependant il contenoit encore du principe odorant ; on s'en apercut en l'exposant dans un vase fermé à une chaleur de 3o à 40°, au bout de plusieurs jours il répandit une odeur de poisson assez forte. Au reste, les matiéres animales qui contiennent des principes odorans de nature huileuse, les retiennent avec une grande force, car j'ai observé que du musc qui avoit été soumis à l'action de l'eau et de l'alcool bouillans et qui avoit perdu dans ces traitemrens toute son odeur, étoit redevenu odorant aprés plusieurs années. S II. CARTILAGE ET ACIDE MURIATIQUE. , . > ; ? id s 17. Le cartilage a été parfaitement dissous par l'eau aiguis sée d'acide muriatique. Cette dissolution a été coagulée par lanoix de galle. J'ai trouvé la matière animale dans le précipité. 142 ANNALES DU MUSÉUM S IV. CARTILAGE ET ACIDE NITRIQUE. 18. De cartilage mis à macérer dans l'acide nitrique a fini par s'y dissoudre. Aprés pinus jours de macération j’ ai distillé la dissolution, il s'est dégagé du gaz nitreux, du gaz azote, de l'acide prussique, et une matière odorante par ti- culiére que je n'examinerai pas dans ce Mémoire. La liqueur concentrée a donné des cristaux d'acide oxalique. : 19. La liqueur séparée de l'acide oxalique ; a été évaporée à siccité; le résidu qu'elle a laissé a été macéré dans l'alcool. Celui-ci a dissous 19. de l'acide oxalique; 29. du nitrate de soude (1); 30. une matière jaune amère qui étoit différente de l'amer de Welther, car elle n'a pas donné de cristaux dé- tonans quand on l'a mélée à la potasse; 4». de l'huile odo- rante qui paroissoit être absolument la méme que celle an existe dans le cartilage. 20. C'est surtout dans le sient lavage Af i du ré- sidu (19), que j'ai reconnu l'existence de l'huile odorante du cartilage, parce que ce lavage contenoit proportionnelle- ment moins de matière jaune amère que le premier. Le se- cond lavage avoit-une saveur de. poisson extrémement sen- sible, surtout aprés P concentration. Il avoit une couleur jaune tirant au verdátre; cette nuance de verdâtre étoit pro- duite par le mélange du jaune de la matière amère avec une couleur bleue. Si l’on se rappelle que les lavages alcooliques du cartilage (1 9) qui tenoient.de l'huile odorante étoient (1) Tout le muriate de soude qui existe dans le cartilage avoit été décomposé par l'acide nitrique, car je ne trouvai que des traces d'acide "FE dans l'alcool. D'HISTOIRE NATURELLE. 143 bleus, il sera peut-être permis de conjecturer que cette cou- leur appartient à la dissolution du principe odorant dans Valcool(1), que par conséquent ce principe résistant à l’action de l'acide nitrique, se retrouve dans le résidu (19) et qu'en se dissolvant dans l'alcool il forme une solution bleue qui paroit verte à cause du jaune de la matière amère. 21. Le résidu qui n'avoit pas été dissous par l'alcool ( 19) étoit composé presqu'en totalité de sulfate de soude. I} con- tenoit un atóme de matière insoluble qui étoit vraisembla- blement de l'oxalate de chaux: mêlé peut-être de phosphate terreux. | oe. i S V. DISTILLATION DU CARTILAGE. 22. Cent grammes de cartilage disullés dans une cornue de verre ont donné, ro. un liquide incolore; 2°. un liquide citrin; 3». un peu d'huile jaune; 4°. un peu d'huile brune | épaisse; 5o. du carbonate d'ammoniaque cristallisé, mais en petite quantité; 60. du gaz acide carbonique; 7°. du gaz huileux fétide inflammable; 89. un charbon pesant 3 grammes 52. - Ce liqüide citrin contenoit du prussiate, de l'hydrosulfure et une petite quantité de muriate d'ammoniaque. | Incinération du charbon. .. das 53. J'ai chauffé dans un creuset de platine couvert 5 gram. de charbon de cartilage. Lorsque le creuset a été rouge, j'ai ro 344 hi BU CUOI daa 7 !, (1) H est probable que cette couleur n'est pas due seulement à Phe + , mais en- i lui est mêlée ou combinée; car M. Vauquelin a observé core à une substance qu Ü bleus commeceux du cartilage, que les lavages aleooliques du cerveau étoient qu'ils contenoient comme ceux-ci un peu de matière animale et une substance grasse , e£ que cette dernière à l’état de pureté ne coloroit point l'alcool en bleu. ^ 144 ANNALES DU MUSÉUM enlevé son couvercle, il s’est produit aussitôt une flamme jaune qui léchoit la surface du charbon, et une fumée blanche qui rougissoit le papier de tournesol; j'ai tiré alors du creuset une certaine quantité de charbon en ignition, et j'ai trouvé qu'il exhaloit une odeur d'ail extrêmement sensible mèlée d'une odeur sulfureuse et prussique. D'aprés ce résultat j'ai sonpconné que cette flamme pouvoit être produite par du phosphore qui étoit dégagé du charbon. Le charbon a con- tinué de brüler avec une flamme phosphorique jusqu'à ce qu'il ait été incinéré. A la fin de l'incinération, la matière s’est fondue en bouillonnant, elle a dégagé une odeur d'hydro- gène sulfuré. J'ai retiré le creuset, j'ai lessivé la matière avec de l'eau, et j'ai chauffé de nouveau le résidu insoluble afin . d'incinérer le charbon quil retenoit. J'ai épuisé avec de l'eau. le résidu complétement incinéré, et j'ai réuni ce lavage au premier. 24. Les lavages évaporés à siccité ont donné 2 gr. 27 de matière fondue ; celle-ci étoit formée de sulfure, de sulfite de sulfate, de muriate, de carbonate de soude et d'une trace de matiére terreuse. Je m'assurai par deux expériences qu'elle ne contenoit pas de phosphate alcalin; 19. je ne pus en obtenir par la cristallisation; 29. traitée par T acide sulfurique, elle ne donna absolument que du sulfate de soude; ce dernier pe- soit 2 gr. 6, ce qui représente 1 gr. 22 de sede pure. ... 25. Le résidu de la cendre insoluble dans l'eau, pesoit 0,17; il fut dissous par l'acide niuique, à l'exception de 0,07 de platine provenant du creuset dans lequel on avoit incinéré le charbon. La dissolution nitrique mêlée à l'ammoniaque a donné un précipité floconneux, qui a pris en partie au bout. D'HISTOIRE NATURELLE. 145 de plusieurs heures la forme de petits cristaux, comme cela arrive au phosphate de magnésie précipité par l'alcali volatil. Outre le phosphate ammoniaco-magnésien, ce précipité contenoit beaucoup de phosphate de chaux et un peu de fer . sans doute à l'état de phosphate; il pesoit 0,04 aprés avoir été calciné. . dts : | 26. La dissolution nitrique qui avoit été précipitée par l'ammoniaque contenoit del’acide sulfurique et de la chaux; il y avoit environ 0,05 de ces substances. 27. ll suit de là que les 5 grammes de cartilage ont donné 2 gr. 37 d'une cendre composée de | Carbonate....... eo dogs Sulfate...; a.c i6 eoo Sulliit s sau e sese o9 9 85:97 Sulfuxe.... essorer nnnm Muriate.. ..... vEécrcirck Phosphate de chaux......:. Lr Phosphate de magnésie.. . +» 0, o^ 1! Phosphate de fer..,..,..+. Sulfate de chaux... «eer Os 05 . air D LIS 2 2 gr. .36 Cette cendre contenoit de plus un atôme de potasse. 58. D’après ce que MM. Fourcroy et Vauquelin nous ont appris de l'existence du phosphore à l'état de combustible dans la laite de carpe, et d’après la décomposition des phos- phates pär le charbon remarquée par M. Théodore de Saus- sure, la production de la flamme phosphorique du charbon de cartilage pouvoit recevoir deux explications, ou le phos- phore combiné avec le carbone brüloit en méme temps que , ce dernier, ou bien un phosphate contenu dans le charbon 18. : : 19 146 ANNALES DU MUSÉUM étoit décomposé par la chaleur et le carbone, et le phosphore dégagé se combinoit alors à l'oxygène de l'air. Cette consi- dération me sudes à faire les —— que je vais rap- porter. ane du charbon de cartilage. 29. J'ai épuisé par l'eau 20 grammes de charbon de car- tilage (parfaitement semblable à celui qui avoit été incinéré dans l'opération précédente). J'ai fait concentrer la lessive, et par trois cristallisations successives, j'ai obtenu 5 gr, 38 de sulfate"de soude calciné. | 3o. L'eau-mére du sulfate de soude a été avoit à sic— cité, et le résidu qu'elle a laissé pesoit 4 gr. 78, après avoir été chauffé au rouge. En le faisant macérer plusieurs fois de suite dans l'alcool à 260, je l'ai privé de tout le muriate de soude. que je savois y exister. Le résidu insoluble pesoit 0,67 , d’où il suit que l'alcool avoit dissous 4,11. 31. Tous les lavages alcooliques réunis ont été évaporés à siccité, puis repris par l'eau. Sachant que cette dissolution ne contenoit que de la soude et des acides muriatique, car- bonique et sulfurique, je l'ai précipitée par le muriate :de barite, et le précipité de carbonate et de sulfate que j'ai eu, ma fait connoitre que l'alcool avoit dissous 0,2053 de sous-carb. de ER | SN 0,0625. de sulfate. . 0,2678. En retranchant 0,2678 des 4,11 qui avoient été dissous par l'alcool, on a pour le muriate de soude 3,8422. . 32. Le ré qui n'avoit pas été dissous par l'alcool et D'HISTOIRE NATURELLE. 147 qui pesoit 0,67, ne contenoit ni muriate ni phosphate, ainsi qu'on le reconnut par la dissolution d'argent. Ce résidu traité par l’eau a laissé 0,05 de matière insoluble qui m'a paru formée de silice, de carbonate de chaux, d'une petite quantité d'alumine, et d'oxide de fer. La dissolution contenoit 0,52 de sulfate de soude et 0,08 de carbonate, ainsi que je le re- connus par le muriate de barite. i 33. De ces expériences, il résulte que le lavage de 20 grammes de charbon de cartilage a donné, Sulfate desonde. o oinar ses ne ee ss: 0,9025 Mariate de’soude, .......,...:..:. leds ris Grosse 3,8422 Sous-carbonate de soude................ Pei rifv €. 0,0899 Matières terreuses, ete... . leeren sue ea . 0,0500 8,1400 Examen du charbon lapé à l'eau bouillante. 34. Le charbon épuisé par l'eau pesoit, aprés avoir été rougi dans un creuset, 11,65. Cette quantité ajoutée au 8,14 qui avoient été dissous par l'eau donna 19,79, d’où il suit qu'il y a eu une perte de 0,21, ce qui fait environ 1 centième. . Détermination de la quantité de cendre contenue dans ce charbon. 35. Avant de traiter le charbon par l'acide muriatique, je voulus savoir si l'eau lui avoit enlevé la propriété phos- phorique; en conséquence je pris le quart du charbon épuisé par l'eau , c'est-à-dire, 2,91 qui représentent 5 gr. de char- bon non lavé. Ce charbon, chauffé dans un creuset de platine, exhala avant que d’être rouge une odeur sulfureuse. Quand il commenca à rougir, il produisit une flamme jaune et une : LA i odeur de phosphore. La flamme se montra jusqu à la fin de 19 Æ 148 ANNALES DU MUSÉUM l'opération. Il resta une cendre qui se fondit avec efferves- eence et qui pesoit 0,47. : 36. Je fis macérer ces 0,47 de cendre dans l'eau. J'obtins par ce moyen 0,3» sulfate de soude et 0,07 de carbonate. Je m'assurai qu'il n'y avoit pas de phosphate dissous. 37. Le résiduinsoluble dans l'eau (36) fut traité par l'acide muriatique; il y eut effervescence et dégagement d'hydro- gène sulfuré. La dissolution donna avec l'ammoniaque un précipité bleu comme le phosphate de fer. Ce précipité cal- ciné pesoit 0,04 (1). Jele trouvai formé d'acide phosphorique, de chaux, d'un peu d'oxide de fer; il contenoit très-proba— blement de la magnésie. — e 38. La liqueur (37) précipitée par l'ammoniaque tenoit de la chaux et de traces d'acide sulfurique. Il est probable que - _ da chaux étoit à l'état de sulfate et que ce sel avoit été réduit en sulfure par le charbon. - \ 39. Il suit de là que le charbon lavé à l'eau bouillante contenoit, sur,2 gr. OI Sulfate soude. ....... el Mo uU bp sls ones i 0,32 Carbonate de soude.............. “re ne uie rer 0,07 Phosphate de chaux............................ Phosphate de fer........-.... eoe n s TT Phosphate de magnésie.. ee... è 0,43 Les 0,04 qui manquent pour compléter les 0,47 de cendre soumis à l'analyse, étoient dus probablement à du sulfate de chaux. | (1) Ce précipité garda sa couleur bleue, après avoir été calciné. Il est possible que la présence du phosphate de chaux art empêché la suroxidation du phosphate de fer. , D'HISTOIRE. NATURELLE. 149 En quadruplant les poids des produits de cette analyse, on a pour la quantité de cendre contenue dans 11,65 de char- bon lavé à l'eau: | Sulfate de soude.......... vol liy hate iud e x RET Carbonate de soude... i.e nth eroe rra ismet i 0,28 Phosphates..... USA RTL TS Ge Fi aa U ue CFA wo Pus 0,16 1,72 Traitement par l'acide muriatique de charbon épuisé par l'eau. "4o. Je fis bouillir 5,8» de charbon lavé avec de l'acide muriatique concentré ; il y eut dégagement d'hydrogène sul- furé, et l'acide se colora en jaune. Je fis bouillir de nouvelles quantités d'acide, jusqu'à ce que celui-ci parut ne plus rien dissoudre; je lavai ensuite le charbon pour le dépouiller d'acide muriatique. J'éprouvai une peine infinie pour arriver à ce terme, il fallut le faire bouillir pendant plus d’un mois et demi pour obtenir un lavage qui ne précipitàt point la dissolution d'argent. Il n'est pas douteux d’après cela qu'il n’y ait une véritable affinité entre l'acide muriatique et le charbon. A1. Je fis évaporer les lessives muriatiques, et je traitai le résidu qu'elles laissèrent par l'alcool à 320; celui dissolvit beaucoup de zzwriate de soude et des atómes de muriate de Jer, d'alumine et de magnésie. ne . 45. La matière insoluble dans l'alcool traitée par l'eau donna à ce liquide du sulfate de chaux, du sulfate de soude et un atóme de sulfate de magnésie; le sulfate de soude n’étoit qu'en petite quantité, parce que dans le traite- 190: ANNALES DU MUSÉUM ment du charbon par l'acide muriatique, il paroit que l'acide sulfurique qui étoit en combinaison avec la soude, s'étoit en grande partie porté sur la chaux tandis que la soude s'étoit combinée à l'acide muriatique. | | 43. Le résidu insoluble dans l'eau (42) étoit formé de phosphate de chaux pour la plus grande partie et d'atómes de magnéste, d'oxide de fer et de silice, provenant pro- bablement des vaisseaux de verre. La quantité de phosphate étoit à trés-peu prés la méme que celle obtenue de l'inciné- ration du charbon (39). ` : | 44. En rassemblant les résultats de l'analyse du charbon de cartilage, nous avons les proportions suivantes pour les partie fixes contenues dans 20 grammes de charbon. Sulfate de soude obtenu par Yeau....,........ 3,9625 Re 5,2425 Idem, obtenu par l'incinération............... 1,2890 Muriate de soude obtenu par l’eau..,........,,......, 3,8422 Sous-carbonate de soude obtenu par l'eau....... 0,2853 SEE iE 0,5653 Idem, obtenu par l'incinération.............. ; Phosphate de chaux.......... A PAR SR Te Phosphate de magnésie à z5 0,1600 Phosphate de fer H en petite quantité, ...,,,.,.,, ! : Solate da Hank, ns se a d'ercud riu |»: 185200 Des atômes de silice, d'alumine et de potasse. Wee : 9,9500 Examen du charbon lapé à l'acide muriatique. 45. Je pris le quart du charbon qui avoit été épuisé par _l'acidé muriatique, Je le fis chauffer dans un creuset de pla- une; lorsque la température fut élevée au rouge cerise, je découvris le creuset et je n'apercus aucune flamme phospho- rique, le charbon brüla paisiblement jusqu'à la fin, en ré- D'HISTOIRE NATURELLE. 151 pandant une odeur d'acide prussique lorsqu'on le retiroit du creuset. Il ne resta qu'une trace de cendre. L'acide mu- riauque avoit donc dépouillé le charbon de la presque totalité de ses sels. | 46. Les trois autres quarts de ce charbon furent projetés par petites portions dans du nitrate de soude tenu en fusion à une douce chaleur dans un creuset. de platine. Il se fit une détonation , la matière fut en grande partie dissoute par l'eau, cette dissolution saturée d'acide nitrique ne donna absolu- ment que du nitrate de soude. Tl suit de là que le charbon ne contenoit pas de phosphore. 47. Il résulte des expériences que nous venons de rap- porter dans ce paragraphe: | 10, Que l’eau n’enlève pas au charbon de cartilage la pro- priété de brüler avec une flamme phosphorique : 0, Que l'acide muriatique lui fait perdre cette propriété : 3o. Qu'on ne peut attribuer la cause de l'inflammation au phosphore à l'état de combustible, car si cela étoit l'acide muriatique ne dépouilleroit pas le charbon de ses propriétés phosphoriques : 4». Qu'on ne peut attribuer cette cause à la décomposi- tion des phosphates, parce que les phosphates du charbon sont d'une décomposition trés-diflicile, uiis y sont en petite quantité, et que l'on en retire à peu prés autant par l'inci- nération du charbon que par les lessives muriatiques. 152 ANNALES DU MUSÉUM ST. : RECHERCHE DE LA CAUSE DES PROPRIÉTÉS PHOSPHORIQUES DU ! CHARBON DE CARTILAGE. 48. Les recherches que j'avois faites ayant épuisé tout le charbon de cartilage que je possédois, et là cause d'un phé- noméne qui m'avoit vivement frappé restant encore à con- noitre, je tentai de découvrir cette cause par des expériences. synthétiques. La matière qui donnoit au charbon les propriétés de brüler avec une flamme jaune phosphorique, de répandre une odeur d'ail, de dégager une fumée blanche acide, avoit été dissoute par l'acide muriatique, et comme j'avois trouvé dans cet acide du sulfate de soude et du phosphate terreux, il étoit naturel de faire des mélanges de ces substances avec un charbon quinecontint pas ou que trés-peu de matière étrangère, 49. Je fis un mélange.de quatre parties de charbon de sucre et de trois de sulfate de soude cristallisé; je l'exposai à l'action de la chaleur dans un creuset de platine. Lorsque le charbon fut rouge, je découvris le creuset; bientót aprés il se produisit une flamme phosphorique accompagnée d'une odeur d'ail très-marquée, et d’une fumée blanche acide. Dès lors je fus certain que les phénoménes observés dans l'inci- uération du charbon de cartilage, étoient produits par le sulfate de soude. J'obtins les mémes résultats en me servant de charbon ordinaire et de noir de fumée, et en opérant dans des creusets de terre. : 50. J'ai cru devoir présenter la série de mes opérations avec quelque détail, parce qu'il me paroit toujours utile de faire remarquer la facilité avec laquelle on peut étre conduit D'HISTOIRE NATURELLE. 153 à des résultats inexacts en préjugeant la nature des corps d'aprés quelques-unes de leurs propriétés. Ainsi en me bor- nant à l'observation de la flamme phosphorique, de la fumée blanche acide, de l'odeur d'ail qui se dégagent dans linci- nération du charbon de cartilage, j'avois conclu faussement que ces phénomènes étoient dus au ‘phosphore; et ce qui paroissoit encore appuyer cette conclusion, c'étoit la décou- verte faite par MM. Fourcroy et Vauquelin, du phosphore à l'état de combustible dans une matière appartenant égale- ment aux poissons. Pee Sur la nature du cartilage. 51. Le cartilage est essentiellement formé d'une matiére animale et d'une matière huileuse. La première diffère abso- lument de la gélatine et de l'albumine; elle a beaucoup d'ana- logie avec Je mucus animal, substance qui n'a été bien con- nue que depuis le travail de MM. Fourcroy et Vauquelin : comme le mucus, la matiére animale du cartilage est extré- mement peu soluble dans l'eau (1); elle se dissout bien dans les acides; elle ne se prend point en gelée quand on fait éva- aba sa solution; elle ne se durcit pas par la chaleur; je n'assurerai cependant pas q que ces subst | parce que je n'ai pas obtenu à l'état de pureté la el "E : cartilage, et que d'un autre côté la chimie animale est encore trop peu avancée pour prononcer désir sioe sur de semblables questions, : i S01 ent id e Car il a fallu 1 litre pour dissoudre 1 gramme de cartilage, qui contenoit déjà beaucoup d'eau et beaucoup de sels. Il est probable que Ies sels aon sa solution. 18 : 20 154 ANNALES DU. MUSÉUM Sur la Liqueur contenue dans les cavités interver- _tébrales du SQUALUS PEREGRINUS. PAR M. CHEVREUL. E Lon liqueur étoit opaline. Elle tenoit en suspension une matière blanche satinée qui ressembloit à des écailles . d'ablettes suspendues dans I ammoniaque. | Elle étoit épaisse, elle moussoit beaucoup par l'agitation. Elle avoit une odeur d'huile et une saveur salée. — Elle filtroit avec beaucoup de difficulté. La liqueur filtrée étoit claire; elle étoit alcaline; elle précipitoit abondamment - le nitrate d'argent en muriate; elle ne eontenoit que des atómes d'acide sulfurique. | Elle précipitoit quand on y versoit une goutte acide sulfurique, d'acide nitrique, d’acide Meier ues Un léger excés d'acide redissolvoit le précipité. L'acide muriatique-oxigéné. y faisoit 1 un dépôt blane dà à Ja matière animale. , La noix de galle ne la troubloit pas sensiblement. "9. Exposée à la chaleur, elle ne fut pas coagulée, mais par l'évaporation elle se couvrit de pellicules et donna ensuite bezanoüp de muriate de soude cristallisé; mêlé, à ce qu'il m'a paru, avec un peu de carbonate? La liqueur concentrée - me se prit point en perse. Je fus tout. étonné de n'obtenir D'HISTOIRE NATURELLE. 155 qu'une trés-petite quantité de matière animale pour résidu ; javois cru celle-ci beaucoup plus abondante d'aprés la vis- cosité de la liqueur qui la contenoit. ; : 3. Il résulte de ces essais que la liqueur des cavités inter- vertébrales n'est pas formée de gélatine, et qu'elle ne con- tient pas de quantité notable d'albumine; car si cette sub- stance eut été la cause de la viscosité de la liqueur, il n'est pas douteux que celle-ci n'eüt été abondamment coagulée par la chaleur. Je pense que cette liqueur est formée de la matière animale du cartilage, que’ conséquemment on doit la ranger dans la classe des fluides animaux qui offrent le mucus à l'état liquide. | 4. Mon travail étoit terminé lorsque j'ai eu connoissance de celui de M: Brande sur la méme matière: Mes résultats confirment ceux de ce chimiste : seulement j'observerai que la liqueur sur laquelle il a opéré, avoit déjà subi un com- ‘nencement de décomposition, car en décrivant les propriétés ' de cette liqueur, M. Brande lui attribue celle d'exhaler une odeur de poisson trés- forte: je puisassurer, et M. de Blainville Ta observé comme moi, que la liqueur examinée à la sortie des cavités qui la contiennent n'a absolument que l'odeur «huitre; quelle ne répand l'odeur de poisson que quand ilse produit de l'ammoniaque , qu'alors celle-ci s'unit à de l'huile et forme avec elle une combinaison volatile et odo- rante. De là il suit que la liqueur des cavités intervertébrales contient, outre le mucus, une huile semblable à cellé qu'on rencontre dans lé sperme et dans le cartilage du squalus : : i ; k | pa peregrinus. 156 ANNALES DU MUSÉUM ANALYSE DU MISPIKEL. PAR M. CHEVREUL. 1. e nous consultons les savans s qui ont parlé du mispikel, nous aurons beaucoup de peine à nous faire une idée juste de la nature de ce minéral. Le mispikel passe généralement pour étre un alliage de fer et d'arsenic, qui peut contenir accidentellement des quantités variables de soufre, au moins c'est l'opinion de Bergman, de Born et de Lampadius. Thomson, dans le rer. volume de son Système de Chimie, partage cette opinion; il dit que l'allrage de fer et d'arsenic ` se trouve tout fait dans la nature, qu'il. est connu par . les minéralogistes sous le nom de müspichel ; mais dans le huitième volume du méme ouvrage, Thomson a. une autre manière de penser. Après avoir rapporté l'analyse de Lam- padius, de laquelle il résulte que le mispikel est formé d'ar- senic et de fer, il ajoute que tous les mispikel qu'il a exa- minés contenoient du soufre, que par conséquent ils étoient trés-différens de l'échantillon analysé par Lampadius. ». Romé-de-l'Isle , d’après la considération des formes cristallines, a fait une espèce à part du mispikel. M. Haüy., guidé par sa méthode, a confirmé ce résultat et a donné plus de précision aux. caractéres de ce minéral. Ce savant m'ayant témoigné le désir que j'entreprisse une nouvelle analyse du D'HISTOIRE NATURELLE. 157 mispikel, m'a remis deux variétés de ce minéral qui parois- soient parfaitement homogènes, l'une étoit en masse, l'autre étoit bien cristallisée. E S Ier. ESSAI D ANALYSE SUR LE MISPIKEL EN MASSE. 3. Cent décigrammes de ce mispikel réduits en fragmens de la grosseur d'une graine de chanvre furent chauffés dans une petite cornue de verre lutée. Il se dégagea du sulfure d'arsenic, et de l'arsenic métallique. Ce sublimé pesoit 41 ` décig. Pour séparer l'arsenic du sulfure, je le traitai par la potasse. Cet alcali lui enleva 1 décigr. 5 centig. de sulfure : par conséquent la quantité d'arsenic pur se trouva réduite à.39 décig. 5 centig. Le sulfure ayant été sublimé au milieu d'un excès d'arsenic devoit être au minimum de soufre, par conséquent il devoit contenir 1 décig. 125 d'arsenic, et 0,375 de soufre, en admettant avec M: Thenard, que ce sulfure contient 75 d'arsenic et 25 de soufre. Par conséquent le su- blimé contenoit 4o décig. 625 d'arsenic. | £ 4. Le résidu de la distillation n’étoit plus brillant comme le mispikel , il étoit bleuâtre, extrêmement friable.. Il pesoit 5o décigrammes. Je le traitai par l'acide muriatique à 12, il y eut dégagement d'hydrogène sulfuré. Je filtrai, pour sé- parer les matières insolubles. Je fis concentrer la liqueur pour chasser une partie de son excès d' acid ; ensuite je l'éten- dis; d'un peu d'au et je la fis bouillir avec de la potasse. Je séparai de l'oxyde de fer au minimum, qui me donna aprés avoir été caleiné, 48 décig. d'oxyde complétement au maximum. La potasse qui avoit servi à décomposer Íe mu- 158 ANNALES DU MUSÉUM iate de fer fut neutralisée par l'acide muriatique, et ensuite ^ , * ? ` , e . passée à l'hydrogène sulfaré; elle ne donna par ceu t qu'une trace de sulfure d'arsenic , d’où il suit que l'acide mu- riatique avoit enlevé au résidu de la distillation du mispikel, du fer mélé d'un atóme d'arsenic. : 5. Ce qui n'avoit pas été dissous par l'acide muriatique (4); pesoit 6 décig. 6 centig. Je le chauffai dans une petite cornue de verre, il y eut inflammation vive, formation d'acide sul- fareux, et sublimation d'orpiment (1). La matière fixe restée dans la cornue fut traitée par l'acide muriatique, auquel on ‘avoit mêlé quelques gouttes d'acide nitrique; il y eut déga- gement d'hydrogène sulfuré, et séparation de 2 décig. de quarz. La dissolution muriatique donna par la potasse 1 dé- cigramme d'oxyde rouge de fer qui-tenoit un atóme d'oxyde de cuivre. L'acide n'avoit pas dissous d'arsenic. Il n'est pas douteux que le fer ne füt dans ce résidu à l'état de sulfure au minimum, En ajoutant le décigr. d'oxyde de fer obtenu dans cette expérience-aux 48 de l'expérience (4), nous avons 49 décig. d'oxyde rouge qui contiennent 33,968 de fer mé- tallique. En admettant avec M. Berzelius que l'oxyde de fer rouge contient 100 de fer et 44,25 d'oxygène: i 6. Le sublimé jaune d’orpiment obtenu par la distillation (5) pesoit 2 décig. 5 centig. D’après l'essai que j'en fis par - Tacide nitrique, je trouvai quil contenoit 1 décig. 5 cent. d'arsenic, et en évaluant la quantité d'arsenic d'aprés l'ana- lysede l'orpiment par M. Thenard (2), on trouve 1 décig. 425. (1)J'ignore si cette inflammation fut produite par l'oxygène de l'oxyde d’arsenia qui se porta sur le soufre. ; ; í (2) Ce chimiste a trouvé l'orpiment formé de 0,57 arsenic et 0,43 de soufre, D'HISTOIRE NATURELLE. 159 7. Tl suit de là que le mispikel en masse soumis à l'analyse que je viens de rapporter, contenoit : ArSÓBIC.i eoa eso erra pee teen enhn hdmi rim 43,125 Dor XE nes said sara TITEL CEU 33,968 Quarz........-- peus X^ ria adi Lou. SPI EK d EE “és 000 Cuivre un atôme. : Ports ceo $ CX Vs E C yd. pace T 100,000 Il est évident. que la perte doit être attribuée en partie au soufre que je n'avois pas recueilli. Comme le résidu du mis- pikel distillé étoit du sulfure de fer qui dégageoit de l'hydro- gène sulfuré par les acides, et comme il ne s'étoit sublimé qu'une très- petite quantité de soufre avec larsenic, il en faut conclure que si le fer étoit combiné au soufre dans le mispikel, il devoit y être à l'état de sulfure au minimum. Dans cette opinion je trouvai que les 33 décig. 968 de fer que j'avois obtenu devoient étre unis à 19,956 de soufre, que conséquemment le mispikel devoit étre formé de ER E O rea sace ntdp 4 SUPERAN E E er pme 42,125 Fer... eia edu AT RTE Le e 33,968 Soufre........ nn cnrs emetomer IC AE 19,956 Quarles are ecke Terrase E RSA E 2,000 98,049 S IL. ANALYSE DU MISPIKEL CRISTALLISÉ. 8. 5o décigrammes de mispikel cristallisé furent chauffés dans une cornue de verre lutée. La distillation étant achevée et l'appareil refroidi, on déluta la eornue et on la coupa en deux; le sublimé contenoit 20 décig. 5 centig. d'arsenic mé- 160 ANNALES DU MUSEUM tallique et 5 centig. de sulfure, lequel étoit formé de 3 centig. 75 d’arsenic et de 1 centig. 25 de soufre. 9. Je détachai avec une pointe d'acier la plus grande partie du résidu fixe de la distillation. Pour connoître la quantité qui restoit attachée au verre ,je pesai celui-ci et je le mis dans l'acide nitro-muriatique. Quand le verre fut bien net et bien sec je le pesai, la perte me donna la quantité de matiére qui étoit restée adhérente au verre; cette quantité, ajoutée à celle du résidu que j'avois détaché, me donna un poids de 29 décigrammes. to. Je pris 14 décig. 5 centig. du résidu précédent, je le traitai par l'acide nitrique foible, il y eut 3 décig. 6 centig. de matiére qui refusa de se dissoudre. Cette matiére fut traitée par l'eau bouillante. Celle-ci dissolvit 1 centig. d'oxyde d'arsenic. Ce qui ne fat pas dissous étant exposé à la chaleur dans un tube de verre, donna 3 décig. 2 cent. de soufre pur, et laissa 3 centig. d'une substance noire fixe. Cette substance étoit probablement une portion du résidu qui avoit échappé à l'action de l'acide nitrique. 11. La dissolution nitrique (10) fut précipitée par l'am- nioniaque, et l'oxyde de fer que l'on obtint par ce moyen fut lavé et ensuite bouilli avec un excés de potasse. On le traita avec la potasse dans l'intention de lui enlever l'arsenic qu'il pouvoit contenir. L'oxyde de fer parfaitement lavé et complétement oxydé au maximum pesoit, aprés avoir été rougi, 12 décig. 6 centig. 12. Ta liqueur d’où le fer avoit été précipité par l'ammo- niaque fut mélée à un excès d'acide nitrique, puis précipitée D'HISTOIRE NATURELLE. 161 par le nitrate de barite. Le sulfate que l'on obtint pesoit 13 décigrammes. 13. La potasse qui avoit bouillie avec l'oxyde de fer fut neutralisée par l'acide nitrique, et ensuite réunie à la liqueur qui avoit été précipitée par le nitrate de barite. Le mélange des deux liqueurs soumis à un courant de gaz hydrogène sulfuré précipita une matière jaune qui donna par la subli- mation 6 centig. d'orpiment pur et des atômes d'une matière noire que je n'ai pu examiner. | 14. N'ayant employé que la moité du résidu de la distil- lation du mispikel (10) pour faire l'analyse que nous venons de rapporter 10, 11, 12, 13, il est évident que pour avoir la quantité réelle des élémens qui le formoient, nous devons . doubler la quantité des produits del analyse, en s cii rm nous aurons : 2 cent. d'oxyde d'arsenic qui représentent 1 cent. 5o d'ar- senie métallique; 6 décig. 4 cent. de soufre sublimé; 25 décig. 2 centig. d'oxyde rouge de fer qui représentent 17 décig. 469 de métal ; 26 décig. de sulfate de barite qui représentent 8,840 d'acide et 3,547 de soufre (1); . r décig. 2 cent. d'orpiment qui représentent 6 cent. 84 d'arsenic en adoptant les résultats de M. Thenard. 15. Si nous réunissons ces produits nous aurons les pro- portions suivantes pour les élémens du mispikel. (1) Je suis pour ces éolbatisds les estimations de M. Berzelius qui me semblent de la plus grande exactitude et qui se rapportent parfaitement avec les produits de mon analyse. 19. 2I > 162 ANNALES DU.MUSÉUM MARDI. cn dia Seno dia Gio Wis Fr X Re 21,709 Fer... EAS It PTX Po ere esse . 17,469 Conas ea a ee Me E e 10,066 49,244 ou pour cent parties, Aysmne escorte r IV. . ici cd FER ... 45418 Fais aise FON t zixhÓ xb ie CARA ^e its 5. 94,998 Sube i LV E ni sentrdenimeres Cosas asi. MOIS 98,488 1,512 100,000 16. Cette analyse démontre que dans le mispikel, le fer et le soufre se trouvent dans le rapport. où ces corps cons- tituent le sulfure au minimum, car si l'on calcule la quantité de soufre. que. 17,469. de fer doivent absorber, on trouve 10,263 au lieu du nombre 10,066 que j'ai trouvé par l'expé- rience. | |. 17. De ce que j'ai obtenu par la distillation du sulfure de fer et de l'arsenic, je ne puis en conclure que le mispikel contienne. le. fer. à l'état de sulfare, parce que l'on sait que Je fer distillé avec le sulfure d'arsenic se convertit en sulfure, par conséquent si le mispikel étoit formé de sulfure d'arsenic et de fer ou bien si le soufre étoit en méme temps combiné aux deux métaux, on obtiendroit toujours pour résultat de l'arsenic et du sulfure de fer; mais si l'on considère le rapport du fer et du soufre, si l'on considère que l'affinité du fer pour le soufre paroît être supérieure à celle de l'arsenic pour le méme corps, il sera permis de penser que le mispikel peut bien être une combinaison d'arsenic et-de sulfure de fer minimum. 18. Il résulte de mes analyses que le mispikel est assu- D'HISTOIRÉ NATURELLE. 163 jéti dans sa composition à des proportions définies, que con- séquemment c'est une espéce qui existe pour la minéralogie comme pour la chimie. Mais si les analyses de Lampadius (1) et de Thomson (2) sont exactes, il faut conclure ou que l'on a confondu plusieurs minéraux avec le mispikel, ou bien que la composition de ce minéral n'a rien de fixe et 1 le soufre y est accidentel. (1) Ce chimiste a trouvé le mispikel formé : d'üriiié E E A E a e PS eda AA I NOUS 42,1 dé Per... RYE XT PIS iii Es 57,9 (2) Thomson l'a tr ouvé composé | d'Arsenic...... M ciu un QUE T Vn i py gd ELI.. DA de Fer anD. Gia. aA E TEBEA A 30,5 21 164 : ANNALES DU MUSÉUM \ ANALYSE DES COQUILLES D'ŒUFS. PAR M. VAUQUELIN. | | L3 chimistes qui ont parlé jusqu'ici de la coquille d'œuf, n'y ont admis que du carbonate de chaux dont les parties sont liées par un gluten animal. Moi-méme à la suite d'un examen trop o ribedieie de cette substance, j'ai partagé cette opinion. Mais dans un travail que j'ai entrepris derniérement dans d'autres vues qui ne se sont pas réalisées, j'ai trouvé qu'in- dépendamment du carbonate de chaux qui en fait la masse principale, la coquille d'œuf contenoit aussi du carbonate de magnésie, du phosphate de chaux, du fer et. du soufre. Voici comment je suis arrivé à ce résultat; aprés avoir dissout la coquille d’œuf dans son état naturel, au moyen de l'acide muriatique, ce qui-est long et difficile, à cause de l'effervescence écumeuse qu'occasionne la matière animale, j'ai précipité la dissolution par l'ammoniaque, et la matière qui en est provenue a été traitée par l'acide sulfurique. 1l Sest formé du sulfate de chaux que j ai séparé par la filtra- ton et le lavage à froid. D'HISTOIRE NATURELLE. 165 J'ai mis dans la liqueur filtrée de la potasse caustique en excès, et j ai fait bouillir pendunt quelque temps, pour sépa- rer l'acide phosphorique que j'y soupconnois. Enfin, j'ai redissout, au moyen de l'acide sulfurique, la matière précipitée par la potasse dans l'opération précédente. J'ai fait évaporer la dissolution jusqu'à siccité, et j'ai calciné le résidu pour en vaporiser l'excés d'acide sulfurique. Ce résidu dissout dans l'eau froide, et le sulfate de chaux séparé par la filtration, j'ai obtenu du sulfate de magnésie par l'éva- poration spontanée de la liqueur. En examinant le sulfate de chaux laissé par l'eau dust j je m'étois servi pour dissoudre le sulfate de magnésie, j'y ai trouvé une quantité notable d'oxide de fer, dont la présence étoit annoncée par, une légére couleur Pouge qui volt le mé- lange. Mais comme la dissolution des coquilles d’œufs étoit encore acide, il étoit probable que la totalité de la magnésie n'avoit pas été précipitée par l'ammoniaque, et qu'une partie quel- conque de cette substance étoit restée en dissolution à l'état de sel triple. Pour m'en assurer, j'ai versé de l'acide sulfu- rique dans la liqueur à l'effet d'en précipiter la chaux à l'état de sulfate; j'ai filtré la liqueur, j'ai lavé, exprimé le sulfate de chaux, et aprés avoir fait évaporer à siccité j'ai encore ob- tenu une petite quantité de sulfate de magnésie en lavant le résidu avec de l’eau froide. Le procédé dont je viens de donner la description étant un peu long, j'en ai suivi un autre plus simple que le pre- mier pour séparer les matières qui composent cette substance. Locque jeus saturé autant qu'il fut possible l'acide mu- * -166 ANNALES DU MUSEUM riatique de la matière de la coquille, je fis évaporer la so- . lution jusqu'à siccité, et je calcinai même légèrement le résidu. En faisant redissoudre le sel dans l'eau, il resta une poudre grise que je reconnus par différentes expériences pour du phosphate de chaux. La liqueur mélée ensuite avec une surabondance d'ammo- niaque, donna un précipité floconneux d'une couleur jaune légère. Ce précipité lavé, fat repris par l'acide sulfurique qui en opéra la dissolution cbiste: cette dissolution évaporée, son résidu fortement calciné, et, repris ensuite par l’eau, . laissa une poudre rougeátre composée d’oxide de fer et d'un peu de sulfate de chaux, et la liqueur me fournit par une évaporation spontanée des cristaux de sulfate de magnésie. Ces expériences ne laissent, comme on voit, aucun doute sur l'existence du phosphate de chaux, de la magnésie et du fer dans les coquilles d'œufs, d'où il suit que cette substance n'est pas aussi simple qu'on l'avoit cru jusqu'ici. Il y a aussi du soufre dans la coquille d'œuf, mais ce corps est, suivant toute apparence, combiné à la matiére animale qui lie les parties calcaires, car quand on dissout ces derniéres dans les acides il ne se développe aucune odeur de soufre, tandis que ces coquilles séparées de la membrane interne, et calcinées, exhalent une odeur très-sensible d'hydrogène sulfuré. Cela prouve qu’à mesure que la matière animale est détruite par la chaleur, le soufre qu'elle contenoit s'unit à la chaux, d’où il résulte un sulfure calcaire que les acides décomposent lorsqu'on dissout les coquilles. On remarque aussi parmi l'odeur de l'hydrogène sulfuré, celle de l'acide prussique, provenant également de la ma- D'HISTOIRE NATURELLE. 167 tière animale décomposée; et ce qui prouve bien son exis- tence et en même temps celle du fer, c'est la couleur bleue que prend la dissolution muriatique des coquilles calcinées, filtrée aussitôt qu'elle est faite: au bout d'un certain temps elle dépose du prussiate de fer. Je ne puis assigner ici d'une manière très-ceftaine l'état de combinaison oü se trouve la magnésie dans les coquilles d'œufs, je crois cependant que la plus grande partie de cette terre est unie à l'acide carbonique, et voici sur quoi je me fonde à cet égard : lorsqu'on fait évaporer la dissolution muriatique des coquilles de manière à chasser tout l'excès du dissolvant et qu’on reprend ensuite le sel par l’eau, ce qui reste n'est que du phosphate de chaux sans mélange de magnésie; cette dernière se retrouve toute entière dans la liqueur , d’où l'on peut la précipiter par l'ammoniaque sans qu’elle contienne d’acide phosphorique. . Mais cela n'est pas une preuve à l'abri d'objection, car l'on pourroit dire que pendant la dessication, l'acide phos- phorique qui étoit joint à la magnésie s'est porté tout entier sur la chaux, et que l'acide muriatique sest chargé de la magnésie. De la membrane interne de l'œuf. i Cette membrane paroit être de nature albumineuse, au moins élle se dissout facilement dans la potasse caustique sans produire d'ammoniaque. Les acides la précipitent de sa dissolution sous la forme de flocons blancs à la manière de l'albumine et en développant l'odeur du gaz hydrogène sulfuré. 168 ANNALES DU MUSÉUM J'ai analysé de la méme manière les coquilles d'huitres, et j'y ai aussi trouvé du phosphate de chaux, du fer et de la magnésie, mais cette dernière en beaucoup plus eno quantité que dans les coquilles d'œufs. D’après cela la chaux que l’on fait avec les coquilles d’hui- tres doit être moins bonne que celle de la pierre à chaux pure. Mon intention n'avoit pas été d'abord de faire l'analyse -des coquilles d'œufs, j'avois eu seulement pour objet d'y rechercher la présence de l'acide urique, parce que dans l'opinion où j'étois que le carbonate de chaux des coquilles d'œufs provenoit de Purine des oiseaux, il me paroissoit probable que l'acide — qui est bien certainement formé par l'action des reins, s'y trouveroit aussi. L'existence d'une petite quantité de carbonate de chaux dans les excrémens des oiseaux avoit encore rendu cette opinion plus vraisem- blable. Mais toutes ces probabilités se sont trouvées en dé- faut, car quels qu'aient été les moyens employés, il m'a été impossible de démontrer la moindre trace d acide urique dans les coquilles d'œufs. De là il faut conclure que si, comme tout l'annonce, le ecarbonate de chaux est formé par l'action des reins, il est séparé de l'acide urique et transporté sur la substance de l'œuf par quelque organe qui repousse l'acide urique, car, sans cela, ce a” n'étant pas beaucoup plus soluble que le carbonate dé chaux, il ne manqueroit pas de se déposer avec lui pour former la coquille. | Tl reste donc encore quelques recherches PP eurieuses à faire sur ce sujet. D'HISTOIRE NATURELLE. 169 + OBSERVATIONS Sur la simplicité des lois auxquelles est soumise la structure des Cristaux. PAR M. HAUY. Lóxs observations que je vais exposer dans ce Mémoire m'ont été suggérées par la lecture de l'important ouvrage que M. de Bournon a publié sous le titre de 77 raité com- plet de la Chaux carbonatée et de l Arragonite (1), et dans lequel j'ai admiré l'étendue des connoissances que ce - savant célébre y a développées. Ayant fixé particuliérement mon attention sur les articles qui concernent la cristallogra- phie, j'ai senti tout ce que cette belle science avoit gagné entre les mains d'un observateur aussi éclairé qug laborieux, dont les recherches l'ont enrichie d'une foule de modifica- tions jusqu'alors ignorées. En étudiant les descriptions de ces modifications et des autres que l'on connoissoit déjà, jai vu que les lois de structure dont il les fait dépendre reviennent à celles qui dérivent de ma théorie, et qu'elles sont seule- lement présentées sous une forme différente. Mais je ne puis dissimuler que parmi celles de ces mémes lois qui se rap- (1) Londres , 1808. 18. 22 E 170 - ANNALES DU MUSÉUM portent à des variétés inédites, plusieurs n'aient excité ma * surprise, par la complication des rapports qui en expriment la mesure, surtout lorsque j'ai essayé de traduire ces rap- ports en ceux qui, dans ma théorie, servent à composer les signes que j appelle représentatifs. Aprés tout, s’il étoit bien démontré que ces rapports fusssent les véritables, il faudroit convenir que la cristallisation, en élaborant certaines variétés, a dépassé de beaucoup les limites entre lesquelles il sembloit qu'elle fût resserrée , d’après les observations faites jus- qu'alors, et nous en conclurions que nous devons ici, comme panou: ailleurs, prendre la nature telle qwelle est, et plier )ries aux résultats de son travail, loin de prétendre aléfer- ces mémes résultats, pour les rendre dépendans de nos théories. Occupé de ces réflexions, je me suis apercu que j'avois | déjà déterminé quelques-unes des variétés dont je viens de parler; mais j'en avois gardé les déterminations, pour les publier dans la suite avec celles qui se rapportent, à diverses formes que je ne trouve décrites nulle part. Or, les signes eere auxquels j j étois parvenu n'offroient rien d'ex- naire, et qui fit contraster ces variétés avec les autres ; it javois donné des descriptions adoptées par M. de Bournon lui-même. J’ai cherché alors à quoi tenoit la diffé- rence entre les déterminations, et ce sont les résultats de cette recherche que jeme propose de développer i ici, comme pouvant, être de quelqu'intérét pour la aau d’une science qui a elle-même une si grande influence sur celle de la minéralogie. "Les applications qui ont été faites jusqu'ici de la théorie f se D'HISTOIRE NATURELLE. 171 des lois de la structure aux produits de la cristallisation, in- diquent qu’en général les formes qui se rencontrent le plus communément dans la nature, sont celles qui dépendent des décroissemens les plus Simples; et pour nous borner à Ta chaux carbonatée, on sait que les variétés de ce minéral les plus ordinaires sont les rhomboides qui portent les noms d'équiaxe , d'znverse, de contrastant, le dodécaèdre mé- tastatique, le prisme hexaédre régulier, toutes formes don- nées par des décroissemens sur les bords ou sur les angles, qui n'excédent pas trois rangées (1). Mais la cristallisation est une opération si féconde en ré- sultats divers, que l'on devoit bien s'attendre qu'à mesure que les découvertes se multiplieroient en ce genre, elles offriroient des formes soumises à des lois qui s'écarteroient. plus ou moins de la simplicité de celles dont je viens de ‘parler, et c'est ce qui a lieu surtout à l'égard des variétés qui dépendent des décroissemens que j'ai nommés intermé- diaires. Ici la cristallisation emploie les molécules intégrantes comme par groupes, en sorte que ces groupes peuvent étre considérés comme des molécules soustractives composées, dont la retraite, par une ou plusieurs rangées, s'assimile àd celle que subissent les molécules simples, dans les formes ordinaires (2). | Hy E R (1) Je ne prétends pas que ces formes existent toujours isolément; ce sont le plus souvent leurs combinaisons , soit entre elles, soit avec d’autres formes dues à des lois plus composées , qui se montrent dans une multitude de cristaux, ce qui revient au méme. (2) M. de Bournon entre dans de longs détails (tom. 2, p. 1 et suiv., et ibid., p. 285 et suiv.), sur les sous- divisions que subissent certains rhomboides de chaux carbonatée, suivant divers plans, et dont j'ai parlé ( Tableau compara- " v < _ € + * Pes 172 ANNALES DU MUSÉUM On ne peut cependant se dissimuler que certaines lois de ce genre, ne présentent, surtout dans les dodécaèdres à triangles scalénes originaires de la chaux carbonatée, une complication qui sembleroit faite perdre à la théorie une partie du mérite qu'elle avoit emprunté de ses premiers ré- sultats. J'ai trouvé, par exemple, un de ces Faces (1 m dont 1 signe rapporté au noyau ( Fig. 1), est (FES D° B:), C Fog à-dire que les molécules soustractives sont composées tif, etc., p. 126 ), en même temps que j'ai indiqué la cause à laquelle je les attribue, et que je me propose de développer dans une autre occasion. Je me contenterai aujourd'hui de remarquer qu'il y a ici quelque chose qui paroit avoir échappé à à M. de Bournon. Je fais abstraction des sous-divisions qui passent les trois grandes diagonales des faces contigués à chaque sommet, perpendi- 'ement à l'axe , ainsi que de celles qui ont lieu dans le sens des petites diago- nales , parallélement à l'axe. Je veux seulement parler de celles qui passent par les grande$ diagonales de deux faces opposées. M. de Bournon n'indique qu'une seule de ces dernières divisions, qui, selon lui, partage constamment le rhom- "boide en deux prismes triangulaires obliques. La vérité est qu'il existe une mul- titade de romboides qui offrent des indices de sous-divisions dirigées suivant trois plans, qui passent par les six grandes diagonales opposées deux à deux , en sorte qu'elles ont lieu symétriquement, ainsi que paroit l'exiger la forme rhom- boidale, où les six faces étant toutes dans le méme cas, doivent être soumises . aux mémes conditions. Je citerai de préférence des rhomboides calcaires d'Aren- = dal en Norwege, où l'éclat des trois joints dont il s'agit les fait apercevoir du premier coup-d’œil. Mais assez souvent, ces joints que j'appelle surmuméraires _ dérogent : à la symétrie, en ce qu "ils ne sont pas tous également nets. Quelque- Mois on n'en distingue que deux, et il y a des rhomboides qui n'en présentent E qu'un seul. Dans d'autres oü ils existent tous, ils sont si peu sensibles que pour les saisir 1 11 faut les éclairer fortement. Tantót ils sont continus, et tantôt ils ne se | montrent que par intervalles, comme s'ils étoient produits par de petites por- tions de lames disséminées dans l'intérieur du rhomboide. Toutes ces variations favorisent La inion que j'ai adoptée, en les regardant comme de simples accidens. (1) Ce do dre fait partie de la variété appelée syna//actique, dont je don- nerai bientót la ion D'HISTOIRE NATURELLE. 173 chacune de cinq molécules simples, et que le décroissement qui produit le dodécaédre, se fait par sept rangées en lar- geur, dé ces molécules, sur cinq rangées en hauteur. La suite nous offrira des signes représentatifs encore plus chargés que le précédent. Mais ce qui est très-remarquable, c'est que jusqu ici toutes ces variétés en apparence si singuliéres, soient susceptibles d'étre considérées sous un autre point de vue, qui les ra- mène à l'analogie des formes produites par des lois simples, et remet la nature d'accord avec elle-méme. J'ai prouvé (1) que si l'on fait passer par les arétes latérales de, ef, fg (fig. 3) d'un dodécaèdre op du genre de ceux dont il s'agit, des plans def, efg, fgh, etc., auquel cas ces plans que je ne considére que comme: géométriques, inter- cepteront un rhomboide (2), celui-ci sera toujours une des formes secandaires possibles du véritable noyau, et que de plus le dodécaédre pourroit en dériver, à l'aide d'une loi de décroissement sur les bords analogues à D, D (fig. 1 ). J'ap- pelle royaux hypothétiques les rhomboïdes qui font la méme fonction que celui dont je viens de parler. Or, jusqu’à présent, les lois d’où dérivent, soit le noyau hypothétique rapporté au véritable, soit le dodécaédre re- gardé comme forme secondaire du noyau hypothétique, sont toujours renfermées dans les limites des lois ordinaires. On pourra en juger par les exemples suivans. m D Un des dodécaèdres dont il s’agit a poursigne ( *E* D* B:). [ow (1) Traité de Minéral., tom. II, p. 15 et suiv. . (2) La figure représente ce rhomboide engagé dans le dodécaedre. de^ 174 ANNALES DU MUSÉUM pupa Celui de son noyau hypothétique est e , c'est-à-dire, que ce noyau est semblable au véritable (1), et celui du dedécaèdre rapporté au noyau hypothétique est D (2). Le signe d'un second dodécaédre est (*E* D? B); celui de son noyau ‘hypothétique est "E', c'est-à-dire que ce noyau est semblable au rhomboide inverse, et celui du do- 3 décaédre originaire du noyau hypothétique est D (3). H 3 Un troisième dodécaédre a pour signe (e D? D'. D'D°); € Te m s celui de son noyau hypothétique est e, c’est-à-dire que ce noyau est semblable au rhomboide contrastant, et celui du 3 dodécaédre qui dérive de ce dernier est D (4). Je citerai plus bas d'autres exemples du méme genre. Ainsi, il y a cette différence entre les décroissemens ordi- näires et ceux que j'appelle zezermédrazres , que les premiers sont simples par eux-mémes, au lieu que les autres étant compliqués, lorsqu'on les considére immédiatement, se ré- solvent en deux décroissemens ordinaires, dont l'un fait dé- w . (1) Traité, tom. I, p. 355. _(2)Ce dodécaèdre est une sorte de reproduction du métastatique , que j'ai prouvé être susceptible de dériver aussi de la loi intermédiaire dont il s'agit (Traité, tom. IL, p. 25). J'ai un cristal dans lequel ce second résultat se trouve réalisé. -(8) Ce résultat a lieu dans la variété paradoxale (Traité, tom. II , p. 154 ). is P à i * 0 . ; . (&) LeSfaees du dodécaèdre dont il s’agit sont comprises parmi celles d'une variété nommée eu£hétique , que j'ai décrite, Journ. des des Mines; t. XXV, n°. 145, p. 5 et suiv. E N . D'HISTOIRE NATURELLE. AE pendre le noyau hypothétique du véritable, et l'autre établit la relation entre la forme proposée et le noyau hypothétique. Cette subordination conserve à la théorie toute sa simplicité, et le résultat de la division mécanique qui a toujours lieu avec la même netteté, parallélement aux faces du véritable noyau, garantit l'unité d'espèce. : C’est d’après ces considérations et d’autres encore dont je parlerai dans la suite, que je vais essayer de soumettre à l'examen quelques-unes des déterminations obtenues par M. de Bournon. Je commencerai par celles qui se rapportent à des dodécaèdres produits par des décroissemens intermé- diaires. Mais il faut auparavant donner une idée de la ma- nière dont ce savant représente ces décroissemens. Soit adsg (fig. 3) la coupe principale du véritable noyau, | et kx, ky deux arétes analogues à eo, ep (fig. 2), dans un dodécaédre produit en vertu d'un décroissement intermé- diaire sur les angles E (fig. 1), de manière que le nombre d'arétes de molécules soustraites le long de D, soit plus grand que celui d'arétes soustraites le long de B. Du point d (fig. 3) je mène dp paralléle à £x, et je prolonge ga jusqu'à la rencontre £ de dp. Ensuite du point & je mène kA paralléle x laréte ds. Si l'on rapporte au plan adsg l'effet des dé- croissemens que subissent les lames de superposition, on pourra considérer les triangles dat, dhk comme deux triangles mensurateurs , dont l'un donnera la position de l'aréte £x parallele à dp, et l'autre la position de l'aréte £y, et il est évident que ces deux triangles suffisent pour déterminer la forme du dodécaèdrez à 170 ANNALES DU MUSÉUM Dans le premier triangle dat, relatif au décroissement qui donne la position de l'aréte kx, da est à at comme le nombre de diagonales obliques de molécule soustraites dans le sens de la largeur, multiplié par la valeur de cette diago- nale, est au nombre d'arétes de molécule comprises dans le sens de la hauteur, multiplié par la valeur de cette arête; et dans le second triangle dhk , dh et kh sont entre elles comme les quantités qui correspondent aux précédentes, à l'égard du décroissement d’où naît l'arréte £y. Je me borne à cette construction, parce qu'elle me gui pour ce que j'aurai à dire dans la suite. ~ de Bournon donne aux variations que j'appelle décrozs- semens le nom de reculemens qui lui paroît Zeur convenir infiniment mieux (tom. 2, p. 206), et il se sert des rap- ports qui viennent d'être indiqués, pour représenter ces re- culemens. Ceux qui ont pris connoissance de ma théorie savent que dans les calculs dont elle est l'objet, j'ai moi- méme employé des triangles analogues aux précédens, mais seulement pour faciliter ces calculs, parce que selon ma ma-. niére de voir, les expressions des décroissemens doivent faire connoître les quantités réelles des soustractions de mo- lécules qui ont lieu successivement sur les diverses lames de superposition, dans les parties soumises à ces décroissemens; lesquelles soustractions dépendent ici de deux élémens, savoir - les dimensions du parallélipipéde qui représente la molécule soustractive et le nombre de rangées dont chaque lame dé- | Js üivante. Les indications employées par M. de Bour- non pour les décroissemens intermédiaires sont purement techniques, et ne. donnent point une idée nette du progrés * | D'HISTOIRE NATURELLE. : 177 de la structure dans le passage du noyau à la forme secon- daire (1). | Pour en venir à l'objet principal de ce Mémoire, je choisis d'abord la 55e, modification décrite par M. de Bournon (t. 2, p.97), et qui est un dodécaédre (fig. 4), composé de deux pyramides droites réunies base à base, et produit en vertu d'un décroissement intermédiaire sur les angles EE (fig. 1) de la forme primitive. Mais d'aprés la maniére adoptée par M. de Bournon de considérer les reculemens comme générateurs des arêtes contigués aux sommets, telles que d, d'(fig. 4), ceux dont il s'agit ici sont censés agir sur l'angle e (fig. 1), en sorte que d'une part le rapport de da à af (fig. 3) est celui de 5 diagonales à 3 arétes, et que d'une autre part le rapport de dh à KA est celui de 11 diagonales à 17 arêtes. Le premier de ces rapports rentre dans les limites ordinaires; mais le second est d’une complication qui excède ces mêmes limites. Le signe représentatif ramené à ma méthode est (PET D'* B^), et si l'on adopte pour noyau hypothétique le prisme hexaédre régulier ( fig. 5) qui dépend du décrois- sement D A, en lui donnant une hauteur égale à l'axe du 0 (1) Les nombres de molécules qui composent les différentes couches appliquées les unes sur les autres en partant du noyau, forment une série récurrente, dont la loi dépend de la mesure du décroissement d’où naît la forme secondaire. Cette loi étant connue , il est facile, à l'aide du calcul, de déterminer l'expression d'un terme quelconque, dont le rang est donné. Or le signe représentatif étant , pour ainsi dire, calqué sur la loi dont il s’agit, peut être regardé comme un tableau en raccourci tracé par la théorie elle-même, sur le modèle de la forme secon- daire. 18. 23 178 8 ANNALES DU MUSÉUM rhomboide proies (1), le signe du dodécaédre rapporté à ce noyau sera B. L'incidence mutuelle de deux faces £, £ (fig. 4) prises vers un méme sommet est de 1224 20', suivant M. de Bournon. Mais en faisant usage des données de ce savant, jai trouvé qu'elle devoit être seulement de 1254 13° 6", c'est-à-dire plus petite d'environ 7 minutes. Je vais comparer ces résultats à ceux que m'ont offerts des cristaux de ma collection relatifs à une variété représentée (fig. 6) que j'ai nommée synallactique , et dans laquelle les faces£, £ étant aue Mo jusqu à sentrecouper, termine- roient un dodécaédre trés-voisin de celui dont je viens de parler, si il n'est pas le méme (2). On voit que cette variété n'est autre chose que l'analogique (3), dans laquelle les arétes à la rencontre des faces r, quiappartiennent au métastatique, . et des pans c, sont remplacées par autant de facettes. J'avois déterminé depuis quelque temps cette nes et j'avois trouvé que le signe relatif aux Élocttps £ étoit ( "gs D’ B: }; que la loi qui faisoit dériver ces facettes du noyau hypothé- + i tique ( fig. 5 ) étoit B, et que l'incidence de £ sur £(fig. 6) étoit de 1254 34' 44”, c'est-à-dire seulement de 14' 44" plus forte que celle qui est indiquée par M. de Bournon. Mais (1) La forme du noyau hypothétique n'est pas donnée ici complétement par la seule observation, comme dans le cas d'un dodécaèdre à triangles scalènes (fig. 2); mais la supposition que je fais relativement à la hauteur du prisme e est indiquée par la théorie. (2) ) Ces [3 m'ont été donnés comme venant de Norwège. (8) Traité, t. IT, p. 152 (pl. XXVI, fig. 34 ). D'HISTOIRE NATURELLE. 179 E si l'on fait à cette dernière la correction dont j'ai parlé, la différence réelle sera de »1' 38". : La divergence entre les deux déter inations est. plus sen- sible, relativement à l'incidence respective de deux arétes si- tuées vers les. deux sommets du dodécaèdre (fig. 4 ) telles que à ð. Suivant M. de Bournon, cette incidence est de 1454 48', ou en poussant l'approximation jusqu'aux secondes, de 1454 47" 40"5 et selon ma théorie, elle n'est que de 1434 7' 48", ce qui fait 24 39' 52" de différence. M. de Bournon obtient ordinairement ces sortes d'incidences, en les concluant des angles que font les arétes dont il s'agit avec des faces du noyau mises à découvert par la division mécanique. La méthode qu'a suivie ce savant, en se servant des angles dont il s'agit, pour prendre sur une échelle les mesures des lois de reculement dont ils dérivent, l'a conduit à adopter ces mémes angles comme fondamentaux. Mais, selon ma manière de voir, les véritables données, auxquelles doivent être su- bordonnées les autres observations employées par voie de tàtonnement, sont les angles que font entre elles. les faces naturelles da solide que l'on considére , et cela d'autant plus que Pon a la facilité de faire concourir à la solution des pro- blémes les positions des mémes faces par rapport à d'autres qui se combinent avec elles, comme ici celles de & à 'égard dec, de ret deg. Le calcul des incidences qui dérivent de ces positions offre des moyens de vérification qui indi- quent la justesse des données d’où l'on est parti, ou servent à les rectifier. i iet ptt On a pu voir que mes résultats, relativement au dodé- caédre qui vient de nous occuper; s'accordent parfaitement 237 160 — ANNALES DU MUSÉUM avec ce que j'ai dit plus haut de la simplicité des lois aux- quelles l'intervention du noyau hypothétique raméne la conception des formes qui dépendent des décroissemens in- termédiaires, au lieu que la détermination obtenue par M. de Bournon semble plutót annoncer une ne à la marche ordinaire de la cristallisation. Mais il y a mieux; c’est que j'ai été conduit comme né- cessairement à ces Fe par une considération sur laquelle je vais insister, parce qu'elle m'a été également trés-utile pour la détermination de diverses autres formes. En exami- nant attentivement les facettes £, £, on juge que leurs inter- sections, s, s5', avec les faces du dodécaèdre métastatique et celles du prisme sont sensiblement parallèles, en sorte que le témoignage de l'oeil suffit | pour ne laisser aucun lieu de douter que le parallélisme ne soit rigoureux (1). Or ce parallélisme étant pris pour donnée, avec la condition que £ soit égale- ment inclinée sur c et sur c', la loi du décroissement d’où dépendent les facettes s'en puit nécessairement, ainsi qu'il me seroit facile de le démontrer par le calcul. Mais dans l'hypothèse de M. de Bournon, les lignes s, s' ne seroient plus parallèles, et il en résulte au moins que cette hypo- thèse est inadmissible, - relativement à la variété que nous considérons ici. Š Il est à remarquer que ces sortes de parallélismes sont fa- (1) Il arrive souvent, dans ces sortes de cas, qu'une des facettes étant beau- coup plus étroite que Le autres, par une suite de ces petits défauts de symétrie auxquels les cristaux sont sujets, les bords analogues à ceux dont il s'agit, se trouvent si rapprochés , que s'ils n'étoient "€ exactement parallèles » On s'aper- cevroit aisément de leur convergence, + D'HISTOIRE NATURELLE. "m. 18 miliers à la cristallisation, quoiqu'ils n'aient pas toujours lieu. Ainsi dans la variété que j'ai nommée émoussée (Traité, t. IL, p. 154), les arêtes les plus saillantes du métastatique sont remplacées par des facettes f^, f ( fig. 7 ) dont les sec- tions sur les faces rz, 7! , sont exactement paralléles entre elles, d’où il suit que ces facettes appartiennent au rhomboide in- verse. Dans la variété paradoxale ( Traité, z5zd. ), les bords inférieurs ¢ ( fig. 8) des faces f sont parallèles aux arêtes { du rhomboide hypothétique; il y a de même parallélisme entre les bords S, A des faces r, en sorte qu’en combinant ces deux parallélismes avec les conditions que les faces À, Pap- partiennent au rhomboide inverse, et les faces r, r au do- décaèdre métastatique , on en déduit immédiatement la loi intermédiaire qui donne le dodécaèdre x, x. Quelquefois le parallélisme se répéte sur des faces de différens ordres qui se succèdent, et il y a des formes où cette répétition est tel- lement dominante, que j'ai eru devoir désigner par le nom de parallélique les variétés qui présentent ces formes (1). Ces sortes de considérations sont importantes dans l'ap- plication de la théorie, pour aider l'observateur à distinguer tout d'un coup la route qui doit le conduire à son but, et pour lui épargner l'embarras des tátonnemens. Elles ont ainsi le double mérite de faciliter les résultats et d'en 2 gari la justesse. Je regarde donc comme démontrée l'exigence de la loi intermédiaire d’où dépendent les facettes £, £ (fig. 6) de la (n) i variété de fer sulfuré que j'ai décrite ( Tableau comparatif, etc., p. 96 et 97 ), en fournit un exemple remarquable, 182 MN ANNALES DU MUSÉUM variété synallactique. On a lieu de présumer que la 55e. modi- fication de M. de Bournon est due à la même loi. Si cela n'étoit pas, il faudra dire que la cristallisation qui s'est con- formée à sa simplicité ordinaire, dans la variété que j'ai dé- terminée, y a dérogé, dans les cristaux observés par M. de Bournon, en la touchant néanmoins de très-près, pour arri- ver à une complication dont jusquici je ne connois aucun exemple. az Le résultat qui va suivre est tiré de la 45e. modification dé- crite par le méme savant (tom. 2, p. 83), et qui se rapporte Aun dodécaèdre dont les faces sont des triangles scalénes , sem- blable à celui que l'on voit fig. 2. Selon M. de Bournon, le re- culement qui donne les arétes les plus saillantes, telles quee, tournées vers les faces du noyau, dépend du rapport de 13 diagonales à 4 arétes (1), entre da et a£ (fig. 3 ), et celui qui donne les arêtes les moins saillantes, telles que pe (fig. 2), tournées vers les arétes du noyau, dépend du rapport de . 17 diagonales à 33 arêtes, entre det Ak (fig. 3). D’après les indications du méme savant, l'incidence de à sur b (fig. 2) est de 1064 2o' ( je Vai trouvée de 1064 20° 54"); celle de. sur 4’ estde 1454 40' (et suivant mes calculs, de 1454 42/58"). ^— La forme très-composée des rapports que je viens de citer m'annoncoit d'avance celle des signes adaptés à ma méthode; jai trouvé que celui du décroissement intermédiaire est 208 4 ( 7791783777 ps5 BP); que la loi qui fait dépendre le (1) Le texte de M. de Bournon indique le rapport de 15 à 4; mais il y a visi- blement ici une faute d'impression, puisqu'il faut substituer 13 à 15 pour ar- river aux mesures d'angles trouvées par ce savant. X D'HISTOIRE NATURELLE. . _@ 183 noyau rhomboidal hypothétique du véritable a pour expres- -34 l . 87 LI Á sion e, et que celle qui donne le dodécaèdre rapporté au noyau hypothétique est D. Ces signes dont l’œil est en quelque sorte effrayé, et qui semblent représenter des écarts plutót que des lois, rendent par cela seul trés-douteuse l'exactitude des résultats qui les ont amenés. Mais au moyen d'une légére correction faite aux données du probléme, ces signes rentrent dans l'analo- gie de ceux qui se rapportent aux autres formes. D’après mes recherches, celui du décroissement intermé- diaire est (TES D? B°); celui du décroissement à l'aide a duquel le noyau hypothétique seroit produit est e; et celui du décroissement qui a lieu pour le dodécaédre rapporté au noyau hypothétique est D. Le rhomboide qui fait la fonction de noyau hypothétique existe dans certaines variétés de chaux carbonatée, et M. de Bournon en a fait sa septiéme , modification (1). La grande simplicité des lois relatives à ce noyau hypothétique et au dodécaèdre qui en dépend justifie pleinement l'adoption du signe représentauf, dans lequel la (1) Ce savant indique pour la modification dont il s'agit une loi de reculement par trois diagonales en largeur sur deux lames de hauteur aux angles obtus du sommet , lequel détermine la position des arétes supérieures du rhomboide se- condaire. Mais dans ma théorie où la production des faces est l'effet principal auquel tout le reste se rapporte, le décroissement qui équivaut à la loi précé- dente a lieu par trois rangées en hauteur sur l'angle e (fig. 1 ) de la forme pri- mitive. 154 — NNALES DU MUSÉUM loi du DN Donor intermédiaire est exprimée par la frac- tion +. L'incidence de 2 sur D est de 1454 34' 15", c'est-à- dire de 8' 46" plus petite que dans l'hypothése de M. de Bournon, et celle de à sur à est de 1074 24' 48", c'est-à- dire plus forte de 14 5' 54". L'angle que font entre elles les arêtes eo, ep, qui est de 1234 3o' 23" dans l'hypothése de M. de Bournon, se trouve ici de 1214 25” 46"; différence 24 $ Jis L'examen d'une variété citée par M. de Bournon (1 1), et dont la précédente fait partie, va me servir à motiver l'exis- tence des lois dont je viens de parler. La figure 9 représente cette variété dont j'ai moi-méme un cristal d'une forme trés- prononcée, qui vient d'Angleterre, en sorte qu'on ne peut - douter qu'il n'ait la méme origine que ceux qui ont été ob- servés par M. de Bournon. Sa forme résulte d'une combi- naison des faces 5, b du dodécaédre qui vient de nous oc- cuper, avec les faces z, 7 du métastatique, et les pans c, c' du prisme hexaèdre régulier, d'où l'on voit qu'elle ne diffère - de celle de la variété émoussée (fig. 7) qu'en ce que dans cette derniére les arétes les plus saillantes du métastatique sont remplacées chacune par une seule facette, au lieu qu'ici elles le sont par un double biseau, Les bords 1,» (fig. 9) des facettes qui forment ce biseau sont trés-sensiblement parallèles entre eux. Or, les facettes dont il s’agit étant les analogues de celles qui sont réunies par l'aréte of (fig. 2), il est nécessaire que cette aréte ait la méme inclinaison que l'aréte saillante du métastatique qui répond à v ( fig. 9), sans (x) Tom. 2, p. 84, PL 28, fig. 561. D'HISTOIRE NATURELLE. e 185 quoi le*parallélisme n'auroit pas lieu. Mais l'angle que fait cette dernière avec le plan vertical c est de 1534 26' 6", et d'aprés la théorie de M. de Bournon, langle que forme l'aréte of avec le méme plan est de 1544 58' 13", ce qui fait 1d 2! 7" de différence en plus. Au contraire, le calcul dé- montre que, dans la forme qui résulte des lois exposées plus haut, les deux incidences étant parfaitement égales, le pa- rallélisme est rigoureux. Maintenant, j'observe que M. de Bournon a décrit une autre variété (1) dans laquelle les faces f (fig. 7 ) du rhomboide inverse, qui se montrent quelque- fois seules, comme ici, à la place des arêtes les plus saillantes du dodécaèdre métastatique, sont situées entre les facettes b, b' (fig. 9), et dans ce cas le parallélisme, sans cesser d'exis- ter relativement aux bords de ces derniéres facettes, se ré- pète sur ceux des premières, ce qui est entièrement conforme à l’analogie d'une multitude de variétés, où comme je lai déjà dit, on voit des successions de facettes, dont les bords sont allignés parallélement les uns aux autres. J'ai donné à la variété que représente cette figure 9 , le nom de chaux carbonatée identique , parce que les lois de | décrois@ment à l'aide desquelles le véritable noyau produit 2 2 les faces c, r étant e, D, on a les mêmes lois pour les faces c, b rapportées au noyau hypothétique. Avant de terminer ce qui regarde cette variété, je remar- I à : E querai que le rhomboïde e, qui y fait la fonction de noyau hypothétique, et qui reparoit comme forme secondaire, dans er (1) Tom. 2, p. 8#, et PI. 39, fig. 569. : 18. T 24 Ld 154 ü. ANNALES DU MUSÉUM loi du décroissement intermédiaire est exprimée par la frac- tion +. L'incidence de b sur D’ est de 1454 34' 12", c'est-à- dire de 8' 46" plus petite que dans l'hypothése de M. de Bournon, et celle de à sur b est de 1074 24! 48", c'est-à- dire plus forte de 14 5' 54". L'angle que font entre elles les arêtes eo, ep, qui est de 1234 3o' 23" dans l'hypothése de M. de Bournon, se trouve ici de 1214 25' 46"; différence 24 4' Ais L'examen d'une variété citée par M. de Bournon (1), et dont la précédente fait partie, va me servir à motiver l'exis- tence des lois dont je viens de parler. La figure 9 représente cette variété dont j'ai moi-méme un cristal d'une forme trés- prononcée, qui vient d'Angleterre, en sorte qu'on ne peut - douter qu'il n'ait la méme origine que ceux qui ont été ob- servés par M. de Bournon. Sa forme résulte d'une combi- naison des faces à, b du dodécaédre qui vient de nous oc- cuper, avec les faces r, r du métastatique , et les pans c, c' du prisme hexaèdre régulier, d’où l'on voit du 'elle ne différe - de celle de la variété émoussée (fig. 7) qu'en ce que dans cette derniére les arétes les plus saillantes du métastatique sont remplacées chacune par une seule facette, au lieu qu'ici elles le sont par un double biseau, Les base n,» (fig. 9) des facettes qui forment ce biseau sont trés-sensiblement paralléles entre eux. Or, les facettes dont il s'agit étant les analogues de celles qui sont réunies par l'aréte of (fig. 2), il est nécessaire que cette aréte ait la même inclinaison que l'aréte saillante du métastatique qui répond à v ( fig. 9), sans (1) Tom. 2, p. 84, Pl, 38, fig. 561. D'HISTOIRE NATURELLE à 185 quoi le ‘parallélisme n'auroit pas lieu. Mais l'angle que fait . cette dernière avec le plan vertical c est de 1534 26’ 6", et d’après la théorie de M. de Bournon, l'angle que forme l'aréte of avec le méme plan est de 1544 28' 13", ce qui fait 14 5' 7" de différence en plus. Au contraire, le calcul dé- montre que, dans la forme qui résulte des lois exposées plus haut, les deux incidences étant parfaitement égales, le pa- rallélisme est rigoureux. Maintenant, j'observe que M. de Dournon a décrit une autre variété (1) dans laquelle les faces f (fig. 7 ) du rhomboide inverse, qui se montrent quelqüe- fois seules, comme ici, à la place des arétes les plus saillantes du dodécaédre métastatique, sont situées entre les facettes b, 5 (fig. 9), et dans ce cas le parallélisme „sans cesser d’exis- ter relativement aux bords de ces dernières facettes, se ré- | pète sur ceux des premières, ce qui est entièrement conforme à l'analogie d'une multitude de variétés, où comme je l'ai déjà dit, on voit des successions de facettes, dont les bords sont allignés parallélement les uns aux autres. J'ai donné à la variété que représente cette figure 9, le nom de chaux carbonatée identique , parce que les lois de | décrois@ment à l'aide desquelles le véritable noyau produit les faces c, 7 étant é; D, on a les mêmes lois pour les faces C, b rapportées au noyau hypothétique., mum di Avant de terminer ce qui regarde cette variété, je remar- querai que le rhomboide e, qui y fait la fonction de noyau hypothétique, et qui reparoit comme, forme secondaire, dans ` (1) Tom. 2, p. 8%, et Pl. 39, fig. 569. 18. : 24 : ~ r86 a ANNALES DU MUSÉUM la 7e. modification de M. de Bournon (1), a les mêmes rap- ports avec celui de la 10e. modification décrite par ce sa- vant (2), et qui a pour signe 2, que ceux qui existent entre le rhomboide primitif et celui que j'ai nommé inverse , c'est- à-dire que les angles plans de l’un sont égaux à ceux que font entre elles les faces de l'autre, et réciproquement. La théo- rie.démontre que cette inversion est étroitement liée à lé éga- lité des angles des deux coupes principales (3). M. de Bour- \ non indique cette égalité à l'égard des deux rhomboides A q 8 g . dont il s'agit (4). Il auroit pu encore, en comparant ses ré- git (4 pu , I ax et ee de l'égalité qui a heu entre les angles "Gy Pond P. A5. a (2) Ibid., P 19. Le rapport entre les , demi-disgonsles g’, p' des faces de ce dernier est celui de V 12 à V 29. Dans le rhomboide e “à on a 1/75 à 41 pour le rapport qui correspond au précédent, Il en résulte qu le rapport enire lerayon et le cosinus soit du pai anei pes du rhomboide é, soit de la plus petite inci- $i dence des faces du "rubens e est celui de 41à 17; que le rapport entre le rayon et le cosinus des angles inverses des précédens est celui de 58 à 17; et que le rapport entre le sinus et le cosinus du petit angle de l'une et l'antre coupe prin- cipale est celui de 30 à 17, ce qui démontre rigoureusement existen de la pro- priété dont il s’agit. Voyez pour les formules qui. conduisent à ces résultats le Traité de Minér., tom. L, p. 305 et Suiv. (3) Quoique eus rhomboïdes originaires de la chaux ce par- tagent les istos dont il s’agit, cela n 'empéche pas que la dénomination d'zn- - verse que j'ai appliquée à — dont les angles plans sont de 754 31' 20" et 1044 28' 40", et qui paroit vague à M. de Bournon ( t. 2 P ET );nelui convienne d'une maniere spéciale, parce que la forme primitive est le terme de comparai- son auquel se rapporte l'inversion qui le caractérise. (4) Les angles des deux sa + sont, selon lui, de 119? $2' et 6o 28' ( plus exaciement de 119% 32° 20" ct 60? 27 ' 40"), / "- D'HISTOIRE NATURELLE. NF — 185 * L b | | - | plans du rhomboide e et ceux que font entre elles les faces 4 : 5i x A du rhomboide e (1). Mais l'égalité entre les angles qui sont les inverses des précédens a dà lui échapper, et je ne crois pas inutile d'en exposer ici la raison. M. de Bournon indique 1154 42', pour la plus grande H M incidence des faces da rhomboide é; et 644 18' pour la plus petite; et à l'égard du rhomboide e, il indique 1144 32" poùr le grand angle de chaque rhombe, et 654 58', pour le petit angle, tandis que ces derniers angles devroient étre égaux aux premiers, puisquil y a inversion, La diversité dont il s'agit tient à une inexactitude qui s'est glissée dans les calculs de M. de Bournon. Les mesures exactes des deux premiers angles, ainsi que celles des deux derniers, sont de 1144 29! 47" et 654 3o; 13", ce qui fait une différence de 14 19! 13", avec les indications de M. de Bournon relatives aux deux premiers angles. A l'égard. des deux derniers, la diffé- rence est simplement de »' 15" (2). (1) Il donne 107? 3'et 72% 57' pour les premiers; et 1074 4! et 72% 56' pour les secopds. On trouve de part et d'autre, à l'aide d'un calcul rigoureux, 107? 2' 37" et 723 57! 23". ] (2) Le développement des calculs dont il s’agit a été choisi par M. de Bour- non, comme exemple des applications de sa méthode (t. H ,p. 263 et suiv. ). Ce savant a obtenu le rapport de 27,65 à 23,39 pour celui du rayon au sinus de la tié du plus grand angle formé par les faces du rhomboide e. La méthode mémes lignes le rappert rigoureux de Vira 20, celui de 27,63 à 23,24 qu’auroit dà trouver M. de 24” moi analytique donne pour les auquel répond à peu près Bournon. p, 188 Wo ANNALES DU MUSÉUM Je n'insisterois pas sur ce sujet, sil n'en résultoit deux conséquences qui ne me paroissent pas indifférentes; l’une est. que l'emploi de la méthode analytique, qui démontre généralement la dépendance entre l'égalité des angles des coupes principales et linversion des deux autres espèces d'angles, auroit paré à l'inconvénient de mettre les résultats du calcul en contradiction avec la théorie. L'autre consé- quence est que l'erreur d'environ 1d 2, qui a été commise dans la détermination de la variété qui nous occupe, a dů »occasionner, dans la vérification prise à l’aide du gonyo- mètre, une différence équivalente, qui n'a pas été apercue par M. de Bournon, quoique le genre de mesure auquel elle se rapporte soit, comme je l'ai déjà remarqué, le plus suscep- tible d'exactitude, et que le savant observateur ait un cristal appartenant à la méme modification, qu'il dit être très-parfait (t. 2, p. 16, var. 55). C'est un motif de plus pour n'être pas arrêté par d'autres différences à peu ‘près égales et souvent beaucoup plus petites, entre les angles auxquels conduisent les lois trés-compliquées admises par M. de Bournon, et ceux que leur substituent les lois pe ds qui se présentent à cóté des premières. Ce qui précède offre une nouvelle preuve, qu il existe un ‘art de manier la théorie, en profitant de ces indications heureuses qu'offre le sujet considéré sous toutes ses faces, et qui sont comme le fil destiné pour nous diriger, de ma- niére à éviter les fausses routes dans lesquelles nous pour- rions nous engager, sans ce secours. L'observation méme la mieux faite ne donnant jamais que des à peu prés, nous avons besoin d’être éclairés par des considérations puisées D'HISTOIRE NATURELLE. F^ 199 dans la chose elle-même, pour saisir la limite à laquelle ré- pondent à la fois et la précision du--calcul et l'expression fidèle des lois de la nature.- | : Je vais citer encore un exemple des avantages que l’on peut retirer de ces considérations, pour faciliter et, si j'ose ainsi parler, pour régulariser les applications de la théorie. H existe une variété de chaux carbonatée (fig. 10) que j'ai nommée sous£ractive (1), et qui résulte de la combinaison des faces r, r du dodécaèdre métastatique , des pans c, c' du prisme hexaédre, et des faces Z, Z' d’un second dodé- caédre à triangles scalénes. Je suppose que l'on connoisse tout le reste, excepté la loi de décroissement qui produit ce dernier dodécaédre. L'incidence des arêtes y, y’ sur les pans c, c étant la méme que celle des bords supérieurs du noyau sur des plans verticaux, j'en conclus que le décroisse- ment dont il s'agit a lieu parallélement à ces mémes bords, c'est-à-dire en sens contraire du décroissement relatif aux faces r, r, qui naît sur les bords inférieurs. J'observe en- - suite que les intersections des faces Z, # avec les faces 7, 7 sont sensiblement sur un même plan perpendiculaire à l'axe du cristal (2). Or, l'analyse m'avertit que dans toutes les combinaisons de ce genre, le nombre de rangées sopstraites sur les bords inférieurs est moindre d'une unité que celui de rangées soustraites sur les bords supérieurs, d’où il suit poung (1) Traité, t. IT, p. 153... ee" A (2) Il peut arriver que quelqu'une des faces 7, £, ayant pris plus d De ment que ses analogues , Son intersection avec Ja face D pondente soit sur un plan différent de celui auquel répondent les autres; mais, dans ce cas, elle est sur un plan parallèle au précédent. 190. € ANNALES DU MUSÉUM que l'un étant égal à 2; le second sera égal à 3. Cherchant donc, d’après cette donnée, les incidences mutuelles des faces £, Z, je trouve, ainsi que je m'y attendois, qu'elles sont exactement les mêmes que celles auxquelles conduisent . -les mesures du gonyométre. Les formes qui m'ont servi précédemment de termes de comparaison entre les résultats de M. de Bournon et ceux que j'ai cru pouvoir leur substituer appartenoient à des cris- taux que j'avois observés par moi-même. Je vais maintenant examiner une de celles qui me sont inconnues, et proposer. les motifs qui me font présumer une correction à faire dans la détermination que le méme savant en a:donnée. Elle constitue sa 44e. modification (tom. 2, p. 82), et se rap- porte de méme à un dodécaédre (fig. 11) dont les faces sont des triangles scalénes, et qui tourne ses arétes les plus sail- lantes vers les rhombes du noyau. Le reculement qui fait naître les arêtes les plus saillantes dépend du rapport de 15 diagonales à 4 arêtes, entre da et a£ (fig..3), et celui qui fait naître les moins saillantes dépend du rapport de 7 dia- gonales à 15 arêtes, entre dh et Ak. L'incidence de a sur e (fig. 11) est, d’après mes calculs, de 1134 46' 18" (le texte de M. de Bournon porte 1154 44'), et celle de æ sur a’ est de 14od 45! 6" (M. de Bournon indique 1404 42! ). Le signe du décroissement intermédiaire relatif au véritable noyau seroit ( * TEST Dr B4). Le noyau hypothétique seroit un rhomboide obtus dans lequel l'angle plan du sommet auroit pour mesure 113d 35! 14"; la loi qe feroit Ee ce rhomboide du véritable noyau auroit pour signe e > et celle * D' HISTOIRE NATURELLE. e IOI qui pd le dodécaèdre rapporté au noyau hypothé- tique seroit D. En considérant attentivement ces résultats si éloignés de la simplicité des lois ordinaires, j'ai remarqué que le noyau hypothétique étoit trés-voisin du rhomboide équiaxe, dont l'angle plan au sommet est de 1144 18' 57", puisque la dif- férence n'est que 43' 43". De plus, le Si D qui indique la loi d’où dépend le dodécaédre, en poten du noyau hypo- thétique, différe trés-peu de D ou D. Ainsi, en substituant l'équiaxe afi rhomboide de 1134 35' 14", et le second signe au premier, on avoit pour noyau hypothétique un rhomboide familier à la cristallisation, qui dérive du véritable noyau par la plus simple de toutes les lois , et celle qui faisoit dé- pendre le dodécaèdre de ce même noyau hypothétique n’of- froit rien qui ne füt dans l'analogie des lois déjà connues. Ayant fait les deux substitutions que je viens d'indiquer, j'ai trouvé [eus le signe représentatif du décroissement inter- médiaire ( "SES D° B5), qui ne différe de celui qui se rap- porte à la 45e. modification, que par l'addition d'une unité dans le numérateur de la fraction qui accompagne la lettre E. J'ai trouvé pour l'incidence de a sur a 1144 43° 10", c'est-à- dire 56' 52" de plus que dans le résultat rectifié de M. de . Bournon, et pour l'incidence de a sur a! 1404 35' 58", cest- à-dire seulement 9' 8" de moins. L'angle formé par les arétes à, u du dodécaèdre est suivant M. de Bournon de 1184 15', et, d'aprés mes calculs, de 1184 12’ 29"; l'angle analogue sur 102 S ANNALES DU MUSÉUM le dodécaédre que j'ai pnis pour terme de comparaison est de 1164 33 54", ce qui donne pour différence 14. 38' 35". Si la forme de ce dernier. dodécaédre n'est pas exactement celle des cristaux que M, de Bournon a eus entre les mains, il faut avouer que la grande ressemblance entre l’une et l'autre est faite pour produire une de ces illusions dont il est bien difficile de se défendre. à Ce que je vais ajouter tendroit à fortifier encore cette il- lusion. Dans plusieurs des variétés décrites par M. de Bour- non, comme subordonnées au dodécaèdre dont il s’agit, les sommets sont remplacés par des facettes qui appartiennent au rhomboide équiaxe, ce qui seroit analogue à £e quon observe dans d'autres cristallisations du méme genre, copime la paradoxale dont j'ai déjà parlé, où les faces du noyau hypothétique semblent, en se montrant, indiquer à l'œil la relation que la théorie nous découvre entre ce noyau et le dodécaèdre. RU ds Je remarquerai de plus que dans une variété représentée pl. 37, fig. 547, de l'ouvrage de M. de Bournon, les arétes les moins saillantes du dodécaèdre telles que A, A (fig. 11) sont remplacées par des facettes que ce, savant dit apparte- nir au rhomboide inverse (x), ainsi qu'on le voit (fig. 12). Mais les bords «, « de ces facettes sont représentés comme (1) D’après le n°. 22 que portent ces facettes sur la figure, ce seroit le rhom- boide mixte; mais il paroit qu'on doit s'en rapporter de préférence au texte (t2, p. 85), qui indique le rhomboide du n?. 17, c'est-à-dire l'inverse ; à moins que par une nouvelle inadvertance, ce n^. n'ait été indiqué au lieu du n*. 16, que l'on pourroit plutôt présumer être le véritable, comme on le verra dans l'instant. um 4 D'HISTOIRE NATÜRELLE. 193 étant parallèles, sur la figure donnée par M. de Bournon, au lieu qu'ils devroient diverger d'une quantité trés-sensible à l'œil, qui d’après la détermination que j'ai proposée seroit de 174 36! 46", et n'auroit sûrement pas échappé à celui qui a tracé la figure. Si l'on suppose au contraire le parallélisme rigoureux, en partant toujours du résultat auquel je suis parvenu pour le dodécaédre, le rhomboide dont il s'agit ne sera plus l'inverse. Il sera semblable à celui de la 16°. des modifications décrites par M. de Bournon, dans lequel l'angle plan au sommet est selon lui de 81d 19' ( plus rigoureuse- ment de 814 »o' 5o") (1), et ce parallélisme qui n'auroit pas lieu sur le dodécaèdre provenant des reculemens qui ont servi de données à ce savant, offrira une nouvelle présomp- tion fondée sur l'analogie, en faveur de la déterminauon à laquelle j'ai été conduit. i | Je vais passer aux modifications rhomboïdales décrites par M. de Bournon, entre lesquelles j'en choisirai deux, pour discuter les lois dont. ce savant naturaliste les fait dériver. L'une qui est la 9°. sur son tableau (2), et que l'on voit (fig. 13), dépend selon lui d'un reculement par seize ran- gées en largeur sur les angles e (fig. 1) du rhomboide pri- - mitf. Quoique ce résultat. excéde sensiblement les limites dans lesquelles sont renfermées les lois relatives aux formes qui se présentent le plus communément , cependant comme il se trouve compris dans la série des décroissemens qui (1) Le rapport entre les deux demi-diagonales g' et p' de ce rhomboide est celui de V/48 à V 65. | (2) C'est celle qu'il a décrite, tom. 2, p. 1m. 25 18. ^ 194 ANNALÉS DU MUSÉUM agissent parallélement aux diagonales de la forme primitive, en sorte qu'il offre seulement un terme plus reculé de cette série, rien ne paroltroit d'abord répugner à ce que la cris- tallisation eüt: atteint ce terme, par une marche que des circonstances particulières auroient accélérée. Mais en y ré- fléchissant, j'ai vu que la forme dont il s'agit dérogeoit à une condition, qui se trouve toujours remplie dans les cristaux qe j'ai observés j jusqu'ici. | + J'ai prouvé ( Traité, t. I, p. 356) que la méme forme de rhomboide qui est possible en vertu d'un décroissement sur les angles inférieurs d'un autre rhomboide faisant la fonction de noyau, en sorte que ses. faces seroient tournées vers celles deee noyau, Fest également. par un. décroissement q qui agi- roit de manière que les faces produites s'inclinassent du côté opposé, en se tournant vers les arêtes du noyau, et j'ai donné des formules au moyen desquelles on peut passer d'un décroissement à l'autre. Par exemple, si Ton. rapporte à Pangle e( hg. 1) le décroissement « pe donne le rhomboid: é inverse, auquel cas son signe sera e, et il est visible que ce “décroissement donnera des faces qui se; rejetteront en sens contraire des faces primitives : sur lesquelles | le > décroissement est censé avoir pris naissance, on Gea pour l'expression de la loi susceptible de reproduire la forme du même rhom- boïde, avec des faces qui se rejettent du même côté que les | faces primitives sur lesquelles sont situés les points de départ: | du Sléssplss mente id 1 Wee eu Or, j'ai trouvé jusqu'à Sent que is iun Ioa avolent- entre elles une corrélation analogue à celle que j'át indiquée D'HISTOIRE NATURELLE. |. «95 entre les lois intermédiaires qui donnent des dodécaèdres à triangles scalènes, par des décroissemens sur les: angles du rhomboide primitif, et les lois ordinaires qui en agissant sur les bords du noyau hypothétique; reproduisent ces mêmes dodécaèdres, c'est-à-dire que quand les premières offroient une complication qui sembloit les rendre peu admissibles, lorsqu'on les considéroit isolément , les secondes qui en étoient les équivalens leur servoient en quai sorte de garans par leur sinp ire RTE | à Maintenant, la loi qui répond | à as en agissant du côté T opposé, est représentée par e, expression bien ‘éloignée de pouvoir servir à motiver l'adopuon de la première. Mais il ne 2g que pie une unité dans le dénominateur de $ la fakton qu. ‘elle renferme, pour avoir le rhomboïde e : qui rentre dans jos limites ordinaires (1 5 alors au lieu de: $. pour le résultat correspondant, oh dat Or, j'ai dans ma collection des cristaux du St. -Gothard, offrant une variété que j'ai nommée hiémitome , et dont un est représenté (fig. a4). Léuc signe est D é; c'est-à-dire x d qu ils résultent de la combinaison des faces du dodécaèdre (1) Dans ce rhomboide, le rapport entre les demi Kiis »' et p' de chaque rhombe est celui de / 48 à K 41, et dans le rhomboide relatif à la détermina- tion de M. de Bournon le rapport pent est celui de 1/588 à 6 485. 25 196 ANNALES DU MUSÉUM métastatique avec celles du *rhomboide dont je viens de 2 parler et dont le signe est e. Celui qu'a décrit M. de Dour- non se combine aussi avec la forme du métastatique, dans une variété citée par ce savant ( 75d. ), et que l'on voit dans - son ouvrage ( pl. 5, fig. 68 ). Mais ses faces y correspondent aux arétes les moins saillantes du méme dodécaédre, comme cela doit étre, au lieu que dans mes cristaux elles naissent aux endroits des arétes les plus saillantes. | Comparons maintenant les angles des deux rhomboïdes, et voyons jusqu'à quel point ils diffèrent entre eux. Dans celui qui a pour signe e; les angles du rhombe sont rigou- reusement de 954 3o' 3o" et 844 »9' 3o" (M. de Bournon indique 954 28' et 844 35'). Dans l'autre rhomboide ils sont de 944 3o' 40" et 854 29' 20"; la différence réelle est de 59' 5o". . Dans le rhomboide e , les angles de la coupe principale sont de 984 r»' 32/ et 814 47' 28" (M. de Bournon indique 984 15' et 81d 48' ); et dans le rhomboide e ils sont de 964 39' 16" et 834 20' 44"; différence 14 33' 16". Enfin dans le rhomboide T , les incidences des faces sont de 963 5' 43" et 834 54! 17", et dans le rhomboïde e, elles sont de 944 53' 49" et 854 6' 11"; différence 14 11^ 54". Les angles que je viens d'assigner aux incidences des faces ; 16 du rhomboide e sont ceux auxquels je suis parvenu, en partant des données de M. de Bournon. Mais ce savant indique 95d D'HISTOIRE NATURELLE. 107 et 854; valeurs qui sont les mêmes, à 6' 11" prés, que celles 2 qui se rapportent au rhomboïde*e (1). Si par une de ces inadvertances qui peuvent échapper dans une longue suite de caleuls, M. de Bournon avoit été conduit à prendre ces valeurs pour les véritables, la mesure immédiate des angles du cristal, en se trouvant d'accord avec ces mémes valeurs, auroit confirmé, à l'insu de l'observateur, l'identité des deux formes que je viens de comparer, et cela d'autant plus que les angles dont il s'agit me paroissent étre ceux qui se prétent le mieux à l'opération du gonyométre. On auroit alors un. nouvel exemple de ces doubles emplois d'une méme forme, par deux lois différentes de décroissemens , que l'observation m'a appris être plus fréquens que je ne l'avois d'abord pensé. Mais si l'on considére d'ailleurs que la différence réelle entre les mémes angles, qui n'est que d'un degré et quelques minutes, suppose, pour étre saisie , des cristaux d'une forme trés-parfaite, on ne pourra se dissimuler que, dans l'état actuel des choses, la loi dont M. de Bournon fait dépendre le rhomboide qui appartient à sa 9°. modification, ne soit dans le cas de faire naitre un soupcon qui auroit besoin d'étre éclairci. L'autre modification que je me suis proposé d'examiner , et que l'on voit (fig. 15), est la 20°. de celles qui ont été décrites par M. de Bournon (2). Elle dépend, selon lui, d'une XE 1 I PEUT + ORE (1) Il ne paroît pas qu'il y ait ici une faute d'impression, puisque les deux nombres s'accordent entre eux, en indiquant des angles qui sont supplémens l'un de l'autre. (2) oye; 'Ouvrage de cesavant,t,2, p.29. , ‘198 ANNALES DU MUSÉUM 34 loi doni le signe est e, d’où il suit que ses faces sont tournées “vers les arétes du noyau."La loi qui correspond à la précé- dente, en vertu d'un décroissement qui po des faces tournées vers celles du noyau, a pour signe e. Si l'on substi- i£ $ Z T6 2 tue à cette derniére, celle qui est Vprpeontde par eoue,. j et qui en est voisine, on trouve pour l'autre 2 z dont l'expo- sant est un renversement üe celui de la iio e; relative à la variété cuboide, ce qui fait disparoitre la complication à la- quelle on est conduit par les signes qui dérivent de la dé- termination proposée par M. de Bournon (1). Voyons ce que nous donnera la comparaison des angles es qui se rapportent aux deux formes. Dans le rhomboide e ki ceux de chaque rhombe sont de 554 39' »9" et 1544 20 31" ( M. de Bournon indique d’après un calcul moins précis, 554 5 34' et 1244 26! ). Dans le rhomboide e, les angles analogues sont de us 25' 16" et x 34 44"; différence 1d 45' 47". Dans le SENT. e, des angles. de la coupe principale sont de 1294 38' 10" et Kod 21' 5o", ce qui s'accorde sensi- -r (1) Le rapport entre les demie g' et p' de chaque rhombe est cel ji de P 3 * V 10, pour le homho 4 e, et celui de 192 à "s pour le rhom- * s DN boide e. X 7x D'HISTOIRE NATURELLE, Fe MN blement : avec le résultat obténu par M. de Bournon , 3» lui a donné 1294 30 et 5od 21°, Dans le rhomboide e, les angles qui répondent aux précédens sont de 1274 52! 3o" et. . 924 7! 3o"; différence, 1d 45 ds Enfin, dans le honol F $ l'incidence des faces 8, £' ( fig. 16) est de 1114 8' 58", et celle des faces 8, 8 est de 684 51' 32" (M. de ion inque d id 10' Ru ve So! H et dans le vbovilioide o e, des ingles veo sont di 110d 29' 14" et 69d 3o' 46"; différence 39' 14". Je me dispenserai de répéter ici les remarques que j'ai déjà faites plusieurs fois, dans ce qui précède, sur les contrastes que présentent. les signes relatifs aux lois de structure indiquées par M. de Bournon, avec ceux que je leur ai substitués, tandis que le passage des uns aux autres ne tient qu'à un léger change- ment dans les valeurs des quantités dont les ap ide ren- ferment les expressions (1). | Il suffit de ones fes deux ex EL pour e concevoir p* (1) Nous ne pm savoir uiid quel disti la nature s'est écartée de la 'simplieité des décroissemens sui ele sont soumises les formes les plus ordi- naires, parce que nous sómmes loin de connoître tout ce qui existe, Quelque reculé que soit le terme qui a été preserit à ses opérations par la volonté su- préme du Créateur, tous les résultats déduits de- nos observations deviendront admissibles, sous la condition essentielle qu'ils soient suffisamment motivés. Ce que je puis dire, c'est que parmi. les diverses formes que j'ai déterminées jus- qwici avec tout le soin possible, et dont le nombre s'étend beaucoup au delà de ce qui en a été publié aucune ne m 'a conduit à une complication qui approche de celle que présentent les signes dérivés des lois de reculement admises par M. de DBournon. 200 | ANNALES DU MUSÉUM la raison de cette diversité, et méme pour sentir qu'elle étoit inévitable. Celle de M. de Bournon consiste, ainsi que je l'ai déjà dit, à mesurer d'abord sur les cristaux qu'il se pro- pose de déterminer certains angles qu'il prend pour fonda- mentaux, comme ceux qui sont formés par les arétes de ces cristaux avec des coupes paralléles aux faces du rhomboide primitif (1), et à rapporter ensuite ces angles sur un tableau qui représente une coupe de ce méme rhomboide, sous- divisée en petits quadrilatéres , qui sont censés être les coupes analogues d'autant de molécules soustractives. Cet assorti- ment sert comme d'échelle pour mesurer le rapport entre les nombres de rangées soustraites dans le sens de la largeur et dans celui de la PAU M. de Bournon conclut ensuite de ce même rapport, à à l’aide de la trigonométrie rectiligne, les valeurs des angles de la forme proposée. Ainsi, tout se réduit à chercher les résultats qui dérivent de deux mesures, l'une mécanique et l'autre graphique. Cette méthode fondée sur une régle uniforme, peut étre concue en un instant, sans aucun effort, Aussi son célèbre auteur paroit-il l'avoir ima- ginée: dans la vue de simplifier et de faciliter les applications de ma théorie Sa Mais j'avoue que j'ai toujours considéré (1) Les mesures de ce genre ue moins pue de précitiop que dm qui se rapportent aux incidences mutuelles des faces d'un cristal, ce sont ces der- nières, ainsi que je l'ai déjà remarqué, qui méritent la préférence, comme me- sures vraiment fondamentales. J'en déduis les angles qui se prennent sur des arétes, lorsque j'ai quelque raison de connoitre ceux-ci, comme quand ils entrent dans la coupe principale d'un rhomboide. Mais je me suis toujours abstenu de les employer, soit comme bases du calcul, soit comme moyens de vérification. (2) Tome 2, pag. 223. D'HISTOIRE NATURELLE. 201 celle-ci sous un point- de vue trés-différent, en la faisant dé- pendre d'une réunion de moyens combinés, dont le choix, dans chaque cas particulier, est suggéré par l'aspect géomé- trique sous lequel se présente là forme que l'on se propose de déterminer. C'est dans cét aspect que le cristallographe doit lire, en quelque sorte, les conditions du probléme à résoudre. Telles sont, comme on l'a déjà vu, celles qui se urent, soit de la considération des noyaux hypothétiques et de leur relation avec le véritable noyau et avec les formes. secondaires, soit des différens caractères de symétrie que peuvent offrir les positions -relatives des faces qui provien- nent de diverses lois de décroissement (1). Tous ces moyens, je le répète, s'éclairent mutuellement, et ont une influence marquée sur l'exactitude du résultat qui est le but de l'opé- ration. Ils nous aident à entrer, pour ainsi dire, dans l'esprit (1) Parmi ces caracteres, j'attache une grande importance à celui qui se tire des parallélismes dont j'ai cité plusieurs exemples relatifs à la chaux carbonatée, La cristallisation a été sollicitée à les produire dans les corps qui appartiennent à cette substance, par la même tendance vers la symétrie, qui se montre dans une - multitude de cristaux relatifs à d’autres espèces, telles que la chaux fluatée, la chaux phosphatée, le grenat, l'idocrase, la tourmaline, le-fer sulfuré, l'étain oxydé, etc. , où le passage d'une forme plus simple à une forme plus composée dépend du remplacement de certains bords de la premiére, par des facettes simples, doubles ou triples, dont les intersections, soit entre elles, soit avec les - faces dela forme qu'elles modifient, affectent un parallélisme si sensible, que personne ne sera tenté de le révoquer en doute. On a donc ici une propriété dont l'existence est incontestable, qui doit entrer comme donnée essentielle dans la détermination des formes dont il s'agit , et lorsqu'elle suffit seule, ainsi que cela a lieu dans plusieurs cas, le probléme se trouve comme résolu d'avance, et il arrive toujours que l'accord entre les angles mesurés avec le plus grand soin sur le cristal et ceux qui résultent de la considération dont je viens de parler est aussi satisfaisant qu'on puisse le dé TA 18. 26 202^ : ANNALES DU MUSÉUM da sujet qui nous occupe, et ont le double avantage d'as- surer le succès de notre trail, et d' y répandre de l'intérét, en nous faisant apercevoir le corps qui en est l'objet, comme un ensemble dont toutes les parties sont co-ordonnées et eu harmonie les unes avec les autres (1). . M. de Bournon a été conséquent.à sa manière de voir, dans le parti qu'il a pris de s'en tenir aux calculs trigono- métriques. Mais en faisant usage de ces calculs, on est obli- gé, pour arriver aux incidences proposées -* de résoudre chaque fois uné série plus ou moins nombreuse de triangles, c Sein ds de recommencer toute entière une opération d e et fastidieuse (2), tandis : que la formule est le dernier stat d'une "opération équivalente, we n'a eu besoin que d’être faite une fois sur des quantités qui représentent géné- ralement celles que donnent tous les cas possibles, en sorte qu'en y introduisant les expressions des diagonales du noyau. et de la loi du décroissement , "on obtient tout d'un Coup, ` avec une précision rigoureuse, l'incidence cherchée, pu la * résolution d'un seul triangle (3). Cette air que j'ose à (i) Les mêmes nenaidératinne: et d'autres. su leur sont analogues, peuvent être également d’un grand . Secours s, rel ativem ment à toutes les espèces ris, pour * les formes p. PI n’est pas donné complétement. par Pobeervation. (2) On pourroit, en suivant une marche qui ne supposeroit que des connois- sances familières à tous ceux qui savent la trigonométrie; s'épargner une bonne partie des “calculs dans lesquels on se trouve engagé, en se coñformant au plan tracé par M. de Bournon, et parvenir d'une manière à la fois phis expedi et plus | exacte aux résultats des opérations. (3) L'emplo loi de l'analyse a de plus l'avantage de fournir des sedis très- „précis, pour : vérifier. les opérations. Ainsi , après avoir calculé les incidences des faces d’un dodécaèdre à triangles scalodii, d’après les formules sé se: rapportent “ E D'HISTOIRE NATURELLE. : 203 mon tour appeler rés-szzple, qui soulage l'attention, et à l'aide de laquelle le résultat se présente comme de lui-méme, mérite d'autant mieux, ce me semble, d’être employée de préférence, qu'elle n'exige que des connoissances élémen- taires d'analyse, et. que l'étude de cette dernière précéde ordinairement celle de la géométrie. Mais T analyse.a un autre FOURS fait pour être apprécié à un décroissement intermédiaire, d'où dépend i amédiätement da forme de ce dodé aèc re, on peut faire la preuve des résultats de l'opération, en employ antà Hosen. les formules relatives au décroissement qui fait dépendre le dodécabdre du noyau hypothétique. La méthode de M. de Bournon offre incomparablement moins de facilités à cet égard; et si l'on considere l'immen- sité des calculs dans lesquels elle a entrainé ce célèbre cristallogr aphe, on ne sera pas surpris qu'une bonne partie des résultats auxquels il est parvenu soient allectées d'erreurs qui vont ordinairement à plusieurs minutes, et dont quelques- unes donnent des quantités EIC les, à l'aide du gonyomètre. J'ai déjà eu occasion d'en citer plusieurs, et j'en ajouterai ici une relative à la cinquième mo- dification décrite (t. 2, p. 14), et qui est un rhonboide tres-obtus , dans lequel le rapportentre les demi-diagonales e' et p' de chaque rhombe , doit être, suivant les ` données de M. de Bournon, celui de 1/ 363 à W' 137. D’après ce rapport, on a pour le grand angle de la coupe principale Mg 4x Aa pour le grand angle de | chaque rhombe11 162 52! 20", , et pou là des faces es 145 a 34! 19". M. de Bournon, qui a choisi la déterpiushan de oe rhómboide; , comme modèle de sa méthode de calcul (75;d., p. 259 et suiv. ), y donne d'abord pour le grand angle de la coupe principale 149? 43', ce E s'accorde avec le résultat cité plus haut. De là, il passe à la détermination des angles plans, en se bornant à indiquer ' sommairement la marche du calcul, et annonce qu'il trouve pour. l'angle obtüs 1173.56! , au lieu que la véritable mesure de cet angle «i de 1163 52! 20” y €'est-à- dire qu'elle est plus petite de 193 4o" ; enfin, il trouve pour la plus grande i inci- dence des faces 151% 48! , c'est-à-dire une quantité. trop forte de 64 13! 48" ;et efec- tivement on parvient à ce dernier résultat, en partant de l'h ypothéese que l'angle plan obtus soit de 1174 56, en sorte que la seconde erreur est liée à la premiere, J'ajoute qu'elle porte sur une espèce d'angle qui est le moyen de détermination le plus sür que l'on puisse employer. 26 * 4 204 ANNALES DU MUSÉUM par tous les véritables amateurs des sciences exactes, et qui disparoit dans une méthode purement graphique. C’est de nous faire apercevoir et de servir en méme temps à repré- senter ces propriétés générales, ces analogies fécondes, qui répandent un si grand intérét sur les détails, en nous décou- vrant les liens cachés qui les unissent. La cristallographie nous offre une foule de ces propriétés, qui paroitroient digñes d'attention, dans le cas méme où elles ne seroient que des spéculations, et qui empruntent un nouveau prix de leur réalité (1). D'ailleurs nous avons vu combien les formules . sont utiles, méme dans les applications directes de la théofe, , (1) M. de Bournon a rencontré quelquefois, dans le cours de ses opérations, des propriétés qui existent dans certaines modifications de la chaux carbonatée, Mais ses observations sont restreintes ax résultats que présentent les modi- fications dont il s’agit. Elles ne nous apprennent pas si d’autres les partagent avec elles. L'analyse peut seule, par la généralité de ses méthodes, embrasser non-seulement tout ce qui existe, mais encore tout ce qui est possible. Ainsi j'ai découvert que les propriétés relatives au dodécaèdre métastatique ( Traité de Minér., t. II, p. 134), qui consistent dans l'identité de certains angles plans et saillans du méme dodécaèdre avec ceux du noyau, peuvent également avoir lieu, dans le cas de tout autre rhomboide obtus, pris pour forme primitive pourvu que le rapport entre les carrés des demi-diagonales de ses faces soit un nombre rationnel. Désignant par n le nombre de rangées soustraites sur les bords inférieurs , et par g, p les demi-diagonales , on a en général z = aene ; Cest- à-dire que le nombre de rangées soustraites d’où résulte le dodécaèdre ; est égal, dans chaque cas particulier, au carré de la demi - diagonale oblique du noyau divisé par la différence entre les carrés des deux demi-diagonales. On démontre encore que les rhomboides originaires d'un méme rhomboide primitif , Sont - susceptibles d’être combinés deux à deux, sous la condition qu'il y ait inversion dans les angles de ceux qui composent chaque combinaison, en sorte que la loi qui produit un rhomboide secondaire quelconque étant donnée , on peut, à l'aide d'une formule, trouver tout d'un coup la loi d'où dépend son inverse. Le rhom- D'HISTOIRE NATURELLE. 205 en faisant contribuer à leur j justesse ces propriétés dont elles offrent les tableaux. En un mot, l'analyse est ici comme le style de la chose, et un style qui réunit au mérite de élé- gance celui de la plus grande précision à laquelle l'homme soit parvenu, dans l'expression des vérités que l'étude des sciences lui a dévoilées. boide sgel ce dernier nom s ‘applique spécialement, est celni qui a lieu dans le cas où l'exposant de la premièré loi devenant infini, le rhomboide relatif à cette loi n'est plus distingué du noyau. L'intérêt qu'inspirent ces diverses pro- priétés, et beaucoup d’autres que je pourrois citer, dépend de ce que l'analyse nous les fait considérer d'un point assez élevé, pour nous permettre de rassembler dans une méme vue tous les faits qui en découlent. J'ajoute qu'une bonne partie de ces propriétés, et en particulier celles qui déterminent les parallélismes dont J'ai donné des exemples, ont le mérite dela généralité dans un degré d'autant plus éminent, qu'elles ne dépendent nullement des dimensions et des angles de la forme primitive, mais sont, pour ainsi dire, inhérentes aux lois de la structure; en sorte que les mémes lignes qui sont parallèles dans telle variété de chaux carbonatée, leseroient également dans tout autre cristal originaire d'un rhomboide quelconque, pourvu que le signe représentatif restát le méme: C'est une consé- quence nécessaire de ce que les formules générales relatives à ces sortes de cas ne renferment point les expressions g, p des demi-diagonales , mais seulement les quantités 7, n' , n” , qui représentent les nombres de rangées soustraites, en vertu desquelles sont produites les diverses faces dont la combinaison donne naissance au parallélisme. 206 ANNALES DU MUSEUM Sur la valeur du Périsperme considéré comme ca- ractère d'affinité des plantes. ë = PAR M. CORREA DE SERRA. Lh; y a peu d'exemples dans l'histoire des sciences, qa un objet ait été envisagé sous tous ses rapports, et apprécié à sa juste valeur dès le moment où il acommencé de fixer lat- tention. D'ordinaire les premières idées, ou confuses ou exa- gérées, ont besoin d’être éclaircies et rectifiées par des ob- servations ultérieures. C'est seul taprès un certain nombre d'oscillations, que l'opinion peut gágner son "aplomb, et se fixer d'une maniére permanente. La valeur du périsperme comme caractére est dans ce cas. C'est en France qu'on a pour la premiere fois essayé de le faire servir à la botanique. A on qui l'employa le premier lui attribua la plus haute importance pour l'établissement des familles. Quelques années après M. de Jussieu et Gartner remarquèrent des anomalies qui Ótévent quelque chose à | cette importance, mais tout en reconnoissant des exceptions dont on n'avoit pas la clé , ils ont continué à l'observer avec attention, et l'on peut dire que si P" les anomalies appa- rentes, cette partie de la graine paroissoit devenir tant soit D'HISTOIRE NATURELLE. 207 peu moins essentielle, elle étoit par contre-coup devenue beaucoup plus embarrassante. En effet, les botanistes philoso- phes conviendront que le périsperme joue un grand róle dans les opérations finales de toute plante dans la graine de laquelle il se trouve, tout comme dans les premiéres opérations de la jeune plékite qui sort d'une telle graine. Dans celles où il n'existe pas, cesdernières et ces premières opérations doivent être différentes. Les anomalies cependant feroient croire que des plantes, d'ailleurs semblables en tout, peuvent les unesavoir un périsperme, les autres en manquer. Sera-t-il possible d'aprés nos connoissances actuelles de trouver une clé à ces exceptions LJ ide PR et deles ramener à des c ations générales? Sera-t-il pos- sible de déterminer rie cas où celte partie ést essentielle, et ceux oit elle est de peu d importance? Je le crois, et je vais soumettre mes idées au jugement impartial des botanistes. Jetons d'abord un coup d'œil sur les anomalies que l'on a observées. Les Jasminées, les Dipsacées, les Sapotilles sont trois groupes trés-naturels où lon wouve des genres doués de périsperme, et des genres qui en sont dépour- vus. Le genre scabiosa offre méme des espèces albumi- neuses et d'autres sans périsperme, M. Du Petit* Thouars a observé que dans le genre cnestis, il y a de méme des es- péces pourvues et des espèces dépourvues de périsperme. Les Malvacées paroissent toutes dépourvues de périsperme, mais nous verrons plus bas ce qu'il en faut penser. Les Légumineuses ont une quantité de genres sans espere, mie que d'autres lont très-visible. Gærtner à j jugi ces faits que le périsperme étoit 2vscus æquiocæ í Snila- tis ed in praxi cum summa circumspectione adhibendum , à : : 208 ANNALES DU MUSÉUM et M. de Jussieu avec son jugement ordinaire le relégue parmi les organes dont il ne sera possible de tirer des carac- téres fixes qu'après les avoir examinés 7Zerats et certis observationibus. — Cependant, M. de Jussieu considérant la structure des Dipsacées avoit été porté à croire que peut-étre la mem- brane interne épaisse étoit un reste de périsperme , et Gærtner avoit remarqué que, dans l'Hasselquistia, il dégé- néroit en une lame assez mince, ce qui étoit aussi le cas du semecarpus, du brunia, du stellera, de l'hippophee, du zy- ziphus, du paliurus, de presque toutes les rosacées, du ceanothus entre les rhamnoides , et d'un très-grand nombre d'autres genres. Dans les jasmins et les genres trés- voisins, la surface intérieure charnue est évidemment un reste de périsperme, comme ce naturaliste, qui étoit assez disposé à leur en refuser un, est obligé de l'avouer. 1l est inutile d'ac- cumuler les exemples de ces périspermes réduits aux moindres termes, mais toujours perceptibles, que les observations mo- dernes ont fait reconnoitre. La classe entiére des Labiées a été derniérement comprise dans ce nombre par un trés- bon observateur qui sürement n'étoit mů par aucun préjugé (1). H faut avouer que le nombre di anomalies se trouve par là assez réduit, mais ce n'est pas encore tout. Dans le steripha de Gartner, le peu de chair imperceptible qui adhére à la membrane intérieure de la graine se change lors- qu: on da met dans l'eau en une gélatine transparente verdátre - nienre l'embryon, et qui se trouve insinuée entre ious "S (1) M. Mirbel. : i ? | D'HISTOIRE NATURELLE. 209 ses plis. Dans la plupart des Malvacées, telles que le bombax, le velaga, le gossypium, on remarque le même phénomène, Si l'onobserve la plupart des Légumineuses dépourvues de péris- perme, on! trouve que l'eau convertit en une gélatine épaisse la substance imperceptible qui se trouve entre l'embryon et la membrane interne de la graine. Tel est le cas du genet, du fenugrec, de la scorpiure, de plusieurs mimosa, de la biserrula, des crotalaires, des aspalats et des cæsalpinia. Voici donc une autre sorte de périsperme qui pour être invisible à nos yeux dans la graine sèche n’en est pas moins existant pour la na- ture, et qui diminue encore le nombre des anomalies. Mais il reste encore des anomalies, et quand par des ob- servations semblables on parviendroit à les expliquer toutes, on pourroit toujours se faire la question, à quoi peut servir à caractériser l'affinité des familles ou des genres une partie qui peut s'évanouir de tant de manières? Je crois qu'il y.a des familles où le périsperme peut devenir imperceptible par ces meyens et d'autres semblables; qu'il peut méme disparoitre entièrement sans que la liaison et l'affinité naturelles en souf- frent. Il ést clair que dans de telles familles sa présence et _son absence aux yeux ne doit avoir aucun poids. Mais Je crois quil y en a d'autres où sa présence est nécessaire, son ab- sence presqu'impossible, et par conséquent son importance presqu'exclusive. Voyons d'abord la formation et la nature de cette partie. : ; L'embryon depuis son premier instant nage dans la li- queur de l'amnios Qui est contenu dans le sacculus colliqua- menti dans les graines qui en sont pourvués, ou bien dans les vésicules de ce que l'on appelle le cAozzoz végétal, comme 18, 27 Y 210 ANNALES DU MUSÉUM il arrive dans un grand, nombre d'autres graines; c'est de cette liqueur de l'amnios que l'embryon tire par absorption sa nourriture, quand il est formé; ce qui reste aprés cette opération devient le périsperme. Sans doute dans les graines où il ne reste point de périsperme, c'est par une simple et uniforme absorption que l'embryon a été nourri; mais dans les graines qui ont um périsperme, et où il se trouve que celui-ci est d'une nature différente de l'embryon, l'absorption de la liqueur de l'amnios n'a pu aucunement étre simple. ll a fallu que l'embryon fit un départ de ce qui pouvoit le nour- rir, et de ce qui ne pouvoit pas entrer dans sa composition. INA les Euphorbiacées , par exemple, où le périsperme est doux et innocent, et l'embryon àere et délétère, cette diffé- rence de substance suppose une différente maniére de se nourrir non -seulement dans lembryon, mais aussi dans la plague: La plantule des premiers commence tout de suite à se nourrir des substances du dehors, tandis que la plantule des seconds, avant que de s 'assimiler les substances étrangéres, doit incorporer en soi-méme les substances hété- rogènes qu'elle vient de rejeter en qualité d'embryon. Or, cette diversité de substance entre l'embryon et le périsperme est visible dans beaucoup de familles. L'embryon est toujours charnu; tandis que le périsperme est farineux dans les Gra- minées, dans les Nyctaginées, dans les Joubarbes, dans les Caryophyllées; il est comme du suif dans les Euphorbiacées; il est coriacé dans le mangostan et les guttifères, cartilagineux dans beaucoup de palmiers: Il diffère de l'embryon en cou- - leur dans beaucoup de plantes, et cette différence semble in- diquer une différente nature. Il est vert, par exemple; dans le D'HISTOIRE NATURELLE. 211 guy et dans beaucoup d’autres où Lembryon est blanchátre. Il est blanchátre dans les Rhamnoides où l'embryon est vert avant la maturité. Il est d'un beau jaune dans le bocconia ; il est rouge dans le pittosporum, tandis que dans ces deux graines l'embryon est blanchâtre. Partout donc où l'embryon se nour- rit par une simple absorption dans une liqueur uniforme, le périsperme n'ést que l'excédent de cette substance sur ce dont l'embryon a besoin pour se nourrir. Partout où l'embryon décompose la liqueur et n’en prend qu’une partie, en en fai- sant un départ, le périsperme est un résidu d'une opération chimique. Dans les familles qui sont dans le premier cas, le périsperme est de peu de conséquence, il pourra tout au plus être un caractère d'espèce, tandis qu'il est presque impossible de se figurer l'absence du périsperme dans les familles qui se trouvent dans le second cas, et que nécessairement son importance dans celles-ci doit être presque exclusive. | 212 ANNALES DU MUSÉUM ANALYSE DE LA MATIÈRE CÉREBRALE DE L'HOMME ET DE QUELQUES ANIMAUX. PAR M. VAUQUELIN. $ Ie. Historique des travaux chimiques entrepris jusqu'ici sur la Matière cérébrale. uoiQuE le cerveau düt, par les fonctions qu'on suppose quil remplit, exciter de bonne heure la curiosité des chi- mistes, cependant on est étonné de ne trouver que trés-peu de chose dans leurs ouvrages concernant sa nature chimique; .encore le petit nombre d'expériences qui ont été tentées pour y parvenir n'ont point été poussées assez loin pour qu'on en puisse déduire quelques résultats positifs : aussi les opinions qu'on a prises sur la composition de sa substance, d'aprés ces expériences, sont-elles erronées, ou au moins incomplétes. Tl était donc nécessaire de reprendre ce travail avec les soins et les détails que la difficulté de son exécution exige. J'ai en- D'HISTOIRE NATURELLE. 219 trepris cette tâche difficile; jen soumets les résultats au publie : c'est à lui à juger si je suis arrivé au but. Gurman a annoncé le premier la longue conservation du cerveau dans le cràne des cadavres. Burrhus a comparé cet organe à une huile, et particulière- ment au blanc de baleine. Thouret, dont la médecine pleure encore la perte , à, dans un très-beau mémoire sur l'état des cadavres trouvés dans le cimetiére des Saints-Innocens, regardé la substance du cer- veau comme une sorte de savon. F'ourcroy , que les sciences ne regrettent pas moins, a émis sur la nature de la matière cérébrale une opinion différente de celle de Thouret (1); il la regarde comme étant princi- palement composée d'albumine et d'une autre matiére qu'il croit être particulière. Quoique le travail de Fourcroy laisses plusieurs choses à désirer, on verra; en le comparant avec celui-ci , que c'est assurément le plus complet qui eüt été fait jusque-là, et qui a, , par conséquent, “Ts le plus près du but. § II Traitement du Cerveau par l'alcool ou re. Une portion de cerveau humain, dépouillé de ses ave. loppes et réduit en bouillie homogène dans un mortier de marbre, à l'aide d'un pilon de bois, a été délayé avec environ cinq parties d'alcool à 36 degrés. (1) Annales de Chimie, t. 16. , i 214 - ANNALES DU MUSÉUM Ce. mélange, laissé en macération pendant vingt-quatre heures, a été chauffé ensuite jusqu'à l’ébullition, et filtré. ` L'alcool avoit acquis une couleur verdâtre ; il a déposé par le refroidissement une matière blanche, en partie flocon- neuse, et en partie lamelleuse. Douze heures après le refroidissement, on a filtré F nou- veau l'alcool ; celui-ci avoit retenu sa couleur verdâtre : l'eau en troubloit la transparence, et le rendoit laiteux. | Cet alcool a été soumis à l'évaporation jusqu'à ce qu'il n'en restàt plus environ que la huitième partie, le résidu a déposé, : en refroidissant, une matière huileuse, jaunâtre, fluide, qui occupoit. le fond de la Jic [ueur ,. qui étoit elle-même j jaunátre. Nous examinerons plus bas cette matière huileuse, Ainsi que la liqueur qui l'accompagnoit. — On a remis l'aleool obtenu par la distillation sur i matière cérébrale s traitée une fois, comme nous venons de le . dire. Aprés a avoir fait boudbr le mélange pendant environ un quart d'heure, on a filtré l'alcool tout chaud. Cette-fois ce fluide a passé avec une couleur tirant sur le bleu, et a déposé en. rekorlu, une matière. blancha comme TR la pre- mière opération, mais moins abondamn L'alcool, aprés - avoir ainsi ire © Din hisoit e encore par l'addition de l'eau. Cet alcool distillé a passé sans couleur, et le résidu de la distillation, qui faisoit environ la vingt-huitième partie de la masse mise en distillauon, avoit perdu sa couleur verte, et en avoit alors une jaune. Ce résidu offroit deux sortes de liqueurs; l'une, qui avoit D'HISTOIRE NATURELLE. 515 l'aspect d'une huile, occupoit le fond de la liqueur; l'autre, moins colorée, bio à une dissolution de gomme. - Nous renvoyons l'examen de ces deux matières au moment où nous nous occuperons de celles que nous avons obtenues dans la première opération , parce que nous soupçonnons qu'elles sont de la méme nature. La matière blanche déposée par l'alcool dans la première opération, et celle que le. méme liquide a laissé précipiter dans la deuxième, avoient une consistance páteuse, un tou- cher gras et e , un aspect brillant et satiné. La dernière portion étoit plus blanche et plus solide; mais fondoit, et se charbonnoit comme la première lorsqu'on l'approchoit de la flamme d'une bougie. En se desséchant sur le papier Joseph, ces matières le ren- doient transparent, et le tachoient ! à la manière de l'huile. La matière qui avoit été retenue en dissolution: parl alcool, et qui en a été séparée par la distillation de celui-ci, avoit une couleur jaunàtre, une consistance pàteuse et collante. Cette matiére desséchée se dissout de nouveau dans l'alcool bouillant; mais avant de s' y combiner, elle se fond et coule au fond l'alcool comme une huile. Sa dissolution alcoolique dépose en refroidissant deux matières qui ne diffèrent peut- être que par l'aspect : l’une, qui se précipite la première, s'at- tache aux parois des vases sous forme d'une graisse jaune, épaisse, et tenace; l'autre reste en suspension dans la liqueur, sous forme de lames blanches et brillantes comme l'acide * boracique. 216 ANNALES DU MUSÉUM S III. © BDessiccation du Cerveau. Neuf onces un gros (environ 29» grammes) de matiére cérébrale séchée au bain-marie se sont réduites à deux onces, ou à peu prés au cinquième; mais la dessiccation n'étoit pas parfaite. Ces deux onces de matiére, brülées dans un creuset de platine, se sont fondues en décrépitant, et en produisant une fumée qui avoit l'odeur d'une huile empyreumatique. Cette huile en brülant a répandu une flamme banche, jau- -nâtre, trés-allongée, et qui déposoit beaucoup de noir de fumée; alors l'odeur de l'huile empyreumatique ne se faisoit plus sentir. Quand la flamme huileuse a cessé de paroitre, on a retiré le creuset du feu; le charbon qu'il contenoit s pesoit cinq grammes deux dixièmes ( 1 gros 24 grains). Après avoir réduit ce charbon en poudre, on l'a exposé de nou- veau au feu dans un creuset de platine; il ne paroissoit pas brüler, quoiqu'il recüt un degré de chaleur assez violent. Il: s'est amolli en prenant une forme päteuse. Aprés avoir été exposé pendant environ une heure à cha- leur blanche, son poids étoit encore de 4 grammes 68 cen- tièmes. Hl n'avoit donc diminué que de 38 centièmes de gramme : ce qui annonce une combustion très-difficile dans - ce charbon. Ce charbon, lavé à l'eau bouillante et séché, ne pesoit plus que » grammes 3o centièmes : il avoit perdu par con- séquent 2 grammes 32 centièmes par le lavage. La lessive de ce charbon rougissoit fortment la teinture de D'HISTOIRE NATURELLE. 317 tournesol, et le précipité qu'y formoit l'eau de chaux se re- dissolvoit jusqu'à ce que l'excés d'acide füt saturé. Le méme charbon, chauffé une seconde fois, a brülé en répandant une légére flamme phosphorique; mais, au bout d'un certain temps, le charbon s'est ramolli, et a pris, comme auparavant, la forme páteuse. Alors on l'a lessivé de nouveau, et l'eau a pris de l'acidité d'une mangre très-marquée. Ces phénomènes se sont représentés jusqu'à ce que tout le char- bon ait été entièrement consumé : ce charbon n’a pas laissé un atome de cendre. Les différens lavages du charbon brülé ont te par l'évaporation, un dépót blane, bleuàtre, et comme pâteux, Ce dépót, séparé de la liqueur au moyen de la filtration, se fond très-promptement en un verre transparent. Ce méme dépót, réduit en poudre et mis avec de l'acide sulfurique étendu d'eau, a fourni du sulfate de chaux, mais en quantité qui ne correspondeit pas avec celle de la matière mise en expérience. L'ammoniaque mêlé à une petite portion de la naweer d’où le dépôt ci-dessus avoit été séparé n'y a formé qu'un trés-léger précipité; la potasse caustique , au contraire, en a occasionné un. assez abondant : ce dernier précipité étoit pour la plus grande partie de la magnésie; tandis que le dé- pót formé spontanément dans la liqueur pee étoit du phosphate de chaux. Comme tout paroissoit annoncer que l'acidité del la liqueur ci-dessus étoit due à l'acide phosphorique, on y a mélé de l'eau de chaux, jusqu'à ce quil ne sy soit plus formé de précipité. Ce dernier précipité, aprés avoir été lavé, a été 28 18. 218 ANNALES DU MUSÉUM dissous par l'acide muriatique, et la chaux précipitée de cette dissolution ner l'oxalate d'ammoniaque. La liqueur de cette dernière expérience a été traitée par la potasse caustique; mais à froid cet alcali n'y a point produit de précipité : à l'aide de l'ébullition, on a obtenu, au contraire, un précipité flo- conneux, qui a été reconnu pour de la magnésie. La liqueur précipitée par l'eau de chaux, comme on l'a dit plus haut, a été évaporée avec le contact de l'air pour que l'excés de chaux se précipitàt. Aprés avoir été filtrée, cette liqueur avoit une couleur jaunâtre, une saveur caus- tique, et précipitoit DN le muriate de reus en jaune. On a laissé cett trée à l'air: qu'elle - püt cristalliser, et pour s'assurer si ellé-ne contenoit pas de la soude; mais toutes les "— auxquelles on l'a sou- Mise ont prouvé que ce n'étoit que ed la dice en partie saturée par l'acide carbonique. es expé iences sur la combustion di cerveau entier prou- vent que ics sels contenus dans cet organe sont des phos- phates de chaux, de magnésie, et de potasse. La matière du cerveau, épuisée: autant qu'il est. possible par des ébullitions réitérées avec l'alcool, et brülée ensuite dans un creuset de platine, a présenté à peu prés les mémes phénoménes que le cerveau dans son état naturel: c'est-à- dire crépitation et flamme, mais moins de fumée; et son charbon, æalciné à plusieurs reprises, ne s'est point ramolli, et n'a point donné de signes d’acidité ; ce qui prouve que les principes qui ont produit ces effets dans le cerveau entier ont " enlevés par l'alcool. Nous verrons plus loin sas sont ces corps. nt NATURELLE. 219 ~ $ IV. poe de la matière grasse du Cerveau qui se dépose pendant le CORAN de l'alcool qui a servi à traiter cet organe: Nous avons déjà exposé plus haut les EA caractères physiques dé cette substance; nous. avons dit qu elle, é étoit blanche, concrète, mais molle et poisseuse; qu elle avoit.un aspect satiné et brillant qu ‘elle tachoit les papiers à da ma- nière des huiles. - . Nous allons maintenant l'examiner sous le rapport de sa nature. et de sa position chimique. 19, Lorsqu'on l'expose à la chaleur, elle se fond, mais elle ne devient pas aussi fluide que la graisse, et ne. tarde pas à se colorer €n brun à une vempératupg qui n din pas la graisse ordinaire. 29. Gette substance se Mite dans l'acool chaigh, en laissant seulement quelques floçons de matière animale qui s'étoient dissouts dans la première opération, à la faveur de l'eau. contenue dans le cerveau. Pendant lé refroidissement de l'alcool: la plus grande partie de cette matière se précipite avec tous ses caractères : vingt parties d'aleool à 36 degrés suflisent paie dissoudre une partie de cette miatière. 30. Exposée au soleil, cette matière prénd une SEA jaune à peu près semblable à celle de la matière grasse que l'on obtient par l'évaporation de l'aleool, après qu'il a déposé celle-ci. Je ne connois pria bien là raison de ce phénoméne. : 28* | »- : | é 220 ANNALES DU MUSÉUM | 49. Une portion de cette matière qui avoit été dissoute plusieurs fois dans l'alcool, pour en séparer les dernières parties de matière animale, a été brûlée dans un creuset de platine. La combustion s'est opérée avec une grande facilité et beaucoup de flamme et de fuliginosité. Le résidu char- . bonné, lavé avec de l'eau distillée, a communiqué à ce fluide une acidité très-marquée , et la faculté de précipiter I eau de chaux. Le résultat singulier de cette opération qui, annonçant évidemment la présence de l'acide phosphorique, m'a fait soupconner que cette miatiére grasse contenoit de l'acide phosphorique, ou du Badii d'ammoniaque dont la base auroit été volatilisée Lie la TES. proue” cela fût peu vraisemblable. T Cependant, pour m'en assurer, j'ai fait les expériences "uivantes: = 19. J'en ai délayé avec de l'eau distillée, et j'ai remarqué, ce qui m’ aum épeu surpris; que cette substance formoit avec ce fluide une espéce d'émulsion qui ne se séparoit pas; mais j'ai vu aussi que cette émulsion, quelque -épaisse qu'elle fût, ne jouissoit d'aucune acidité, et ne eos nullement la teinture de tournesol. 59, J'en ai délayé avec une dissolution de potasse causti- que, et je n'ai rien senti qui püt y annoncer la Poser ce de lammoniaque; la chaleur méme de lébullition n'a pas fait développer la plus petite trace de cet alkali. J'ai-eueure eu ici un sujet d'étonnement; c'est que, quoique j'eusse employé une quantité de potasse plus que suffisante pour dissoudre une quantité de graisse ordinaire semblable à celle que j'ai mise ~% s D'HISTOIRE NATURELLE. 291 ici, -cepeñdänt la dissolution ne s'en est point opérée, et le mélange est resté laiteux comme s'il eût été fait avec de l'eau. Je crois que l'on peut conclure de ces deux expériences que la matière du cerveau dont il s'agit ne contient ni acide phosphorique libre, ni phosphate d'ammoniaque, et que con- | séquemment l'acide quf se développe par la combustion a une autre origine. 30. Cent parties de la matière A chauffées dans un creuset de platine avec, deux cents parties de potasse et un peu d'eau, ne se sont pas fondues; elles ont paru au contraire se durcir, ce qui ne seroit pas arrivé si cette matiére ressem- bloit à la graisse ordinaire. Lorsque l'humidité a été dissipée, ` elle a pris une couleur brune, s'est enflammée, et a répandu une odeur de graisse brülée, avec beaucoup de fuliginosité. Le résidu de cette opération lavé avec de l'eau distillée la lessive sursaturée avec de l'acide nitrique, et le idis soumis à l'ébullition, a donné avec l'eau de chaux un préci- pité floconneux qui étoit du phosphate de chaux, dont le poids, étant sec, représentoit la dixième partie de la masse employée. 49. Cent parties de la méme matière jetée successivement dans deux cents parties de nitrate de potasse fondu, se sont enflammées avec une grande facilité ; il ne s’est presque point produit de fumée, tout a été détruit, et il n’est pas resté Ja plus légère trace de matière bone Le résidu de cette opération, traité de la même manière que celui de la précédente, a donné la même quantité de > phosphate de chaux. ; Que conclure de ces expériences ? ? si ce n'est qu l ya du. 229 ANNALES DU MUSEUM phosphore combiné avec la matière grasse du cervau, lequel s’est dissout, en même temps que éette dernière, dans l'alcool? En effet, on ne trouve dans le résidu de la combustion de cette substance, ni phosphate de chaux ni de magnésie, et les phosphates alkalins auroient trouvé assez d'eau dans la matière cérébrale pour se dissoudre'dans l'aleool, et pour ne pas s'en précipiter par le refroidissement ; aussi retrouve-t-on du phosphate de potasse et des phosphates acides de chaux et de magnésie dans le résidu de l'aloool évaporé qui a servi à traiter le cerveau. | Il faut donc nécessairement admettre dans la substance du cerveau, comme dans la laite- des. poissons où nous l'avons découverte Fourcroy et moi, l'existence du phosphore. La proportion , à la vérité, en est très-petite ; car j'estime, d' aprés „la quantité de phosphate de chaux que j'ai obtenue dans les expériences précédentes, qu'elle ne s'élève guère qu'à la cinq-centiéme parue; mais si l'on retranche l'humidité du cerveau, et que l'on ne considère le rapport de ce corps qu'avec la matière sèche, l'on trouve que la pfoportion est à peu prés d'un centiéme. Quoique la substance dont nous avons $ exposé les proprié- tés dans ce paragraphe offre plus ts avec les graisses qu 'avec toute autre classe de i corps, een elle ne doit pas être confondue avec la graisse ordinaire. ' : Elle en différe principalement par sa dissolubilité dans l'alcool, par sa cristallisabilité, sa viscosité, sa fusibilité moins grande, et la couleur noire qu'elle prend en fondant. ` Ainsi p tout en la renfermant dans la classe des corps gra, il faut la considérer comme une espèce por Goulien etnouvelle, D'HISTOIRE NATURELLE. . - 223 SV. . p De la Matière grasse du Cerveau qui reste en dissolution dans l'alcool après son refroidissement. Nous avons dit précédemment que, lorsque l'alcool qui avoit servi à traiter le cerveau, avoit déposé la matière grasse, il restoit coloré en vert; que la troisiéme, la quatriéme et méme la cinquiéme portion d'alcool que l'on avoit pass sur | la méme matière cérébrale, étoient colorées en bleu de saphir. | | z det Pour savoir quelle étoit cette matière colorante, nous avons distillé cet alcool, et voici ce que nous avons remarqué. La couleur verte ou bleue ne se perd point par l'évapora- tion de l'alcool, tant qu'il Teste une certaine quantité de cei dernier, mais aussitôt qu'il est évaporé, la matière passe au jaune plus ou moins intense. Les alkalis, ni les acides ne changent point ces couleurs. | Lorsque ces opérations se font sur les première et seconde parties d’alcool qui ont passé sur la même quantité de cer- veau, l'on voit, ainsi que nous l'avons dit plus haut, une ma- tiére huileuse fluide de couleur jaune se précipiter au fond du liquide aqueux provenant de l'humidité da cerveau; mais cet effet n'a pas lieu avec les dernières portions d'aleool sur la méme matiére cérébrale, parce que celle-ci ne contenoit plus d'eau. | Le liquide, au fond duquel cette matière grasse se ras- semble, a aussi une couleur jaune s une saveur de jus de viande légèrement douceátre, et donnant des marques d'aci- : * € 224 ANNALES DU MUSEUM dité. Lorsque cette liqueur est encore chaude, la matiére grasse reste bien isolée, et semble méme avoir une certaine consis- tance, mais par le refroidissement ou par l'addition d'un peu d'eau froide, cette matière absorbe l'humidité, devient _ opaque et se délaie, en sorte qu'elle ne peut plus étre séparée; .il faut donc profiter du moment favorable pour opérer cette séparation d'une maniére convenable. D'après cela on conçoit qu'il est nécessaire d'employer de l'eau chaude pour laver cette substance et la débarrasser des parties solubles qui y restent adhérentes. Pour dessécher ensuite cette huile, on peut lexposer à l'air pendant quelqte temps, ou à une chaleur trés- douce. Examinons à présent les propriétés de cette matière ainsi purifiée, et renvoyons à un autre paragraphe l'analyse de la liqueur aqueuse de laquelle elle a été séparée. 10, Elle a une couleur rouge brune, une odeur semblable à celle du,cerveau elle-même, mais plus forte; en sorte qu'il est vraisemblable que c’est elle qui la communique à la sub- stance cérébrale, 20, Sa saveur est la même que celle d’une graisse rance. 30, Si on l'agite avec un peu d’eau froide, elle s'y délaie et forme une sorte d'émulsion homogène qui ne sesépare que trés-lentement. Les acides minéraux mélés en certaine quan- tité avec cette émulsion en précipitent sur-le-champ la ma- tière huileuse sous forme de flócons blancs et opaques, et la liqueur peut alors filtrer claire, ce qui n'a pas lieu aupara- vant. L'acide muriatique qui a servi à coaguler ainsi cette. espéce d'émulsion précipite ensuite par l'ammoniaque des flocons blanes très-légers. w D'HISTOIRE NATURELLE. 225 Mais l'acide nitrique qui a été employé au même usage ne précipite ni par l'ammoniaque ni par l'eau de chaux. *; L'infusion alcoolique de noix de galle la coagule aussi. 49. Si l'on décante l'eau lorsque la matiére esi déposée, et qu'on. l'abandonne à elle- méme, elle se pourrit et répand une odeur fétide, ce qui annonce qu'elle contient une maz tière animale. | HSE ONE Ms ». 99. Cette matière se dissout dans l'alcool chaud, moins quelques légers flocons qui n'en font pas la centième paxtie; la plus grande quantité se. sépare de l'alcool pendant le re- froidissement ; l'eau trouble cette dissolution alcoolique, et la rend laiteuse, comme elle feroit à l'égard d'une dissolution de résine. 5 : 60. Exposée sur des charbons allumés, elle se fond, poir- cit, se boursouflle, et répand d’abord l'odeur de matière ani- male brülée, et ensuite celle de la graisse en vapeur, 79. Cette ‘substance, brûlée dans un creuset de platine, soit seule, soit avec la potasse ou le nitrate de potasse, a constamment fourni de l'acide phosphorique libre ou com- biné à l'alkali, ainsi que cela est arrivé pour la matiére grasse déposée de l'alcool par le refroidissement. Nous devons donc. prendre à son égard la même ‘opinion - relativement à l'origine de l'acide phosphorique que pour la partie grasse qui s'est déposée spontanément de l'alcool pen- . dant son refroidissement; c'est-à-dire quil faut y admettre T'existence du phosphore; car nous nous sommes assurés par des moyens convenables que cette matière ne contenoit ni > acide phosphorique libre, ni sels phosphoriques. Sur les 400 grammes de cerveau employés pour ce travail, 18,7 AD 226 ; «ANNALES -DU MUSÉUM nous avons obtenu trois grammes de cette matiére, ce qui fait 0,75 de gramme pour cent. Maintenant nous devons chercher en quoi cette substance peut différer de celle qui se dépose naturellement de repat de-vin pendant qu'il refroidit, et dont nous avons exposé pré- “cédemment les propriétés. + Quoiqu' elle reste en dissolution dans l'esprit-de-vin froid, cette matiére n'est cependant pas trés-soluble dans ce fluide; car*elle s’en dépose sous forme lamelleuse lorsqu'on l'en sa- ture à l'aide de la chaleur de Tébullition, et sous ce rapport elle se rapproche plutót de la première qu'elle ne s’en éloigne. Elle en diffère par une couleur rouge bgune, et par moins de consistance, par une légère saveur de bouillon que n'a point la première, et par une plus grande tendance à la . LJ ES cristallisation. Cette différence est produite. par une certaine quantité d une matiére animale dont nous -parlerons plus bas, et que lon peut séparer de la partie grasse au moyen de l'alcool froid. $ VI De la liqueur aqueuse jaune qui reste après la UE. des deux substances grasses par le refroidissement et l'évaporation de l'alcoot. Lorsqu'on a épuisé par l'alcool le cerveau frais de tout ce quil. contient de soluble dans ce menstrue, et qu'on a séparé, par les: moyens que nous avons indiqués, les deux matiéres grasses qu'il contient, il reste une liqueur de comipetd pone e i L. # D'HISTOIRE NATURELLE. 227 brunätre qui a une saveur de j jus de viande un peu sucrée ; qui rougit fortement le tournesol, ; qui est précipitée par l'eau de chaux, par l'infusion de noix id galle, etc. Pour connoitre la nature des substances contenues dans” -cette liqueur, nous avons commencé par l'étendre d'un cer- tune quantité d'eau distillée, et nous y avons versé de l'eau: de chaux jusqu'à ce qu'elle n'y ait plus formé de précipité. La matière, lavée et séchée à à l'air, avoit une couleur jaune; par la calcination, elle a pris une couleur noire due au charbon provenant d'un ir de matière ene décomposée par la chaleur. Cette substance, ainsi calcinée et redissoute dàns l'acide nitrique, a donné alors par lammoniaque un précipité trés- blanc ui n'a plus noirci par la chaleur r, et s étoit de véri- "table phosphate de chaux. Ex e priiis dis Après avoir précipité par Ke a rs Tade optique sogenu dans la liqueur ci-dessus, nous l'avons fait évaporer à siccité avec beaucoup de précaution : la mätière qu elle a fourni pesoit quatre grammes et demi; dans cet état, elle avoit une couleur rouge brune, une demi-transparence, une saveur semblable au jus de viande, et un peu sucrée; elle se dissolvoit dans l'aleool avec une grande facilité; elle lais- soit seulement quelques atomes de mauère saline qu faisoit effervescence avec les acides. | Exposée à l'air, elle se ramollissoit en attirant l'humidité ; : une din de cette matière chauffée dans un creuset de platine s'est. considérablement boursoufllée, a répandu des vapeurs qui avoient l'odeur de matière ‘animale n. Elle 29 in 258. ANNALES DUÜMUSÉUM a laissé un charbon dont le lavage a fourni, par E e — du carbonate de potasse pur. Il suit évidemment de ces expériences que la liqueur dont il sagit contenoit de l'acide phosphorique libre, du phos- phate de potasse, ou, si l'on veut, du phosphate acidule de potasse, et une matiére animale qui, par sa solubilité dans l'alcool et dans l'eau, par sa propriété d'étre précipitée par l'infusion de noix de CURT par sa couleur rouge brune, sa déliquescence, sa saveur et son odeur de jus de viande, doit étre regardée comme étant identique avec la matière que Rouelle à appelée autrefois extrait savonneux de viande, et 5 aguelled M. d bang. a donné le nom d'osmazome. — C'est sans doute. cette "Substance, “dont une portion reste avec la matière grasse, qu'on retire par l'évaporation de l'alcool employé à traiter le cerveau, qui lui donne sa couleur, rougeátre ; la propriété de se delays dans l'eau, et de brüler, en: Ped au commencement r odeur de matière animale. ge cete RUP EIS CS VIL... Résumé sur les matières du Cerveau solubles dans l'alcool. Nous connoissons maintenant les différentes sobétmées _ que l'aleool à enlevées à la matière ‘cérébrale. dans les divers traitemens qu ‘il a subis au moyen de cet agent. — Elles sont, 10. une matière grasse blanche, concrète, d’un aspect satiné, et d’une tenacité qui n'existe point dux les graisses ordinaires. | 20, D'une autre matière grasse de re rouge, Pes consistance moins grande que celle de la matiére grasse Li j D'HISTOIRE NATURELLE” 230 ci-dessus, mais qui ne paroit en différer que tec "un peu d osmazome qui y reste mélangée. -39. D'une matière animale de couleur rouge br, soluble dans l'eau et dans l’alcool, formant avec le tannin uné com- binaison insoluble, et ayant | l'odeur et la saveur du jus de viande, et qui certainement. ‘est ce principe appelé aujour- d'hui osmazome. " 4°. Enfin de phosphate acidule de potasse, vini Sequel on trouve quelques traces de muriate de soude, dont je n'ai point parlé, e qu il se rencontre dans toutes les humeurs animales. S LIE Examen de la partie du Cerveau qui est insoluble dans uL ‘alcool. Lorsqu'on a épuisé par des Riiner isane d'alcool bouillant tout ce que là matière cérébrale contient de so- luble dans ce iii il reste une. „matière blanche: un peu frais, mais s qui en rite, comme on ides verra tout à sem par ses propriétés chimiques. Quatre cents grammes de cer- veau frais ont fourni trente-un grammes de cette subies (0,075 ). Cette oies: en se en cud une Nw grise, une demi-transparence, une cassure. sHs et polie comme celle de la gomme arabique. rs e "Remise dans l'eau en cet état, allée en be une certaine dits, devient opaque, se gonfle et se ramollit ; l'eau dans 230 . * ANNALES DU MUSÉUM ü laquelle on a mis tremper cette substance en dissout un peu, car elle se pourrit au bout de quelques jours. . .Ainsi ramollie, elle se dissout facilement à l'aide d'une chaleur modérée dans la potasse caustique; et pendant cette dissolution il ne se développe point d'ammoniaque , comme celà a lieu avec la partie caseüise du lait traitée de la méme maniére. : : La dissolution de cette substance , la potasse est lé- gèrement jaune, son odeur est fade; les acides la précipitent sous la forme de flocons blancs, et avee dégagement d'une odeur très-fétide. La dissolution d'acétate de plomb est pré- cipitée en brun foncé, quand on en met pen ce qui annonce évidemment la présence du soufre. Cinq grammes de cette matière distillée avec précaution ont fourni du carbonate d'ammoniaque cristallisé, de l'huile rouge dont Lodeur ressembloit à celle de l'albumine dé- i: composée de la méme manière. Il est resté dans la cornue un gramme de charbon, qui a exigé cinq grammes de nitrate de potasse pour être entièrement brülé. La lessive du sel résultant a laissé cinq centigrammes de résidu terreux qui étoit du phosphate de chaux; la = el sursaturée par l'acide. nitrique, et soumise à l'ébullition, n'a point donné de précipité, mais elle en a fourni un assez abondant par l'eau de chaux; ce qui annonce que le phos- phate de magnésie a été décomposé par la potfisse, et peut- être méme une portion du phosphate de chaux. - . Cette matière, chauffée seule dans un creuset, décrépite, se gonfle et se fond comme l'albumine; son charbon, caleiné pendant long-temps, ne devient point acide comme celui de " D'HISTOIRE NARELLE. 231. la matière grasse, ce qui prouve qu'il ne contient point de phosphore comme elle. He: Ce charbon, lavé avec de l'acide muriatique, lui fournit une petite quantité de phosphate. de chaux et de magnésie. En la jetant dans du salpêtre fondu ; elle brüle prompte- ment et avec flamme; et l'on trouve dans l'alkali résultant de cette opération des traces trés-sensibles d'acide sulfurique, quoique le salpétre employé n'en contint pas auparavant. Ceci prouve que la matière du cerveau, insoluble dans Fal- cool, contient du soufre, et confirme ce qui a été annoncé par l'acétate de plomb avec la dissolution alkaline de cette substarice. * | id Les propriétés que nous a présentées la partie du cerveau insoluble dans l'alcool ne laissent, à notre sens, lieu à aucun doute sur son identité parfaite avec l'albumine. En effet Cette connoissance explique trés- bien la coagulation du cerveau délayé dans l'eau, par la chaleur, par les acides, les sels mé- talliques, etc. 7 e C'étoit là aussi l'opinion qwavoit prise F ourcroy sur la nature de cette matière, dans son mémoire sur cet objet, inséré dans les Annales de chimie. m # | S IX. Résumé général. La masse cérébrale est donc composée: — — 10, De deux matiéres grasses qui n'en font peut-être qu'une # seule; . | 20, D'albumine; 30, D’osmazome ; + 292 : ANNARES DU MUSEUM 49. “De: différens sels, et entre autres de phosphates de potasse, de chaux et de magnésie, et d'un pen de sel marin; 5o. De phosphore; 3 6». De soufre. 5 J'estime, autant qu'il est possible de le faire’ dans un tra- vail aussi délicat, que .ces substances s'y trouvent réunies dans les rapports suiyans, savoir : Là š cuc O M mM EM M ER (is cen C5 50 SEEN: . 2°. Matière grasse Lines M ren tentés sé 4 03 Matière grasse un ce owes LS TELE Tee RCE 70 . Albumine. ......... * hist d cuu wu > Osmazome. . IREE e E ea a mre 6°. Phosphore. eene genet een cur. perm is 1 E Se Ace, sels et saltern 5 15. fret [SOME Mu 100 00 SX: Putréfaction de la Matière cérébrale. ET -Un& portion de'cerveau délayée : dans | tie certaine quan- tité d’eau, abandonnée à elle-même pendant un mois, à présenté les phénomènes suivans : d’abord elle s'est séparée eu trois parties; celle qui occupoit le dessus étoit une portion de la matière cérébrale fers pe apir deg Hules: de ga% qui y restoient adhérentes. — ; Celle du milieu étoit un liquide j jaunâtre qui a pris, au bout de quelques jours, une très-belle couleur rose qui a Bersisté pendant plus de vingt jours. Aprés ce temps, cette couleur s'est peu à peu dégradée, et a repris une couleur jaune plus intense que celle qu'avoit auparavant la liqueur. Enfin a troisième partie occupant le fond du vase étoit une D'HISTOIRE NATURELLE. 22% ‘autre portion de la matière cérébrale. Pendant un mois qu'a duré cette opérdtion, il ne s'est pas dégagé de gaz. Le flacon ayant été ouvert, il en sortit une vapeur invi- sible et désagréable, qui avoit quelque analogie avec celle du fromage pourri, et que quelques personnes ont comparée à celle des intestins qui commencent à se décomposer. Un papier trempé dans une dissolution d'acétate de plomb étant.en contact avec l'air fétide contenu dans la partie supé- rieure du flacon, est devenu sur-le-champ d'un brumnoirâtre. La liqueur où avoit ainsi pourri le cerveau étoit sensible- ment alkaline, au moins elle rétablissoit promptement le papier detournesol, et formoit des vapeurs blanches lorqu'on en approchoit de l'acide muriatique oxigéné. - La liqueur séparée par la filtration de la matiére cérébrale qui avoit une couleur blanche grisátre, étoit d'un jaune am- bré; les acides la troubloient et en précipitoient des flocons blancs; l'odeur qu'elle exhaloit alors étoit encore plus fétide et plus désagréable qu'auparavant. L'acide muriatique oxi- géné la troubloit aussi, mais en méme temps il détruisoit entièrement son odeur. La filtratio terminée, on a soumis la liqueur à la distilla- tion : aussitôt que la température a été voisine du degré de l'ébullition,. des flocons jaunâtres assez abondans se sont séparés, comme cela a lieu à l'égard d'une dissolution légère d'albumine. asd d d ja Le produit de la distillation n'avoit point de couleur ; son odeur étoit parfaitement. semblable à celle que la liqueur avoit avant d'étre soumise à la distillation; elle précipitoit en blanc l'acétate de plomb, rétablissoit la couleur du tourne- C WE 3o "3/4 ANNALES DU MUSÉUM sol rougie par un acide; l'acide muriatique oxigéné, en dé- truisant son odeur fétide, lui faisoit prendre une couleur jaune. Lorsque la liqueur restée dans la cornue a été réduite au cinquième environ, elle a été filtrée ; sa couleur étoit jaune; son odeur semblable à celle du fromage avancé : elle étoit redevenue acide, car elle rougissoit fortement la couleur du tournesol. L'infusion de noix de galle , l'eau de chaux et l'alecol, y formojent des précipités floconneux; lammoniaque y 0€- casionnoit aussi un précipité grenu et demi-transparent, qui nous a paru étre du phosphate ammoniaco-magnésien. T/acide sulfurique concentré mêlé à cette liqueur en déga- geoit une forte odeur de vinaigre. La matière solide du cerveau qui avoit éprouvé la fermenta- tion, lavée avec de l'eau et soumise à l'action de l'alcool, a communiqué à ce liquide une couleur verte bleuâtre, comme si le cerveau n'eut éprouvé aucune altération; et par le re- froidissement cet alcool à déposé une matiére blanche, en partie floconneuse et en partie cristalline : il est resté une substance grisátre qui n'a point été dissoute par l'acool et qui ressembloit à l'albumine. disci sati: L'on peut conclure de ces expériences ro., que la partie grasse du cerveau n'a éprouvé, pendant la fermentation de cet organe, aucune altération sensible, puisqu'elle a conservé la propriété, en se dissolvant dans l'alcool, de lui commu- niquer une couleur verte, et de s'en précipiter pendant le refroidissement avec sa forme cristalline, et toutes ses pro- priétés. 39. Qu'une partie seulement de l'albumine a été détruite D'HISTOIRE NATURELLE. 235 par la fermentation, et qu'il en est résulté de cette décom- position une petite quantité d'ammoniaque qui a dissout une autre portion d'albumine et une certaine quantité d'acide acétique, qu'on y à rendu sensible par l'addition de l'acide sulfurique. z 30. Que l'osmazome n’a point été décomposée, au moins en totalité, puisqu'on la retrouve dans la liqueur concentrée. Íl nous a paru que l'albumine de la matière cérébrale éprouve la putréfaction beaucoup plus promptement, et subit une altération plus profonde, lorsqu'elle est en contact avec l'air, que quand elle est enfermée dans un flacon. J'ignore quelle est la substance qui prend une couleur rose pendant la putréfaction; j'ai cru d'abord que c'étoit celle qui colore l'alcool en vert; mais j'ai abandonné cette idée lorsque j'ai vu que la matière du cerveau a encore communiqué la méme couleur à l'aleool aprés la putréfaction. Le cervelet de l'homme et le cerveau des animaux herbi- vores, examinés par les mêmes moyens et avec les soins convenables, m'ont donné absolument les mémes résultats. Je me propose de poursuivre ces recherches sur les cerveaux des autres classes d'animaux. xr. De la Moelle allongée et de l'Épine. La moelle allongée et Ta moelle de l'épine sont de la même nature que le cerveau, mais elles contiennent beaucoup plus de matière grasse et moins d'albumine, d'osmazome et d'eau. 30 * 236 ANNALES DU MUSÉUM Telle est la raison pour laquelle la moelle allongée et la moelle de l'épine ont plus de consistance que le cerveau. Ces deux organes communiquent à l'alcool avec lequel on les fait bouillir une couleur bleue comme le fait le cerveau, elles*contiennent aussi du phosphate.acide de potasse. Leur partie insoluble dans l'alcool est aussi de la méme nature que celle du cerveau, c'est-à-dire albumineuse. - Leur substance grasse contient du phosphore comme celle du cerveau. - Des IN. us „Les nerfs sont. aussi de la même nature que le cerveau, mais ils contiennent beaucoup. moins de matière grasse, de matière colorante verte, et beaucoup plus d'albumine. Ils contiennent de plus de la graisse ordinaire qui s'en sépare pendant- le traitement de ces organes- par l alcool bouil- lant, et qui se dépose au fond de ce dernier. Les nerfs dépouillés autant que possible, au moyen de l'alcool, de leur matière grasse particulière, deviennent demi-transparens. Traités pendant long-temps, dans cet état, | avec de l’eau bouillante, ils ne se dissolvent pas, mais ils blanchissent, deviennent opaques et se gonflent, effets qui sont dus à l'absorption de l'humidité. Cependant l'eau dans laquelle ils ont bouilli tient en dissolution une petite quantité de matiére, car l'infusion de noix de galle y forme un pré- cipité, et la dissolution évaporée convenablement fournit un peu de gelée, ce qui est dà, sans doute, au tissu cellulaire qui lie les fibres nerveuses et. qui fait partie du névrilème. . Aprés avoir été traité par l'alcool et par l'eau, le nerf se D'HISTOIRE NATURELLE. 235 dissout presqu' entièrement dans la potasse caustique ; il n’en reste que quelques flocons qui ne font pas la rooe. partie de la masse employée : il ne se produit point —DÓ pendant cette dissolution. Lasolution du nerf dans l'dodie est précipitée parles acides, et le précipité, ainsi que le liquide qui le sages) prennent une couleur purpurine. Le nerf, conservé dans l'eau , n éprouve pas beaucoup d'al- tération, l'eau prend seulement au bout de quelques jours une biii de sperme extrêmement sensible. Le nerf, mis dans de l'acide muriatique oxigéné, se retire sur lui-même et diminue de longueur; comme c'est princi- palement le névrilème qui éprouve cet effet, les extrémités de la substance nerveuse sortent de leur étui, et chacune des fibres qui la composent se séparant de ses voisines, il en. résulte un épanouissement qui ressemble Xun 1 pinceau dont les poils divergent. La substance du nerf prend dans cette circonstance plus de consistance et de blancheur. dépendantes du Porro ment et de l'opacité qu'elle éprouve. D aprés cela, l'acide muriatique oxigéné paroitroit dont fournir un bon moyen pour faciliter l'étude des nerfs et de ses enveloppes. . 3 S XII Réflexions sur l'état où se trouvent les principes du Cer- veau dans leur réunion. Seroit-il possible maintenant, d’après les expériences aux- 238 | ANNALES DU MUSÉUM quelles le cerveau a été soumis, de eonnoitre l'état où se trouve chacun des élémens qui composent cet organe ? Je me suis demandé d'abord si l'albumine ne seroit pas unie à une portion d'acide phouheque et si ce ne seroit pas à cette combinaison qu'est due sa consistance et son opacité 2 . Sans vouloir rien affirmer à ce sujet, je dirai que cette sub- stance semble être mise dans un état de demi-coagulation par un acide, à peu près comme se trouve le fromage dans le lait tourné, et que cette coagulation s'opère entièrement per. la fermentation qui commerice, comme celle du lait, par être acide, casai Je me suis v ensuite cette autre question : E matière “grasse est-elle en combinaison intime avec l’albumine et l'osmazome? Pour ne répondre encore ici que conditionnelle- ment, je dirai que la chose semble être ainsi, au moins à ‘égard des deux premières substances; car, lorsqu'on a dé- läyė le cerveau dans l'eau, et qu'on abandonne au repos l'espéce d'émulsion qui en résulte, l'albumine et la matière grasse se séparent ensemble, et l'osmazome reste en dissolution dans laliqueur, avec une petite portion d'albumine seule- ment. | J'avoue cependant qu’il seroit possible que ces deux ma- tières ne fussent qu’à l’état d'un simple mélange, et que l'albu- mine remplit ici à l'égard du corps gras la méme fonction que celle du mucilage (1) envers l'huile des semences émulsives. (1) J'appelle mucilage , avec tous les chimistes, la substance qui forme émul- sion avec l’huile des semences, dites émulsives, quoiqu'elle soit véritablement . D'HISTOIRE NATURELLE. 239 On me demandera peut-être si ces recherches chimiques sur la nature du cerveau nous apprendront quelque chose sur les fonctiéns physiques de ce viscère, et sur les facultés intellectuelles de l'homme et des animaux. D'abord je répondrai que j'ignore si c'est dans cet organe que prennent naissance nos idées, et qu'elles s'assortissent pour former le raisonnement; et je demanderai à mon tour si les nombreux et ingénieux travaux des anatomistes, et surtout de MM. Sæmmering, Vicq-d'Azyr, Chaussier, Gall, etc., auxquels on accorde avec raison une grande es- time, nous ont fait découvrir beaucoup plus qu'on ne savoit avant sur le mécanisme à l'aide duquel le cerv eau remplit ses foncuons, quelles qu’elles soient. de nature ine ,et ieslis ait beaucoup das avec le fromage; si méme elle n'en est pas de véritable. Re c ANNALES DU MUSEUM ANALYSE: pU CHYLE DE CHEVAL PAR M. VAUQUELIN. | A M. ie) professeur de clinique à l'école vétérinaire d'Alfort, a eu la complaisance de me procurer, sur la de- mande que je lui en ai faite / du chyle de deux chevaux quil a fait périr en leur insuflant de Fair dans la jugulaire gauche. . Ces chevaux, quoique présentant quelques symptômes de morve, avoient de Pres et les pcm une bonne santé. | de- "Eun d'eux, àgé de quatre ans, étoit ie, Tente. agé de huit ans, étoit hongre : tous deux avoient abondimmes mangé du foin et de l'avoine avant de mourir. Aussitôt qu'ils furent tués, on les ouvrit et on fit la liga- ture du canal x Euer seid prés de son insertion à l'axillaire droite. Le premier de ces chevaux fournit, au moyen d’une ou- verture pratiquée vers le milieu du canal thoracique, une. quantité assez considérable de chyle d'une couleur rougeâtre, et ensuite par une autre ouverture à l'une des ke sous-lombaires du méme canal, on tira encore une quantité assez grande de chyle blanc comme du lait. D'HISTOIRE NATURELLE. 241 Le second cheval donna, par une ouverture faite à la partie moyenne du canal, un chyle reugeûtre, mais il | ne fut pas possible d'en obtenir des branches sous- -lombáires dans lesquelles.ce fluide étoit blanc comme celui du premier chev al. Comme j'examinerai séparément chacune de ces portions de chyle, je vais, pour étre mieux entendu, les désigner par . des numéros dans l'ordre où je viens d'en parler... + Ainsi, j'appellerai no. 1 la portion de chyle üré au milieu du canal du premier cheval; no. », la partie blanche de ce fluide fournie par les branches sous-lombaires du méme ani- _ mal; et n°. 3 celle obtenue du milieu du canal thoracique du ne cheval. En parcourant ce que les anatomustes et les physiologistes ont dit du chyle, on n'y trouve que très-peu de chose qui puisse éclairer sur sa nature chimique. Tous ont décrit avec plus ou moins d’exactitude les carac- tères physiques de ce fluide et les modifications qu'il pré- sente dans diverses circonstances. | Je vais donner ici un court LE de leurs remarques sur cet objet. Lister a vu le chyle nager comme une espéce d'huile à la surface du sang et du sérum. Wepfer a observé qe "il se formoit à sa suriape une sorte de-crême. : Bourdon, diosa; Barthollin, Monro, etc., ont annoncé la coagulation du chyle dans ses vaisseaux ainsi que dans le canal brisé. Bohn, Berger, Asch ont décrit des globules bn na = 18. i æ if ANNALES DU MUSÉUM geant sur un liquide aqueux. Ces mêmes auteurs ont admis dans le chyle une matière caseuse qu ils regardoient comme étant plus terreuse que les autres humeurs , et à la précipitation de laquelle ilsattribuoient la cause des concrétions éalculeuses trouvées dans Ie réservoir du chyle par Schors, dans le canal pes le Dran, et dans les vaisseaux par Goélik. ` ` s: " Mart, Musgrave, Lister ont remarqué que l'indigo mêlé aux iiie a donné au chyle des angmaux qui les avoient pris, une couleur bleue, fait T asété confirmé am a . Gould, et Fælix. - Mattei i dit avoir communiqué une couleur rouge au deai ES du jus de betteraves donné à des animaux. - — » - Plusieurs observateurs parlent d'une couleur verdâtre dans le chyle des herbivores” => Fe | M. Hallé, à quil on doit plusieurs expériences intéressantes sur le même sujet, n’a jamais observé dans le chyle des chiens auxquels il avoit fait avaler des pàtées colorées avec des substances: végétales bleues, rouges et noires, aucune trace de ces couleurs. s Les propriétés physiques que nous avons reconnues au chyle des. chevaux sont trés- conformes à None que M. ho servées dans celui des chiens; ^— ^— - Telles sont les choses principales que Pd trouve dens les - auteurs sur le chyle; je passe PARLE l'analyse. Quxxz wo; 1. État physique. Cette portion de chyle de couleur rougeátre étoit coagu- | ic end elle me fut remise; elle contenoit une petite naan- = se de fluide plus pres coloré que le caillot, er lui- &- . D'HISTOIRE NATURELLE. e S K >» . . : e , . . méme l'étoit heaucoup moins que celui du sang. 1l étoit sim- plement rosé et demi transparent comme de la gelée;de gro- ` seilles peu cuite, cependant'sa PRECOR, i étoit asoge ferme. + Examen’ de de da parte liquide. ow sérum du a Chyte n°, I. 19. Ce intl rétablissoit ` promptement la Wc du tournesol rougie par les acides í Pre qu di contenoit un alcala au: 66 bb res 29, La chaleur- et: todos sides lcongulen € en une . masse blanche -grisätre. ¢ 39. L'alcool y produit aussi une eagalan role. le coagulum est blau mais il pr end une teinte rouge par la dessiccation , il deyient en méme temps txohsparent, et pré- sente une cassure lisse et comme vitreuse :-ainsi desséché il décrépite et fond sur les charbons ardens : en ER des vapeurs empyreumatiques ammoniacales. Ce coagulum se dissout dans la potasse caustique, dm la liqueur reste laiteuse. et ne devient. pas transparente comme celle de,l'albumine du. sang dans la même circonstance. = La dissolution alcaline de cette shbstance est précipitée par lés acides, et au moment où cet effet a lieu, il s'exhale:du. mélange- une odeur de one p a quelque analogie id cole gef écuries. . s) UE, xd cod d) Cuxix wo. >. État physique. “Che portion de chyle étoit blanche et- opaque comme du — elle contenoit un caillot également blanc et opaque. Aprés avoir séparé Wm pue de la portion coulée, | s} 244 - J ANNALES DU MUSÉUM j'ai lavé celle-ci et Pai 1 mise à part; on en trouvera l'examen plus bas. De la partie liquide. à Cette partie, tirée des branches sous-lombaires , m'a pré- senté les mémes propriétés que celles de la partie rouge, à l'exception seulement de ce qui est relatif à la couleur qui n'existoit point dans celle-ci : mais elle est coagulée par la chaleur, les acides, l'alcool; les précipités sont redissous par les alcalis et leur. dissolution reste laiteuse comme celle des précipités de la portion colorée du méme chyle. La portion du chyle blanc, traitée avec l'alcool bouillant, est, ainsi que je l'ai annoncé plus haüt, @utrement coagulée, mais l'alcool retient en ‘dissolution une petite quantité de matiére dont une partie se dépose sous forme de flocons - pendant le refroidissement et une autre partie reste en dis- solution, ce qui -est démontré par Rd: de l'eau qui rend cet alcool laiteux. Quoique je n'aie pu me procurer qu'une quantité insufli- sante de cette matiére pour pouvoir en reconnoitre exacte- ment la nature, cependant j je suis autorisé à penser que c'est une espèce de graisse dont linsolubilité dans.les alcalis la rapproche de celle que j'ai trouvée dans la matière céré- brale. ' C est, sans doute, cette partie grasse qui par sa présence s oppose à ce que Fübüniue: en se séparant du caillot, ne devienne transparente comme celle du sang; c'est elle qui fait que l'albumine précipitée par l'aleool reste opaque aprés la . dessiccation; qui se-dissout dans l'alcool bouillant et qui s'en D'HISTOIRE NATURELLE. 245 dépose par le refroidissement ; ; enfin qui donne à l'alcool la propriété, même après qu'il est bis d’être troublé par l'eau. . Quant a'la matière coagulable par la. Sales les acides,- l'alcool, etc., il n'y a aucun doute qu’elle ne soit de nature ‘albumineuse:; elle forme la plus grande partie du chyle. Ainsi les parties liquides des deux portions des thyles n°, 1 et 2 sont de la méme nature, à l'exception de la cou- leur qui n'existe point dans celle des TURO sous-lombaires, quoiqu'elle contienne les matériaux propres à la produire. Examen du Caillot formé spontanément dans la portion colorée du Chyle no. 1. Pour obtenir la substance qui avoit produit la coagulation spontanée de cette portion de chyle, j'ai lavé la masse avec de l'eau, comme cela se pratique à l'égard du ini du sang lorsqu’ on veut en avoir la fibre. J'ai obtenu une substance sous forme .de plaques et de , rubans qui avoient peu de consistance, se déchiroient facile z ment et ne présentoient point dans leurs déchirures de fibres” bien sensibles. Cette matière m'ayant présenté les mêmes propriétés que celles du caillot de la portion blanche du chyle no. r, "ce. ™ que je vais dire de celui-ci pourra s 'appliquef è à lautre. Du Caillot forme spontanément dans la parti blanche du Chyle wo. 1. Ce caillot étoit blanc et opaque, mue du blanc dr LI * 246. © ANNALES DU MUSÉUM -cuit; lorsqu'il fat lavé il s'étendoit sous les doigts et prenoit la forme, d'une membrane jouissant d'une légère élasticité, et sa contexture présentoit une apparence légèrement fibreuse. Cette n'atière, traitée par une dissolution de potasse caus- tique, à l'aide de la chaleur, a communiqué un aspect lai- teux à la liqueur, mais celle-ci efi déposant une petite quan- üté dè matière erisátre ; s'est éclaircie au bout de quelque temps. Cette idissclütió avoit une odeur semblablé à celle de la fibre du sang (lissoute dans le méme agent. Lorsqu'on décompose cette dissolution par les acides, elle n'exhale pas l'odeur sülfureuse qui est dave oppér pe l lbomine d dans des circonstances semblables. js i: Se. même matière, soumise à Ha dé S Tacide acétique edi dé la chaleur, a donné naissance à une liqueur blanche comme une émulsion. La matière qui troubloit ainsi cette liqueur se dépose au bout d'un certain témpes elle m'a paru être de la même nature que la matière. rasse que Yai indi- quée dans da. partie liquide du chyle. - Enfin la matière du caillot *desséchée, exposée sur.des #charlons allumés se crispe, sagite et exhale des fumées am- l moniaco-huileuses, enia elle se RER quie un LED On volumineux. Bem # ^w D'après les prop tés qui viennent. Tis exposées, Ton peut voir, que la substance dont il s'agit montre beaucoup d analogie avec la fibre animale, et particulièrement avec celle du sang; je dois cependant avouer que la similifude n’est pas | parfaite, ewqu'il y a quelques différences, tant dans les carac- teres ues d dans les iod diam ig de ces deux ‘substances. - ee Eee à * *- * " + D'HISTOIRE NATURELLE. FÉES 247 . Celle du chyle n’a point cette contexture ae : ae. iste et l'élasticité qui appartiennent à la fibrine du sang, elle est dissoute plus promptement et plus complétement que cette dernière par la potasse caustique, elle ne laisse point . céinme elle de résidu insoluble dans cet alcali. Il semble que .ce soit de l'albumine qui commencoit à prendre le caractére de fibrine, et qui a été arrêtée dans son passage, car elle réunit quelques propriétés coeurs à ces deux substances. S'il en étoit ainsi, l'on pourroit en conclure: que les ali mens pris par les animaux se convertissent d'abord en albu“ agmine, et qu' ensuite celle-ci se change en fibrine. La pr porum croissante de fibrine dans le chyle,à mesure que celui-ci s'approche du lieu où il'doit entrer dans la voie de la circulation générale, favoriseroit ‘assez cette hypothèse. . Quoi qu'il en soit, le changement rapide qu'éprouvent. les végétaux dans les organes de la digestion des animaux, et leur conversion totale en substances animales sont vraiment étonnantes, puisque quelques hear es suffisent pour que les caractères. et la nature des alimens «x gétaux oissent entièrement. Il faut donc que les forces. qui président à da^ digestion soient bien actives et bien puissantes. H résulte de cette premigre analyse que le chyle de cheval e | est composé 19, d'albumine qui en fait la plus grande partie. ET. De fibrine, où du moins d'une substance qui lui res- semble s ous plus jeur rapports. -30, D’ une dübitihce MA cue donne i à ce e aide I ippa- LA k rence du lait. 412 e De différens sels, ud: que etie la Basse : du muriate 248 | ANNALES DU MUSEUM de la méme base, et du phosphate de use c'est-à-dire au minimum d'oxigénation. Je ne dois pas oublier de dire ici que M. Emmert s'est occupé avant moi de l'analyse du chyle de cheval; un ex- trait de son ouvrage par M. Friedlander est imprimé dans lës Annales de Chimie , cahier d'octobre de la présente année; mais comme il y a quelques différences entre nos résultats, j ài cru devoir pe cette notice. Depuis que j'ai écrit ceci, j'ai recu de M. Xie: uné nou- velle quantité de chyle dont l'analyse m'a fourni à peu prés les mêmes résultats; cependant celui-ci n'étant pas coloré. comme le premier, il a présenté quelques phénoménes qui T n'ont pu être apercus dabord, et que je vais faire connoître - en peu de mots. Chyle des branches sau onas Il étoit blanc comme le lait; le caillot assez volumineux qu'il contenoit étoit rose dans quelques points. L'eau enlève la plus grande partie de cette couleur au caillot; alors il ressemble à la*fibre, seulement il avoit beau- coup moins de tenacité. Le liquide blanc qui environnoit ce caillot, abandonné au repos pendant dix-huit heures, s'est couvert «de gouttes d'huile jaunâtre; ce méme liquide, traité avec beaucoup d'alcool bouillant, laissa déposer une grande quantité d'albu- mine; de son côté l'alcool prit une couleur jaune verdätre, et déposa par le refroidissement une matière huileuse blanche, coneréte, et donna encore par l'évaporation une autre þor- tion d'huile jaunàtre. Ces*phénoménes me fortifien: de plus D'HISTOIRE NATURELLE. -0 SUE en plus dans l'opinion émise plus haut, que l'huile du chyle . €st de la méme nature que celle qui existe dans le cerveau: Le chyle épuisé de matière grasse par l'application réitérée de l'alcool bouillant, devient transparent par la dessiccation, comme cela arrive au cerveau. Àj Une portion de ce chyle, coagulé par la chaleur et incinéré ensuite, a fourni du carbonate de potasse, des muriate et sulfate de la méme base, du fer et du phosphate de chaux. . Dans le dernier envoi de chyle que m'a fait M. Verrier, il y en avoit un provenant d'un cheval morveux, et qui quoique pris dans le canal thoracique n'avoit point de cou- leur, et ne contenoit qu'une très-petite quantité de matière fibreuse. C'est sans doute à cause de cela qu'il ne s'est point coagulé spontanément et quil n'a montré que des traces infiniment petites de cette substance par l'analyse : il étoit aussi beaucoup moins chargé de substance albumineuse , ce qu'on reconnoissoit à sa fluidité plus grande, et au défaut de sa coëBulation par la chaleur; ce chyle contenoit cependant . une quantité de matiére grasse assez notable. Cette différence semble annoncer une exception au prin- cipe général que j'ai indiqué plus haut; savoir, que la pro- portion de matière fibreuse alloit en croissant à mesure que le chyle s'approche davantage du point oü il est versé dans le sang; mais cette différence peut tenir à la nature et à la quantité des alimens, ou peut-étre à l'état pathologique des organes digestifs de l'animal. Je terminerai en faisant remarquer que si la bile, le suc gastrique, etc., contribuent à la formation du chyle, comme le pensent les physiologistes, il faut nécessairement que ces 18 : 32 250 ANNALES DU MUSÉUM substances éprouvent une décomposition complète jusque dans leurs élémens, puisqu'on n'en retrouve pas la plus lé-. - gére trace dans le fluide animal qui nous occupe. Je ferai remarquer aussi que la comparaison que quel- ques-uns ont établie entre le lait et le chyle, d'aprés les apparences extérieures, n'a aucun fondement réel, cette hu- meur ne contenant rien qui ressemble parfaitement aux prin- cipes du lait. | D'HISTOIRE NATURELLE. 251 EXAMEN CHIMIQUE Des F. idles de Pastel et du principe extracti À qu’elles contiennent. Présenté à la T°. Classe de l'Institut, le 26 août 1811, d aSr PAR M. CHEVREUL. ln Sets D l'analyse du pastel que j'ai publiée en 1808, je n'avois pu prononcer sur la nature de plusieurs substances parce que la quantité de matière que j'examinai avoit été loin de . suffire à tous les essais qui étoient nécessaires pour arriver à des conclusions positives. Je désirois beaucoup de reprendre ce travail, non-seulement pour déterminer ce que je n'avois fait que soupconner, mais encore pour découvrir ce qui avoit pu m'échapper et pour rectifier les erreurs que j'avois pu commettre, car quelque soin que l'on apporte dans une analyse végétale, on^ne peut jamais se flatter d'avoir tout vu et surtout d'avoir toujours-bien observé ce qu'on a vu. L'analyse des principes immédiats des végétaux est en- core trés-éloignée de la perfection de l'analyse minérale ; - dans celle-ci on a de grands avantages sur la première; on peut comparer la somme des produits de l'analyse avec.la quantité de matiére que l'on a examinée; les principes inor- ganiques sont. faciles à reconnoitre par des propriétés bien 32* 252 . "ANNALES DU MUSÉUM distinctes; on peut faire sur eux un grand nombre d'essais sans craindre de les dénaturer; les dissolvans les plus actifs, les agens les plus énergiques peuvent être employés à leur séparation : dans l'analyse végétale, au contraire, il n'y a qu'un trés-petit nombre de cas où la balance puisse assurer que les produits sont égaux au poids de la matière analysée, par conséquent il est difficile d'avoir toujours la certitude que l'on a obtenu tous les principes de cette matière; d'un autre cóté, ces principes étant composés d'élémens qui ten- dent continuellement à prendre de nouvelles formes, il faut borner l'emploi des instrúmens d'analyse; l'énergie des réac- tifs qui rendoit ceux-ci d'une si grande utilité dans l'analyse minérale est une cause qui en proserit l'usage dans l'analyse des végétaux. De là il résulte que la foiblesse des agens que Pon est forcé d'employer permet rarement des séparations exactes; quand on veut isoler seulement deux principes qui sont combinés un peu fortemént, on ne fait presque toujours que des combinaisons avec excés de l'un des principes, et lon ne peut guère espérer de faire une séparation exacte, quand il n'y a pas une grande différence de cohésion entre les élémens de la combinaison. De la difficulté: d'isoler certaines ns il est arrivé que l'on a établi des principes immédiats d’après l'observa- tion d'une ou de deux propriétés qui n'appartenoient à aucun des principes connus, et qu'on a distingué les éorps auxquels on a attribué ces propriétés par'des noms particuliers. Quand on-a fait ces distinctions, on ne s’est pas rappelé que des propriétés nouvellement observées pouvoient aussi bien ap- partenir à des combinaisons, qu’à des corps nouveaux, qu’en . D'HISTOIRE NATURELLE. 253 conséquence la première chose qu'on devoit faire avant d'établir un principe immédiat, étoit d'obtenir ce principe isolé detout autre. C'est pour avoir négligé ces considérations * que l'on a pris des in appartenant à dés combinaisons pour des êtres réels, et qu'aux difficultés naturelles à la chimie végétale, il s'en est joint d'autres qui ont beaucoup aug- menté les premiéres. " Par la raison que les principes doit je viens de parler n'a- volent été disuingags que par un petit nombre de proprié- tés, qu'ils n'avoient jamais été obtenus à l'état d'isolement - complet, il en résultoit un tel vague dans l'énoncé de leurs caractères que l’on rangeoit parmi ces principes toutes les matières que l'on trouvoit n'avoir pas de ressemblance avec les principes immédiats bien définis, et qui n'avoient pas par elles-mêmes de propriétés bien distinctes. Ainsi dés qu'une substance faisoit un précipité avec la gélatine on-lui donnoit le nom de zannın; dès qu'on obtenoit une matière colorée qui ne cristallisoit pas, qui donnoit des pellicules et des flocons par l'évaporation, qui précipitoit plusieurs disso- lutions métalliques et qui s'attachoit aux étoffes, on lui don- noit le nom d’extractif. Je crois être le premier à avoir prouvé que la propriété de précipiter la gélatine ne pouvoit seule RM à caractériser un corps, car si cette propriété ap- partient à des principes immédiats, elle est souvent le résul- tat d'uhe combinaison; qu'en conséquence le mot de tannin devoit être proscrit de la liste des principes des végétaux, puisqu al ne Prienai rien de fixe à l'esprit. Dans le Mé- moire que j'ai l'honneur de soumettre au jugement de la classe, je pense pouvoir assurer que l'extracuf doit avoir le 254 ANNALES DU MUSÉUM méme sort que le tannin; mais avant de présenter mon tra- vail, je citerai l'opinion de plusieurs chimistes sur le méme sujet. MM. Fourcroy et Vauquelin, dont les nombreux tra- vaux ont été si utiles à la science, avoient d'abord admis l'existence de l'extractif, mais depuis, ils ont renoncé à cette opinion, comme on pourra s'en convaincre en lisant le pas- sage suivant qui est extraltede leur mémoire sur l'existence d'une combinaison de tannin et d'une matière animale dans quelques végétaux : « C'est peut-étre aussi cette ma- » tière (la combinaison de tannin et de matière animale) » qui, ainsi. que *quelques autres combinaisons de différens » principes végétaux auxquelles elle peut se trouver mélée, » a été prise depuis plus d'un demi-siécle pour un principe » unique qu'on a nommé extrait des plantes; cela est cer- » tainement vrai pour les plantes astringentes et spéciale- » ment pour les racines, les bois, les écorces, etc., qui ont » ce caractère. Il seroit très-intéressant d'examiner avec soin » et sous lé rapport que nous indiquons ici les extraits qu'on » prépare en pharmacie, et de rechercher si le nom d'ex- » tractif, adopté depuis 1787 pour désigner un principe ho- » mogène dans les plantes, doit rester dans l'état actuel de » la science. En attendant qu'on se livre à ce travail utile, » nous assurerons que les substances végétales qu'on em- . » ploie en teinture pour donner des brunitures et des pieds » de couleur aux draps communs, contiennent une combi- » naison de tannin et de matiére animale. » M. Braconnot, à qui la chimie végétale doit plusieurs travaux intéressans, a pensé de son côté que l'extractif ne lui paroissoit être que le résultat d'un commencement de décomposition de la D'HISTOIRE NATURELLE. 255 matière colorante jaune des Plantes (1). Avant M. Braconnot j avois remarqué l'analogie quil y avoit entre cette matiére jaune et l’extractif, puisque dans ma première analyse du pastel j'avois cru devoir l'appeler matière extractive jaune (2). Je vais exposer maintenant mon travail sur l'analyse des feuilles de pastel. ANALYSE. 1. On écrasa des feuilles de pastel dans un mortier de porcelaine avec un pilon de bois, et on les exprima dans un linge. Le marc fut pilé et exprimé plusieurs fois de suite. Quand il refusa de donner du, suc, on le broya avec de l'eau et on l'exprima de nouveau. Le suc tenoit en suspension de la fécule verte, il rougissoit sensiblement le tournesol. If fut filtré. Par ce moyen la fécule verte fut séparée. 100 grammes de feuilles de pastel pourvues de leur pétiole ont donné 4 gr. 95 de marc, 1,95 de fécule verte desséchée et 93,10 de suc. Je n'ai obtenu que 63,45 de suc pur par l'expression, _ les 29,65 restant ont été obtenus du marc broyé avec l'eau. 100 grammes de feuilles exposées à un air chaud jusqu'à ce que leurs parties vertes devinssent cassantes se sont réduits à 13,76 (3). e Je vais examiner successivement la fécule verte et le suc filtré. (1) Tome 70 des Annales de Chimie. (2) Tome 68 des Annales de Chimie. (3) Dans cet état les feuilles étoient t ygrométriques , car elles augmentèrent de plusieurs grammes lorsqu'on les mit dans une atmosphère humide. 256 ANNALES DU MUSÉUM . ems EXAMEN DE LA FÉCULE VERTE. 2. Cette matière étoit d'un vert bouteille tirant au bleuátre aprés avoir été desséchée, elle avoit une odeur assez forte. Elle étoit formée d'une zzazzére végéto-animale, du prin- cipe qui colore les feuilles en vert, et auquel on a donné le nom de résine verte, de cire et d'indigo. Je Yai analysée de la maniére suivante. : 3. Je l'ai fait macérer pendant plusieurs jours dans de l'al- cool. Celui-ci a dissous de la résine verte et s'est coloré en vert foncé. J'ai traité ensuite le résidu par l'alcool bouillant, le premier lavage étoit d'un béau vert. Il a déposé par le re- froidissement de læ cre colórée en vert. Cette coloration prouve une affinité réelle entre la résine verte et la cire, car l'alcool bouillant chargé de cette résine n'en laisse jamais précipiter lorsqu'il se refroidit. Le second lavage s'est com- ponte comme le premier, seulement la eire qu'il a déposée n'avoit qu'une légère couleur verte, par la raison que ce lavage ne contenoit point autant de ss As que le premier et qu'à cause de cela celle-ci y étoit plus fortement retenue. Enfin l'on a obtenu des lavages qui ont déposé de la cire colorée en bleue m de l'indigo. 4. À mesure qu on lavoit la fécule verte l'alcool prenoit une couleur qui tiroit de plus en plus sur le bleu. A cette époque une quantité notable d'indigo a commencé à se dis- soudre. Comme ce principe n'est pas ou qu'infiniment peu soluble dans l'alcool froid , le lavage alcoolique par le refroi- dissement perdoit de sa couleur bleue en déposant de l'indigo; D'HISTOIRE NATURELLE. 257 mais malgré cela il restoit toujours une portion de ce prin- cipe en dissolution, laquelle y étoit retenué par l'affinité de la résine verte. Pour séparer cette portion, j'ai fait évaporer la dissolution, et j'ai mis le résidu en macération dans l'al- cool; celui-ci a dissous la résine verte et a ash la plus grande partie de l'indigo (1). | 5. L'indigo qui se sépare par le refroidissement des lavages alcooliques est sous la forme de petites aiguilles-pourpres semblables à celles de l'indigo sublimé. Pour le voir dans toute sa beauté, il faut l'exposer à un rayon de soleil et- le regarder par reflexion. J'ai tout lieu de penser que l'affi- nité de la résine verte pour l'indigo, favorise la cristallisation de ce principe en retardant sa précipitation, Lorsque. les cristaux d'indigo obtenus par la voie humide sont rassem- blés sur un filtre, ils présentent des Mis d'un trés-beau pourpre. 6. J'ai fait bouillir pendant plus d'un mois 2 grammes i | fécule verte ‘avec de l'alcool sans pouvoir arriver. à obtenir un lavage incolore; l'aleool qui ne se coloroit pas aprés cinq minutes: d'ébullition, se coloroit aprés ro minutes. Ces derniers lavages étoient d'un bleu superbe tant qu'ils étoient chauds, mais par la concentration et le refroidissement, ils perdoient la plus. grande partie de leur couleur bleue en laissant déposer de l'indigo,* ils restoient colorés en vert léger par un peu de résine verte. 7. La fécule verte qui avoit bouillie avec l'alcool étoit Me dE On pourroit peut-être employer la RET alcoolique de résine verte et d'indigo pour colorer en vert certaines liqueurs spiritueuses, 18. E 258 | ANNALES DU MUSÉUM | colorée en gris verdátre. La résine verte et l'indigo qu'elle retient aprés ce traitement prouvent que la mauére animale qui la forme pour la plus grande partie a beaucoup d’aflinité pour,ces deux principes. | Quant au marc qui étoit resté aprés l'expression des feuilles de pastel, c'étoit du ligneux mélé de fécule verte. ‘8. Quoique Findigo obtenu de la fécule verte soit au maximum d'oxydation, il ne faut pas en conclure que ce principe est saturé d'oxygéne dans la feuille de pastel qui vient d’être cueillie; l'expérience suivante prouve qu'il y est, au moins en partie, à son minimum d'oxydation. On remplit un ballon d'eau, on fait bouillir celle-ci pen- dant quelque temps, ensuite on la laisse refroidir; quand sa température est à 359 centig. on introduit dans le ballon des feuilles de pastel déchirées. On maintient la température du liquide à 35° pendant deux ou trois heures. L'eau devient jaune rougeátre; elle dissout. de l'indigo, des principes colo- rans jaune et rouge, etc.; on la fait passer dans une cloche remplie de mercure, ensuite on y mêle de l’eau de chaux bouillante, la couleur devient orangée; il se dépose peu à peu des flocons blancs qui tirent très-légèrement au verdátre. Ce précipité est formé en grande partie de, chaux, d'indigo au minimum, d'un peu de couleur jaune (la plus grande partie de celle-ci reste en dissolution quand on n'a pas mis trop de chaux), etc. La preuve que l'indigo de ce précipité est bien au minimum, c'est que si aprés avoir agité la liqueur on-en fait passer la moitié dans une cloche contenant du gaz oxygène, le précipité devient bleu foncé, tandis que celui qui wa pas eu le contact de l'oxygéne ne se colore pas; il n'est D'HISTOIRE NATURELLE. 259 pas douteux que la nuance verdátre de ce dernier ne soit due à un peu d'oxygène resté dans les liqueurs. Il ne faut que peu d'oxygène pour oxyder lindigo au minimum, car si l'on verse de l'eau de chaux non bouillie dans la liqueur jaune, on obtient un précipité qui paroit vert tant qu'il est suspendu dans la liqueur jaune où il s'est. for- mé, mais qui est bleu quand il est déposé. D'aprés la pre- mière expérience, il est certain que c'est l'oxygéne atmos- phérique contenu dans l'eau de chaux qui a oxydé l'indigo. S'il en étoit autrement , pourquoi l'eau qui a digéré sur les feuilles de pastel:ne seroit-elle pas verte, et pourquoi l'indigo qu'elle contient se décomposeroit-il avec tant de rapidité, car on ne retrouve plus d'indigo dans cette liqueur abandon- née à He Heanèrue) ponten vingt-quatre Ben jS 11. EXAMEN DU SUC FILTAÉ, 9. Le suc étoit d'un. jaune roux tirant au verdátre. Je le mis dans une capsule ( de porcelaine et je l'exposai à la cha- leur. A 44^ centigrades, il commenca à se coaguler; à 550 je le retirai du feu et je, le filtrai. La matière qui resta sur le filtre a été prise par Rouelle et Proust pour. du glutineux , par Fourcroy pour de l’albumine. Comme sa nature n est pas encore parfaitement déterminée, j je l'appellerai matière végéto- animale : elle étoit colorée en vert par un peu de résine verte {i ). Je parvins à la décolorer pour la plus grande ) Quand on filtre blasteuss fois de suite le sue de pastel on n' y trouve plos de résine vérte. Celle-ci paroit donc y être en simple suspension. | vg | mm E 33* » 260 ANNALES DU MUSEUM parue au moyen de l'alcool. Je remis le suc filtré sur le feu; une assez grande quantité de sie végéto-animale se &óagula. Cette substance au lieu d'étre verte comme la pre- . miére étoit d'une couleur rose assez agréable. A 70° centig. la coagulation parut complète; malgré cela je ne filtrai le suc que quand il eut éprouvé une chaleür de 900. Examen de la partie colorante de la matière végéto- animale. 10. La matière végéto-animale rose mise à macérer dans l'alcool à 34° céda à celui-ci une grande partie de sa couleur. L'alcool filtré, au bout de huit jours de macération, fut évaporé; sur la fin de P évaporation on ajouta de l'eau, la liqueur se troubla ; il sé déposa une matière d’un rouge fórteé . Quand tout l'alcool fut évaporé, on filtra l'eau. Celle-ci étoit d'une jaune rouge, elle étoit acide; en l'évaporant à siccité et reprenant le résidu par l'alcool on. obtenoit une dis- solution d'un rongé jaunâtre, il restoit un peu de matière jaunátre qui, m'a paru étre une combinaison de couleur j jàune et de matière ‘végéto-animale. ir. La partie de la matière colorante qui avoit été préci- - pitée par l'eau dans écéde ; | rer avec de l'eau. Ce liquide a enlevé deux principes colorans, l'un jaune et l'autre rouge qui étoient combinés à un acide; l'eau concentrée avoit une couleur d'un jaune rougeátre. ? elle rougissoit le papier de tournesol, elle devenoit jaune orangé par la potasse et par l'eau de chaux qui en précipi- * toit des. flocons de cette couleur ; Tacide. muriatique foible en ipe des flocons rougeátres et la: couleur du liquide - D'HISTOIRE NATURELLE. 261 devenoit verte quand on n'avoit pas mis un excès d'acide; dans le cas contraire la couleur passoit au rouge. 12. Le résidu de la partie colorante qui avoit digéré avec l'eau, teignoit encore ce liquide, surtout par l'ébullition, mais la couleur n'étoit point aussi intense que celle des pre- miers lavages (11) : je le traitai par l'aleool, tout fut dissous à l'exception de quelques flocons qui m'ont paru être de la matière végéto-animale. La dissolution alcoolique mélée à l'eau fut trés-légérement troublée, elle prit uneteinte pourpre en perdant de sa transparence; cette dissolution. évaporée se troubla, déposa des flocons rouges et laissa dans l’eau’ une couleur d'un: rouge jaunâtre beaucoup moins foncée que celle de la matière qui avoit été enlevée par l'eau dans l'opé- ration (11); les flocons rouges ne différoient de la substance qui avoit. été dissoute par l'eau qu'en ce'qu'ls ne contien- nent pas ou que trés-peu de couleurjaune. - Fe 19. La matière rouge est une combinaison d'acide et d'un principe : colorant qui. est probablement bleu quand il est isolé (1). La matière verte qui existe dans quelques indigo du commerce (2) et la résine rouge qui existe dans tous, ne sont peut-étre que ce méme principe altéré ou dans des états particuliers de combinaison; au reste, je compte soumettre nS. (1) Je pense que c'est ce méme principe qui colore souvent-en bleu violet la base du pétiole des feuilles de pastel, et qui a été pris pour de l'indigo par plu- sieurs auteurs, Il est soluble dans l'alcool et dans l'eau; sa dissolution est bleue , elle devient rouge par les acides et verte par les alcalis; en cda Paire de là couleur rouge enlevée à la matière animale par l'alcool (10), car celle-ci devient jaune orangé par les alcalis; mais cette différence est probablement accidentelle. (2) Ainsi que dans l’eau chaude à 35° qui a macéré sur les feuilles de pastel, 362 ‘ANNALES DU MÜSÉUM ces matières à un nouvel examen, parce que de nouvelles ex- périences m’ont fait penser que je ne les avois point envisa- gées sous leur véritable — de vue dans mon premier mé- moire sur l'indigo. "x 14. Il suit de ce que je viens de Sénat que l'alcool froid avoit enlevé à la matière végéto-animale, 1°, une matière jaune; 2°. une matière rouge; 3°. un pete de matiére végéto- animale. 15. La matiére animale qui avoit été poe par l’alcoot froid , fut bouillie avec de l'alcool; celui-ci se teignit en rouge verdátre; en le faisant évaporer il se précipita de l'indigo (1); il resta dans la liqueur un mélange de matière jaune et de matière rouge; la première dominoit; les derniers lavages al- cooliques étoient jaunâtres. À cette époque ayant fait bouillir la matière animale avec de l'eau, j'obtins un lavage odorant qui m'a paru contenir le principe aromatique qui existe dans la plupart des cruciféres, et de plus de la matière animale, de la couleur jaune et plusieurs sels calcaires qui se trouvent dans le suc de pastel. La matiére animale qui avoit été sou- mise à l'action de l'alcool et de l'éau contenoit encore de la Y matière rouh, TE st cl * Fu buis par la chaleur. 16. Le suc séparé de la matière végéto-animale qui avoit été coagulée par la chaleur, fut réduit par l'évaporation au Hers.d de son volume pri Il dépose un sédiment Lerreux T ()€ Cet indigo n'étoit qu'en très-petite quantité, parce que la ps grande Les de ce principe se trouve dans la fécule verte. D'HISTOIRE NATURELLE. : 263 qui fut séparé par le filtre. Je fis concentrer le suc quatre fois de suite, à chaque fois il y eut séparation de nouveau - sédiment. Des Sédimens terreux. 17. Les deux premiers sédimens étoient colorés en rose par la même substance qui teignoit la matière végéto-animale. Outre cette couleur ils contenoient encore de la couleur jaune et de la matière végéto-animale ; je parvins à les purifier en les lavant avec de l'alcool et de l'eau, et en les pressant ensuite entre des papiers. i 18. Les sédimens purifiés avoient toutes les apparences d'un sel terreux, Ils étoient sous la forme de petites aiguilles blanches, peu solubles dans l'eau, car 200 grammes de ce liquide ne purent en dissoudre que » décigrammes. Cette dissolution précipitoit par l'oxalate d'ammoniaque , et ne troubloït pas le muriate de barite. Le sel qui formoit les sédimens n'étoit donc pas du sulfate de chaux; il fut décom- posé parla chaleur; le résidu qu'il laissa, combiné à l'acide sulfurique ; donna une quantité de sulfate de chaux représen- tant 34 de chaux pour 100 de sel, en admettant quil y a 0,41 de base dans le sulfate de chaux. 2 19. Cette connoissance une fois:acquise, | je décomposai le sel calcaire par l'acide sulfurique. Une expérience prélimi- paire m'ayant appris que mon acide sulfurique (1) contenoit (1) ll marquoit de 65 à 66 à l’aréomètre des acides, Je déterminai l'aaà qu'il - eontenoit én le combinant à de l'arragonite pure. re 264 . ANNALES. DU MUSÉUM 0,24 d' eau; je fis bouillir 25 décig. de sel avec 14 ép I €. d'acide sulfurique à 66° étendu dans une grande quantité d'eau. Je fis concentrer, je séparai du sulfate de chaux par la cristallisation, je mélai la liqueur concentrée en.sirop à l'alcool; celui-ci s'empara de l'acide végétal et laissa du sul- fate de chaux. Je filtrai et je fis évaporerla liqueur que j'avois étendu d'eau afin d'aider la séparation de l'alcool par la chaleur. Le résidu de l'évaporation étoit sirupeux, je l'aban- donnai à lui-méme, au bout de quelques jours il donna des cristaux dont quelques-uns avoient la forme d'un prisme hexaédre aplati et les autres celle d'un prisme à quatre pans. D'aprés les propriétés des acides végétaux, il étoit évident que si l'acide du pastel appartenoit à un acide connu, il de- voit étre de la nature de celui du tartre ou de celui du citron, car il n'y a que la dissolution aqueuse de ces deux acides qui puisse rester quelque temps sous la forme sirupeuse avant que de donner des cristaux. Pour comparer les propriétés de ces acides je fis des dissolutions d'acide du pastel, d'acide citrique et d'acide tartarique dans l’eau. L'acide étoit à l'eau dans Ja proportion de 1 à ro. Dans chaque expérience j employai des quantités égales d'acide et de réactifs. 20. En versant de la potasse dans les acides de manière à ne pas les neutraliser, il ne se produisit aucun changement avec les acides du pastel et du citron, même au bout de trois jours, avec l'acide tartarique, au contraire, il se forma sur- le-champ une multitude de petits cristaux de créme de tartre. De là il résulte que l'acide du pastel n'est pas de la nature de celui du tartre, L'acide du pastel et l'acide citrique ne donnérent pas de D'HISTOIRE NATURELLE. 265 précipité par l'eau de chaux, l'acide tartarique ‚au contraire, en produisit un assez abondant. L'eau de chaux qui avoit été neutralisée par l'acide du pastel et par l'acide citrique ayant été exposée à la chaleur se troubla et déposa beaucoup de flocons. ; L'eau de barite fut précipitée par les trois acides. Les pré- cipités furent complétement redissous par un excés d'acide. Le nitrate d'argent ne fut pas sensiblement précipité par l'acide du pastel et par l'acide tartarique. Il le fut un peu par l'acide citrique (+; ; L'acide du pastel et l'acide citrique ne précipitèrent pas le sulfate de cuivre. L'acide tartarique le précipita au bout de quelque temps en une poudre &. blanc bleuâtre. es trois acides ne précipitérent?pas le sulfate de. fer au dibus : ils précipitérent le nitrate de mercure et l'acétate de plomb. | 21. De ces expériences il résulte que le sel calcaire qui s'étoit séparé du suc de pastel étoit du citrate de chaux. Comme ce sel est contenu assez abondamment dans le suc 4 .et comme il se dépose par la chaleur de l'eau qui le tient en dissolution, je présume que le carbonate de chaux que l'on obtient des cendres de la matiére végéto-animale provient d'une portion de sel qui se sépare avec celle-ci par l'action de la cháleur. | i à 22. Les deux derniers dépôts qui s'étoient formés par la (1) Il paroît que l'acide citrique que j'employai contenoit quelque corps étran- ger qui précipitoit l'argent , car Scheele et M. Vauquelin disent que l'acide ci- trique ne décompose pas le nitrate d'argent. i 18, ger. 34 266 ANNALES DU MUSÉUM concentration du suc de pastel (16) étoient un mélange de citrate. de chaux et de sulfate; ils étoient moins roses que les deux premiers dépóts. 23. Le suc d'oü les sels calcaires avoient été séparés fut traité par l'aleool froid à 34°, puis par l'alcool bouillant jus- qu'à ce que celui-ci n'eut plus d'action. Le résidu insoluble dans l'alcool fut délayé dans l’eau et filtré. Tl resta ‘sur le papier une matière gélatineuse rougeâtre qui fut presque complétement décolorée par l'eau bouillante. Cette matiére étoit formée de sulfate, de phosphate et d’un peu de citrate de chaux. Je reconnus le phosphate de chaux par le procédé suivant : je calcinai les sels, je les dissolvis dans l'acide. ni- trique, et je Ere ere par l'ammoniaqae; les flocons gélatineux que J'obtins furent traités par l'acide. sul- furique étendu; je.fis chauffer et j'ajoutai de l'alcool A la matiére, il y eut séparation de sulfate de chaux. La liqueur alcoolique fut évaporée à siccité; le résidu fut mêlé à l'eau, et la solution qui en résulta, saturée d'ammoniaque et filtrée, se comporta comme un phosphate, elle précipita le nitrate d'argent en jaune, le nitrate de plomb en blanc. Ce dernier pxécipité, soufflé au chalumeau, se fondit en un glo- bule vitreux qui cristallisa par le refroidissement. 24. La liqueur séparée de la matière gélatineuse (23) fut concentrée et ensuite mélée à de l'eau. Il se séparà un peu de matière gélatineuse qui différoit de la première en ce qu'elle étoit plus colorée, et qu'elle contenoit plus de phos- phate de chaux. La liqueur filtrée fut concentrée et aban- donnée à elle-méme, il se forma un assez grand nombre. de petits cristaux brillans. Je mélai un peu-d'eau à la liqueur D'HISTOIRE NATURELLE, ON et je la mis sur un filtre. Jobtins par ce moyen un liquide épais d'unecouleur brune jaunátre. La matière re$tée sur le filtre fut lavée, lerésidu étoit formé de su lfate et de phosphate de eine le lavage contenoit , outre des:prin- cipes végétaux, du sulfate de potare, qui cristallisà par l'évaporation. En lavant ces cristaux à l'eau froide, en les pressant dans des papiers, et en les faisant dissoudre dans l'eau, on les obtint dans ùn grand état de pureté.” TT P Examen du liquide E d'une couleur brune jaunâtre. 25. Ce liquide étoit acide, on le traita par l'alcool bouillant jusqu'à ce que celui-ci n'eut plus d'action; l'aleool enleva une matière jaune et beaucoup de nitrate depotasse. Le résidu fut délayé dans l'eau et filtré, il resta sur le papier une gelée d'un rouge brun, que je pris au premier aspect pour le pipa végétal qu on a appelé gélatine ou gelée ; ; mais qui n'en étoit point, ainsi qu'on va le voir. Examen de la gelée. d'u un. rouge dr Elle étoit emi transparent aiin prea lui 7 une matière animale, que je ne crois point semblable à celle qui s'étoit coagulée par la chaleur (9), un acide libre de nature végétale; ume couleur jaune, de la chaux. ka gelée lavée à l'eau bouillante étoit toujours acide, elle donna à la distillation tous les produits d'une matièré animale. Le charbon qu'elle laissa ne donna à l’eau qu'ün' atome de ma- tière alcaline, d’où il suit que l'acide de'la gelée n'étoit pas le phosphorique. Le charbon lavé fut incinéré, on éprouva la plus grande difficulté pour le brůler complétement; et en vm * 34 * + 268 M ANNALES DU MUSÉUM cela il se rapprochoit des charbons animaux. La cendre qu'il laissa étoit d'un blanc jaunátre, elle fut dissoute avec effer- vescence par l'acide muriatique; la dissolution étoit colorée en jaune par du fer, l'ammoniaque en précipita du pAos- phate de chaux mêlé d'oxide de fer et à ce qui m'a paru d oxide de manganèse. La dissolution, séparée de son pré- cipité, fut évaporée à siccité, le résidu qui n'étoit qu'en très- petite quantité, dissous par l'acide sulfurique donna du sul- Jate de magnéste mêlé d'un peu de chaux et de manganèse; il suit de là que la gelée étoit formée de phosphate de chaux, de fer, de magnésie, de manganèse unis à une combinaison de matière animale de couleur jaune , et d'un acide de nature gégétale. qe 26. Plusieurs essais que je ne rapporterai pas m'ayant fait connoitre que le liquide brun d’où la gelée avoit été séparée contenoit uz acide libre, un principe colorant jaune sem- blable à celui qui avoit été dissous par l'alcool , vn principe vo- latil qui avoit l'odeur de l'ossrnazóme , et qui se faisoit sentir quand on thauffoit le liquide brun, et une matiére animale, je fis les expériences suivantes, pour déterminer la nature des substances minérales. qui pouvoient exister dans ce li- quide. Je fis évaporer une portion de cette liqueur à siccité, et je brülai le résidu : j'obtins une cendre qui contenoit du carbonate, du phosphate de potasse et un atome de sul- Jate, des phosnhetat de chaux et de magnéste , du fer qui paroissoit être à l’état de phosphate , et un peu de carbonates de chaux et de magnésie. D après la présence des phosphates: dans cette cendre, je soupconnai.que l'acide libre du liquide brun pouvoit bien être le phosphorique. * D'HISTOIRE NATURELLE. 269 Pour savoir si cela étoit exact, je pensai qu'en saturant cet acide par l'ammoniaque , je précipiterois les phosphates ter- reux, et qu'alors je retrouverois l'acide phosphorique dans la liqueur, si toutefois cet acide existoit. 27. Je versai dans une certaine quantité de liquide brun *de l'ammoniaque, il se forma un précipité cristallin brillant. J'abandonnai la liqueur à elle-méme pendant trente heures, et ensuite je la filtrai. Le précipité avoit toutes les propriétés du phosphate de magnésie et d'ammoniaque, et ce qui m'étonna beaucoup ce fut de n'y trouver que des traces de phosphate de chaux, car il étoit soluble presqu'en totalité dans l'acide sulfurique. La liqueur, séparée du phosphate tri- ple, fut évaporée à siccité dans une capsule de platine et le résidu fut chauffé au bain de sable, de manière à charbon- ner la matière végétale. Le charbon fut lavé à l’eau bouil- lante, ensuite incinéré; la cendre fut lavée et le lavage fat réuni à celui du charbon. Comme leslavage contenoit encore un peu de matiére Ñégétale qui n'avoit pas été complétement charbonnée, on lé fit évaporer à siccité, on le chauffa, en- suite on le traita par l'eau. Il y eut un résidu charbonneux qui contenoit de la chaux et de la magnésie. L'eau contenoit du carbonate de. potasse, lequel provenoit pour la plus grande partie du nitrate de potasse qui étoit resté dans le liquide brun et peut-étre de la décomposition d'un sel vé- . gétal. Je saturai le carbonate par l'acide nitrique; je fis éva- porer à siccité et je mélai le résidu à la dissolution d'argent ; il n'y eut pas de précipité; d'où il résulte qu'il n'y avoit pas dacide phosphorique, qu'en conséquence le phosphate de potasse obtenu de l'expérience (26) provenoit de la décom- 270 ANNALES DU MUSÉUM position des phosphates terreux par la ponat; et en second lieu que ] l'acide libre du liquide brun n'étoit pas de l'acide phosphorique, mais un acide végétal qui avoit été pue par la chaleur. 2: 28. La cendre du liquide brun qui avoit été lavée (27), fut dissoute avecune légère effervescence par l'acide nitrique ;* cette dissolution donna avec l'ammoniaque un précipité abondant de phosphate de chaux, mélé de fer. La liqueur nitrique précipitée par l'ammoniaque fut évaporée à siccité, le résidu fut rougi, ensuite traité par l'acide sulfurique, on obtint par ce y du sulfate de chaux mêlé d'un peu de sulfate de magnésie Il faut que acide epus et la em qui se trouvent dans le liquide brun soient dans un état particulier de com- binaison, car s'il en étoit autrement l'ifisolubilité du phos- phate de chaux devroit déterminer leur séparation lorsqu'on vient à saturer le liqua. brun par l'ammoniaque. Comme cette précipitation n'a pas lieu, il faut Én conclure que le phosphate de chaux ou ses damans forment une combinai- son qui est soluble, indépendamment de l'acide du liquide brun. J'ai*tout lieu de penser que ce phosphate ou ses élé- mens sont unis avec une combinaison de couleur jaune de matière animale et d'acide, qui est insoluble dans l'alcool, et qui forme en grande partie le liquide brun. Quant au phos- phate de chaux qui a été séparé dans les expériences décrites - (23, 24, 25 ), il me paroit évident qu'il étoit dissous par la matière colorante jaune soluble.dans l'alcool, car on a dà remarquer ge l'on dé viis de ce sel à mesure -— dis- solvoit de là matière jaune dans l'alcool. D'HISTOIRE NATURELLE. | 271 29. Pour savoir s'il y avoit de l'acide acétique dans le liquide brun, je distillai celui-ci avec de l'acide sulfurique. Je n'obtins pas d'acide. acétique; le résidu de la distillation déposa beaucoup de sulfates de chaux et de potasse prove- nant de la décomposition du phosphate de chaux et du ni- trate de potasse; le liquide que je séparai de ces cristaux ayant été mêlé à plusieurs reprises à de l'alcool laissa préci- piter d'abord beaucoup de sulfates de chaux et de potasse, et ensuite du sulfate de magnésie qui m'a paru combiné avec du sulfate de potasse. Ce sulfate de magnésie étoit mélé à une matière visqueuse qui avoit quelque ressemblance avec les gommes, car elle étoit soluble dans l’eau, insoluble dans l'alcool, elle donnoit à la distillation un produit acide : sa dissolution dans l'eau se moisissoit; elle retenoit de l'acide, de la matiére animale et de la couleur jaune. Ce qui avoit été dissous par l'acool étoit formé d'acide nitrique, d'acide phosphorique, de couleur jaune et de matiére animale. 30. Différens essais m'ayant fait soupconner l'existence du sucre dans le liquide brun; j'analysai celui-ci par l'acétate de plomb. Je le précipitai par des quantités fractionnées d'acétate et de sous-acétate (1) de plomb; les deux premiers précipités étoient moins jaunes que le troisième, ils tiroient sensiblement au brun. Le quatrième qui avoit été obtenu avec le sous-acétate étoit presque blanc. Les deux premiers précipités étoient. formés d'oxyde de plomb, d'acide phos- (1) Quand on veut précipiter le plus qu'il est possible de matière par le plomb, il faut employer le sous-acétate. Dans ce cas l'excès d'acide acétique qui est mis à nu étant moins considérable que quand on opère avec l'acétate ordinaire, il y a moins de matière à rester en dissolution. 272 ANNALES DU MUSÉUM phorique, de couleur jaune, de matiére animale et de la ma- tière qui m'a paru gommeuse; les deux autres étoient formés des mêmes substances, avec cette différence qu'ils conte- noient plus de matière — et moins de matiére ani- male. ; : 91. La igicur ix avoit été précipitée par l'acétate de plomb, fut passée à l'hydrogène sulfuré. Elle*contenoit dz sucre liquide, ainsi que je l'avois soupçonné, et de plus de la couleur jaune, de la matière animale, des acétates a chaux et de magnésie, et du nitrate de potasse. - 32. Il suit de tout ce queje viens de rapporter, que le liquide brun est formé de nitre, de phosphates de chaux, de n et de fer, d'une couleur jaune, d'une ma- tière qui m'a paru gommeuse, de sucre liquide, de ma- tière animale , que je crois différente de celle qui se coagule par la chaleur, d’un acide végétal qui pourroit être l'acétique rendu fixe par sa combinaison avec la couleur jaune et la matière animale. Il est probable qu une partie des bases est unie à cet acide. De la partie du suc de Pastel soluble dans l'alcool. 33. L'alcool qui avoit macéré sur l'extrait de pastel (23) fut distillé, le produit sera examiné plus bas:(34 ). Le ré- sidu de la distillation fut traité de nouveau par l'alcool. Je séparai la partie qui fut dissoute , par le filtre. Le résidu ne différoit du liquide brun (25) qu'en ce quil contenoit plus de couleur jaune, presque pas de phosphate de chaux et | beaucoup plus de phosphate de magnésie et de nitrate de potasse. Ce qui avoit été dissous par l'alcool fut concentré, * , D'HISTOIRE NATURELLE. 253 puis mélé à l'eau et doucement chauffé, Au moment où l'on ajouta l'eau, il se fit un Précipité brun marron qui se ras- sembla sur lui-méme par l'action de la chaleur et qui parut éprouver un commencement de fusion. 34. Le produit de la distillation (33) étoit acide. Il rou- gissoit sensiblement la teinture de tournesol (1). Il avoit une odeur particuliére; Lorsqu'on le regardoit en masse on aper- cevoit une légère nuance de bleu. Pour déterminer la nature de son acide” je le fis digérer sur de la magnésie caustique peridant plusieurs jours, et ensuite je le filtrai et le distillai. "L'alcool distillé n'étoit plus bleu, celui qui passa d'abord . contenoit une quantité notable d'ammoniaque qu'on pouvoit -— a l'hématine , par le tube imprégné d'acide muriaüque; et à l'odorat. L/alcool qui passa ensuite con- tenoit moins d'ammoniaque ; il avoit une odeur piquante et sulfurée qui ressembloit au raifort, et je ne doute point qu'il ne contnt un principe aromatique analogue à celui des crucifères. ne Bu Le résidu de la distillation avoit une couleur bleue trés- sensible, mais lorsqu'on le fit évaporer cette couleur passa au vert et au jaune et il déposa des flocons verdátres. La propriété la plus remarquable qu'il me présenta fut celle - (1) Je dôis prévenir que l'alcool que jemploie dans mes analyses végétales provient d'eau-de-vie de'vin à 32°, que je mets en macération avec la magnésie jusqu'à ce que Pacide acétique qui s'y trouve soit neutralisé. Ensuite je distille et j'éprouve toujours le produit par le tournesol et l'hématine avant de m'en servir. J'ai reconnu l'acétate d'ammoniaque dans de l'eau-de-vie qui m'avoit été vendue comme eau-de-vie de vin, mais qui étoit un mélange d'eau-de-vie de cidre, de poiré, etc. , ainsi que lai appris depuis mon expérience. . 18. 35 274 ANNALES DU MUSÉUM. d’exhaler une odeur d'osmazóme, comme cela étoit arrivé dans l'évaporation. du liquide brun. Dès lors je ne doutai plus que cette odeur ne fut due à un principe particulier. De ce que ce principe.a l'odeur de l'osmazóme, je n'en con- clurai pas qu'il est de la méme nature que celui-ci , mais je crois pouvoir dire que dans Je liquide brun (26) qui n'a pas été complétement épuisé par l'alcool il existe un principe qui est à ce liquide ce qu'est l'osmazóme à l'extrait de viande. Ce principe doit exister dans d'autres végétaux et je compte re- chercher sa présence dans les cruciféres. J'ignore si c'est à lui que l'alcool devoit sa couleur bleue. Outre ce principe, le résidu de la distillation contenoit beaucoup d'acétate de magnésie ; d’après cela on voit qu'il y avoit quale substances dans l'alcool : 19. de Z'acide acétique qui dominoit; 20. de l'ammoniaque ; 3o. un principe odorant analogue à celui des GPucH ene; ; 4^ un autre principe ayant l odeur d'osmazóme. . 35. La liqueur séparée par le filtre du précipisé Piin marron (33) fat concentrée en sirop épais et ensuite aban- donnée à elle-méme. Par le refroidissement ét le repos elle . laissa cristalliser du zz#rate de potasse, qui fut séparé de l'eau-mére. Celle-ci fut étendue d'eau, elle donna un préci- pité brun un peu moins foncé que celui obtenu dans l'opé- ration (33), la liqueur séparée du précipité donna de nou- veaux cristaux de nitre. On répéta plusieurs fois ces opérations de manière qu'on arriva à un terme où la liqueur concentrée ne donnoit plus de nitre par la cristallisation et ne précipitoit plus que trés-peu de matière brune marron par l'addition de l'eau. La saveur de cette liqueur m'y ayant fait recon- | D'HISTOIRE NATURELLE. 355 noitre la: présence du nitrate de potasse,; je là mélai à de l'aleool à 349; par ce moyen je précipitai une assez grande quantité de nitre. Tous les cristaux de ce dernier sel obtenus dans plusieurs opérations furent redissous dans l'eau; je mélai cette dissolution à de l'alcool; le nitre se précipita alors en petites aiguilles assez blanches, il resta dans la liqueur un mélange de nitre et de zeuriate de potasse; j'obtins ce der- nier cristállisé en prismes quadrangulaires et en cubes. | < J'examinerai d'abord la liqueur d'où le précipité brun marron et le nitre avoient été séparés; je l'appellerai extrait alcoolique; j examinerai ensuite le précipité brun marron. Examen de l'extrait alcoolique. 36. Cette liqueur que l'on avoit mêlée à de l'alcool pour en séparer du nitre (35), fut concentfée et ensujte mélée à l'eau. Ily eut encore un peu de matiéfe marron qui se sépara. La liqueur filtrée contenoit zzz acide libre ; elle étoit colorée en jaune rouge, par un: principe colorant semblable à celui qui se trouve dans la partie du suc de pastel insoluble dans l'aleool (1). Ce principe. se fixoit facilement sur la soie et la laine alunées, il les teignoit en un jaune qui tiroit un peu au fauve. La noix de galle et l'acide muriatique oxygéné en faisant ` un précipité dans cette liqueur sembloient y annon- cer l'existence de la matière animale. 37. L’acide sulfurique à 40° précipitoit de cette liqueur combinaison formée d'acide, de matière animäle et de couleur Jaune. La liqueur d'où ce précipité avoit été séparé donna de Peut guet à la sean (1) Voyez l'éxihien du liquide brun "m "de ; 35 * 276 ANNALES DU MUSÉUM 38. L'acide acétique se comportoit à peu prés comme l'acide sulfurique; un excès d'acide redissolvoit le précipité quil avoit d'abord formé, mais en faisant concentrer et en- suite en ajoutant de l'eau le précipité se reformoit. Cela ex- plique ce qui se passe dans plusieurs sucs végétaux trés- acides; lorsqu'on les fait concentrer l'acide retient la matière animale qui tend à se séparer par l'évaporation, et ensuite lorsqu'on vient à affoiblir l'acide il se sépare de la matiére animale qui est presque toujours combinée à de l'acide et à quelque principe colorant. 39. La potasse et la chaux firent tourner la postés de la liqueur au jaune verdàtre, et y détroptrènents are de l'ammoniaque. e 40. Le nitrate d'argent y démo tee lesstence de l'acide muriatique , €t le nitrate de barite fit connoître qu'elle ne ne contenoit pas d'acide sulfurique. - 41. Des essais que je viens de rapporter il suit que la li- queur d'oüle précipité marron avoit été séparé contenoit de l'acide acétique libre et à ce qu'il paroît en combinaison, un principe colorant jaune, de la matière animale (1), de l’ammoniaque ex de l'acide muriatique. Pour connoître les bases qui pouvoient exister dans cette liqueur avec l'am- moniaque, je fis évaporer une certaine quantité de cette dernière en consistance d'extrait. Cet extrait étoit très-déli- quescent. Il fut sur-le-champ introduit dans une cornue de (1) J'ignore si cette matière animale est la méme que celle qui existe dins le liquide brun et qui m'a paru différer de celle qui se coagule par la chaleur et que j'ai appelée matière végéto-animale. " , D'HISTOIRE NATURELLE. 277 verre; à une douce chaleur il se fondit, se gonfla beaucoup. Il se dégagea un liquide jaune acide, ensuite des vapeurs huileuses qui contenoient beaucoup de carbonate d'ammo- niaque. Je ne trouvai pas de muriate d'ammoniaque dans ce pinihit; l'acide muriatique -étoit donc uni à une autre base qu'à l'alcali volatil. 42. Le charbon obtenu de la distillation précédente fut lavé à l'eau. Le résidu fut incinéré et lavé, le lavage de la cendre fut réuni à celui du charbon. Ces lavages étoient for- més de prussiate, de carbonate , de muriate et d'un atome de sulfate de potasse. La cendre, insoluble dans l’eau, n'étoit qu'en petite quantité; elle étoit blanche et formée pour la plus grande partie de magnésie , d'un peu de chaux et d'un atome de fer et de manganèse. 43. Il ne faut pas croire que toute l'ammoniaque obtenue dana la distillation précédente (41) provint de celle qui exis- toit dans l'extrait et de celle qui s'étoit formée aux dépens de la matière animale, une partie fut produite par la décom- position d'un reste de nitrate de potasse qui n'avoit pas été précipité par l'alcool (35). C'est aussi à ce nitre, à de l'acétate de potasse et peut-étre à un autre sel végétal qu'il faut at- tribuer le prussiate et le carbonate de potasse trouvés dans le résidu de la distillation. Il me paroit certain que lammo- niaque de lextrait étoit combinée à l'acide acétique, car, comme je l'ai dit, on n'obtint pas de muriate de cet alcali dans les produits de la distillation. Les autres bases étoient à l'état d'acétates où combinées à un autre acide végétal dont je parlerai dans un moment. 44. Ayant vu que l'acétate de plomb fisci dans la liqueur 278 ANNALES DU MUSÉUM alcoolique des précipités de couleurs différentes, suivant la quantité dans laquelle-il étoit employé, j'essayai d'isoler le principe colorant jaune au moyen de ce sel. Mes expériences n'eurent pas le succès que je pouvois en attendre, mais comme ce sel est un des réactifs les plus usités en chimie végétale, il est bon d'examiner sa maniére d'agir et d'en tirer des conclusions relatives à son emploi. . 45. Le premier précipité que j'obtins avec lacétate di plomb étoit d'un brun roux, le second étoit moins brun, le troisiéme étoit jaune; enfin en versant dans la liqueur, saturée d'acétate de plomb, du sous-acétateil se fit un précipité citrin. i 46. La liqueur précipitée par l'acétate de plomb fut passée à l'hydrogène sulfuré, puis évaporée; elle donna des cristaux de zztrate de potasse, et un liquide roux qui avoit une saveur douce, piquante et un peu amére. L'alcool précipita de ce liquide des focons gris. La liqueur évaporée et mêlée à l'alcool précipita de nouveaux flocons. Ces flocons m'ont paru être formés de matière. animale pour la plus grande partie, de gomme, de couleur jaune, et d'un peu d'acide; ils étoient en partie solubles dans l'eau. Cette solution étoit brune, elle précipitoit l'acétate de plomb en jaune brun, elle précipitoit par l'acide sulfuriqué, abondamment par la noix de galle, elle rougissoit légérement le papier de tournesol. La cendre de ces flocons étoit du carbonate de chaux mélé d'un atome de fer. — 4s — 47. La liqueur d'où les flocors avoient été séparés par Taleool, évaporée, donna du nitrate de potasse eristallisé. L'eau-mère de ces cristaux étoit d'un jaune rouge. Elle don- noit avéc l'acétate de plomb un premier P gris jau- * D'HISTOIRE NATURELLE. 279 nätre et un second d'un beau jaune. Il suit de là que toute la couleur jaune n'avoit pas été précipitée par l'acétate de plomb dans l'expérience précédente (45), et cela parce que l'excés d'acide acétique mis à nu avoit retenu du précipité en dissolution ou bien s étoit opposé à sa formation. D’après cela on concoit la raison pour laquelle, lorsqu'on a eu chassé par l'évaporation l'excés d'acide acétique de la liqueur passée à l'hydrogène sulfuré, on a obtenu de cette liqueur un nou- veau précipité avec l'acétate de plomb. i 5 49. La liqueur (47), outre la couleur Jaune et le nitrate de potasse, contenoit encore de la matière animale et sans doute du sucre liquide , et un peu d'un acide dom je parlerai plus bas. ` 3 49. Le premier précipité fut délayé dans l'eau et ensuite soumis à un courant d'hydrogéne sulfuré. Le liquide que l'on obtint étoit d'un jaune brun, il contenoit un acide, du prin- cipe colorant jaune et de la matiére animale. Le second pré- cipité ne différoit de celui-ci que par une moins grande pro- portion de matiére animale. : 5o. Les deux autres précipités traités comme les deux premiers donnérent des liqueurs acides plus jaunes et moins brunes que celles obtenues de ceux-ci. La liqueur (1) du quatriéme précipité contenoit peu de matiére animale. Au moyen de l'alcool j'en ai séparé une substance qui m'a paru de nature gommeuse, car elle étoit insoluble dans l'alcool, soluble dans l'eau et donnoit de l'acide à la distillation. EI (1) Dans une expérience j'ai obtenu de cette liqueur évaporée des cristaux très- brillans lamelleux que je n'ai pu déterminer à cause de leur petite quantité, 280 ANNALES DU MUSÉUM ° 5r. Lorsqu'on fait évaporer les liqueurs obtenues des pré- cipités précédens, elles se couvrent de pellicules et déposent des flocons qui sont une combinaison de matiére animale, de couleur jaune et d'acide ;à mesure quela liqueur se concentre l'acide acquiert assez de énergie pour redissoudre au moins une partie du précipité. Si l'on verse de l'eau dans l'acide concentré, l'énergie de l'acide diminuant, le précipité repa- roit. J'ai essayé d'obtenir l'acide à l'état de pureté en faisant concentrer la liqueur, l'étendant d'eau , ensuite la filtrant et traitant la liqueur filtrée et évaporée par l'aleool; mais j'ai toujours eu un acide incristallisable qui étoit RAS avec de la matière animale et de la couleur jį jaune. J'ai trouvé à cet acide le plus grand nombre des propriétés de l'acide malique, mais malgré cela je suis bien loin de prononcer sur sa nature parce quil est trés-possible qu'un acide cristalli- sable , tel que le tartarique et le citrique, forme une combi- naison incristallisable avec un: principe colorant et une ma- tière animale, et qu'alors il présente les propriétés de l'acide malique. Il est possible méme que l'acide acétique soit sus- ceptible d'une pareille combinaison. C’est au reste ce que je me propose d'examiner dans les recherches que j'ai en- treprises sur plusieurs 1 matiéres colorantes jaunes. 52. D'aprés ce que je viens de rapporter (49, 50) on voit que les précipités obtenus avec l'acétate de plomb étoient à trés-peu prés les mémes; ils ne différoient guère entre jeux - que par la proportion des principes végétaux qui les formoient. D’après la solubilité de la combinaison de la matière végéto- animale avec l'oxyde de plomb qui est moins grande que celle des combinaisons du méme oxyde avec le principe co- D'HISTOIRE NATURELLE. 281 lorant et l'acide, il est évident que les premiers précipités doivent contenir plus de matière animale que les derniers. Mais deux causes paroissent s' opposer à ce qu'on obtienne une séparation exacte de ces principes au moyen de l'acétate de plomb : la’ première est l'affinité de la matière animale pour l'acide et le principe colorant qui ne permet pas, à ce principes d'obéir parfaitement à la force de cohésion qui leur est propre dans l'état d'isolement; la seconde est la difficulté quil y a à opérer un mélange exact du suc végétal et de l'acé- tate de plomb; car quelque soin que l'on apporte à faire ces mélange, il y a des portions de suc qui cédent à l'oxyde de plomb la matière animale, le principe colorant et l'acide dans la méme proportion où ces substances existent dans le Suc 5 quand on vient ensuite à agiter ce précipité avec la liqueur, il n'est plus possible de redissoudre l'acide et la couleur qui sont précipités, et de remplacer ces deux matiéres par la matière animale qui reste en dissolution. Examen du précipité marron. 53. Ce précipité fut lavé à l'eau chaude à 409 jusqu'à ce que ce liquide ne prit qu'une couleur jaune trés-légére. Le lavage rougissoit le tournesol. Tl avoit une couleur rousse. Je le fis concentrer, il se couvrit de pellicules et se troubla en refroidissant. Ce lavage filtré présenta toutes les propriétés d'une dissolution de principe que l'on a appelé extractif, et la partie insoluble dans l'eau étoit analogue à ce qu'on a appelé extractif oxygéné. Lavage du précipité marron. 54. Le lavage du précipité marron précipitoit des flocons 18. 282 ANNALES DU MUSÉUM. E uu. d'un jaune roux par les acides sims muriatique, acé- tique, etc., etc. L'acide muriatique oxygéné y faisoit un précipité abon- dant qui paroissoit être de la matière animale. L'eau de chaux et l'eau de barite faisoient tourner la cou- leur du lavage au jaune verdàtre et faisoient un pifcipite jaune foncé. "La potasse faisoit passer la couleur à l'oruige verdátre sans y faire de précipité. Le nitrate d'argent en précipitoit des flocons jaunätres qui étoient solubles dans l'acide nitrique. Une goutte d’acétate de plomb y faisoit un précipité roux; une plus grande quantité, un précipité jaune; la liqueur sa- turée d’acétate de plomb ordinaire donnoit un précipité jaune quand on la mêloit avec le sous-acétate de plomb. Cette ac- tion de l'acétate de plomb annoncoit que la couleur jaune étoit accompagnée d'une matière qui formoit avec l'oxyde de plomb une combinaison moins soluble que celle de cette couleur avec le même oxyde. D’après ce que nous avons dit plus haut ( 45, 49, 5o), il paroissoit vraisemblable de penser que cette matiére étoit de nature animale. Lesulfate de fer au minimum en séparoit des nm bruns $ le sulfate de cuivre des flocons fauves. La soie et la hine alunées, mises à digérer dans ce e lavage, prenoient une couleur jaune fauve. Il paroit que le fauve étoit dà à la matière animale (1), car lorsqu'on teignoit la soie (1) Je suis porté à croire que cette matière contient un peu de la matière rouge dont j'ai parlé précédemment ( 9, 10, i1, 12, 13), et qu'elle forme avec elle, une RAR moins soluble que celle qu'elle forme avec la couleur jaune. D'HISTOIRE NATURELLE. 283. et la laine dans un lavage qui avoit été précipité par quelques , gouttes d'acétate de plomb, ces étoffes prenoient une cou- leur jaune beaucoup plus franche. On pourroit peut - être appliquer ce:résultat à quelques opérations de teinture. - 55. Il est évident que le lavage contenoit un acide et La couleur jaune dont j'ai déjà parlé en traitant de la partie du suc de pastel soluble dans l'alcool ( 33, etc. ); mais outre ces principes , il y avoit encore de la matièresamimale, de l'existence de laquelle on pouvoit s'assurer, en faisant con- centrer le lavage et ensuite en le laissant refroidir. On obte- noit par ce moyen des pellicules et des flocons qui rete- noient à la vérité de l'acide et du principe jaune, mais qui étoient formés pour la plus grande partie de matière. ani- male, car ils donnoient à la distillation. beaucoup de car- bonate d’ammoniaque. | Cinquante parties de précipité marron ont donné 22 parties de matière soluble dans l'eau. Précipité : marron lavé à r eau. 56: Le précipité marron qui avoit été lavé à l'eau chaude à 4o9 étoit d'une nuance plus foncée que celle qu'il avoit avant d'avoir été lavé. Il n'avoit presque pas de saveur, il avoit une légère odeur de plantes crucifères, il se ramollissoit par la chaleur, il rougissoit le papier de tournesol sur lequel on l'étendoit avec un peu d'eau. Il fut soumis à l'action de 225 grammes d'alcool bouillant, divisés en 15 portions égales. Les premiers lavages se troubloient par le refroidissement, ils étoient d'un rouge brun; les derniers étoient d'une jaune brun léger. Je vais passer à l'examen du résidu insoluble aet 284 ANNALES DU MUSÉUM dans l'alcool, je reviendrai ensuite aux lavages alcooliques. Partie du précipité insoluble dans l'alcool. 57. Ce résidu bouilli dans l’eau colora ce liquide en jaune rougeàtre; on cessa les lavages lorsque l'eau parut n'avoir plus d'action sur lui. Ce fut dans cet état que je l'examinai. Ce résidu distillé éprouva un commencement de fusion; il donna beaucoup de carbonate d'ammoniaque, de lhuile - brune concrète trés-fétide; il laissa un charbon qui conserva la forme de la matière d’où il provenoit. Ce charbon incinéré donna du carbonate de chaux et de l'oxyde de fer. 58. Ce résidu étoit d'un brun noir; il rougissoit le papier de tournesol; il ne coloroit pas l'eau froide; 5 centig. bouillis avec 43 grammes d'eau ne la teignirent aprés un quart- d'heure d’ébullition que d'une couleur jaune brune extré- mement légére; cette eau encore chaude exhaloit une odeur assez forte, elle tenoit en dissolution de l'acide, de la cou- leur jellie e et de la matière animale; la substance qui n'avoit pas été dissoute par l'eau ne différoit de celle qui s'y étoit dissoute que par plus de matière animale; cette substance coloroit encore un peu l'alcool bouillant. | 59. Ce résidu bouilli avec l'acide muriatique lui mmu- niqua une couleur brune. Il étoit dissous presqu'en totalité par la potasse liquide. Pendant que la dissolution s'opéroit, il se dégageoit une odeur analogue à celle qui se dégage lors- qu'on traite les matiéres animales par cet alcali. Vingt-deux parties de précipité marron qui avoient été traitées par l'eau donnèrent cinq parties de résidu e dans l'alcool. D'HISTOIRE NATURELLE. . 2385 Partie du précipité soluble dans l'alcoot. 60. Tous les lavages alcooliques du précipité marron (56) furent réunis et distillés. L'alcool qui passa dans le ballon n’étoit point acide. Il avoit une odeur que je trouvai analogue à celle de certaines gommes résines. Je ne serois point éloi- gné de penser qu'il y eut du soufre dans ce produit. Le ré- sidu de la distillation avoit déposé des flocons; je le versai dans une capsule et l'étendis d'eau, et parla chaleur je vola- tilisai tout l'alcool qu'il retenoit. Dans cette opération, il se sépara une matière brune qui étoit sous la forme de pelli- cules et de flocons demi-fondus, et il resta un Zquide d'un rouge brun que je vals examiner. Liquide d'un rouge brun. . Ce liquide avoit beaucoup de ressemblance avec le bid aqueux du précipité marron (54). Comme lui il étoit formé d'acide, de couleur jaune ex de matière animale. Il étoit évident que cette dernière y étoit en moindre propor- tion que l'acide et la couleur, car lorsqu'on avoit traité le précipité marron par l'alcool (56), celui-ci avoit séparé de la matière animale retenant encore à la vérité un peu de cou- leur et d'acide, et avoit dissous proportionnellement plus de couleur et d'acide que de matiére animale. D'aprés la grande affinité de ces matières les unes pour les autres, je pensai que la combinaison qui étoit avec excés d'acide et de couleur pourroit bien précipiter la gélatine à la manière des corps que l'on a appelés zannins ; en conséquence je mis le liquide rouge brun avec une dissolution de gélaune, sur-le-champ 286 ANNALES DU MUSÉUM les liqueurs se troublèrent (1). Ce fait confirme les idées que j'ai émises sur la nature du tannin. Il prouve qu'il y a dans les végétaux des substances qui précipitent la colle et qu'on ne peut absolument rapprocher de la noix de galle. Ce ré- sultat appuie l'opinion de MM. Fourcroy et Vauquelin, sur Pextractif qu'ils ont présumé être une combinaison de ma- tiére animale et de tannin : mais il faut remarquer que la nature de l’extractif du pastel est différente de la combinaison observée par ces chimistes; cette derniére est formée de la matiére astringente qui se trouve dans la noix de galle, tandis que celle du pastel est formée d'une couleur joue et d'un side qui n ds le gallique. | à Pellicules er F locons. 62. Soupconnant que la matiére qui s'étoit séparée de la dissolution alcoolique sous la forme de pellicules et de flocons pouvoit être de nature résineuse , je la traitai par l'eau chaude à 409 plusieurs fois de suite. Ce fut aprés ce traitement que je l'examinai. Cette matière étoit d'un jaune brun; 5 centig. bouillis avec 4o grammes d'eau donnèrent un lavage fauve odorant, qui se troubla par le refroidissement, et qui contenoit de l'acide : de la couleur jaune et de la matiére animale. (1) Pour faire cette —Á il ne faut pas prendre la colle de poisson pure, parce que celle -ei contient um acide.qui pourroit précipiter le liquide rouge brun ,ni la colle-forte, parce que l'aleali de celle-ci empécheroit le précipité de se former. IL faut préparer un mélange neutre de ces dissolutions. Dans l'expé- rience que je rapporte j'avois laissé dominer l'alcali de la colle-forte, afin d'éloi- gner toute influence de la part de l'acide. = D'HISTOIRE NATURELLE. 287 63. Une partie de cette matière fut mise en macération avec 260 parties d'alcool à 360. Après vingt-quatre heures, je décantai l'alcool et je le remplacai par 260 parties de nou- vel alcool. Je fis bouillir. Je continuai ce traitement jusqu'à ce que l'alcool n'eut plus d'action. Ce quine fut pas dissous étoit de la matiére animale retenant encore de l'acide et de la couleur jaune. _ 64. Les deux premiers lavages alcooliques furent réunis et évaporés à siccité. Le résidu fut redissous pour la plus grande partie par l'alcool, à l'exception de quelques flocons de matière animale. La dissolution alcoolique devoit conte- nir la résine, si cette substance existoit. Cette dissolution étoit d'un rouge brun; elle ne se troubloit presque pas lorsqu'on la méloit avec de, l'eau. Quand on -la faisoit concentrer elle ne déposoit rien , mais dés qu'on y mettoit de l'eau , il se for- moit des pellicules et des flocons semblables à ce qu'on a appelé extractif oxygéné (1). ll n'est pas douteux que cette précipitation ne fut due à l'affoiblissement d’un: dissolvant, et non à une action de l'air, car s’il n'en étoit pas ainsi on ne voit pas ce qui auroit pu empêcher la solution alcoolique (1) Je ne prétends pas dire que l'oxyg?ne n'ait jamais d'action sur la matière qu'on a appelée exéractif, parce qu'il y a plusieurs végétaux qui contiennent dans leur état de fraicheur une substance incolore qui passe au jaune dés qu 'elle a le contact de l'air et qui en s'unissant à de l'acide et à de la matière animale, forme une combinaison analogue à celle qu'on observe dans le pastel. J'ignore quelle est la nature de cette substance avant qu'elle ait eu le contact de l'oxy- gene; j'ignore si elle est le principe de toutes les matières colorantes jaunes qui existent dans un grand nombre de végétaux , et si elle est susceptible d'éprouver de nouveaux P par le contact de l'oxygene lorsqu'elle est passée au jaune. leurs propriétés. 288 ANNALES DU MUSÉUM de se troubler par l'évaporation, et on ne voit pas pourquoi l'oxygène se porteroit sur la matière végétale au moment où l'on ajoute de l'eau. La matière qui se déposa contenoit de la couleur jaune en grande quantité, -de l'acide, et toujours de la matiére animale, car lorsqu'on la distilloit on obtenoit du carbonate d'ammoniaque. Je l'ai traitée plusieurs fois par l'eau et par l'alcool, il m'a été impossible d'y trouver autre chose que les trois principes que je viens d'indiquer. Il est remarquable de voir l'alcool dissoudre une pareille combi- naison à la maniére des résines; cela prouve qu'on ne peut mettre trop de circonspection pour tirer des conclusions sur la nature des composés végétaux d'aprés quelques- unes de 65. Il suit de ces expériences que l'extractif du pastel est une combinaison triple de principe jaune et de matière animale ex d'un acide que je présume être l’acétique, car lorsqu'on disulle l'extrait alcoolique de pastel on obtient du vinaigre (34), et lorsque le résidü de cette distillation a été épuisé par l'eau du précipité marron, on obtient en versant de l'acide acétique un précipité analogue à ce dernier. 66. D’après ce que nous savons des affinités des matières animales pour les acides et pour les principes colorans, on pouvoit soupconner la nature d'un extractif analogue à celui que je viens de décrire, car, où trouvoit-on l'extractif ? dans les sucs des plantes que l'on a fait coaguler; or, la coagu- lation ne sépare jamais la totalité des matières animales, le suc contient presque toujours un acide libre et un principe colorant, conséquemment ces corps doivent former une combinaison ternaire, vu leur aflinité réciproque. Quand le D'HISTOIRE NATURELLE. 289 Suc n'est point assez acide pour retenir toute la combinaison . €n dissolution, on obtient par l'évaporation des pellicules et des flocons qui ne sont que de la matiére animale combinée à un peu d'acide et de couleur et souvent à un sel terreux. La nature de l'extraciif du pastel explique pourquoi l'on a attribué à ce principe la propriété de teindre; pourquoi on lui a attribué celle d’être précipité par l'acide muriatique oxygéné ; la premiére est évidemment due à un principe colorant, la-seconde à la matiére animale. Je suis loin de prétendre que toutes les matières que l'on a décrites sous le. nom d’extractif soient semblables à celui du pastel, mais les considérations que je viens d'exposer me font présumer quil y en a un grand nombre dont la composition est ana- dogue à la sienne. ids RÉSUMÉ. La fécule verte qui est en suspension dans le suc de pastel est formée de czre et d'une combinaison de matière végéto- animale , de résine verte et d'zndzgo. | Le suc de pastel exposé à une chaleur graduée, se coagule. Le premier coagulé est de la matiére végéto-animale teinte par un peu de résine verte ; le second est la même matière, mais teinte en rose par la combinaison d'un acide avec un principe colorant. Celui-ci devient jaune par les alcalis; j'ai soupçonné qu'il étoit bleu dans son état de pureté. Outre la matière colorante rose, le second coagulé contient une petite quantité d'zndzgo et de couleur jaune. | Le suc de pastel coagulé et évaporé laisse précipiter dz citrate et du sulfate de chaux. 1 e 37 * * 200 ANNALES DU MUSÉUM L'alcool appliqué au suc de pastel concentré prend une couleur jaune rougeûtre et sépare un liquide brun, qui con- tient, outre du sulfate de chaux et du sulfate de potasse , des phosphates de chaux et de magnésie, du fer et du manganèse, un principe colorant jaune, une matière qui m'a paru gommeuse après les essais que sa petite quantité m'a permis de faire, du sucre liquide , de la matière animale et un acide libre de nature végétale. L'alcool quia macéré et bouilli sur l'extrait de es donne sà la distillation de l'acide acétique , de 'ammonzaque et des traces de qeu principes aromatiques, dont l'un me paroit : logue à celui qui se trouve dans les crucifères, et T'autre un principe particulier qui donne une odeur d'osma- zómg à l'extrait aqueux de pastel qu'on fait évaporer. Lors- qu'on verse-de l'eau dans le résidu de la distillation de l'ex- trait alcoolique, il se fait un précipité brun marron formé de couleur jaune , de matière animale, et d'un acide que j'ai présumé être l'acézique ; les matières qui restent en dis- solution dans l'eau sont du nitre, du zeurtate de potasse, des acétates de potasse et d'ammoniaque , de la matière animale , de la couleur jaune; ces deux derniéres sont combinées à l'acide acétique et peut-être à #% autre acide, car en précipitant cette dissolution par l'acétate de plomb et en décomposant le précipité on obtient un acide incris- tallisable qui est combiné avec la couleur jaune à la matière ‘animale. Nota. 19, Dans ma première analyse du pastel j'avois ob- - tenu de l'acide prussique du suc de cette plante distillé avec E D'HISTOIRE NATURELLE. 201 de l'acide sulfurique, et j'avois dit que je n'étois pas certain que cet acide fut tout formé dans le suc ; aujourd'hui je puis assurer qu'il ést produit dans l'opération par la réaction de l'acide nitrique du nitrate de potasse sûr les matières végétales contenues dans ce suc. 7 20, Il ne paroit pas y avoir de muriate d'ammoniaque dans le suc de pastel, ainsi que je l'ai dit dans mon premier travail, tout l'acide muriatique qu'on y trouve me paroit y étre com- biné à la potasse. ! 30. J'ai obtenu du suc de pastel deux matiéres cristallisées dont je n'ai point parlé dans le cours de ce travail parce que je n'en ai pas eu assez pour pouvoir les examiner. 4°. Je compte publier dans un prochain mémoire plusieurs faits concernant la fermentation acéteuse du suc de pastel, la matiére colorante jaune, la substance extractive, et le li- quide brun. 1 , 202 ANNALES DU MUSEUM MONOGRAPHIE - DES Dobtkbuss ov LUNETIÈRES. PAR M. DE CANDOLLE, Professeur de Botanique à Montpellier. L est peu de genres de plantes aussi bien caratérisés que celui des Biscutelles, qui cependant appartient à cette famille des cruciféres dans laquelle les genres se fondent souvent les uns dans les autres par des nuances insensibles. Leur silicule se compose de deux loges planes attachées au style persistant par leur côté intérieur, s'en séparant de bas en haut à leur maturité, susceptibles de s'ouvrir par le bord en deux lames planes, renfermant chacune une graine, laquelle adhère au cóté intérieur de la loge; leurs fleurs sont jaunes, disposées en grappes simples; celles-ci sont assez courtes au moment de la floraison. et s'allongent ensuite beaucoup à mesure que la maturité avance; leur calice a toujours les deux fo- lioles extérieures un peu bosselées àla base; dans quelques espéces ces bosselures se er au point de former deux véritables éperons. Un genre presque tout européen et E dirii par dei ca- ractères aussi tranchés a dù être connu dés l'origine de la- + D'HISTOIRE NATURELLE. -— botanique cependant la mention la plus ancienne s'en trouvé dans Lobel qui en a figuré une espèce sous le nom de 7’Alaspi; Gaspard Bauhin confondoit aussi les Biscutelles avec les Thlaspi, mais l'épithéte de Thlaspi biscutatum qu'il leur donnoit indique qu'il avoit senti la nécessité d'en faire un groupe distinct. Tournefort l'établit comme genre sous le nom de T'hlaspidium et en donna les caractères avec beau- coup d’exactitude; Linné n'a fait qu'admettre le caractére générique du Thlaspidium de Tournefort et changer son nom en celui de Biscutella , qui exprime la forme du fruit avec assez de précision et qui est maintenant admis par tous les botanistes. Gaspard Bauhin n'a distingué que trois espèces de Biscu- telles; Tournefort en indique dix que ñous devons réduire à huit parce que ses deux zAlaspiduum, fruticosum sont de véritables Ibéris. Linné, négligeant les connoissances de ses devarciers, comme cela lui est souvent arrivé relativement aux plantes du midi de l'Europe, n'admit dans son Species que deux espéces de Biscutelles dont les caractéres répon- dent à deux des sections que nous établissons ci - aprés; mais bientôt dans son Mantissa il ajouta lui-même quatre es- pèces aux deux qu'il avoit décrites. Les recherches des bota- nistes modernes, dont on peut voir le résumé dans l'Enchiri- dion de M. Persoon, portent à onze le nombre des Biscutelles . connues. Mes voyages dans le midi de la France et les com- munications de mes correspondans m'en ont fait connoitre vingt-cinq espèces dont je présente ici le tableau méthodique ; jai cru que ce petit travail pourroit n'étre pas entiérement inutile, non -seulement à cause des espèces que iy fais 294. ANNALES DU MUSÉUM tonnoitre pour la première fois, mais aussi pour débrouiller la synonymie de celles du midi de l'Europe et pour donner des figures de plusieurs: espéces dont on n'en a point encore. Je divise les Biscutelles en trois sections très-naturelles : 10, les Biscutelles à deux éperons; 20, les espèces dont le ca- lice ne porte point d'éperon et dont le fruit a le-bord mem- braneux; 3. celles qui comme les précédentes n'ont point d'éperons , mais dont le fruit n'est pas bordé par un rebord ou appendice membraneux et denticulé. Aprés ces considérations préliminaires je me hâte de passer à l'exposition des espéces, que je donnerai en latin et sous la forme la plus abrégée qu'il me sera possible. : TUUM À BISCUTELLA. Biscutella. Lin. Juss. Gærtn. — Thlaspidium. Tourn. — Thlaspi biscutatum. C. Bauh. Car. Silicula bilocularis, biscutata , loculis compresso-planis, monospermis, orbiculatis, stylo persistente lateraliter adhærentibus et ab eo a basi ad'apicem secedentibus; calycis foliola duo exteriora basi subgibba aut deorsum calcarata. — Vec. Herbæ annuæ, perennes aut suffrutescentes, sæpius hispidæ, foliis inte- gris, dentatis, lyratis aut pinnatifidis; racemi terminales simplices, florescentes breves, fructiferi elongati; flores flavi; siliculæ variæ et apprimè in specierum diagnosi scrutandæ. : Diaew. Genus apprimè naturale et cum sola Senebiera conferendum >; sed ab ea distinctissimum et habitu et loculamentis fructás compresso-planis et latere dehiscentibus, dum in senebierá Yélitricoso-globosis et semper clausis. 'S I. BISCUTELLÆ BICALCARATÆ, nempé calycum foliolis binis basi deorsum calcaratis. * 1. BISCUTELLA AURICULATA, Tab, I, fig. 2. B. siliculis glabris, punctis elevatis in disco scabris > apice in stylum coeunti- bus , calycibus utrinque deorsum calcaratis. i B. auriculata. Lin. spec. g11. Gærtn, fruct. 2, p. 278, t. 141. Hedw. fil, in ^ e D'HISTOIRE. NATURELLE. 205 Tam. coll. 1 1, p. 24. * Flor. Franc. 4 , p. 689. * i dd n. 4208. — B. auriculata var. £. Lam. Li 3, "x 617. Illustr. t. 560, f. 2. — Clypeola auriculata. Crantz. cruc. p. 9er - Hab. jn Mtalia; node ( Ger.); agro Nicæensi et Pedemontio (AN. s Delphinatu inferiori ( Vill.). Q ( v. v. ) - €um duabus sequentibus diù confusa et ideò’ aiia patriam et veterum syno- nymiam adhuc dubia, ceterum distinctissima , et in hortis botanicis vulgati- sima. 2. BISCUTELLA ERIGERIFOLIA. B. siliculis glabris levibus apice in quibu nopuniiing k calyeihas ulrinque deorsum calcaratis. B. auriculata var a. Lam. Dict. 3, p. bar. ezet syn. Bab... ..... Olim in horto Parisiensi culta. © (v. v. s. in herb, Juss. x Omnino affinis priori quacum a cel. Lamarckio fuit confusa, sed meo sensu distincta habitu graciliori , foliis angustioribus oblongo-linearibus, inferioribus dentatis, caulinis superisque integris, cornubus calycinis paulo HARAS ; fructu minori omnino lævi, lobis minus evidenter in stylum coeuntibus. | 3. BiscüTELLA HISPIDA, Tab. I, fig. 1. + ‘B. siliculis glabris, punctis elevatis in disco bris! à in slum non coeuntibus, calycibus utrinque deorsum calcaratis, caule hispido. Leucoium , etc. Col. ecphr. 2, p. 59, t. 61. Moris. hist, $. 5, ugi: 7. ic. col; — Thlaspi biscutatum mire etc. C. Bauh. optas P. yir VIII. — Jondraba, etc. Barr. ic giti 230 et 1219. ^ uI 23 Hab. in apricis montosis — et PEER superioris. © ( v. v. h | Species calycis structurá B. .auriculatze valdè aflinis, sed evidentissimè distin- guenda fructibus apice ad originem styli emarginatis nec in stylum coeuntibus ; cæterum habitu foliatione et florescentia similis; caulis magis hispidus, simplex nec ramosus ; siliculæ Jade sunt valdè deyata, T En dE et potius pili apice capitati dicenda. 4. BISCUTELLA cicnomirFoLIA, Tab. H. B. siliculis glabris, punctis elevatis in disco scahris , in siylamas non | coeuntibus i Bec utrinque deorsum calcaratis , caule villoso. B. cichoriifolia. Lois. add. fl. gall. p. 167. Hab. in Pyrenæis prope Bagnères de Luchon loco saxoso et aprico; a domino Berger botanophilo detecta. 77 ( v. s. ) "e ab omnibus distinctissima ! radix crassa ; iuit 3-5-decim. altus, ra- 296 ANNALES DU MUSÉUM mosus, subrubens, pilis mollibus patulis imò reflexis villosus, ad originem racemorum usquè foliosus; folia runcinato-sublyrata, basi angustata semi pinna- tifida, apice latiora obtusa repando-dentata, pubescentia, superiora basi sub- cordata semiamplexicaulia dentata ; racemi floridi breves, fructiferi valdè elon- gati; flores magni, lutei; calicis foliola. duo opposita majora, basi in calcar conicum producta; siliculæ basi et apice emarginate nec lobis in stylum coeun- libus, glabrae, margine membranaceo tenui angusto cincte, in disco punctis puc scabrz , magnitudine fructuum B. auriculatæ. $ Il. BiSCUTELLÆ MARGINATÆ, nempè calycum foliolis ecalcaratis, siliculis margine membranaceo aut chartaceo cinctis, 5. BISCUTELLA MEGALOCARPA. iTab. TII. B. siliculis glabris levibus margine lato integro chats, foliis pinnatifidis, lobis i incisis. Pe | ue Fischer in herb. Juss. -— | icum denses i in Sibiria. T: us s. in Barb Tas Radix crassa , perennis, collo vestigiis veterum petiolorum scariosis membra- | naceis erectis onusto; caulis herbaceus, erectus, palmaris, in racemo tantum ramosus, glaber, teres; folia radicalia et caulina basi petiolata, pilis raris hispi- dula , pinnatifida, lobis profundis angustis subacutis varie incisis aut subpin- natifidis; racemus compositus; pedicelli subhirti; calycis foliola oblongo-ovalia , inter se aequalia; petala calyce vix longiora; BN maxima utrinque emargi- nata, stylo brevissimo: coronata, lebis planis orbiculatis, margine lato integro chartaceo cinctis; funiculus umbilicalis longus pubescens; semen compressum , ovalo-cordatum., 6. BISCUTELLA PERUVIANA. Tab. IV. . E. siliculis glabris levibus margine membranaceo subdenticulato cinctis, apice emarginatis, stylo emargina breviori, foliis ovatis serratis glabris, caule frutescente. B. Peruviana. Lam. Dict. 3, p. 620. * Wild. spec, 3, p. 475. Hab. in Peruvià J. Jussieu ; in Chili Dombei. p. (v.s) Species ab omnibus distinctissima caule frutescente et stylo brevissimo intra silicule emarginaturam incluso, silicula magnitudine samarz ulmi. A 7. BISCUTELLA surrRuTICOsA. Tab. V. B. siliculis glabris levibus margine membranaceo subdenticulato cinctis, * E | | ; D'HISTOIRE NATURELLE. stylo siliculæ apice vix emarginata longiori , foliis ovatis serratis glabris, caule suffruticoso. Hab. in Peruvia. Dombei. Lagasca. fp. s s.) -Species omnino inter Peruvianam et Chilensem media; a Poravions differt caule minus crasso et suffruticoso , foliis per totum ambitum serratis , siliculis duplo fere minoribus apice vix ac ne vix emarginatis, stylo extra emarginatu- ram longè exserto et silicula ipsa pauló longiori. A Chilensr facillime distingui- - tur caule suffruticoso perenni, foliis ovatis, racemis magis confertifloris, sili- culis paulo pajan 8. BiscuTELLA CHILENSIS. sab. YL "3 | B. siliculis glabris lævibus margine membranaceo hdan cinctis, stylo silicula non nes longiori , foliis oblongis MA glabris, caule herbaceo. B. chilensis. Loges in litt. Hab. in Chili. oC. s.) Planta tenuis glabra herbacea parcè ramosa è radice parva subsimplici orta; folia oblonga , acuta; racemi fructiferi valde elongati; pedicelli distantes; silicule in stylum productæ, ceterum sat similes fructibus B. sutfruticosæ a quà ent caule herbaceo annuo. S III. BISCUTELLÆ GENUINJE. Nempe calycibus rte siliculis iAmmarginatis. L Annuæ. 9. BISCUTELLA CILIATA. B. siliculis lævibus margine ciliatis, foliis dentatis hirtis, caule elongato folioso. B. coronopifolia. Wild. spec. 3, p. 474. De Cand. Fl. fr. 4, p. 690.* Syn. n. 4211. Icon. Gall. rar. 1, p.12,t. 39. non Lin. — B.apula. Lam. Dict. 3, p. 618. Excl. Syn. — B. didyma. Wild, enum 2, p. 673. non Lin. Hab. in Italia, Hispania ee, (v. v-) - a. 10. BISCUTELLA DEPRESSA. B. siliculis lævibus-margine et secùs- lineam longitadinálem ciliatis, caule brevi nudiusculo , foliis subradicalibus hirtis repando-dentatis, . depressa. Aid. enum. 2, p. 675. — B. pumila. Hort. Taur. Hab. in Egypto. © ( v. v.) ` Priori nimis affinis sed constans in bortis remanet. ^ 18. : 38 5 298 x: ANNALES DU MUSÉUM 11. BiscUTELLA MICROCARPA. B. siliculis in disco scabro-hispidis margine ciliatis , caule EE ramosis- simo, foliis sub radicalibus angustis dentatis. Hab. circa St. Roch ad ruperh Gibraltaricam. Boinonk O (v. s. in herb. Desf.) Radix longa duriuscula ad collum ramosa; caules 5-6, palmares, ramosi; .subnudi, glabri, ramis divaricatis; folia obli; dentata, subsinuata, sub- glabra, parvula, ad basin conferta; flores longè racemosi , parvi , flavi ; siliculæ parv, ut in B. leiocarpa, disco pilis brevissimis scabræ, margine pilis biari . ciliatæ. x» 12. BISCUTELLA ERIOCARPA. + Tab. 1x, fig. 2. B. siliculis in disco piloso-hispidis margine glabris, foliis bblongo- cuneatis subdentatis. + Habite in itinere trans Magenien ad Mogador reperit Broussonet. © d ] a + fol 5 " mus PRA a sdicule magnitudine B. apulæ sed pilis raris sentant e Pueden margine obiectæ. 13. BISCUTELLA LYRATA. B. siliculis in disco piloso - hispidis, foliis lyratis. . B. lyrata. Lin. mant, 254. Lam. Dict. 3, p. 619. * Poir. M Barb. 2, p. 197. ild. spec. 3, p. 473. = Hab. in Hispania ( Lin.); in Africa boreali Poiret. © (v. s.) Silicula margine ciliate- FE disco scabra, centro subhispida oculo armate videtur. : a4, ME. RAPHANIFOLIA. siliculis glabris levibus , foliislyratis. — p. raphanifolia. Poir. Voy. Barb. 2, p. 198. Lam. Dict. 3, P- pA * Desf. Fl. atl. 2, p. 74. Hedw. fil. in Rom. ipod 1,p.24* et p.77. Wild. spec. 3, ` p: 474. — Thlaspidium raphanifolio. Tourn. inst. 214. — Thlaspi biscutatum raphani seu irionis folio. Boec. sic. 45, t. 23. Hab. in Barbaria Poiret; in Sicilia prope Panormum j Agrigentum et etiam Massiliæ ( Bocc.)? © (v. s.) .. Icon Bocconiana pari jure referri potest ad B. lyratam aut ad ET à Hz duæ species differunt tantum fructu hispido in B. lyrata, glabro in B. rapha- nifolia. Neutre meo consilio crescunt prope Massiliam ut vult Bocconius. * 3 ET a: . BISCUTELLA APULA. | B. siliculis pube minima disco et margine scabris, foliis lanceolatis serratis , «caule folioso. B. apula, Lin. mant. 255. Wild. spec. 3, p- 473. Lam. Illust,, t. 560, f. 1. non Lam. Dict. — B. didyma. Lin. spec. 2, p. 911. Hab. in Italia ( Lin.) © ( v. v.) ; € 16. BISCUTELLA. LEIOCARPA. a à B. siliculis glabris lævibus, foliis Gud serratis , caule folioso hirto. B. apula. Gærtn. fruct, 2, p. 279, t. 141 , non Lin. Hab. in Oriente. © (v. s. — B. apulæ nimis affinis; habitu; foliatione et riesi huic similis, sed di- versa videtur fructu etiam nascente glaberr io nec pube minuta scabro. — Ico- nes Lamarckii ( TIl. , t. 560, f. 1) optime habitum et Gærineri (t. 141) fructum nostre speciei exhil t. — Olim in horto Parisiensi culta sub nomine B. orien- LI talis, unde habitaffonis indicationém deduxi. T T Perennes. 217; BISCUTELLA MONTANA. : e B. siliculis glabris levibus, foliis ovatis dentatis tomentosis. B. montana. Cav. ic. 2, p. 59, t. 177. * id. spec. 3, p. 475. - Hab. in altioribus regni Valentini montibus. ( Cav. yr. 18. BISCUTELLA OBOVATA. B. siliculis glabris levibus, foliis subradicalibus ais i in petiolum atte- nuatis grosse dentatis glabriusculis. B. obovata. Hort. Paris. i Species similis E. montanæ sed differre videtur radice annua nec perenni, foliis erectiuseulis nec patentibus, glaliipsculis nec tomentosis. Pili rari in paginis et in marginibus' foliorum. 19. BiscUTELLA LÆVIGATA. E y B. siliculis glabris lævibus, foliis plerumque radicalibus E subintegris | in petiolum attenuatis, caulinis sublinearibus sessilibus integris. B. lævigata. Lin. mant. 255. Jacq. austr., t. 359. Lam. Dict. 3, p. 618. * JF ild. spec. 3, p. 474. FI. fr. 4, p. 689. * Syn., n. 4209. Je. gali, rar., p. 11,t. 38. — B. didyma. Scop. carn, , n. 805. —Cly peola didyma. Crantz, austr. , p. 20. — Hall. hely. , n. 501. * 38* D HISTOIRE NATURELLE. eh Roo - “ANNALES DU:MUSÉUM > Ei Hab. in sterilibus montosis Alpium , Pyreüzorum, Jurassi ; Alsatiz. qp ( v. v. 20. Brscutezra LUciDA. Tab. VII. B. siliculis glabris levibus, foliis glabris, plerumque radicalibus oblongis. æ, Foliis inferioribus dentatis. : | : $ B. lucida. Balb. hort. taurin. ies * + 8. Foliis omnibus integris. cx Nd B. subspathulata. Lam. Dict. 3, p. 620. * — Thlaspidium montanum angusti- folium glabrum. Zourn. inst. 215. — Barr. ic. , t. 230. Hab. in montibus Umbrii et Aprutii. ( Barr. ) 72 ( v. s.) Species distinctissima glabritie et habitu nitido; folia oblonga, inferiora in petiolum attenuata apice latiora et obtusa, superiora sessilia oblonga acuta, in- ferora in var. « denticulata , superiora semper integra, omnia g'abra ; infima paululum ad apicem dentium et ad basin foli pilis paucis rigidisque ciliata. Fructificatio B. lævigatæ. | dece B. siliculis glabris levibus , foliis hirtis, radicalibus. oblongis dentatis, cau- linis lineari-lamecolatis integerrimis, caule glabro. . B. alpestris. 77/ad;t. ot Kit. pé. rar. hung. 3, p. 253, t. 228. * JZ/ild. enum. 2 : p. 674. ; Hab. in Alpinis et subalpinis Croatiæ, ( W, et Kit. ) y - 22. BiscuTELLA coronortrocra, Tab. VIII. dern B. siliculis glabris lævibus , foliis plerumque subradicalibus pinnatifidis , lobis utrinque binis remotis. : B. coronopifolia. Lim. mant. 255. All. ped. n. 907. Vil. Dauph..3, p. 306. Gouan. herb. , p. 225. WV ild. enum. 2, y. 673. * — B. did yma var. y. Gouan: ill., p.41. — Thlaspi alpinum pumilum asperum. Tourn. inst, 215. i: "Hab. ih sterilibus apricis montium demissorum Pedemontii, Gallo-provinciæ, Occitanæ et Pyrenæorum. y- (v. vy : eus Nomen coronopifoliæ apprime huic speciei convenit; differt a B. cialiata qua- cum?*fuit confusa, siliculis non ciliatis et etiam habitu , perennitate et foliorum forma. — Icon Bocconii (Mus., t. 80, f. 1 ) non mal? exhibet, monente Gouanio $ nostræ speciei habitum et foliatiqnem, sed a nostra differt floribus.albis et vero- similiter ad alium genus referenda. — — G3 ` 2% Encres AMBIGUA. Tab. XT, fig. 1. $ B. siliculis glabris levibus, foliis radicalibus dentatis olilongis basi attenuatis, caulinis "paucissimis basi subcordatis semi-amplexicaulibus, UI re Da » D ' HISTOIRE NATURELLE. 301 #. ; Dentinniéshrübos revolutis. : _8. Dentium sinubus planis. — Lob. ic. , t. 214, f 2. v BT EL AE À t. 253, f. 1? — Clus. hist. 2, p. 153, & x? R Hab. in sterilibus apricis Niceæ, Hini, Pirato, yi Ie v.) Species dubia sed a cæteris-ut dcus distinguenda ; differt a B. saxatili fructu levi; a B. lævigata foliis radicalibus magis dentaus et caulinis subcordato- " amplexicaulibus ; a B. coronopifolia foliis dentatis nec pinnatifidis 2 dentibus A utrinque 4 ad 6 nec 2; a B. lacida foliis eeuk etc. : an adhac species diversæ mp sd 2% . huc confuse remaneant dubito. 24. BrscuTELA saxATILIS. Tab. X. ——— m a B. siliculis glabris punctis elevatis in disco n , foliis fined — libus oblongis integris antidentatis. B. saxatilis. Schleich. cent. exs., n. 69. Flor. proc — B. didyma. Hoffm. germ. 4, p. 44. ~“ a. Foliis subintegris. Tab. X, fig. 1. EZ B. longifolia. Aill. Dauph. 3 , p. 305. — B. E. tM Suter. F1. help. 2 ; p. 690. * n.n . 10 p. 312. : B. Foliis inciso-dentatis. - B. didyma var. s. Gouan: IIl. , p. 41. — Barr. ie. t. 1227. +: -y Foliis hinc indè dentatis; caule humili. Tab. X, fig. 2... . "diis B. intermedia. Gowan. Fil., p. 42. Hab. in sterilibas montosis apricis A fotu ERU" montium Asverniæ et Galliæ australis. 7. ( v. v. ) Species valde variabilis. et solo. fructu punctis MS dinininenda: An huc adhuedum remanent species in poeterom distinguenda ? Nempe var. « foliis subintegris elongatis et var. 8 et y a priori diverse foliis subincisis? Sed tran- sitiones tantas vidi ut separare non auserim.- 25. BiscUTELLA SEMPERVIRENS. “B. siliculis glabris punctis elevatis in disco scabris, foliis. EE 75 peces -incanis subintegerrimis erectis plerisque radicalibus. B. ; sem parviens, Lin.. mani: 255. Lam. Dict. 3, p. 619. * Wild. spec. 3 p. 475. E ium anchusæfolio. Tourn. inst..215. zin. mus. 167,t. De: Barr. ic. t. 841. ic. Bocc. Hab. in Hispaniar ( Barr.) p (v. s. in herb. ne E 305 ANNALES DU MUSÉUM RECHERCHES ¿Sur les Phénomènes et sur les causes du Sommeil hivernal de quelques Mammifères. PAR M PRUNELLE, Professeur à la Faculté de Médecine de Montpellier. > * SECOND MÉMOIRE. E. résumant les expériences et les observations que j'ai faites sur l'état léthargique de quelques mammifères pen- dant l'hiver, il me semble que l'on es établir les siones | suivans : ` 19. Les phénomènes apparens de cet état sont, la positio orbiculaire du corps de l'animal, la diminution de sa chaleur propre, la roideur de ses muscles, le défaut apparent de respiration, de sensibilité , et Pstrdnence de toute espéce d'aliment. 29. Les mammifères SR s'engourdissent au com- mencement de l'hiver et se réveillent au retour du prin- temps. Mais le froid n'est cependant pas la cause essentielle de l'engourdissement, ainsi que cette circonstance le feroit présumer. On a vu que ces animaux se.réveillent à un degré de froid un peu vif, tout aussi bien et quelquefois plus (D'HISTOIRE NATURELLE. : 303 promptement que par la chaleur, la vapeur de l'ammoeniaque et l'excitation électrique: 3o. Dans les animaux de la méme espéce, ieurt i dm ment n'arrive pas pour tous les igdividus avec un méme de- gré de froid; mais cet engourdissement se décide plutôt à. ou plus tard en raison des dispositions particulières que chaque individu peut y apporter. Ces dispositions doivent varier encore davantage dans les animaux d'espéce diffé- - i rente, mais je n'ai point fait les us mex nécessaires pour. le prouver. 4». L' € n'est pas au méme degré dans toutes les espèces de dormeurs. Il est plus foible chez le hé- risson et le lérot que dans la marmotte, qui paroit présenter le maximum de cet état, au mpins pour les dormeurs de nos ‘climats. Dans la chauve-souris, le hérisson et le lérot, la léthargie et interrompue; aussi tous ces animaux ont-ils besóit de se réveiller plusieurs fois pendant l'hiver pour prendre des alimens et réparer les pertes qu ils ont éprouvées. 5o. L'une des conditions de l'engourdissement, est une température qui ne doit pas étre au-dessous de o ni au-dessus de + 20. L'animal doit en outre ètre placé de maniére à n'éprouver l'action d'aucun courant d'air, non plus que celle - de la lumière. Tous les mammifères léthargiques ferment leurs terriers pendant lhiver;. c'est peut-être là un de leurs ! caractères; car les renards et les lapins qui vivent dans les & mèmes climats, ne bouchent jamais leurs trous. Go. Les animaux de nature léthargique ne s 'engourdissent pas nécessairement à époque des froids. Les marmottes 304 | ANNALES DU MUSÉUM apprivoisées n'éprouvent que peu ou point de sommeil hivernal. ee UU | 7». La température propre du hérisson, de la chauve- souris, du lérot, de la margiotte et peut-être aussi celle de : tous les quadrupèdes léthargiques est à peu prés la méme pendant la veille que celle des mammifères pour lesquels ce dernier état est habituel. La température des premiers ‘est alors de — 38° environ, la boule du thermométre placée dans la poitrine, et de + 35 à + 36°, quand on la porte sur les parties extérieures. 8e. La chaleur de l'animal léthargique est toujours en æaison directe de la profondeur de lengourdissement dont elle peut étre regardée comme la mesure exacte. Cette cha- leur est toujours d'environ 22 au-dessus de celle du milieu où il vit. Elle doit varier dans les différentes espèces; chez la marmotte je ne l'ai jamais vue plus basse que + 5o. Elle est en raison directe de la quantité d’oxygène absorbé. 9». La respiration n'est pas supendue, mais bien rallentie pendant le sommeil hivernal, puisque les chauve- souris en- gourdies périssent sous l'eau et peuvent cependant y vivre plusieurs minutes, que les marmottes périssent promptement . dans le gaz acide carbonique, etc. : * 109. La circulation n'est pas non plus suspendue à cette époque, mais elle est considérablement diminuée; elle n'est | pas sensible à la vérité chez les marmottes dans les vaisseaux des extrémités; chez elles les battemens du cœur ne se font meme sentir que d'une maniére obscure; mais on voit pour ainsi dire les contractions et les dilatations dé cet organe dans les chauve-souris. | > D'HISTOIRE NATURELLE. 305 - 110. Le rallentissement de la respiration et de la circula- - tion se trouve surtout caractérisé par la lenteur avec laquelle À le sang coule de l'artère coupée d'un animal engourdi et par la couleur de ce sang qui se rapproche beaucoup de celle du sang veineux. Je n’ai point examiné les différences que peut présenter la composition chimique de ce fluide dans l'état de veille et dans celui d'engourdissement. 120, L'exercice de la sensibilité et de l'irritabilité paroît se perdre pendant les léthargies profondes et ne peut être rappelé que par une excitation trés-forte, telle que celle que produit, par exemple, l'action du fluide Rs ob dé- veloppé par la pile de volta. | 130. Les sécrétions ne sont pas arrêtées, mais boss moins abondantes, vu la diminution légère qui se remarque alors dans le ids de l'animal. Aprés avoir observé dans le hérisson, la chauve-souris, le lérot et la marmotte, la plupart des phénomènes de la lé- thargie, j'ai dà rechercher les circonstances particulières qui pouvoient expliquer cet état. Mais pour acquérir des données précises à cet égard, il eut fallu préciser ces phénomènes dans les animaux léthargiques de tous les climats, observer ce qu'ils pouvoient avoir de commun, disséquer les animaux aux deux époques dagsommeil et de la veille, et comparer alors leur structure, non-seulement entre eux, mais encore avec les espèces des mêmes genres, qui vivant sous des la- ' titudes différentes sont ou ne sont pas léthargiques. H seroit méme bon de savoir si les animaux qui éprouvent cette tor- peur dans nos climats, y sont encore sujets en passant sous des latitudes plus rapprochées de léquateur. Au lieu de Ae s à 39 306 ANNALES DU MUSÉUM toutes ces observations qu'il eut été si essentiel de réunir, les miennes ne portent que sur les quatre espéces que j'ai déjà nommées, et je vais choisir parmi les circonstances par- ticuliéres de leur organisation, celles qui distinguant l'animal d'été de l'animal. d'hiver, peuvent avoir quelque rapport avec l'engourdissement de cette derniére époque. Les con- séquences que je déduirai de ces faits anatomiques ne sont rigoureusement applicables qu'aux espéces que j'ai observées par moi-même, mais je crois qu'elles peuvent:s'étendre au plus grand nombre des animaux léthargiques qui vivent dans les pays froids. Car la léthargie observée par Bruyére dans les tanrecs à leur passage sous la ligne, pourroit bien étre d'un autre ordre que celle de la marmotte et du boback. Les systémes osseux, musculaires et nerveux des mam- mifères léthargiques ne présentent rien de particulier. Il suf- fira de remarquer que chez eux, les côtes sont en général ` plus fortement attachées au sternum que dans les autres qua- drupédes de méme volume. Les mouvemens d'abaissement et d'élévation de ces os sont en conséquence plus bornés et moins visibles surtout à l'époque de la léthargie. Les muscles sont petits; sur la fin de l'automne et pendant l'hiver, ils sont comme comprimés par -la graisse. J'en excepte cependant les muscles peetoraux des chauve-sougis qui sont organisés pour le vol. Le systéme nerveux est au contraire ie térel loppé, quoique le cerveau soit petit suivant So ing. J'ai apprécié ce développement du système nerveux à la simple ' vue sans chercher à mesurer le diamétre des nerfs, compa- rativement avec d'autres animaux d'un volume à peu prés - égal. Cette dernière manière d'estimer leur volume doit sou- * = *D’HISTOIRE NATURELLE. 307 vent induire en erreur; car ceux qui ont un peu l'habitude de manier le scalpel savent tous avec quelle promptitude ces nerfs se dessèchent et diminuent conséquemment de diamétre, par l'action de l'air et méme par celle des mains de l'anatomiste. | Les mammifères léthargiques que j'ai observés ont la peau épaisse et très-dense. Le tissu cellullaire subjacent adhère fortement au derme qui devient très-roide en se desséchant, et se ramollit difficilement ensuite par la macération; obser- vations que Pallas a faites aussi sur l'organe cutané du bo- - back et du hamster. La peau de tous les dormeurs recoit en général un grand nombre de filets nerveux; les vaisseaux «qui rampent à sa face interne sont presque capillaires; le diamétre de ceux des émité t très-petit, tandis qu'à l'intérieur ‘ce diamètre est. proportionnellement plus grand que chez tous les autres animaux. Vers la fin del'été, . la graisse sous-cutanée abonde dans le loir, la chauve-souris, le hérisson et la marmotte; cette graisse paroit transsuder à travers la peau et l’enduit d'une espèce de vernis qui em- pèche la transpiration déjà très- difficile et ne contribue pas peu à l'embonpoint excessif qui se développe quelque temps aprés. Ce vernis ou liniment onctueux pourroit être comparé à celui qu'on observe chez les nègres, et peut-être doit-il plutôt son origine à une sécrétion particulière qu'à la trans- . sudation de la matière sébacée. - ^ ! La poitrine des dormeurs est proportionnellement plus petite que celle des mammifères de méme grandeur qui ne sont pas léthargiques. Pendant l'engourdissement, la capa- cité de cette cavité se trouve diminuée encore lorsque le Jo * , 308 ANNALES DU MUSÉUM corps est roulé en boule. Au printemps les poumons rem- plissent la poitrine dans le hérisson, la marmotte et la chauve- souris; ils sont libres chez ce dernier animal et sans aucune adhérence, tandis que ceux des oiseaux sont fixés aux cótes voisines. Dans le hérisson, le poumon gauche est d'une seule piéce, le droit est divisé en trois lobes et en a cinq chez la . marmotte. Le coeur est situé au centre des poumons, et re- couvert par un de leurs lobes. Le péricarde est d'une tex- ture peu dense. Le thymus qui généralement est assez déve- loppé chez les dormeurs, est situé à la partie supérieure de la poitrine au-dessus du cœur. Cette glande ne devient un peu volumineuse qu'aux approches de l'hiver; pendant le printemps et pendant l'été, elle est si mince qu'elle ne paroit dans la chauve-souris que comme un paquet de fila- mens rougeûtres. Elle est plus apparente dans le hérisson et plus encore chez la marmotte où elle semble être moins une glande seule que plusieürs points glanduleux réunis par un tissu cellulaire trés-làche. Les animaux qui m'ont fourni ces observations ont été disséqués depuis le mois d'avril jusqu'en aout et je les ai retrouvées constantes sur deux chauve-souris, quatre hérissons et sept marmottes. Deux de ces derniéres à la vérité ont été disséquées pendant l'hiver, mais elles étoient apprivoisées depuisl'année précédente et n ’avoient pas dormi de toute cette saison. Mais vers le milieu de l'automne les or ganes contenus dans la poitrine éprouvent des changemens véritables; à cette époque une grande quantité de graisse très-compacte s'est amassée sous le sternum, sur la ligne- médiane et tout autour du péricarde et des gros vaisseaux; l'intervalle compris entre les deux médiastins en est rempli. D'HISTOIRE NATURELLE. 309 Le thymus de la chauve-souris occupe presque alors la moi- tié de la poitrine et il envoie au péricarde des appendices qui sentremélent avec les gros vaisseaux. Dans le hérisson le thymus devient également trés-gros; il se prolonge jusqu'au dessous de la crosse de l'aorte et s'étend à la partie posté- rieure du cou en longeant le bord supérieur de l'omoplate. Cette glande devient plus considérable encore dans la mar- motte léthargique. Je disséquai en décembre 1806 celle qui étoit morte dans la premiére expérience que j'ai rapportée. Cet animal, ainsi qu'on l'a vu, étoit engourdi à + 60,25, avant d'entrer dans le manométre. Je trouvai le tissu des poumons trés-gras; en les coupant avec le scalpel, on voyoit couler l'huile animale qui étoit tellement abondante qu'elle devoit géner la circulation du sang dans cet organe. Le thy- mus étoit également gorgé de graisse;il occupoit toute la partie antérieure de la poitrine, depuis les clavicules jusqu'à la base du cœur. Il embrassoit et paroissoit comprimer l'aorte à sa sortie du péricarde; des prolongemens de cette méme glande accompagnoient l'aorte descendante jusqu'à sa divi- sion eniliaques ;ils occupoient les deux côtés de l'artére qu'ils “ tenoient comme emboités dans une espèce de rigole (1). Dans les marmottes que je disséquai le 25 février, le 7, le 15 et le 20 mars 1806, ces prolongemens étoient de moins en moins volumineux et se tenoient déjà à quelque distance de l'artére dans le deuxiéme animal. Ils n'étoient presque plus sensibles dans unè marmotte que je disséquai le 15 mai de la (1) Je fis cette première dissection conjointement avec M, Provencal qui s'est eccupé depuis lors de divers travaux sur la respiration, 310 ANNALES DU MUSÉUM méme année, non plus que dans celles que j'examinai l'hiver Suivant et qui étoient apprivoisées avant leur mort. Une grande quantité de vaisseaux qui s'entrecroisent en tout sens se distribuent aux prolongemens thymiques; ces vaisseaux proviennent des intercostales, tandis que ceux du thymus dérivent de la thyroidienne inférieure. La sous-clavière droite, la sous-claviére gauche, la carotide primitive du même côté étoient recouvertes par le corps même de la glande. Tous ces vaisseaux, ainsi que ceux de la poitrine et du bas- ventre sont trés-développés chez les dormeurs. J'observai dans le méme animal deux autres glandes très-volumineuses et d'une structure analogue à celle.du thymus, quoiqu'un peu moins vasculaire. Ces glandes étoient placées sur la poi- trine et occupoient toute la surface interne du muscle grand- pectoral. Des glandes semblables trés- grosses se trouvoient en devant et sur les parties latérales du cou. Toutes envoyoient des appendices aux glandes subaxillaires qui se réunissant de leur cóté aux prolongemens du thymus, ne faisoient avec ce dernier organe qu'une masse glandulaire continue. Cette masse s'observe dans la chauve-souris, le hérisson, le lérot et la marmotte, mais elle ne se retrouve point dans les rats non léthargiques. Les glandes qui la composent et le thymus surtout reçoivent une grande quantité de nerfs. Le plexus pulmonaire est très-petit au lieu que la branche fournie par la huitième paire pour la formation du plexus-cardiaque est trés-forte. Le nerf diaphragmatique du hérisson et de la marmotte provient de la quatriéme et de la cinquiéme paires cervicales, et présente une grosseur ree Au moyen de l'appareil glanduleux que j'ai décrit et qui D'HISTOIRE NATURELLE. 317 s'aperçoit souvent très-peu, lorsqu'on attend le printemps pour disséquer les mammifères léthargiques, les poumons se trouvent relégués dans la partie postérieure de la poitrine; ils y sont tellement comprimés qu'en les insufflant on ne peut guère alors les faire parvenir à plus du tiers de leur volume ordinaire. Le cœur ainsi que les gros troncs sont gonflés par le sang qui paroit presque y étre en stagnation. Les artéres et les veines du bas- ventre sont alors également gonflées, et paroissent comme injectées. Les vaisseaux du cerveau dont le diamètre est petit proportionnellement à celui des vais- seaux des autres cavités, ne m'ont jamais paru remplis à la manière de ces derniers. E’organisation de-la poitrine varie chez les autres dormeurs quant aux prolongemens thymiques que Fon ne retrouve point dans le hérisson et dans la chauve- souris; mais leur léthargie est aussi moins profonde et d’une durée bien moins grande que celle de la marmotte. Scheuchzer a décrit avec beaucoup d'exactitude les organes abdominaux de ce dernier animal; il ne me paroit pas ce- pendant, non plus que les autres anatomistes, avoir suffisam- ment.insisté sur les différences que ces organes présentent en les examinant en été et en hiver. Je tàcherai de les faire mieux sentir dans la description qui va suivre, et je noterai en méme temps les rapports que les autres dormeurs peuvent avoir à cet égard avec la marmotte. En ouvrant le bas-ventre de ce dernier animal, ‘et au-dessous des museles abdomi- naux, depuis la partie inférieure des cartilages des fausses côtes, jusqu'à la partie antérieure du pubis, on trouve de chaque cóté une bande graisseuse, épaisse d'environ deux lignes, qui va s'unir à la masse graisseuse dans laquelle les 312 ANNALES DU MUSÉUM reins sont logés. Au printemps, et dés le commencement du mois de mars, ces amas de graisse ont presque totalement disparu. i .-. Le grand épibloon de la marmotte est: trés-étendu; il s'at- tache à toute la grande courbure de l'estomac et vers hy- pochondre gauche par différentes bandes unies entre elles. De toutes les parties de cette grande courbure, il part d'autres bandes graisseuses qui vont tapisser la paroi postérieure de l'estomac et s'unir aux paquets graisseux qui enveloppent le colon transverse. La partie droite de l'épiploon est beaucoup plus étendue que la partie gauche; dans l'état naturel une portion de l'estomac ainsi que la moitié inférieure du grand lobe du foie sont recouvertes par la partie droite du grand épiploon. Celui-ci a chez la marmotte deux feuillets graisseux qui entourent les intestins Ces feuillets n'existent pas à la vérité dans la chauve-souris, le hérisson et le lérot, mais ils sont remplacés par des morceaux de graisse disposés çà et là le long du conduit intestinal, On trouve encore dans la mar- motte deux autres épiploons qui naissent de chaque côté de la partie supérieure des reins. Inférieurement ils soutiennent les testicules et se réunissent au-devant de la colonne uu nière où ils sont moins épais. . Tous ces différéns épiploons sont excessivement gras aux approches de hiver, mais au printemps toute la graisse a disparu; dans la marmotte que je disséquai au moins de juin 1806, les épiploons eux- mémes étoient à peine visibles tant à la; parue antérieure de l'abdomen que vers les reins, Cet animal mangeoit cependant d'un bon appétit depuis prés de trois mois, : D'HISTOIRE NATURELLE. 313 Le grand épiploon descend trés-bas dans le hérisson et dans la chauve-souris. Ce dernier animal est couvert d'une couche de graisse d'environ deux lignes d'épaisseur dans la moitié inférieure du corps. Les épiploons rénaux n'existent point dans ces deux animaux, mais pendant l'hiver toute la colonne épiniére est tapissée à sa face interne, d'une graisse épaisse et tenace que l'on ne retrouve plus au printemps. L'estomac du hérisson, du lérot, de la chauve-souris, mais surtout celui de la marmotte sont beaucoup plus petits en hiver qu'en été, ainsi qu'on peut sen convaincre en les in- suflant fortement. Pendant l'hiver l'estomac repose sur un matelas graisseux qui presse contre le diaphragme; alors il est comme replié sur lui-méme, et les ouvertures pilorique et cardiaque sont trés-rapprochées. Il est rempli à la méme époque d'une liqueur blanchätre onctueuse, assez épaissie et adhérente aux parois de la membrane interne. Cette membrane dans l'estomac et les intestins gréles est trés-épaisse par la graisse qui diminue leur cavité de plus de moitié; en outre ces intestins sont vides et retirés sur eux-mémes. Les excrémens s'amassent en petite quantité dans le rectum qui n'en expulse plus aucun pendant plusieurs mois. Le mé- sentére est également fort gras; les vaisseaux qui s'y distri- buent sont, ainsi que ceux du reste de l'abdomen, trés-grands et remplis d'un sang dont la couleur ngjrâtre est à peu près la méme dams les artéres et dans les veines. La plupart de ces vaisseaux et la veine-porte surtout, sont accompagnés de cannelures graisseuses qui ne peuvent que rallentir beau- coup la cireulation. Le mésocolon et le mésorectum sont aussi trés-gras; on remarque dans l'intérieur du cœcum, ainsi 18. à 40 “314 ANNALES DU MUSÉUM que dans son appendice dont le diamétre est de 0,064 à. 0,072 mètres, plusieurs petites bandes qui par leur contraction peuvent servir à rapprocher les parois de l'intestin. Le foie, la rate et les reins sont également enveloppés de graisse chez tous les dormeurs et surtout chez la marmotte. Il reste maintenant à examiner comment la structure par- ticulière que j'ai reconnue dans les mammifères léthargiques peut rendre raison de leur engourdissement hivernal. On doit dvoir remarqué que les principaux phénomènes de cet engourdissement se rapportent aux fonctions de l'organe respiratoire. C'étoit donc là que devoient se porter les re- cherches de l'anatomiste, et il y avoit d'autant moins de mérite à avoir cette idée que M. Cuvier avoit dit depuis long-temps, page 281 de son Tableau élémentaire d'Hist. naturelle, que le thymus et d'autres glandes diminuent la capacité de la poitrine dans les mammufères léthargiques. Mais comme ces glandes sont peu apparentes en été, et que, selon toute apparence, les dissections des mammifères dor- meurs ont toujours été pratiquées à cette époque, il faut s'étonner un peu moins de ce que cette idée n'a pas reçu le développement que commandoit le nom de son auteur. Ce- pendant il m'a paru toujours assez naturel que la léthargie existant en hiver, l'organisation qui en est la cause düt aussi étre recherchée dans cette saison. | Je crois utile de rappeler avant tout que les phénomènes dela respiration sont de deux sortes, mécaniques ou chi- miques. Les premiers sont relatifs aux mouvemens d'éléva-. tion ou d'abaissement des côtes, à ceux du diaphragme, au développement et au resserrement des vésicules aériennes in ñ -— 9 ` D'HISTOIRE NATURELLE. $ 315 des poumons, et à l'entrée et à la sortie de l'air, qui sont finalement le but de tous ces mouvemens. Les phénomènes chimiques se rapportent aux altérations diverses que l'air éprouve dans l'organe pulmonaire et aux changemens de composition qu'il introduit dans le sang. Il ne faut pas ou- blier non plus que le cerveau, le cœur et les poumons sont dans les animaux à sang chaud, les trois centres oü vient ‘aboutir tout ce qui se rapporte à la vie. Quand l'un de ces centres cesse d'agir, l'activité des autres diminue dans la méme raison; et lorsque l'action de l'un des trois est rallen- tie, l'action de ceux qui restent l'est aussi d'une maniére iné- vitable. Ces principes incontéstables une fois posés, donne- ront l'explication de tous les phénoménes de l'engourdisse- ment hivernal lorsqu'on voudra comparer ces phénoménes avec l'orgamisation de la poitrine, du bas-ventre et de la peau des mammiféres dormeurs. T Ces animaux sont trés-diposés à l'obésité par la nature même de leur tissu cellulaire. On voit également les hommes qui ont ce tissu trés-làche devenir extrêmement gras; la graisse se ramasse alors sous le sternum, dans la duplicature de la plévre, autour des bronches, du cœur et des gros vais- seaux, et de la méme manière à peu prés que ous l'avons vu pour les marmottes. Les individus ainsi disposés ont la respiration pénible et les mouvemens très-lents; ils se livrent difficilement au travail et éprouvent continuellement un grand besoin de dormir. Les — qui leur ressemblent beaucoup à cet égard sentent à époque de leur plus g osrand embonpoint une certaine plénitude qui les porte à chercher- le repos dans un lieu à l'abri des injures de l'air. Mais par jo * 316 ANNALES DU MUSÉUM l’organisation particulière de leur peau, leur obésité est bien plus considérable que ne peut l'être celle de tous les autres animaux. L'organe cutané qui entretient toujours une grande sympathie avec les poumons, est pourvu chez les dormeurs de beaucoup de nerfs et se trouve par conséquent plus sus- ceptible de recevoir la première impression du froid. Ce froid est le premier agent du sommeil hivernal; il crispe les vais- seaux cutanés de la méme manière à peu prés que cela ar- rive aussi chez l’homme, mais par des froids beaucoup plus rigoureux. Alors l'abord du sang aux extrémités se trouve retardé; le fluide qui devoit y parvenir refluant ensuite dans les grandes cavités, commence déjà à y rendre la circulation plus pénible, et cela se fait d'autant plus aisément que les moyens d'excitation qui s'opposeroient à l'action débilitante du froid deviennent de plus en plus rares; car toutes les causes d'affoiblissement semblent naitre aux approches de l'hiver. Lorsque les mammiféres léthargiques sont retirés dans leurs terriers et qu'ils en ont fermé soigneusement les ou- vertures, l'action stimulante d'une atmosphére souvent re- nouvelée n'existe méme plus pour eux; ils sont à cet égard comme les prisonniers qui renfermés en grand nombre dans une chambré étroite ou séparés dans des cachots o où l'air ne circule point, éprouvent une somnolence qui est presque habituelle. | : Cette somnolence qui doit étre le-premier degré de l'en- gourdissement des mammifères léthargiques, diffère sans doute très-peu du sommeil ordinaire. On se rappelle que cet engourdissement n'arrive pas tout d'un coup, comme feroit par exemple celui qui succéde dans l'homme à une attaque D'HISTOIRE NATURELLE. 317 d'apoplesie. II ne faut pas oublier non plus que la position . circulaire que les mammifères prennent tant dans leur som- meil que dans leur léthargie, doit concourir efficacement à décider les premiers degrés de celle-ci. Alors les clavicules, les premiéres cótes et le sternum s'appuient contre la partie antérieure du cou, de maniére à empécher l'arrivée du sang à la téte et à comprimer la trachée. Cette compression est beaucoup plus forte en hiver qu'en été, parce qu'alors les. viscéres abdominaux sont aussi plus volumineux et plus densés. Ces viscéres compriment également le diaphragme déjà géné par la graisse de la poitrine; ils le repoussent en en haut et tendent ainsi à diminuer la cavité thorachique. Cette seule circonstance de position rend plus difficile l'entrée de l'air dans les poumons, elle diminue l'activité de ces or- ganes et contrarie l'abord du sang au cerveau. Mais d'un autre cóté les poumons sont pressés par le thymus devenu trés-volumineux et par les amas de graisse qui existent entre les médiasuns, sous le sternum, etc. Dans cet état de choses, ces organes dont la capacité n'est plus la méme que pendant été, en raison de la graisse interposée entre A vésicules aëriennes, ne reçoivent plus toute la quantité d’air néces- saire à la sanguification. Leur action devient d'autant plus foible, que vu le peu de nerfs qu'ils reçoivent, ils nesont pas en état de résister aux causes mécaniques qui tendent à les empêcher d'agir. Le sang retardé dans son cours par le dé- veloppement des prolongemens thymiques et par la position orbiculaire de l'animal, ne parvient pas au cerveau en assez grande quantité et ne lui imprime plus la méme secousse qu'à l'ordinaire. Par là s'affoiblit le mouvement de ce dernier 318 | ANNALES DU MUSÉUM : organe; ne portant plus la méme influence sur les muscles intercostaux, leur action s'interrompt et la respiration ne se fait. plus qu'au moyen du diaphragme dont les nerfs sont pour cette raison trés-volumineux. Jusqu'ici cependant les phénoménes mécaniques de la respiration sont presque les seuls lésés; l'engourdissement proprement dit n'existe pas encore. Le systéme général des organes ne doit changer d'habitude d'étre que lorsque les phénoménes chimiques de la respiration seront altérés à leur tour. Mais par la persis- tance de l'embarras des phénomènesmécaniques, l'action des poumons continue à décroitre. Le sang ne se combinant plus avec une quantité suffisante d'air, ne devient pas compléte- ment artériel; ce fluide en abordant au cerveau, ne l'excite donc plus au méme degré que par le passé; la sensibilité et la locomotion que ce viscére tient sous sa dépendance im- médiate se trouvent presque interrompues; le cœur qui déjà recevoit des poumons une quantité moindre de sang, admet dans son ventricule droit un fluide de nature peu stimulante ; cet organe y a perdu une partie de l'influence cérébrale, et n'agit plus 4 la méme maniére; la circulation paroit bornée dans l'intérieur des grandes cavités; le peu de chaleur pro- duite par l'action pulmonaire y reste concentrée. Le sang n'abondant plus en méme quantité dans toutes les parties du corps, ne produit pas des émissions assez fortes de calo- rique en passant à l'état solide; dépourvu d'une partie des principes qui peuvent entretenir l'irritabilité , il ne porte plus dans les muscles le mouvement et la vie; les extrémités sur- tout deviennent roides et froides, et leur température est loin d’être la même que celle de l'intérieur de l'animal, — | D'HISTOIRE NATURELLE. 319 On sent assez, sans quil soit besoin de le dire, que ces phénoménes augmentant progressivement pendant quelques jours, et que le sang rouge se rapprochant de plus en plus des caractères du sang noir , la mort arriveroit nécessairement, si les causes qui ont rallenti l'action de l'organe pulmonaire persistoient avec le méme degré d'énergie. Mais pendant le temps qui vient de s'écouler, toutes les fonctions n'ont pas été tellement suspendues que l'animal n'ait eu besoin de réparation. Quelques sécrétions ont continué à se faire et la transpiration pulmonaire surtout n'a pas été suspendue en entier. C'est à la réparation de ces pertes ainsi que de toutes celles qui se font ensuite pendant lengourdissement, que sont destinés ces amas considérables de graisse que nous ren- controns presque dans toutes les parties du corps; les glandes dont nous avons également remarqué le développement ex- cessif doivent servir au méme usage : car au printemps une partie de leur substance paroit avoir été absorbée, et cela n'a rien d'extraordinaire puisque le thymus disparoit de la méme manière chez les enfans. A mesure que la graisse se dissipe, les mouvemens du poumon deviennent plus libres; ceux du cœur et du cerveau augmentent dans le méme rap- port; et lorsque cette graisse qui remplissoit la poitrine et le bas-ventre, se trouve sur le point d'étre absorbée en entier, lair aborde enfin sans éprouver d'obstacle; la respiration reprend toute son activité; les phénomènes de l'engourdis- sement disparoissent peu à peu, et l'animal se trouve réveillé dans l'état de maigreur où nous l'avons vu. Il est encore, d’après mes expériences, d'autres moyens qui font cesser la léthargie. Ces moyens qui portent une im- 320 : + ANNALES DU MUSÉUM pression directe sur le cerveau, suppléent en quelque sorte à l'excitation que devoit lui fournir le coeur; mais cette ex- citation a besoin d'étre continue, et presqu'aussitót qu'elle a cessé d'agir, l’engourdissement recommence. En décidant au contraire une excitation habituelle, l'état violent où on met alors l animal, consomme Énidehtet ses forces.et pour Tordinaire il périt en peu de jours. Si je me suis expliqué assez clairement, TE dü montrer dans le coürs de ce Mémoire, que l'état hivernal des mar- mottes, des loirs, etc., que l'on appelle ordinairement leur sommeil, est absolument différent du sommeil ordinaire. Pour désigner cet état particulier, j'ai employé avec tout le monde les mots de sommeil hivernal, , d'engourdissement, de léthar- gie, de torpeur, mais le seul nom convenable me — étre celui d'asphyxie incompléte. En effet, pendant ce qu'on appelle improprement sommeil hivernal, les membres de l'animal sont roides; la circulation dtii à peine et n’est sensible que dans les gros troncs; la respiration et la chaleur sont considérablement diminuées; si l'air où l'animal est renfermé ne fournit plus aux poumons l'aliment nécessaire , des mouvemens convulsifs arrivent et ces mouvemens sont bientôt suivis de la mort. Lorsqu'au contraire des stimulans acüfs exercent leur action sur le système nerveug et que l'engourdissement devient moins profond, les animaux va- cillent sur leurs jambes et paroissent comme étourdis. Or, tous ces phénomènes sont autant de caractères de T asphyxie ; dans les mammifères dormeurs le froid commence à la dé- cider, l'organisation de l'animal l'achéve et la soutient au méme degré de manière à ce qu'elle ne soit jamais complète, D'HISTOIRE NATURELLE. 321 . Un froid violent tel que celui de — 15 à 20°, peut, il est vrai, produire aussi des asphyxies chez l'homme, ainsi que les derniéres guerres nous en ont offert plusieurs exemples; mais ces asphyxies sont complètes, elles se décident tout d'un coup, et l'animal meurt s'il n'est promptement secouru. J'ai provoqué, ainsi qu'on l'a vu, des asphyxies de cette espèce chez un hérisson et une marmotte que leur organisation n'avoit pas encore disposés au sommeil hivernal. Je pourrois montrer maintenant jusqu'à quel point ces observations sur l'engourdissement des mammiféres doivent servir à compléter nos connoissances sur la respiration, sur la chaleur animale, et à perfectionner les théories de ces deux fonctions. Je pourrois également en comparant la vie léthar- gique du foetus avec celle de la marmotte, faire voir que la première tient à peu de chose prés aux mêmes circons- tances que la seconde, et j expliquerois par là pourquoi le: thymus dont on ignore encore les usages, n'existe que dans le fœtus et disparoit à mesure que l'animal vit de sa vie propre. Mais les détails. que nécessiteroient ces différentes explications m'entraineroient trop loin du but que je me suis proposé dans ce Mémoire. Quoique les observations qu'il renferme aient été faites avec soin, et que les conséquences que j'en ai déduites ne soient que l'expression la plus géné- ` ralé des faits observés, je sens plus que personne combien mon travail laisse à désirer encore pour donner une solution satisfaisante de ces importantes questions. : 18. 41 322 "ANNALES DU MUSÉYM SUR DES GRENATS DE FINLANDE. PAR M. LAURENT-PIERRE DE JUSSIEU. Poy les nombreuses objections que l'on a voulu opposer à la théorie cristallographique de M. Haüy, mais que luni- formité et la précision de ses résultats réfutent tous les jours avec tant de succès, il en est une que quelques savans ont proposée, sans réfléchir au peu de fondement dont elle est soutenue, Ils se sont appuyés, pour nier la possibilité des dé- croissemens, sur ce que les faces secondaires des cristaux présentent souvent un éclat aussi brillant et jouissent d'une réflexion aussi parfaite que si elles étoient exactement planes, quoique, dans l'hypothèse du décroissement, elles dussent étre hérissées d'une foule d'aspérités, produites par les angles solides ou par les arétes saillantes des molécules. Une telle objéction tombe d'elle- -méme : : car, pour peu que lon y réfléchisse, on verra que, si elle étoit fondée, elle tendroit à prouver méme l'impossibilité d'un miroir quelconque., En effet, lorsqu'on polit le verre, est-il concevable que le sable ou les autres matiéres dont on se sert à cet effet puissent le frotter et Puser sans laisser sur sa surface des traces de leur passage, et sans le sillonner, pour ainsi dire, en tous sens? Le travail de l'artiste, en ce cas, consiste simplement à briser D'HISTOIRE NATURELLE. 323 et atténüer les. parties raboteuses du verre, et à les rem- . placer par de nouvelles aspérités infiniment petites et insen- sibles à nos organes, mais qui n'en seroient pas moins suffi- santes pour disperser de tous côtés les rayons lumineux, si la réflexion étoit produite par le choc de la lumière sur le corps réfléchissant. Remarquons même que dans les aspérités des faces secondaires des cristaux, ilexisteunesymétrie etune sorte de régularité, qui, dans cette hypothèse, seroit plus favorable à la réflexion que les inégalités sans ordre et dirigées en tous sens de la surface polie par la main de l'art. Le lapidaire, en taillant une: pierre ou un cristal quelconque, opposeroit en quelque sorte un nouvel obstacle à la réflexion, puisqu'il substitueroit.à des inégalités régulières, qui du moins réflé- chiroient toutes la lumière dans le même sens, des aspérités sans nombre et sans ordre qui devroient nécessairement la disperser de toutes parts en rayons divergens. Mais, au con- traire , le verre poli et les pierres taillées, dont les parties ra- boteuses ont été brisées et infiniment atténuées, réfléchissent les rayons lumineux avec autant de régularité que d'énergie. Ce sont de semblables considérations qui ont fait penser à Newton qu'on pouvoit expliquer ce phénomène en disant : que la réflexion: n'est point produite par le choc des rayons de la lumière sur les corps, ou par un point particulier du corps réfléchissant, mais par quelque puissance de ce corps uniformément répandüe sur toute sa surface, en vertu de laquelle il agit sur le rayon, sans le toucher immédiatement j mais à une petite distance (1). On concevra sans peine ac- ^ (1) Optice Lucis, lib. III, par. ILE, prop. VIIL 41 * 324 ANNALES DU MUSÉUM tuellement, que les molécules qui composent les aspérités des faces scores des cristaux, étant presque infiniment petites, ne peuvent pas plus être un obstacle à la réflexion que les inégalités d’un miroir ou d’une pierre élaborée par r artiste. Il est cependant des cas oü la cristallisation , agissant comme par des groupes de molécules, présente des surfaces trop inégales peur réfléchir les rayons lumineux aussi par- faitement; mais c'est alors pour offrir une preuve nouvelle, plus süre et irrécusable de la possibilité et de la réalité des décroissemens, ainsi que nous le verrons dans un instant. On a rencontré quelquefois des cristaux , surtout dans l'es- pèce du grenat, dont les faces produites parlesdécraissemens laissoient apercevoir de légères stries, suffisantes à la vérité pour guider le cristallographe dans ses recherches, mais qui pouvoient paroitre à un œil moins exercé le simple effet de quelque force perturbatrice , ou d’une cristallisation un peu confuse. Ceci ne pouvoit point étre une preuve assez con- vaincante pour les personnes qui n'ont pas approfondi cette intéressante théorie, et qui n'ont pas,été à portée d'admirer la conformité et l'exactitude de ses nombreux résultats, qui tous s'accordent pour en démontrer la vérité et que l'on n'a jamais lieu d'attendre d'un système quelconque fondé sur de simples suppositions, ou sur des principes arbitraires. D'un autre côté, les modèles en bois, dont se sert M. Haüy pour représenter les décroissemens, faisoient bien entendre ce que c’étoit que des décroissemens, mais ne suflisoient point pour prouver à ces mémes personnes que ce fut en effet ainsi qu'agit la nature en formant les cristaux, et que toutes ces nombreuses modifications d'une seule espèce partissent D'HISTOIRE NATURELLE. nx. d'un méme point, d'une seule forme. Elles ne retrouvoient pas sur les faces polies et éclatantes des cristaux, ces superposi- tions de lames, dont on leur avoit montré la grossiére imita- tion, et qui décroissent avec celte symétrie et cette unifor- mité rigoureuses capables d’être soumises aux'régles du fab eul le plus précis. Enfin M. Haüy possède ete hui deux morceaux que la nature semble avoir produits tout exprès pour confirmer la vérité de cette belle théorie. Ces morceaux sont deux grenats découverts en Finlande, dans une roche de mica schistoide, par M. Fourman, oflicier des mines, et minéralo- giste d’un mérite très-distingué, qui s’est empressé d'en faire hommage à M.-Haüy à qui la nature sembloit les avoir des- tinés. M. Fourman les remit à S. E. le comte Romantzow, chancelier de l'Empire de Russie, qui les fit passer à M. Haüy par l'entremise de S. E. le prince Kourakin. Sa satis- faction fut sans doute plus grande que sa surprise en voyant ces cristaux. Ils n'avoient en effet rien de surprenant pour lui ni pour tous ceux qui ont adopté la théorie, mais ils de- voient lui paroitre d'un prix infini en les considérant comme une preuve évidente, comme une démonstration synthétique, pour ainsi dire, des vérités qu'il avoit avancées et prouvées déjà par le raisonnement et par le calcul. Aussi ne les montre- t-il jamais sans témoigner sa reconnoissance de la généresité de M. Fourman et sans apprécier sa délicatesse qui lui a fait penser, ainsi qu'il le dit lui-méme dans la lettre qui accom- pagnoit ces grenats, qu'il doubleroit le prix de son présent en le faisant passer par les mains de S. Excellence. Ceux qui ont vu les modèles en bois des cristaux, dont se - 326 ANNALES DU MUSÉUM sert M. Haüy dans les séances de ses cours pour représenter - les décroissemens, peuvent se faire une idée de l'aspect qu'of- frent ces cristaux. L'un d'eux (fig. 2 ) présente la forme de la variété émarginée, dans laquelle le décroissement comme on saiti atteint pas sa limite. Sur chacune des faces secondaires n,n, produites par le décroissement B , on distingue (et pres- que assez clairement pour en compter le nombre) les lames de superposition appliquées sur les faces du dodécaédre pri- mitif (fig. r), et ces dernières se montrent poe nettes et éclatantes aux endroits oü le décroissement n'est pas parvenu à son terme. _ Le second ( fig. 3) appartient à la variété trapézoidale et présente le méme phénoméne que.le précédent. On distingue également et aussi parfaitement, sur chacun. des quadrila- tères, les cannelures formées par les lames superposées sur les faces rhomboidales de la forme primitive, et situées, comme elles doivent l'étre, dans le sens de la re diago- nale zs des faces secondaires, ainsi que le représente la fi- gure (1). Ces cristaux enfin offrent plutót l'aspect d'une ébauche que d'une cristallisation achevée. La nature, qui met. ordinairement tant de perfection dans son travail, qui semble vouloir cacher les causes sous fe fini des résultats, s'est trahie elle-même cette fois, et paroit avoir élaboré ses * me (1) M. Haüy possédoit déjà un cristal de la méme substance, que j'ai vu dans sà collection, et qui a quelque rapport ávec ceux dont je viens de parler, On y "distingue assez nettement la marche du décroissement, mais il est bien loin dela démontrer aussi clairement que les derniers. Il fut donné dans le temps à M. Haüy bar M. Boissier, recteur de l'Académie de Genève, D'HISTOIRE NATURELLE. 327 productions avec moins de soins, comme s'il n'étoit au temps de se cacher. à J'ai cité des cristaux qui laissoient entrevoir des idco de leur structure : il ne faut point les confondre avec ceux dont nous parlons. Il n'est plus possible ici d'attribuer l'aspect particulier qu'offrent ces cristaux à aucune autre cause qu'à la véritable; il faut enfin se rendre à l'évidence, et personne ne pourra se plaindre cette fois de la difficulté ou delobs- - curité de la démonstration; elle: est intelligible pour tout le monde. Il n'est besoin d’être ni physicien, ni géomètre, pour concevoir que ces lames superposées décroissent du moment qu'on les voit former une sorte d'escalier, si je puis mex- primer ainsi, et présenter de l'une à l'autre une surfacé moins étendue, jusqu'à ce qu'enfin elles se trouvent réduites à la dimension d'une simple molécule, ainsi que cela a lieu dans la variété trapézoidale. Il est également facile de remonter au dodécaèdre primitif, en décomposant en quelque sorte la forme de la variété émarginée, où l'on distingue douze faces rhomboidales parfaitement nettes et éclatantes, que l’on peut rapprocher par la pensée, jusqu'à ce qu'elles se rejoi- gnent sur leurs arétes, en faisant disparoitre les lames super- posées qui donnent naissance aux facettes secondaires. Enfin, comme nous l'avons dit plus haut; la nature en formant ces cristaux paroit avoir employé, au lieu de molé- cules extrémement tenues et insensibles à nos organes, des molécules d'un volume plus considérable, ou pour mieux dire, des groupes semblables de molécules capables de tom- ber sous nos sens, et qui ont décelé sa marche ordinaire qu’un œil habile avoit découverte d'avance. Car on ne peut 328 ANNALES DU MUSEUM disconvenir que sil en est ainsi du grenat, toutes les autres substances minérales doivent être dans le même cas. La marche de la nature est toujours uniforme; elle ne produit rien au hasard. Je profiterai de cette circonstance pour donner la démons- tration d’une propriété du rhomboïde obtus, que M. Haüy avoit d’abord crue particulière à celui de la chaux carbona- tée, mais qu'il a reconnue depuis être générale à toutes les fornies de ce genre, et qui peut s'appliquer au grenat. Elle consiste en ce que : Tout rhomboide obtus peut produire ; en vertu d'un décroissement qui agiroit sur ses bords in- férieurs , un dodécaèdre à triangles scalènes , dans lequel la plus petite incidence de deux faces, prises vers un méme sommet , soit égale à langle plan obtus du rhom- boide primitif. Ft cela-a lieu toutes les fois que les deux faces secondaires dont nous parlons sont perpendiculaires sur le rhombe (1). 4 En effet ,soit as (fig. 4) lerhomboide primitif, pdf et paf les deux faces du dodécaèdre secondaire dont l'incidence est égale au grand angle dfg du rhombe dfgs. Ayant mené la moitié de la grande diagonale du rhombe 47s , si de son extrémité e on éléve sur le prolongement de pf une perpendiculaire e£ , joignant ensuite le point & et le point d, l'angle Zke mesu- rera évidemment la moitié de l'incidence de dpf sur gpf qui est la plus petite de celles des faces situées vers un méme sommet du dodécaèdre; mais, par hypothèse, cette incidence RC Cette More diffère de celle du dodiojidre. méta SA Que en ce que, NS cette dernière, l'incidence analogue à la précédente est égale à celle de oic faces prises vers un méme sommet du rhomboide primitif, + : - ee D oo NATURELLP. | 329 st égale. 5 dfi, done dke est. S ai moitié de. "m p | conséquent € égal ! à lr angled ftié 4 ängle du rhombe; ; donc ] dix. /4. ër le póint fs bored | . - dent,. one. | puisque df est „perpendiculaire sur pk, qf le. sera de méme, et. ainsi toutis, les fois que la propriété dont : Iu ils 'agit a lieu, l'angle pdf o ou Pal est droit, d'où. l'on con- = -cluera que TA triangles pdf e et paj s sont perpindiculsires sı sur le. rhombe df CREE M Cela posé ; Soit ES d 5 ) ui coupe a rosas . prise. par un plan perpendiculaire sur in ‘arêtes df, gs, et TI en méme temps Sur. le rhombe d/ys, dé martiéré que le côté l Jis soit celui qui coincide avec ce rhombe, et ma celui qui est couché sur le rhombe adf. 1l est évident q e les angles ` de ce rhombe donnent là mesure de ceux c T ad - „elles les faces du rhomboide. primitif De SL là perp enc culaire mk abaissée dù point 7m sux lé prolongement de a7 se trouvera. dans. le plan de la face dpf du- dodécaèdre se _condäire et formera avec mh un ah droit égal à Vindi? | dehice dé certe face sur le rhombe p primi itif. Soit zuzo le triangle mensurateur; dans’ lequel. 7o "représente le nombre de ran- gées soustraites dans le.séns de la lárgeur;'et jo le nombre F +de dimensions de molécule anfülogies à al, soustraites ‘dans le Sens de la hauteur. Réduispis ce nombr a ru té ta pelóhs n'le nombre id cisions de molécule contenu dan mo, nous ai au "ohs : Um r 2. 2 air RASE triangle TAS blables mor et mak nous RO US mo a va ‘ma: done 2: rime : * ak: mais ak étan "perpendiculaire hé mk, si nous- prenons. am ; pot I rayon, aks sera égal- äu. cosi- ER nus de l'angle amA, c est-à-dire de la plus petite: incidence $ 43, a * LO Y 2 Le 330 ^ s ANNALES DU MUSÉTM | Ax i f des faces de là forme primitives or, | M. Haüy. avoit démon- tré, à l'article de la théorié pmboide OF que le mp. port du rayon pre dec cet ang e est celui desp agp? nous aurons donc: nl.2pt :g^— —p’; yprenantla valeur de . * ; à viendra, A — ab E ioiak qui signifie. que, lorsque le | cas dont noûs ed a lfeu, le nombre de rangées sous- - - traites par le ‘décroissement est égal au double du carré de la demi-diagonale oblique divisé par la différence. des carrés des deux derhi-diagônales. Dans la chang carbonatée on a, g= = e et = Dai 2; roissement. lieu e 2s qual iét y aA e dans un , variété de cette substance que M. 'Haüy a décrite sous. le nom +." d ascendante (Traité de Minér., tom. 2, p. 156 ). | Maintenant dans. le grenat, on sait que. le dodécaédre 2: dhomboidal" peut être considéré. comme l'assemblage de € ‘quatre rhomboides obtus dé’ 1091 28' 16", dañs chacun des- E quels. trois faces se montrent à l extérieur et les trois ‘autres se trouvent engagées dans l'intérieur 45 solide. En s pehani á onbide g g=: Pay et pus - AR : de fou à alis devient; T = 2°», Cat est-à-dire que le décroissément a. lieu p par deux ran- Ses. ( eos est: réalisé dans la variété bd pira quat : i La m. deos » E upinis Jè lis wo 29 5. MER. SiS to » ^ r z „s de : - «o» "HISTOIRAE, NATURELLE. 331 Haüy appelle triémarginée et que représente. la pewa 58, pl. 46 de son Traité de Minéralogie. € nfin si le parallélipipède devenoit “un cube, ori -aurait alors: g—p,etla forntule- donneroit? » LE, quantité in- Bi; ; ce qui signifie que ce cás seroit le terme de la propriété dont il s'agit, puisqu'al alors les faces secondaires, devrbient: se ‘confondre avec celles de la forme primitive : et l'on conçoit aisément, d’après cela. que, passé ce terme, le rhomboide t venant aigu, elle ne pourroit plus avoir lieu. - M. Haüy en donnant cette démonstration, dans la séance de.son cours où il traita de la chaux carbonatée, annonça qu'il la publieroit dans [m édition de son Traité. Ce- pendant, comme elle peit parpitre fort intéressante à tous ,6eux qui s ‘occupent « de eristallographie, j j ’aipensé que si je la donnois ici d'avance, avec l agrément. de M, Hajy, on ne - l'y verroit pas sans intérêt. Je terminerai c cet article en ajoutant que beaucoup d autres - + „propriétés ,. que M. Haüy avoit crues particulières ! à telle va- 3 riété ðu telle espèce, se trouvent, conime la précédente, gé- a gin par ses nouvelles óbservations. Il en est de plus * un grand ombre qui lai étoient échappées, mais qu'il à . observées depuis "quelque temps. Je ne citerai que celles . qui donnent naissance aux parallélismes, et dont on peut _ voir les détails dans le savant Mémoire que M. Haüy vient de publier dans ces’ Annales, ayant pour titre : Observations sur la simplicité des lois auxquelles « est soumise la struc- ture des eristaux. Ces propriétés sont d'autant plus, remar- quables par leur généralité , qu'elles tiennent uniquement * "+ * * "uc 4 - S i XS * " x m X A > á > À. ; X; i. i : è E * T "T. e ej X z E + inti LES puemuséuu E T [03 2 ks TRE jo "e la structure , « et ne i ad lent en aucune maniére Nr. CN des dimensions « et des s angles de la forme. primitive, puisque les expressions g e et: p > des: demi-diagonales sont entièrement “exclues Pg formu relatives à ces propriétés, Mi: lesquelles ne: renferment q que . les quantités Bn A qu. | représentent les nombres de rangées soustraites | dané les diz er i lois dé décroissemens, dont: là. combinaison : ou la sue. » ` cessipi pl idrent le parallélisme, 9 a T *. ree D'HISTOIRE NATURELLE. 333 RECHERCHES . . Sur les caractères ostéologiques qui distinguent les principales races du Chien domestique. PAR M. FRÉDÉRIC CUVIER.. J E me propose d'exposer les caractères qui distinguent les variétés principales parmi nos animaux domestiqués, et de les comparer à ceux qui distinguent les espéces des genres auxquels ces variétés appartiennent. Mon but dans ce travail est de rechercher des lois plus générales et plus fixes que celles qui sont admises aujour- hui pour l'établissement des caractéres spécifiques. - Je cómmencerai par les caractéres de l'ostéologie, parce qu'ils ont toujours paru des plus importans ; et mes premiéres observations auront pour objet les variétés du genre chien qui appartiennent à un des premiers ordres de la classé des mammifères, et à une des espèces qui ont subi les plus nom- breuses et les plus profondes modifications. Le chien dans son état de nature n'est point connu. Tout porte à croire que l'espèce entiére a été soumise à l'empire de l'homme et que, transportée avec lui sur les différens points du globe; elle a éprouvé toutes les modifications qui 19. 43 : * 334 . ANNALES: DU. MUSÉUM ^ pouvoient naitre des nombreuses influences auxquelles l'ex- posoit d'aussi grands déplacemens. Nous n'avons donc aucun moyen de comparer nos races de chien avec leur type primi- tif, et, par conséquent, d'apprécier exactement les modifica- tions qu'elles ont subies; tout ce qui est en notre pouvoir est de rechercher la race qui a éprouvé les changemens les plus foibles et de la comparer aux autres. Buffon a déjà suivi cette marche , et si nos résultats différent des siens c'est parce que nous avons pu faire entrer dans nosraisonnemens un plus grand nombre de faits, et surtout d'observatious ostéologiques. Il existe des chiens qui sont rentrés dàns l'état sauvage et dont la race, depuis plusieurs siécles, vit dans un parar état de nature. Mes chiens sont peu connus : ils n’ont jamais été figurés ni décrits d'une manière exacte; cependant il est vraisemblable qu'ils ont repris en partie les premières formes deleur espéce, et que la liberté dont ils jouissent depuis si long-temps a effacé la pope desi HRprespions qu'ils devoient à une longue servitude. . = Après ces chiens sauvages, i= est permis . penser que ceux qui se rapprochent le plus de la race primitive sont les chiens de ces pguplades qui, vivant dans un véritable état de na- ture, n'ont pu exercer qu'une très-légère influence sur des animaux imparfaitement soumis qui sont leurs associés beau- coup plus qu’elles ne sont leurs maitres; et à la tête de ces peu- plades sauvages se placent naturellement les habitans de la Nouvelle-Hollande. On sait que ces inalheureux vivent exacte- ment comme des animaux, et que malgré l'inconstance d'un climat souvent rigoureux il n’ont point encore su se vétir ni se construire des habitations. D'HISTOIRE NATURELLE. 335 C'est donc cette race qui nous servira de point de compa- raison pour toutes les autres. Elle est bien connue; elle a été décrite et figurée exactement ; la Ménagerie méme en a possédé un individu pendant Tung années, qui a toujours conservé les caractéres généraux des espèces les plus sau- vages du genre auquel il appartient : ses sens principaux étoient doués de la plus grande finesse et il possédoit à un très-haut degré le sentiment de son indépendance. De la Tarile. Lorsqu'on examine les diverses races de chien on est d'abord frappé de leur différence de taille; et*l'on sait que l'extréme accroissement de quelques variétés, comme la pe- ütesse de quelques autres, ne tiennent point à des vices de conformation, que le plus petit roquet est en ‘général aussi “exactement contoé que le måtin, et qu'il en est de même du lévrier et du dogue de forte race. '- Le chien de la Nouvelle-Hollande que j'ai examiné avoit 8 décimètres de la tête à l'origine de la queue, et sa hauteur au garrot étoit de 26 centimètres; mais les voyageurs: rap portent qu'il en existe une race plus grande. Quoi qu'il en soit, ces chiens-sont d'une moyenne taille comparativehnertt aux nôtres. Daubenton a donné:une table trés-curieuse des dimensions des chiens des principales races, aux détails de laquelle nous renvoyons, croyant superflu de les reproduire ici. Elle fait connoitre de la manière la plus exacte les chan- gemens que les chiens éprouvent dans leur taille et dans leurs proportions; nous nous contenterons: di indiquer les bornes dans lesquelles ces changemens se renferment généralement. har 336 ^ ANNALES DU MUSÉUM : On voit dans cette table un mâtin dont la longueur, mesurée du bout du nez à l'anus, est de » pieds 11 pouces, et la hau- teur, à l'épaule, de 1 pied 11 pouces 6.lignes, Un basset au contraire avoit 2 pieds 6 pouces de long et 11 pouces de haut seulement. On y voit encore un grand danois dont la lon- gueur, du bout du museau à l'anus, étoit de 3 pieds 6 pouces, et un épagneul qui mesuré de méme n'avoit que rr pouces. Des formes de la Téte. Un des caractères les plus frappans des chiens sont dans les formes de la tête. Lorsqu'on regarde de profil la tête du chien de la Nouvelle-Hollande (fig. 1), et qu'on la pose de manière que la ligne des premières molaires soit horizontale, on voit que la partie inférieure de la máchoire d'en bas, dans sa plus grande étendue, est parallèle aux dents; - sa partie antérieure se reléve jusqu'aux incisives, et sa partie postérieure jusqu'à l'apophyse épineuse qui est sur la ligne des dents. Le condyle maxilleire est élevé de quelques cen- ümétres au-dessus des dernières molaires et au niveau du condyle de l'os occipital, la partie postérieure de l'apophyse zygomatique du temporal est un peu au-dessous de la partie antérieure de l'os de la pomette et les fronteaux forment un angle trés- ouvert avec les os du nez. Cette tête étant vue de face, les fronteaux sont relevés sur leur bord extérieur : un enfoncement trés- marqué les sépare au point oü ils se joignent. La longueur du museau, mesuré depuis-le bord extérieur de l’orbite jusqu'aux incisives, est de 80 millimètres et dans la partie la plus étroite de 35 millimètres. Cette partie se trouve à égale distance de la canine et du trousous-orbitaire. * D'HISTOIRE NATURELLE. 335 Les temporaux, dès le point où ils se séparent de leur apo- physe montante, s'arrondissent et se rapprochent pour former la boite du crâne, et le sillon auquel se terminent les crota- phites antérieurement est à peu près à égale distance de lapophyse orbitaire du coronal et de la base interne-an- térieure de l'apophyse zygomatique du temporal. La crète sá- gittale et les crétes temporales étoient EO OPE Mais je ne m'arréterai point à ce caractère qui ne m'a paru soumis à aucune règles il varie dans les individus d'une même- race ‘age n'a sur lur qu'une assez foible influence. + tête du mâtin( fig. IT) est, de toutes nos races de chien, celle qui se rapproche le plus de la tête que nous venons de décrire; toutes les parties y sont dans les mêmes rapports, seu- lement la portion du museau la plus étroite se trouve beau- coup plus rapprochée du trou sous-orbitaire. Le danois ne diffère guère du précédent que par un museau plus large et des arcades zygomatiques un peu plus arquées. Le petit danois, le chien courant, les braques et les bassets ont aussi les plus grands rapports par les formes de la tête avec le mâtin, et par conséquent avec le chien-de la Nou- velle-Hollande : ils n’en diffèrent guère que par des parié- taux plus bombés. Les lévriers s'en rapprochent beaucoup aussi, seulement le museau de ces chiens est plus étroit comparativement à sa longueur et leurs sinus frontaux moins étendus. Lechiende berger (fig. IIT) se rapproche: aussi d'une maniére très-rem arquable par sa tête des races précédentes ; mais il s'en distingue encore plus que les braques et les lévriers par la ca- 338 ANNALES DU MUSÉUM pacité ducráne. Les temporaux ne tendent plusà se rapprocher dés leur naissance; ils s'élèvent d'àbord verticalement et ne commencent as nidi qu à leurpartie moyenne. L'apophyse épineuse est moins élevée, et la ligne inférieure de la mà- choire d'en bas plus droite; le museau est un peu plus large; les -bords des os du front sont très-peu relevés : ils offrent une surface presque plate et l arcade zygomalique est phus arquée de bas en haut. | æ La tête. du chien- loup Bey ie Een à celle du chien de berger, seulement les fronteaux sont beaucoup plus relevés au-dessus des os du nez, et leur bord est si bombé qe als laissent entre eux un sillan assez z profond. sià | tête du ch berger no ii à celles di Se, m ré Pinal (fi To eie. toutes leurs variétés, bien re- ek ai par le grand développement de leurs sinus fron- taux qui font que dans le dernier les os du front forment, pourainsi dire, un angle droit avec ceux du nez. La mâchoire inférieure est aussi trés- recourbée à sa partie postérieure, de sorte quele condyle maxillaire, qui étoit à peu prés sur la ligne des molaires dans les premières races, est dans celles-ci beaucoup au-dessus de ces dents. Les crotaphites s'étendent presque j jusqu à. la partie. postérieure de l'apophyse orbitaire du coronal, ce qui fait que la capacité: du crâne surpasse encore An du chien de berger, i à sa partie antérieure surtout. Ces changemens , quelques considérables qu'ils soient, paroitront; cependant très- -foibles si on les compare à ceux que présente la téte du dogue, et surtout celle du dogue de | forte race. fig. V ). Tl semble que toutes les parties de cette téte ont été repoussées en haut: l'occipüt que nous avons vu; dans D'HISTOIRE NATURELLE. 339 les premières races, assez peu relevé aidas du museau, et à peu près de niveau avec les incisives supérieures, se trouve dans cette tête-ci presque au niveau du front. Ces change- mens paroissent tenir au développement excessif des sinus frontaux. Les mouvemens de ces parues semblent avoir forcé toutes les autres à se porter dans le même sens; d’où il est résulté que la mâchoire inférieure s’est reployée considé- rablement, et que son condyle, quise trouvoit. dans le chien de la Nonvelfe-dicllandie au niveau des dernières malaires , se trouve dans le dogue de forte race de plusieurs centimètres au-dessus. L’apophyse zygômatique du temporal est par la méme cause très-relevée relativement à l'apophyse malaire. Les crotaphites ne s'avancent que jusqu'au bord interne de lapophyse temporale; le museau est „tellement raccourci que sa longueur mesurée, comme dans le chien de la Nou- velle- Hollande, est à sa largeur comme quatre à trois. Enfin, et ceci est surtout à à remarquer, la téte de ce dogue, quoique d'un tiers plus grande que celle du chien de berger et du barbet, est loin d'avoir la capacité du cràne aussi éten- due : dans le premier, les pariétaux au lieu d’être bombes sont aplatis et forment entre eux pour se réunir un angle pr esque droit. - Nous ne devons point négliger de faire remarquer les rap- ports qui existent dans nos diverses races de chien , enireT'éten- due du cerveau et celle de l intelligence. Le es lelévrier, et le chien de la Nouvelle-Hollande lui-méme sont comme on sait bien moins susceptibles d'éducation que le chien- loup, déjà remarquable par le soin qu il a des troupeaux, et surtout que l'épagneul et le barbet si propres à la chasse et si 340 ANNALES DU MUSÉUM étonnans par la facilité qu'ils semblent avoir pour entendre le langage humain. Aussi, comme nous l'avons vu, ces der- niers ont un cràne bien plus grand que les premiers; et le dogue de forte race qui à le crâne le plus étroit est aussi le plus stupide de tous. L'intelligence des animaux, quoique susceptible de modification comme les autres facultés, offri- roit des caractéres spécifiques peut-étre plus fixes que ceux qui sont tirés des organesdu mouvement, ou du pelage, parce - que les phénomènes de l'esprit ont la première influence sur les êtres intelligens; mais l'étude de ces phénomènes a . fait j jusqu à ce jour si peu de progrés, qu'on ne pourroit offrir sur tte matiére que des conjectures vagues, et par consé- quent inutiles, 1l est ficheux, pour cette partie de l'histoire naturelle, que les hommes aient mis moins d'importance aux maladies de l'esprit qu'aux maladies du corps; ils auroient recherché dans l'intelligence des brutes l'explication des phé- nomènes de leur propre intelligence, comme ils ont recher- ché dans le corps des animaux l'explication des phénomènes de leur propre corps, et nous aurions une physiologie comme une anatomie comparée, ' d Des Dents. | - Les chiens ont Leénépulemdlg 49 dents : six incisives, deux canines, trois fausses molaires, une carnassière et deux tu- berculeuses à la mächoire supérieure ; et six incisives, deux canines, quatre fausses molaires, une carnassière et deux tuberculeuses à la mâchoire inférieure. De toutes ces dents aucune ne change d’une manière appréciable pour la forme et pour les rapports dans quelque race que ce soit; seulement D'HISTOIRE NATURELLE. 34r on trouve quelquefois une fausse molaire ou une tubercu- leuse de plus. Ces dents surnuméraires se développent diffé- remment à l’une ou à l’autre mâchoire; mais je ne les ai jamais vues se montrer à la-fois des deux. côtés : quand los maxil- laire gauche, par exemple, a une cinquième fausse molaire, ordinairement l'os maxillaire droit n'a que les dents qui lui sont naturelles; et il en est de méme pour la dent tubercu- leuse qu'on trouve quelquefois de plus. à la mâchoire supé- rieure; et. comme ces modifications ne se perpétuent point, nous les mettrons au nombre de ces accidens passagers sur lesquels aucune régle ne peut jamais étre établie, - " Des Doigts. Aprés les formes í dogja tète-et le nombre des dé le ca- ractère le plus remarquable des chiens, c’est le is des doigts. Le chien de la Nouvelle - Hollande, et en général tous les chiens ont cinq doigts aux pieds de devant et quatre à ceux de derrière, apec le rudiment d'un cinquième os du métatarse qui ne:se montre par aucune trace à l'extérieur (fig. IX). Ces doigts, qui sont d'inégale longueur, conservent à peu prés les mémes relations dans toutes les races, excepté l'interne des pieds de devant dont l'extrémité delia ne s'avance pas jusqu' au miliéu du métacarpe, tandis Te d'au: tres fois il va jusqu'au bout de cet os. De plus; on voit des chiens qui ont un cinquième doigt à au pied de derrière: à la face interne ; mais il! n'acquiert pas chez tous le méme développement. Il paroit que cette modifica- tion.commence par; l'ongle et. les phalanges; ce sont ces par- tiesydu ‘pouce qui paároissent les premières et ce sont les 18. 44 342 ANNALES DU MUSÉUM seules qui existent lorsque ce cinquième doigt est imparfait : dans ce cas l'extrémité de Vos métatarsien ne paroît point du tout ou ne paroit qu'en rudiment ; les phalanges restent tout- à-fait suspendues dans la peau, le doigt n'est point articulé, n'a point de muscles et n'est susceptible d'aucun mouvement. Ce doigt est ordinairement fort court, et dans ce cas il arrive quelquefois que son métatarse est imparfait et que les pha- langes et l'ongle seulement sont complétes; mais quelquefois. aussi tous ces os sont exactement conformés et ne diffèrent de ceux des autres doigts qu'en ce qu'ils sont proportionnel- peces plus petits. Cependant quelques chiens ont ce cin- eme doigt trés-long bien proportionné ( ets 'avangant jusqu'à NS naissance dela première phalange du doigt voisin ( fig. X ). Ce changement, lorsqu'il est arrivé à son plus haut degré, en améne quelques-uns dans le nombre et dans les relations des os du tarse. diee arse. E Chez les chiens qui n'ont:qu'en rudiment le iris os du tarse, cet os s'articule à la facette inférieure du grand cu- neiforme qui lui-même est en eco avec le es ie - 4 Een EN ,etl i di uod: Qin Pr TUUU pour un le vüdinent dontil vient d'étre question GE IX). Mais chez les chiens qui ont le cinquième doigt complet, il se déve- loppeun quatriè iforme entre le premier etle deuxième den (fig. X), et alors, dans quelques variétés , le grand cu- ' peiforme.s'éléve et vient, par son: côté interne, donner une Mis facette articulaire à l'astragale. Dans un chi siib la moitié de ce. grand: cuneiforme nue o. à em `} D'HISTOIRE NATURELLE. 343 tandis que dans un grand danois ces rapports étoient beaucoup moins étendus, et cela tenoit à ce que dans le premier le scaphoide, le cuboide et les cuneiformes étant beaucoup moins longs que dans le second, mettoient une assez petite “distance entre le calcaneum et les os du métatarse, de sorte qu'ils permettoient à ceux-ci de repousser pour ainsi dire en haut le grand cuneiforme, qui, comme on sait, n'est ordi- nairement retenu dans sa position que par des lumens et la facette assez étroite avec laquelle il s'articule au scaphoïde. Lorsque les chiens ont acquis un certain âge et qu'ils n'ont pas le cinquième doigt complet, le rudiment de l'os méta- tarsien de ce doigt se soude avec le grand cuneiforme; et jai vu ce dernier os, dans le pied d'un grand danois qui avoit les cinq Ace paie , soudé avec le scaphoide. C'est cer- tainement à un accident semblable qu'on doit attribuer la forme singuliére qu'a le scaphoide du pied à cinq doigts re- présenté par Daubenton (tom. V , pl. 52, fig. 1 ), et l'absence du cuneïforme surnuméraire que nous trouvons dans des pieds qui ont cinq doigts parfaits. Ces modifications impor- tantes ne paroissent point appartenir particulièrement à une de nos races de chien. Le doigt interne des pieds de devant semble étre d'autant plus long que les chiens sont plus sé- dentaires et il se raccourcit chez les races très-actives. Quant au cinquième doigt des pieds de derrière, toutes les races, telles que nous les admettons, actuellement du moins, peu- vent en étre pourvues ou en être privées. Je l'ai vu dans un dogue de forte race, dans un màtin , dans un chien-loup , ete., et je ne l'ai peint trouvé dans en d'autres individus de ces mêmes races. * s 344 ANNALES DU MUSÉUM De la Queue. : Examinons actuellement la queue. Cet organe peut éue considéré comme étant une dépendance de ceux du mouve- ment : les mammifères auxquels la queue est véritablement utile s'en servent comme d'une sorte de main ; tels sont plu- sieurs espèces de quadrumanes; elle sert aussi chez quelques autres à l'extension des ailes ou des membranes qui en tien- nent lieu. Cependant il est peu de parties du corps qui éprou- vent autant de ghangeniens que la queue, surtout chez les animaux oü elle n'a, comme chez les chiens, qu'une très- foible part à FORS des fonctions, Tl est difficile d'établir exactement les caractères ostéolo- giques dela queue du chien. Le nombre des vertébres qui composent cet organe n'est point constant dans chaque race; celui qu'on rencontre le plus communément et qui se trouve chez le chien dela Nouvelle-Hollande est de dix-huit, d'oà l'on pourroit soupçonner que c'est de ce nombre de ver- tébres que se composoit originairement la queue du chien, Dans les divers changemens que cet animal a éprouvés, sa queue s'est raccourcie ou s'est allongée. On assure qu'il existe une race de chien dont la queue est extrémement courte et de 2 à 3 pouces seulement (1); d'autres observateurs n'ont trouvé dans la queue de quelques autres races que seize vertèbres. Mais il paroît que la taille n'influe point sur la -© longueur de la queue. J'en ai compté dix-huit chez un carlin, comme je l'avois fait chez un épagneul, chez un braque et (1) Voyage en Islande, t, I, p. 109. D'HISTOIRE NATURELLE. 345 chez un chien-loup. Un basset m'en a donné vingt, tandis qu'un chien ture et un dogue de forte race m'en ont donné vingt et un. La forme de ces vertébres ne m'a point offert de différences sensibles dans les diverses races, ce qui peut faire conclure qu'il n'en existoit pas non plus dans les muscles qui s'y attachent. Cependant on voit des chiens porter ordinai- rement la queue basse et d'autres la tenir sans cesse relevée. Cette différence pourroit en produire une dans le dévelop- pement des apophyses. Quoique nous ayons surtout montrer, dans ce Mé- moire , les principales différences ostéologiques par lesquelles se caractérisent les diverses races de nos chiens domestiques et les comparer à celles des autres espèces du genre, il ne sera pas inutile de jeter un coup d'œil sur les modifications des autres organes, parce qu'elles nous mettront dans le cas d'arréter nos idées sur une question importante, débattue depuis long-temps, et qui a pour objet l'origine de ces ani- maux, si différens par leurs formes et par leurs caractères, que l'on réunit généralement sous le nom de chiens domes- tiques. Cela ne nous empéchera pas d'étudier ces modifica- tions d'une maniére plus profonde et avec toute l'étendue qu'elles méritent dans les autres parties de notre travail qui les auront spécialement pour but. Des Sens. Si nous considérons les sens, nous verrons que la domesticité n’a point exercé, chez les chiens, d'influence sur les organes de la vue : les yeux de toutes les races se ressemblent. Il n'en est pas de méme pour le nez, pour labouche et pour les oreilles; ces M ic ; VOTRE: 346 ANNALES DU MUSEUM organes ont éprouvé des changemens plus ou moins profonds, plus ou moins marqués, sur lesquelsnous devons nous arréter. -L’allongement du museau, déterminant un allongement dans les os du nez et conséquemment dans les cornets que ces os renferment, est un des premiers caractéres par lesquels les chiens se distinguent sous le rapport du sens de l'odorat. Il paroit que les races dont le museau a un certain allongement, -tels que le chien de la Nouvelle-Hollande , le mâtin, le chien- loup, les chiens courans, ont l'odorat beaucoup plus délicat que ceux qui ont le museau court et obtus, tels que les dogues et les carlins. Cependant le chien lévrier paroit avoir le nez bien moins fin que les autres chiens ? à museaux longs, quoique de t putes es raees ce ‘soit la sienne « qui ait la téte la plus effilée et la plus longue; cela tient vraisemblablement aux différences d'étendue des sinus frontaux ; car les cornets du nez sont comme dans les autres races. Mais un des chan- 'gemens bien remarquables qu'ont éprouvé le nez et la bouche de certains chiens, c'est ce sillon profond qui est venu séparer leurs lévres supérieures et leurs narines, comme on l'observe surtout chez quelques dogues qui recoivent de ce caractére une physionomie toute particulière. "Les modifications de l'onie se manifestent surtout dans la situation et dans l'étendue de la conque ‘externe de l'oreille. On sait que chez les chiens de races peu soumises, comme le chien de berger, le chien-loup, l'oreille est droite, mobile et d'une grandeur médiocre. Si l'on arrive aux races plus privées, on voitT'oreille toniber en partie, l'extrémités'affaisse et n'a plus de mouvement; tels sont par exemple les mátins; enfin, chez les chiens tout-à-fait asservis, l'oreille externe LE. D'HISTOIRE NATURELLE. 347 entière ne se soutient plus, ses muscles s'oblitérent en partie et en méme temps elle prend une étendue presque mons- trueuse par le développement de ses cartilages : c’est ce que - nous montrent plusieurs espéces de chiens. de chasse , les barbets, les épagneuls, etc., ete. Des Organes de la Génération. Les organes de la génération , et ceux qui en dépendent, ne pouvoient point étre accéssibles à de grandes influences; aussi montrent-ils peu de changemens. fes seuls méme qu’on ait observés consistent dans le nombre des mamelles. Généralement les chiens en ont dix, cinq de chaque côté, savoir : quatre sur la poitrine et six sur le ventre. « Mais, dit ` » Daubenton, il y a de grandes variétés dans le nombre des » mamelles de ces animaux; de vingt et un chiens de diffé- » rentes races, tant máles que femelles, dont j'ai compté les » mamelles, il ne s'en est trouvé que huit qui eussent cinq » mamelles de chaque cóté, huit autres n'en avoient que » quatre à droite et autant à gauche; deux autres, cinq ma- » melles d'un cóté et quatre de l'autre; et enfin les trois » autres chiens n'avoient que quatre mamelles d'un cóté et - seulement trois de l'autre. » Du Pelage. Les poils sont de toutes les parties du corps deo animaux celles qui recoivent le plus facilement l'influence des causes extérieures et qui en éprouvent le plus de changemens. Les chiens en sont un exemple remarquable ; leurs poils diffèrent par leur nature, par leur couleur; par leur finesse, par leur Y 348 ANNALES DU MUSÉUM . longueur, par leur disposition. Les chiens des pays froids ont généralement deux sortes de poils, les uns courts, fins et lai- neux couvrent immédiatement la peau, tandis que les autres soyeux et longs colorent l'animal. Dans les régions équato- riales cette laine légère et chaude s'oblitère et finit par dis- paroitre tout-à-fait, et il en est de méme dans nos habita- - tions, où la plupart des chiens peuvent se soustraire à l'in- tempérie de nos climats et au froid de nos hivers. Le chien turc a la peau nue et huileuse; le dogue, le doguin, le lé- vrier, le carlin ont le poil'tourt et ras; le chien de berger, celui de la Nouvelle -Hollande, le em le chien d'Islande ont les-poils plus longs que les espèces précédentes, mais plus courts que le chien-loup, que l'épagneul, que le barbet et surtout que le bichon dont les poils descendent quelque- fois jusqu'à terre. Si l'on considére le poil sous le rapport de sa finesse, on ne distingue pas moins de races. Le chien de berger, le chien-loup, le griffon ont les poils durs, tandis que le bichon, quelques barbets, le grand chien des Py- rennées l'ont soyeux et doux; chez les uns il est droit et lisse, chez les autres laineux et bouclé; quelques races ont le. ente couvert de longs poils, tandis que la tête et les jambes. n'ont que du poil ras; d'autres au contraire ont la tête et le cou garnis d'une criniére et le corps couvert de poils courts. Tel est dans le premier cas le chien-loup, par exemple, et dans le second, le chien-lion. Sous ce rapport les chiens offrent presque toutes les variations que présentent les poils dans la- classe entière des mammifères: Quant aux couleurs, c'est du blanc, du brun, plus ou moins foncés, du fauve et du noir. que celles des chiens se composent. On voit de ces animaux D'HISTOIRE NATURLLLE. - 34 qui sont entiérement de l'une ou de l'autre de ces couleurs, mais le plus souvent elles sont dispersées irréguliérement par taches, tantôt grandes, tantôt petites, quelquefois cependant on voit qu'elles tendent à se disposer symétriquement; sou- vent elles se partagent chaque poil et produisent alors des nuances différentes suivant que le blanc, le noir, le fauve ou le brun dominent; ainsi on voit des chiens dont le pelage est semblable à celui di loup par le mélange du blanc, du fauve et du noir; d'autres plus rares chez lesquels il est die beau gris ardoisé. Ces couleurs n'accompagnent pas toujours ex- clusivement certains autres caractéres; les races de chiens qu'elles distinguent ne se distinguent pas nécessairement aussi par les formes de la téte, la nature des poils ou les propor- tions du corps; toutefois lorsqu'on a soin de réunir des in- dividus de méme couleur, la race ordinairement se perpétue et il en est de méme pour la plupart des caractéres que nous avons déjà examinés : nouvelles preuves que les modifications accidentelles finissent toujours par devenir héréditaires. C'est par le soin qu'on a pris en général à n'accoupler dans chaque race que des individus de méme couleur, que les grands da- nois et les lévriers, les dogues, les doguins sont fauves, les chiens de berger noirs, les chiens-loups blancs, les chiens courans, les braques, les bassets et les épagneuls blancs avec des táches noires, etc., etc. i Des différences aussi considérables que ias que nous venons de décrire ou d'indiquer ont fait penser à quelques naturalistes que nos chiens domestiques descendoient origi- nairement de plusieurs espéces. De cette maniére les diffi- cultés principales qui naissoient de ces différences relative- 18. 45 350 ANNALES DU MUSÉUM ment aux caractères S ques disparoissoient en partie, ou du moins pouvoient étre éludées, mais c'étoit éloigner la difficulté et non pas la résoudre; il restoit en effet à détermi- ner en combien d'espéces on partageroit ces chiens, et on seroit conduit à en former au moins cinquante si on appli- quoit à cette recherche les principes admis aujourd’ hui pour distinguer entre ellesles espèces d'un méme genre; car, comme presque toutes les modifications dont nous venons de par- ler se mélangent de toutes les manières, on seroit obligé, sil'on vouloit étre conséquent, de faire autant d'espéces qu 'elles ANKE entre elles de combinaisons différentes, et je ne pense pas que persone paisse adute sérieu sement un tel résultat, d'autant pla | es changemens prir EM cipaux, tels que le nombre des diets par exemple, se faire successivement et montrer de la manière la plus évidente la variabilité des organes qui les éprouvent. D'autres, voyant que les caractères de nos races d'animaux étoient d'une aussi grande importance que les caractères ad- mis pour spécifiques, ont eu l'idée de considérer chaque race comme une espéce, et de réunir comme tels dans les genres tous les individus qui se distinguoient par quelques diffé- rences; sans songer que c'étoit saper la science par sa base, et la replonger pour ainsi dire dans la confusion d'où avoient cherché à la tirer les auteurs systématiques du dernier siècle. Buffon qui, par la seule force de son imagination, découvrit plusieurs de ces vérités fondamentales auxquelles les hommes ordinaires n'arrivent que m la marche lente, mais plus süre, de l'expérience, avoit pensé au contraire et mee aussi bien que l'état de la science le permettoit, à l'époque où il = D'HISTOIRE De, 351. écrivit, dans son beau Discours sur la dégénération des ani- maux, que les espèces n’existoient point telles qu'on les ad- mettoit communément et qu'il falloit en chercher les ca- yactéres dans ces groupes naturels qui ont formé des familles ou des genres; et cette opinion, sans contredit, est celle qui offre encore aujourd'hui le plus de vraisemblance. Je puis méme ajouter dés à présent, que toutes mes recherches sur les variétés d'organisauon des animaux domestiques çon- duisent à peu prés aux résultats prévus par Buffon, car elles ne tendent qu'à en restreindre la généralité en faisant pres- sentir que les espéces différent par leur modification suivant leur nature, et que chacune d'elle est accessible à des varia- tions qui lui sont propres. Une partie de ces résultats se laissera méme déjà apercevoir par lexamen que nous allons faire des caractères qui distinguent quelques autres espèces du genre chien, comparativement à ceux dont nous venons de parler; mais nous n’entendons point réunir à ce genre les renards que Buffon ne distinguoit pas des loups et qui for- ment une famille à part big caractérisée par des organes inaccessibles à aucune modification, comme nous l'avons in- diqué dans la première partie de notre travail intitulée : Essais | sur de noupeaux caractères pour les genres de nae . res (1). Excepté par les dimensions, il seroit peut-être difficile de distingúer le squelette du loup de celui du chien de la Nou- velle-Hollande : les dents sont. les. mêmes; la queue a le méme nombre ‘de vertèbres; les pieds le, même nombre. de (1) Annales du Muséum d'Hist. naturelle, t, X, p. 126. 15* 352 ANNALES DU MUSÉUM doigts, et les os de la tête ont les mêmes rapports, seulement la distance des fosses orbitaires est un peu plus grande dans les loups (fig. XI). Il en est de méme d'un loup du Canada ( fig. XII), plus petit que le loup ordinaire, et PS grand que le chien de la Nouvelle-Hollande. ` La tête du chacal ( fig. XIII) qui est de la ne de celle de ce dernier chien, comparée à celles des espèces précé- dentes, n’en diffère absolument qu’en ce que les frontaux sont légèrement bombés dans leur milieu, au lieu d’être sé- - parés par un sillon, et les fosses orbitaires plus rapprochées; à cet égard le sig ressemble au chien-loup. Mais tous ces rapports seront facilement saisis à la simple inspection des figures qui, représentant les objets mêmes, doivent en don- ner une idée beaucoup plus sensible que des descriptions. Si nous comparons les sens et toutes les parties qui en dé- pendent, ainsi que les organes de la génération, nous retrou- vons encore la même ressemblance entre ceux du chien de la Nouvelle-Hollande, du loup du Canada et du chacal. La nature et la disposition des poils n'offrent également, chez ces animaux, aucune différence essentielle. Les uns et Fes autres ont les EE laineux et les poils soyeux des animaux naturels aux pays froids ou aux pays tempérés. Ils ne différent donc véritablement que par les couleurs; dans tout le genre elles ne varient que du fauve au brun et au noir, et excepté dans le loup noir dont le poil est d'une seule couleur, la-plupart des autres ont un pelage oü le fauve, le noir et le blanc se mélangent de telle manière qu'il est difficile de trouver pour chaque espèce une couleur fixe D'HISTOIRE Es 353 qui ne varie pas de telle sorte qu'on ne puisse passer par des dégradations insensibles de l'une à l'autre. Nous verrons, en terminant notre travail par l'examen des causes qui peuvent modifier les mammiféres, si lesinfluences auxquelles ces trois espèces de loups ont été soumises n'ont pas été suffisantes pour produire en elles les puc qui les caractérisent, + Il nous sullit, quant à présent, d'avoir montré par la suc- cession des modifications de nos chiens domestiques, que ces animaux appartiennent tous à la même espèce et que les caractères par lesquels se distinguent les autres espèces du . genre n'ont point l'invariabilité que doivent avoir en bonne philosophie des caractéres spécifiques. Mais les faits que nous avons rapportés donnent aussi la mesure de toutes les modi- fications dont ces animaux sont susceptibles pour nous; et si . ces modifications, trés-importantes sans doute, peuvent être citées à l'appui des systémes par lesquels on a voulu dé- duire les différentes formes des animaux des diverses cir- constances qui ont pu influer sur eux, les bornes dans les- quelles elles se renferment font craindre qu'on wait été conduit, par les lueurs d'une fausse analogie, dans les routes peut-être obscures qu'il a fallu suivre lorsqu'on n'a plus voulu les prendre pour guides. 354 -e ... DU MUSÉUM "ANALYSE: D'une espéce gà Madrépore péché à die sonde à 35 brasses de profondeur aux environs du pap | E Ewin, et rapporté par M. Péron. PAR MM. FOURCROY ET VAUQUELIN (1). "in sini ~ TIT ini 0 dE tm D man JETTE de ee a une oulour rewia trant au pourpre, une grande légèreté, et est formée de cellules membraneuses. Son odeur est semblable à celles des autres productions marines, telles que celle des “pores des Simi etc; sa saveur est un peu salée. Cette matière ne communique Sont sa Codieni à l'eau, celle-ci ne lui enlève qu’un peu de sel. Les acides, et particulièrement le muriatique, la dissolvent .- avec une effervescence écumeuse, la dissolution est d'un beau rose foncé. Il reste au fond de la dissolution une petite quantité de membranes animales, et de sable cristallisé en aiguilles. Le résidu forme environ le quart de la quantité du madrépore employé; la matière animale fait les quatre cin- quièmes de ce résidu. -Q) Ceue Analyse , faite T y a environ trois ans, a été retrouvée dans le: Er de feu M. de Fourcroy. D'HISTOIRE NATURÉËLE. 355 La dissolution du madrépore dans l'acide muriatique con- tient la matière colorante, de la chaux , et ae usi aussi un peu 'de matiére animale. | | | Si l’on sature la dissolution muriatique par un carbonate alcalin, non-seulement la chaux est précipitée, mais aussi la matière colorante, et l'on obtient une fécule d'un uec violet. à L'addition d'un excès d’alcali redissout "A partie de la matière colorante, et la liqueur prend alors une couleur violette. | J Le carbonate do soude appliqué directement au madrépore en poudre se charge de: la plus grande partie de sa couleur. Cependant le carbonate de chaux -et la matière animale qui forment le résidu sont encore colorés en violet sale : la dis- solution alcaline est d'un beau. violet. “De la soie alunée pendant vingt- quatre keures” ‘et "uie; aprés avoir été lavée, dans la dissolution muriatique du ma- drépore, étendue d'eau, et légérement chauffée, s'est teinte en beau lilas, bien unie, assez riche. Cette couleur vire au rose en passant la soie dans une eau légérement acidulée. De la laine également alunée, n'a pris dans la méme dis- solution qu'une tegere; teinte de la méme espéce, mais sans éclat. Le muriate d'étain ne fait pas mieux prendre cette couleur sur la laine. À Les acides un peu concentrés ainsi que le muriate d'étain, mélés avec la dissolution muriatique de cette matière, sem- blent détruire la couleur, car le mélange devient blanc comme 356 ANNALES DU MUSÉUM de l'eau ; mais cette couleur n'est que masquée, car les alcalis la font reparoitre telle qu'elle étoit auparavant. . ! L'alcool ne dissout pas la matière colorante de ce madré- pore; cependant, à l'aide de la chaleur, il en tire une légère couleur bleue qui n'est pas changée par les acides; ce qui indique que la couleur pourpre du madrépore est composée d'une petite oe de bleu et d'une grande questus; de rouge. - La difficulté de séparer exactement cette couleur de la matière animale sur laquelle elle est fixée nous a empéché de reconnoitre si elle est de nature végétale ou animale. Les expériences ei- -dessus démontrent que le madrépore dont il est question est formé 1°. d'une matière colorante rouge; 2°. de carbonate de chaux; 3e. de matière animale; 4^. de sable cristallisé en petites aiguilles qui y est accidentel; 5o, d'un peu de sel marin. j S xd D'HISTOIRE NATURE: - EXPÉRIENCES Sur ls di ifférentes parties du Marronier d Inde, commencées le 7 mars 19098. PAR M. VAUQUELIN. : L est dans la nature des sciences de pouvoir s'aider mus tuellement, et leurs plus grands progrés ont été le résultat de ces sortes d’alliances. La chimie, qui de nos jours a fait de si étonnantes découvertes, est l'alliée naturelle de toutes les branches de l'histoire de la nature, et l'instrument le plus admirable que l'intelligence humaine ait pu trouver pour faire connoitre la nature intime des corps qui nous environ- nent; mais sa perfection est d'une date trop récente pour qu'elle ait pu apporter un égal degré de lumière sur tous les objets auxquels elle est applicable : le régne minéral, par des raisons qui sont à la portée de tout le monde, en a plus pro- fité que les régnes organiques. Pour bien connoitre la nature des étres qui composent ces derniers il a fallu, pour ainsi dire, créer la manière d'analyser sans détruire ou dénaturer les substances qui composent ces corps. On a déjà beaucoup fait sans doute, et il est peut-être temps de faire marcher la chimie de front avec chacune de cessciences, de facon qu'elles puissent indiquer à la chimie quels sont les objets les plus 18. 46 ÊNALES DU MÜSÉUM :358 propres à étre soumis à son analyse, et les points de vue qui promettent les résultats les plus intéressans, afin que les travaux chimiques relatifs aux corps organisés ne ressemblent plutôt à des incursions fortuites, qu'à un plan réglé d'opéra- tions. On s'étoit proposé dans cet essai de soumettre à l'ana- lyse toutes les phases de la végétation d'une plante, et de choisir aprés pour les soumettre au méme examen une au moins dans chaeune des grandes divisions naturelles du régne végétal, car sans doute de cette comparaison doivent naitre de trés- grands résultats, et la connoissance de leurs diffé- rences intimes. On en sera aisément convaincu si l'on observe que tout le travail de la végétation n'est que le produit des changemens- chimiques que la sève subit dans la période d'une année solaire, car méme dans celles dont la durée semble moindre, le cercle de leur existence doit étre compté de la chute de la graine qui donne naissance à la plante jus- quà la chute de la graine produite par cette méme plante. Dans les arbres qui vivent un grand nombre d'années, la méme suite d'actions, de procédés et de produits se répétent dans la période d'une année. Ces actions, ces procédés, ces produits présentent, il est vrai, quelques rapports communs dans tous les végétaux, mais en offrent un plus grand nombre de différens dans les divers groupes naturels qui divisent le régne végétal, dont plusieurs ont été observés par les bota- _ nistes, mais qui seront bien autrement connus lorsque la chimie aura prêté les secours qu'elle est en état de fournir. Il est impossible d'ailleurs en suivant cette carrière de ne pas rencontrer des résultats trés-importans pour les arts, la phy- siologie végétale, et surtout pour l'agriculture. dar 1 * D'HISTOIRE NATURELLE. 359 On a choisi pour sujet de nos premiers essais le marronier* d'Inde, par la raison qu'il est abondant à Paris, que toutes ses parties ont de grandes dimensions, et surtout parce que la longue culture n'a rien changé en lui, et quil con- serve toujourssa nature sauvage. ll a cependant un grand inconvénient pour le bien étudier. dans notre sens, mais cet inconvénient étoit impossible à prévoir. M. Cels avoit envoyé à M. Vauquelin, dans l'an 5, une petite quantité de sève de cet arbr nous ne pouvions pas nous attendre à trouver infructueuses toutes nos recherches dans une quantité de ces arbres, répétées à diverses époques et dirigées par M. Thouin pour en tirer de la séve. Cela indique déjà aux savans qui soccupent de physiologie végétale un sujet d'observations particuliéres sur le chemin de la séve dans cet arbre qui, sans doute, en exige une grande quantité. Malgré cet obstacle si imprévu , l'analyse de la végétation -du marronier d'Inde, offre déjà les résultats intéressans que l'on verra dans ce mé-. moire (1). | S I Sur les. Bourgeons de marronier. Le 7 mars des bourgeons de marronier d'Inde, dont oz avoit séparé les écailles, ont été mis avec de l'eau dans un (1) J'ai entrepris ce ir avait ds concert avec M. Correa de Serre qui ma dirigé par ses conseils dans la marche que j'ai suivie pour l'analyse des différentes parties du marronier : c'est lui quia pris la peine aussi de ende "m o à la téte de ce Mémoire. Nous aurions continué à Puis ra la même manière sur autres végétauts si des circonstances particulières n'avoient. is mis M. Correa dans la nécessité de quitter Paris. 46* 360 ANNALES DU MUSÉUM flacon portant un tube recu sous une cloche pleine d’eau, pour savoir s'il s'en dégageroit quelque gaz. D'abord on a remarqué que l'eau ne mouilloit que dilli- cilement ces germes, et qu'ils restoient long-temps suspen- dus dans ce fluide: Cet effet semble annoncer, ou qu'il y a sur ces germes un vernis gras ou résineux, ou qu "il reste de l'air entre les poils dont sont couvertes les feuilles qui met obstacle : à e de l'eau et les empéche de se mouiller. | -Insensiblement ces germes ont communiqué # l'eau une couleur rougeàtre : au bout d'un certain temps l'infusion s'est couverte d. une espéce de peau muqueuse remplie de . La liqueur elle-même a pris une consis- tance muqueuse et filante comme de l'eau de graine de lin : mais pendant un mois que ces bourgeons ont resté dans l'eau, ils n’ont produit aucun gaz. .- L'eau où ils avoient séjourné étoit légèrement acide, co- loroit en bleu la dissolution de sulfate de fer, propriété qui l prouve qu'elle contenoit de l'acide gallique. Cette liqueur, évaporée à siccité à une chaleur douce, a présenté à sa surface pendant cette opération des pellicules brunes qui se sont succédées jusqu'à la fin. L'alcool versé sur cette liqueur ainsi épaissie , lui a onievé une matiére jaune qui par l'évaporation du dissolvant a fourni quelques cristaux d'une saveur piquante et nauséabonde. Une goutte d'acide sulfurique concentré, mis dans cette substance provenant de la dissolution alcoolique, l'a d’ abord brunie et en a ensuite dégagé une vapeur acéteuse trés-forte; la dissolution de platine en a été ditiis. précipitée en jaune. ` D'HISTOIRE NATURELLE. 361 Ce$ expériences prouvent que les principes enlevés par l'alcool à la matière ci-dessus, sont de l'acétate de potasse, de l'acide gallique et probablement.du tannin, | Aprés avoir traité par l'aleool, comme il vient d'étre / dis; la matière épaissie par l'évaporation, on l'a mise avec de l'eau froide qui en a dissout une petite quantité et a pris une - couleur brune. Li Cette dissolution a précipité en brun la solution du sulfate de fer; mais n’a pas précipité celle de la colle-forte; les " licules qui.s'étoient formées pendant l'évaporation et qu'on avoit recueillies, brüloient avec une odeur mixte de matière animale et végétale; mises avec une dissolution de sulfate de fer, elles noircissoient sur-le-champ. Il est très-probable, d’après ces phénomènes, que les pelli- cules, ainsi que la portion qui s'est dissoute dans l’eau, ne sont que des combinaisons de tannin et de matière végéto- animale : ce fait, s'il se confirme et se généralise, deviendra une source féconde pour l'explication des phénomènes de la végétation, et la physiologe végétale. Press ou germes de marronter , et itoô. Le 8 mars, 74 grammes de germes de marronier ont été mis avec de l'alcool dans un flacon bouché. Au bout de sept. jours, l'aleool avoit pris une couleur jaune, une odeur sin- guliére, et une saveur amère. L'alcool a mouillé trés- promptement les germes et les a pénétrés dans toutes leurs parties, ce qui exclut l'idée de l'existence a l'air dans le duvet des feuilles, et confirme le . ^ 362 ANNALES DU MUSEUM soupçon que c'est*une résine qui s'oppose à la pénétration de l'eau dans ces feuilles. | "A La première portion d'alcool séparée a été remplacée par une autre qu'on y a laissé séjourner pendant 24 heures. Ces deux portions d'alcool réunies ont été disullées pour avoir à part la matière qu'elles avoient dissoute. A mesure que l'alcool s'évaporoit une matière résineuse de couleur jaune verdâtre se déposoit. La liqueur d’où la résine s'étoit précipitée, et d'oà l'alcool avoit été séparé, con- tenoit une quantité notable de tannin, car elle avoit une saveur extrémement astringente, et donnoit sur-le- champ une belle couleur bleue à la solution de sulfate de fer. - La résine dont nous venons de parler contenoit une grande quantité d'huile grasse; s méme elle n'en étoit pas entière- ment formée. En effet, elle est grasse sous le doigt, n'a point de saveur àcre, reste molle à l'air, et ne se dissout qu'en trés-petite quantité dans l'alcool, méme à l'aide de la chaleur: elle n'est pas tenace et collante comme les résines proprement dites. La liqueur où cette huile étoit suspendue avoit une cou- leur jaune verdátre, une saveur très-astringente, précipitoit la colle animale et la solution de sulfate de fer. Traitement à l'eau des bourgeons de. marronier déjà traités avec l'alcool. -Abes bourgeons de marronier qui avoient séjourné pendant plusieurs jours dans l'alcool ont été mis avec de l'eau: ils ont communiqué à ce fluide une couleur jaune-fauve ; une saveur amère et astringente : elle coloroit sur-le-champ en * * : LI F D'HISTOIRE NATURELLE. 363 bleue la solution de sulfate de fer, et précipitoit abondam- ment celle de colle animale. : Ainsi, quoique les bourgeons de marronier soient restés plusieurs jours dans l'alcool, et que le tánnin soit très-soluble dans cette liqueur, cependant ils en conservoient encore une certaine quantité que l'eau a dissout. Mais ce quil y a de ‘remarquable, c’est que les bourgeons ainsi lavés et ensuite fortement pressés, mis dans une solution légère de sulfate de fer, y sont encore devenus très-noirs. TIN . Cela prouve que le tannin est combiné, dans ces germes, avec quelque principe végéto - animal qui le rend insoluble, ou au moins peu soluble. s | Distillation des bourgeons de marronier dépouillés de leurs e . écailles. s Il s'est d'abord dégagé une vapeur qui est bientót devenue fuligineuse , ensuite a passé une liqueur jaunâtre acconipagnée d'une huile brune, dont une partie nageoit sur le liquide aqueux et l'autre se précipitoit au fond. " : L'odeur de ces produits étoit semblable à celle des matiéres animales en combustion. La liqueur aqueuse colorée par une portion d'huile mélée avec de la chaux, a exhalé une odeur vive d'ammoniaque.: Une goutte de dissolution de sulfate de fer mise dans ce produit lui à fait prendre sur-le-champ une belle couleur bleue que l'acide muriatique faisoit disparoitre , ce qui prouve que cet effet étoit produit par de l'acide gallique. Le charbon: des bourgeons de marronier incinéré et sa cendre lavée à l'eau a donné une petite quantité de potasse. 364 ANNALES DU MUSÉUM L'acide nitrique a dissout la matière terreuse restante, et la dissolution a fourni par l'ammoniaque un précipité qui a été reconnu pour du phosphate de chaux. Les expériences rapportées ci-dessus démontrent que les bourgeons de marronier contiennent, 19. Du tannin dont une partie .est combinée à une sub- stance animale qui le rend insoluble dans l'alcool et peu soluble dans l'eau. 20, De l'acide gallique, puisque les produits de ces bour- geons donnent une couleur bleue aux dissolutions de fer. 30, Une matière azotée analogue aux substances animales, puisquils produisent pdt la chaleur une quantité notable d'ammoniaque, et qu ils répandent une odeur fétide due à l'huile. 49. Une petite quantité d'acétate de potasse qui a été sé- paré par l'aleool et mis en évidence par l'acide sulfurique et le muriate de platine. 5o. Du phosphate de chaux qui se trouve dans les cendres de ces organes brülés. 6». De la matière ligneuse tres-divisée. Il est (spetta qu'ils contiennent aussi de l'oxalate de chaux, car nous en avons trouvé dans les feuilles paom PR | $1 L | Sur les écailles des bourgeons de marronier. T 9 mars, on a mis avec de l'aleool une assez grande quantité d'écailles de marronier qu'on y a laissé séjourner pendant deux jours à la température de l'atmosphére. D'HISTOIRE NATURELLE. 365 L /alüol fut bientôt coloré en vert jaunátre, et gift une saveur amère et âcre : l'addition de l'eau le rendoit laiteux, _et le sulfate de fer y faisoit naître une belle couleur verte. Cette première portion d'alcool retirée, on Fa remplacée par une quantité égale du méme agent qu'on y a laissé sé- journer encore pendant deux jours. L'alcool prit cette fois une couleur plus verte que la pre- mière, mais il présentoit d' ailleurs les mémes poppis chi- miques. . Ces deux quantités de iiin alcooliques réunies fait distillées pour en retirer l'alcool et obtenir séparément ge matières qu'elles tenoient en dissolution. Lorsqu'il ne resta plus qu'environ #20 grammes de Robes dans la cornue, on laissa refroidir j jusqu au lendemain. Dans cet intervalle, i se déposa une quantité assez considérable de résine verte, épaisse et tenace, que nous mimes à part. La liqueur qui surnageoit cette matière résineuse avoit une couleur rouge jaunâtre; séparée de la résine et mêlée avec de l'eau, elle déposa une substance jaune pulvérulente qui ne se rassembla que trés- lentement, encore fallut-il filtrer la liqueur pour l'obtenir claire. i Cette substance résineuse lavée et séchée avoit, ainsi que nous venons de le dire, une forme pulvérulente, une cou- leur jaune de rouille, une saveur amére, se fondant, et se charbonnant en répandant des fumées blanches aromatiques lorsqu'on la mettoit sur un fer rouge : elle ne laissoit que très-peu de charbon. Aprés avoir SBparé les deux indie de: résines dont nous venons de parler et qui seront examinées plus bas, on a fait 18. 47 366 ANNALES DU MUSÉUM évaporer l'eau et l'on a obtenu une substance rouge brune, d'une saveur amère et astringente qui précipitoit abondam- ment la colle-forte et le sulfate de fer en vert foncé. On a remarqué que cette liqueur répandoit en s'évaporant une odeur trés-marquée de pommes cuites. La matière résineuse pulvérulente obtenue des bourgeons et dont nous avons parlé plus haut, avoit perdu au bout de six mois presqu'entiérement son odeur et sa saveur amére. Elle se dissólvoit en entier dans l'alcool froid : sa dissolu- tion étoit abondamment précipitée par l'eau, et ainsi troublée elle précipitoit le sulfate de fer en flocons verts. ^ Elle brûle comme la poix résine en se box yursouflant, et. produisant beaucoup de fumée; elle ne laisse qu'une es. petite quantité de charbon difficile à brüler. La solution de potasse trés-étendue d'eau lui donne une couleur plus intense, et la dissout en assez grande quantité; mais quand cet aleali est concentré il ne la dissout pres- que pas. DUM | | Les écailles ne nous paroïssant pas encore parfaitement dépouillées de matière résineuse , nous les avons fait bouillir de nouveau avec une quantité d'alcool double de la première: -cette fois la couleur qu'elles ont communiquée à l'alcool étoit d'un rouge brun, et non verte comme celle des deux por- tions d'aleool. ^. Aprés avoir bouilli sur les écaillés cet alcool laissa déposer par le refroidissement une quantité assez considérable d'huile grasse, d'une consistance un peu épaisse, d'une couleur jaune verdátre, sans odeur bien remarquée et d'une saveur rance. Une portion de cette huile avoit une couleur verte, c étoit g ( D'HISTOIRE NATURELLE. " o celle de la première opération, l’autre avoit une couleur jaunâtre : l'une et l'autre avoient à peu prés la méme consis- tance, la méme odeur et la méme saveur : elles ne se-dissol- vent point à froid dans l'alcool, s'évaporent presqu'entiére- ment au feu en répandant l'odeur de l'huile d'olive brülée; et forment par leur coinbinaison avec la soude une matière savonneuse assez solide. - Il nous paroît que cette. huile se rapproche aamoy de l'huile d'olive ancienne et rance. L'alcool d’où l'huile grasse s'étoit déposée par le refroi- dissement, ayant été soumis à la distillation, a laissé pour résidu une substance verté qui occupoit le fond de la iae aqueuse contenue dans les bourgeons. Cette substance nous a présenté toutes les propriétés d'une résine, et nous a paru entièrement semblable à celle que nous a fournie la premiére portion d'aleool. UTER Il restoit dans l'eau une matière qui lui communiquoit une couleur rouge, une saveur amère et astringente , qui avoit la faculté de-précipiter en brun la solution de colle, et celle du sulfate de fer en vert. Cette substance ressemble beaucoup à celle dont nous avons fait mention plus haut, mais elle nous a paru contenir le tannin dans un état de pureté plus grand. Elle est moins soluble dans l'eau, et- sa dissolution faite à chaud se trouble en refroidissant. Les écailles de marronier, traitées quatre fois par l'alcool, n'avoient point changé de couleur, mais elles étoient deve- nues extrèmement fragiles : elles: paroissoient être dans. le méme état qu'une matière végétale fortement desséchée. hn * 7 368 ANNALES DU MUSÉUM Ces écailles mises dans l’eau ont repris leur mollesse et leur flexibilité ordinaires, ce qui prouve qu'en les rendant ainsi cassantes, l'alcool n “avoit fait que les priver de leur humidité naturelle. ‘L'eau dans laquelle elles avoient macéré pendant deux jours,a pris une couleur rougeâtre, une saveur amère, et la propriété de mousser par l'agitation, ce qui annonce la pré- sence d’une substance muqueuse. Combustion des écailles de marronier épuisées par l'alcool et par l’eau. dd — ont. fourni: une cendre — s’est dis: soute en entier dans l'acide nitrique en produisant une effer- vescence vive. La dissolution a donné un précipité blanc floconneux par l'ammoniaque; c'étoit du phosphate de chaux. Dans la liqueur séparée de ce premier précipité, le car- bonate de potasse a produit un autre précipité beaucoup . plus abondant; il a été reconnu pour du carbonate de chaux. La grande quantité de ce carbonate de chaux , nous ayant fait penser que cette substance n'étoit pas toute formée dansle végétal, et etqu 'ellese développoitpendant la combustion , nous avons mis, pendant plusieurs heures, une certaine quantité 'écailles dans de l'acide nitrique extrémement étendu d'eau, nous avons fait ensuite sur la liqueur les expériences sui- vantes : 19. Les alcalis caustiques et cahonatés en Pres des flocons ritos * D'HISTOIRE NATURELLE. 369 20, [> otülare d'ammohiaque y produisoit un précipité qui avoit toutes les propriétés de l'oxalate de chaux. | 3e. L'acétate de plomb un arn blanc: jaunâtre, inso- luble dans l'acide acéteux. 49. Les nitrate d'argent et muriate de baryte n'y ont produit aucun changement. 5o. Une portion de cette liqueur saturée par Fammonia- que, a fourni un précipité brun, floconneux qui s'est pris en masse par la dessiccation, et qui, calciné dans un creuset de platine, est devenu blanc, s'est dissout ensuite avec effer- vescence dans l'acide muriatique. La liqueur de laquelle l'ammoniaque avoit précipité la matière que nous venons d'indiquer ayant été évaporée jus- qu'à ce quil n'y eut plus d' ammoniaque en excés, a donné un précipité abondant par oxalate d'ammoniaque ; par l'acétate de plomb une matière qui avoit l'aspect d'une gelée transparente. L'infusion de noix de-galle, ni le:muriate de baryte n'y produisoient point de changement. : Ces expériences prouvent que la chaux qui se trouve dans les écailles de marronier brülées y est combinée à deux acides, l'un qui forme avec elle un sel insoluble, et l'autre un sel soluble. Il est probable que le premier est celui de l'oseille, au moins nous l'avons trouvé dans les feuilles de marronier également santbiné à à la chaux; et que le second est l'acide acéteux. L'on voit qu'au moyen des différentes optión aux- quelles nous avons soumis les écailles des bourgeons de mar- ronier, nous en avons tiré les substances suivantes: |... 19. Deux sortes de résines, l'une molle , verdàtre comme \ 4 370 ANNALES DU MUSÉUM la thérébentine; l'autre séche, pulvérulente, de couleur rouge brune, analogue à la poix résine. . 29, Une huile-grasse ayant quelque ressemblance avec l'huile d'olive ancienne. | 3o. Du tannin en quantité très-notable. 49. Une matière amère de couleur brune rès-foncée. 5o. De l'oxalate et de l'acétate de chaux. Il paroit qu'il y a aussi une petite quantité de matiére sucrée. Les feuilles qui -ont été soumises aux expériences süi- vantes venant de s'épanouir, elles étoient encore couvertes du duvet dont elles sont garnies dans les écailles. ~- On a remarqué que ceux de ces poils qui avoient été ex- posés à la lumière depuis plus long-temps avolent acquis une couleur brune de marron, tandis que ceux qui étoient à la base de la tige avoient encore leur couleur blanche. Aprés avoir dépouillé ces feuilles de leur duvet, oni les a écrasées et soumises ensuite à l'action de l'aleool chaud : bien- tót celui-ci s'est chargé de la couleur verte des feuilles, et ces dernières sont devenues brupâtres. Il y'a done — ma- tières colorantes dans ces feuilles. ` En refroidissant, l'alcool a déposé une petite quantité de matière jaunâtre et grenue, qui lavée avec de l'alcool froid, a pris par la dessiccation la consistance et la ductilité de la cire; elle avoit aprés ee lavage une couleur brune, elle se } a * D'HISTOIRE NATURELLE. 371 fondoit et se réduisoit en vapeurs blanches par la chaleur sans laisser de résidu. Mise dans lacide muriatique oxigéné elle a blanchi en conservant toujours la consistance et la ductilité de la cire, cependant elle nous a paru un peu‘plus molle qu'auparavant. La liqueur alcoolique qui tenoit la résine verte en disso- lution a été soumise à la distillation; lorsque l'alcool a été évaporé, le liquide aqueux restant avoit déposé une résine ` verte, liquide et filante. Le liquide aqueux avoit une couleur brune, une "ear d'écorce de cerisier, une saveur astringente, amére et nau- séabonde. Il précipitoit le fer en brun, la colle-forte en brun foncé trés-abondamment ; rougissoit (ortis le papier de tournesol. Le tannin de k noix de galle ny progrisoi aucun changement. Ces expériences prouvent que cette liqueur contient une grande quantité de tannin , quoiqu'elle précipite le fer en brun, et non en bleu comme celui de la noix de galle, celui des bourgeons de marronier, etc. Cette différence tient sans doute à l'absence de l'acide gallique. Les jeunes feuilles de marronier épuisées par plusieurs portions d'aleool employées successivement , avoient alors une couleur jaunàtre. Soumises à l'action de l'eau bouillante elles lui ont com- muniqué une couleur légèrement brune, -de la viscosité et la propriété de mousser par l'agitation. | La liqueur CYApOTEe a fourni une petite quantité de ma- tière brunâtre qui s'est attachée à la capsule en couche mince et brillante comme une gomme. Cette matière brûle en se * * 372 ANNALES DU MUSÉUM _boursouflant et exhalant.une vapeur fétide, sensiblement ammoniacale : sa dissolution dans l'eau précipite le sulfate de fer en noir et l'acétate de plomb en brun; elle n'est t pas précipitée par la colle forte ni par le tannin. - Nous pensons que cette substance est une combinaison de matiére animale et de tannin insoluble dans l'alcool, et non une gomme , ainsi que l'apparence pourroit le faire croire (1). Lorsque les feuilles ainsi traitées par l'alcool et par l'eau (1) Quoique nous fuspons convaincus par les propr iétés de cette matière et par plusieurs autres expériences d mention ailleurs, que la matière dont i ils 'agit, est une vér itable combinaison de tannin et dE tate animale, us ét d " A ia puisque celle pa n'est p Nous soupconnámes que ce lese être à la faveur des edes. et particuliè- ment de l'acide acétique dans quelques cas, et de l'acide phospborique , etc. , dans d’autres. Pe; Pour mettre ce soupçon à l'épreuve de l'expérience, nous combinâmes jusqu'à saturation réciproque le tannin dea noix de galle avec ld colle animale, et nous mimes une portion du précipité bien lavé avec de l'acide acétique et l’ autre avec lacide phosphorique qui en effet dissolvirent le tannate de gélatine à l'aide d'une chaleur douce. La colle-forte, ni le tannin de la noix de gaile ne produisirent aucun effet dans ces ERNER Mais celles- -ei précipitoient bien le fer en noir, l'acétate de plomb en jaune, etc. L'alcool préeipitoit aussi le t tannate de ces dissolutions; en sorte que dans les expériences où nous avions traité les parties du marronier par l'alcool , il n'y pouvoit rester d'acide ácéteux pour opérer dans l'eau la dissolution du tannate de gélatine, mais il pouvoit y. rester de l'acide phosphorique qui n'est pas très- soluble dans l'alcool déflegmé. Nous avons remarqué qu'aprés avoir dissout le tannate de gélatine dans les deux acides ci-dessus, si nous les faisions bouillir elles devenoient opaques et blanc comme du lait sans former de précipité distinct : c’est peut-être des combinaisons pareilles ou analogues, qui dans beaucoup de cas où l'on fait-bouillir _des infusions végétales, les trouble et s'oppose à leur filtration? * # D'HISTOIRE NATURELLE. Tr furent desséchées à l'air, elles avoient beaucoup diminué de volume, et leur couleur blanchâtre avoit passé au jaune fauve. ; Soumises à la distillation elles ont fourni une vapeur am- moniacale si forte qu’on pouvoit à peine la supporter, et le produit liquide de la distillation étoit aussi très-alcalin. Ce liquide faisoit une vive effervescence avec les acides, coloroit la dissolution de fer en noir sale, et la précipitoit méme après avoir été saturée par l'acide muriatique. Le charbon resté dans la cornue, réduit en cendres, ma fourni aucune trace d'alcali; l'acide muriatique a dissout la cendre sans effervescence; l'ammoniaque a séparé de la dis- solution du phosphate de chaux; le carbonate de potasse n'a point formé ensuite de précipité dans la méme liqueur. Mais l'eau de chaux versée dans cette liqueur, ainsi précipitée par l'ammoniaque, y a encore produit un précipité de phosphate de chaux; ce qui prouve quelle contenoit un phosphate so-. luble. | | Le charbon des jeunes fleurs de marronier s’est comporté de la même manière, ainsi qu’on le verra plus bas. L'on remarquera que quand les feuilles ont été épuisées de ce qu'elles contiennent de soluble dans l'alcool et dans l'eau, elles fournissent à la distillation un produit alcalin comme les substances animales; et que l'alcali est accompagné d'acide gallique ou de tannin; ce qui confirme l'opinion que nous avons émise plus haut, sur l'existence d'un tannate de gélatine dans les feuilles du marronier. — 18. 48 314 ANNALES DU MUSÉUM Examen de la résine ou matière verte des B du marronier. | ro, Cette résine en passant dans l'alcool et méme aprés en avoir été séparée conserve sa couleur verte naturelle. Elle garde aussi assez. long-temps sa molesse, cependant * elle finit par devenir sèche lorsqu'elle est exposée à l'àir en couches minces. E- 20, Elle n'a d'abord que peu de saveur; mais quelque temps après, elle produit une sensation. d'amertume dans la bouche : son odeur est légère : c'est une odeur de foin. ~ 3o, Elle s'unit à la solution de potasse étendue d'eau; cette combinaison prend une couleur jaune, qui devient verte par la chaleur de l'ébullition, et produit une écume comme la bile. © 4o. La dissolution de cette résine dans la potasse est pré- cipitée en vert pile par les acides, mais incomplétement , comme cela arrive à l'égard de la bile. 5o. L'acétate de plomb y fait sur-le-champ un précipité très-abondant d'un vert dispen ainsi (s dis a d encore pour la bile. d. | Go, T'adde Hors oxigéné — relie Cette dissolution, qui reste laiteuse, et ne précipite rien : on re- marque encore la méme chose pour la bile. Sans prétendre établir ici de ressemblance exacte entre la résine des feuilles et la résine de la bile, nous ferons b c dant quelques remarques à ce sujet. 19, La bile des animaux herbivores a, en général une D'HISTOIRE NATURELLE. 375 couleur plus verte que celle des animaux Graves les poissons exceptés. 20, La bile des animaux hexbiféras est plus verte lodi ils mangent des plantes fraiches que quand ils sont au sec. -39. La bile des animaux herbivores abandonnée à l’action de ses propres élémens jaunit, mais redevient verte par la chaleur et l'évaporátion, ce qui arrive aussi à la couleur verte des végétaux. 49. La résine de la bile se dissout dans les sihi. l'alcool et les corps gras, comme la résine des plantes. 5o. La saveur de la résine de bile est amére et celle de la résine des plantes l'est aussi, mais beaucoup moins. Examen des feuilles de marronier parfaitement dépe- loppées. z . Ces feuilles, réduites en pulpe, ont été épnisées par quatre portions d'alcool employées successivement, à une chaleur douce; la dernière portion seulement a bouilli pendant quel- que temps sur ces feuilles. 7 Ces quatre portions d'alcool, ‘et surtout la dernière, ont déposé, par le refroidissement, des flocons aea: qui avoient les propriétés de la cire. " Les feuilles ainsi épuisées avoient une couleur jaune fauve. La liqueur ayant été distillée pour en séparer l'alcool, la résine a commencé à se précipiter aussitôt que la quantité d'esprit-de-vin est devenue insuffisante pour la tenir toute entiére en dissolution : enfin lorsque. la totalité de l'alcool fut évaporée, l'eau de végétation des feuilles restant dans la cornue avoit une couleur rouge brun. . A8 *- 376 - ANNALES DU MUSÉUM Ces deux matières, examinées séparément , nous ont pm senté les mêmes propriétés que eelles qui avoient été précé- demment extraites des feuilles non encore épanouies. Ainsi la partie soluble dans l'eau avoit une saveur amére et astrin- gente ; précipitoit abondamment la colle-forte ; le fer en brun, l'acétate de plomb en jaune, l'eau de chaux en blanc jau- nâtre, et elle rougissoit fortement la teinture de tournesol. L'infusion aqueuse de ces feuilles, auparavant épuisées par l'alcool, a présenté aussi les mémes propriétés que celle des feuilles non épanouies faite précédemment. Infusion, des MER de marronier dans l'acide Bru affoibli. == Après avoir épuisé des feuilles, comme nous l'avons dit, par l'eau et par l'alcool, on les a mises en infusion dans l'acide nitriquetrés-affoibli, ce quin'a cependant pas empéché qu'elles n'aient jauni, et que l'acide nitrique n'ait pris lui-méme une teinte jaune. Pr _ L'acétate de plomb mis dans l'acide nitrique qui avoit séjourné sur ces feuilles, y a formé un précipité blanc abon- dant. Ce précipité, ave et mis dans de Lá hydrosulfurée, a donné une liqueur acide qui par l'évaporation spontanée a fourni des cristaux extrémement acides. Ces cristaux noircissoient au feu, et laissoient une petite quantité de charbon : ce charbon lavé a encore donné à l'eau une acidité sensible, et la propriété de précipiter l'eau de chaux en flocons. Avant qu'on ne mit de l'aeétate de plomb dans l'acide ni~ D'HISTOIRE NATURELLE. |. 993- trique, l'oxalate d'ammoniaque y démontroit la présence de la chaux, ce qui annonce que les acides en question y étoient unis à la chaux (1). | | Une autre portion de ces feuilles ayant été mise en macé- ration dans l'acide muriatique, celui-ci, exprimé et filtré au bout de quelques jours, a présenté les propriétés suivantes. Une quantité d'ammoniaque insuffisante pour saturer l'acide muriatique y a fait naitre un précipité blanc qui nous a présenté toutes les propriétés de l'oxalate de chaux. La liqueur ensuite filtrée et entièrement saturée par l'am- moniaque, a produit un précipité jaune qui avoit toutes les propriétés du phosphate de chaux. " Il y a donc dans les feuilles de marronier, 19. de la résine. verte; 29. du tannin en grande quantité ; Jo. une matière qui accompagne le tannin;. 4°. de loxalate de chaux; 5». du phosphate de chaux; 60. une grande quantité de matière ligneuse; 7°. une matière végéto-animale qui produit beau- coup d'ammoniaque par la décomposition. ( Voyez la distil- lation des jeunes feuilles de marronier. E, (1) Lorsque P'oxalate,d'ammoniaque produisoit dans l'infusion des différentes parties du marronier dans l'acide nitrique, un précipité, nous pensions que la chaux qui en étoit la cause, s’y trouvoit au moins en partie combinée avec d'autres acides que celui de l'oseille. Mais l'expérience suivante nous a démoniré que cet effet peut arriver lors même qu'il ny a que de l'oxalate de chaux en dissolution dans l'acide nitrique. En effet, nous avons dissout de l'oxalate de chaux dans l'acide nitrique , et aprés avoir étendu la liqueur d'une grande quantité d'eau, nous y avons versé de Voxalate d'ammoniaque, et nous ayons obtenu sur- le-champ un précipité abondant; et si l'on ajoute une assez grande quantité d'oxalate d’ammoniaque, il ne reste pas une quantité sensible de chaux dans la liqueur, parce que l'ammoniaque sature Pacide nitrique, et l'acide oxalique mis en liberté n'a pas d'action bien marquée sur l'oxalate de chaux. 378 ANNALES DU MUSÉUM Combustion des feuilles de marronier traitées par l'alcool, l’eau et l'acide muriatique successwernent. Les cendres des feuilles de marronier, nonobstant tous les lavages qu'elles avoient subi avec divers agens, ont encore donné beaucoup de phosphate de chaux, du carbonate de la même base, une grande quantité de silice, et une petite quantité de fer; ainsi il faut ajouter encore aux élémens ci- dessus énoncés, la silice et l'oxide de fer. | $ IV. Expérience? sur les fleurs de marronter non encore épa- noutes. Les fleurs de marronier non épanouies avec leur pédun- cule commun ont été broyées dans un mortier et mises en- suite dans l'alcool : celui-ci a pris une couleur verte, et celle des fleurs est devenue rougeâtre. L'infusion alcoolique de ces fleurs soumise à l'évaporation, jusqu'à réduction à la sixiéme partie de son volume, a laissé déposer pendant le refroidissement des flocons blanchátres qui étoient sans doute de la cire, mais dont la quantité étoit trop petite pour qu'on ait pu les soumettre. à des essais ca- pables de le prouver. - Cette méme liqueur, réduite à siccité par une chaleur douce, a laissé une petite quantité de matière verte brunâtre, mais en ENIM plus petite proportion que les feuilles, par la raison quil n'y a eu ici que les jeunes calices non encore développés, dans lesquels les fleurs étoient enveloppées, qui aient fourni de cette résine verte. D'HISTOIRE NATURELLE. 379 Cette expérience en est restée là, elle est donc mcomplète. Expériences sur les fleurs épanoutes de marronier. Des pétales de fleurs de marronier mis en digestion Tm l'alcool pendant cinq à six jours, communiquèrent à ce fluide une couleur jaune ambrée. Les fleurs sont devenues transparentes et les taches roses qu'elles ont à,leur centre et qui ne se développe qu'aprés la fécondation, ont disparu, et des taches jaunes sont restées à leur place. L’alcoo! séparé de ces fleurs par la pression, et évaporé, a donné un extrait jaune rougeâtre, d'une saveur sucrée d'a- bord et ensuite amère. Avec la matière sucrée, soluble dans l'eau, il y avoit une substance rouge, de consistance molle, qui avoit tous les caractéres d'une résine. C'est cette résine qui donnoit à l'extrait la saveur amére dont nous venons de parler. l'extrait sucré redissout dans l'eau, et séparé par ce nioyen de la résine rouge, ne contenoit point de tannin, car il ne précipitoit point la colle-forte; il ne contenoit pas non plus de matière animale, puisque la noix de galles n'y produi- soit aucun changement. L'acétate de plomb y formoit un Pade jaune, proba- blement dû à la matière colorante jaune. Le nitrate d'argent ni le muriate de baryte wont pas occasionné de changement dans la dissolution de cette matière sucrée. —— | Traitée par l'acide nitrique elle a donné une assez grande quantité d'acide oxalique : abandonnée à l'air elle se moisit très-promptement, te do 380 ANNALES DU MUSÉUM Traitement des pétales de marronier par l'eau. . Aprés avoir épuisé les fleurs de marronier de tout ce ‘qu’elles contenoient de soluble dans l'alcool, on les a mises en macération dans l'eau. Quoique celle-ci se soit à peine colorée, elle a cependant pris un peu de viscosité et la pro- priété de mousser par l'agitation. | Évaporée F siccité, cette eau a laissé un léger enduit sec et transparent qui exhaloit en brülant l'odeur des matières animales traitées de la méme maniére, et dont la solution dans l'eau étoit sensiblement troublée par l'infusjpn de noix de galles. Il y avoit une si petite quantité de cette matière que nous n'avons pas pu en pousser plus loin l'examen. Combustion des pétales de marronier. Ces pétales ont fourni une cendre blanche un peu jaunâtre qui s'est dissoute avec effervescence dans l'acide nitrique, et dont la dissolution, après avoir bouilli, a donné un précipité par l'ammoniaque. La liqueur a été ensuite encore abondamment précipitée par l'oxalate d'ammoniaque. | Ainsi les pétales du marronier contiennent : 10, Une résine jaune rougeâtre.. 20, Une matière sucrée qui donne beaucoup d’acide oxa- lique. 3°. Une matière animale. | 49. Un peu de cire. edd 5o. Du phosphate de chaux, et pedit de KK de la méme base. Eu o. 4.4 1 D'HISTOIRE NATURELLE. 38x 6o. De l'oxalate de chaux. | » 79. De la silice et du fer. Les pétales du marronier différent des autres partigg.. de . ce végétal que nous avons examinées jusqu'ici en ce qu'ils contiennent une matière sucrée, point de tannin, d'acide gal- ES + lique, ni de matière verte. - S V. pu + d i Expériences sur les étamines du marronier: m * q * Faitement par l'alcool. Les étamines soumises à nos expériences portoient encore leurs anthères, les unes étoient ouvertes et les autres encore fermées. Ces organes mis dans l'alcool lui ont communiqué promptement une couleur rouge jaunâtre. - Au bout de six jours l'aleool décanté a été soumis à l'éva- poration en vaisseaux clos. Lorsque l'alcool a été évaporé, une résine rouge, molle et filante s'est séparée de la liqueur. . Le liquide d’où cette résine s'étoit précipitée avoit une couleur rouge brune, une saveur sucrée et. légèrement amère : ce liquide étendu d’eau précipitoit en blanc jaunste la so- lution de colle-forte. , Les étamines de marronier contiennent done trois ma- * tières solubles dans l'alcool, savoir: 1°. de la résine rouge jaunâtre, qui paroît avoir été produite, au moins pour la plus grande partie, par, les anthéres, des pines, car elle a la méme couleur qu'eux. 59. D'une matière sucrée dont la légère amertume étoit due à un peu de résine. qui y étoit restée. 18. ; 49 350 ANNALES DU MUSÉUM 302 Du'tannin en quantité notable. + A y avoit aussi, probablement, parmi ces matiéres quelques sels, mais la petite quantité sur laquelle nos essais ont été 5 faits, ne nous à pas permis de reconnoitre leur nature. Traitement par l’eau des étamines de marronier épuisées par l'alcool. Les étamines de marronier épuisées pat; l'alcool, mises en macération dans l'eau, n'ont communiqué à ce fluide aucune couleur sensible, cependant il avoit acquis une certaine vis- - cosité et la propriété de se moisir très-promptement. Il est _ vraisemblable que cette propriété est due à une matière vé- - géto-animale semblable à celle des pétales ; cependant cette liqueur n'avoit pas d'odeur putride. S VL Expériences si Sur les jeunes marrons au moment où læ- fleur a tombé. Ces marrons garnis encore de leurs pistils broyés et mis en macération dans l'alcool où ils ont resté pendant un mois, ont communiqué à ce fluide une couleur brune foncée. La liqueur filtrée, et soumise à l'évaporation, a déposé vers la fin une résine verte et amère : la liqueur dégagée de cette résine, avoit alors une odeur de pommes cuites, ou plutôt de syrop de pommes. ` Par le refroidissement, la open ci- owe concentrée: s'est prise en-gelée d'une couleur jaune. Cette omne x l'eau froide, a fourni une liqueur qui n'étoit plus que légè- Di Be D'HISTOIRE NATURELLE. 383 rement amère, mais qui étoit astringente, qui précipitoit la solution de colle en jaunàtre, et le fer en noir, ce qui prouve qu'elle contenoit du tannin, et un acide; elle rougissoib, en effet; la teinture de tournesol. L'eau de chaux versée dans cette liqueur a formé un pré- -cipité qui a pris par la calcination une couleur noire, comme celle de l'oxide de manganèse, qui n'a pas brülé au feu, et n'a cependant pas donné d'acide manista oxigéné d l'acide muriatique ordinaire. >- Il paroît que ce précipité étoit formé pour la plus grande partie d'oxide de fer. : La liqueur d’où l'eau de chaux avoit séparé la matière dont on vient de parler, soumise à la distillation à une cha- leur douce, a fourni une petite quantité d'ammoniaque, et la liqueur filtrée et saturée par l'acide nitrique a donné avec le nitrate d'argent et l'acétate de plomb des précipités qui avoient toutes les propriétés des muriates de ces métaux. Ainsi, il paroit que l'ammoniaque étoit combinée dans ces jeunes marrons avec l'acide muriatique , c’est-à-dire, à l'état de sel ammoniac. | . Aprés avoir traité, ainsi qu'il vient d’être dit, lesembryons de marronier par l'alcool, on les a soumis à l'action de l’eau. Gellé-ci à pris; au bout d'un certain temps, une saveur et. une odeur qui avoit quelque analogie avec celle du lait ai- gri, ou mieux encore avec l'eau-mére des amidoniers. do La liqueur passée avec expression à travers un linge fin avoit un aspect laiteux qui paroissoit étre dà à de l'amidon trés-divisé qu'elle tenoit en suspension. Par le repos cette matière blanche s'est déposée, et la liqueur éclaircie a été 49 * 384 ANNALES DU MUSÉUM réduite à un petit volume par l'évaporation : dans cet état elle étoit épaisse et visqueuse, elle contenoit en suspension des flocons brunátres qui s'étoient formés pendant l'évapo- ration. L'infusion de noix de galle ne l'a troublée que légè- rement, cependant l'alcool en a séparé une matiére flocon- neuse qui avoit l'apparence d'une gomme , à moins que ce ne fut une combinaison saturée .de matiére animale et de tannin : c'est ce que nous n'avons point vérifié. La matière suspendue dans la liqueur, et qui avoit l'aspect de l'amidon, ayant été desséchée et mise sur des charbons, a exhalé une odeur piquante et empyreumatique qui n'avoit rien d'analogue avec celle de l'amidon brülé. Il paroît plutôt que cette ma- tiére est de nature ligneuse dans laquelle il y a un peu de matière végéto-animale. ^ * Une portion de cette substance soumise à l’action de l'eau bouillante ne s'est gonflée ni dissoute, l'eau n'en tenoit pas un atome en dissolution. Une portion des embryons vds successivement et Fiir fois avec de l'alcool et de l’eau, brûlée dans un creuset de terre blanche, a exhalé pendant la combustion une fumée jaune ayant au commencement une odeur piquante etsur la fin celle de l'huile empyreumatique ammoniacale. Elle a fourni une petite quantité de cendre blanche soluble en en- tier, sans effervescence, dans l'acide muriatique. La dissolution de cette cendre mêlée à de l'ammoniaque a donné un précipité blanc floconneux, qui étoit - phos- phate de chaux. La liqueur n'a plus ensuite formé de précipité par. sies bonate de potasse. t D'HISTOIRE NATURELLE. | 385 Une autre portion de ces embryons semblable à la pre- miére, ayant été distillée, a fourni de l'eau acide, une assez grande quantité d'huile noire, lourde et épaisse: cette liqueur acide exhaloit une forte odeur d'ammoniaque par la potasse. Ce produit étoit donc formé. d'acétate d'ammoniaque avec excés d'acide. fh | CT Ces embryons ont laissé une assez grande quantité de charbon. coit ve "sd semb PR PE ET Unetroisiéme portion desmémes embryonsmis dans 4 acétique- s'y. sont ramollis, singulièrement gonflés, et sont devenus demi-transparens. | L/acide acétique avoit acquis de la viscosité, et. la pro- priété d'écumer par l'agitauon : cet acide filué et mis avec de l'alcool est devenu laiteux sans cependant laisser rien dé- x poser : l'infusion de noix degalle y a aussi produit umftrouble, mais n'y a pas déterminé de précipité. Enfin cet acide éva- : poré.a laissé un résidu brunâtre peu abondant. Ces propriétés paroissent être dues à une petite quantité de matière végéto-animale dissoute par l'acide acétique. S VIL Expériences sur l'écorce du fruit du marronier d Inde. . Enveloppe commune charnue. Brou. j . 4i is F ` r Cette écorce mise dans l'alcool a communiqué à ce fluide une couleur jaune, une saveur amère analogue à celle du quinquina. Cette liqueur évaporée s'est prise en gelée jaune - contenant quelques parties vertes. Cette gelée uid s us l'eau et la liqueur filtrée avoit une saveur amère, encore plus - 386 . ANNALES DU MUSÉUM * analogue à celle du quinquina. Soumise aux réactifs, elle a pea les propriétés suivantes : . Elle rougit trés-fortement le papier de tournesol. 39. L'eau de chaux la précipite en flocons jaunátres. 3o, "E/oxalate d' ammoniaque en blanc grenu. 49. L'acétate de plomb en jaune floconneux. . 5o. Le sulfate de fer; d'abord aucun changement, mais . aprés avoir saturé l'excés d'acide, en bleu noirátre. L'acide libre contenu dans cette infusion étoit de l'acide phosphorique, car précipitée par l'ammoniaque, cette infu- .sion. donnoit encore ensuite un sare par l'eau de chaux. Ainsi cette. liqueur contenoit duph hate de ix avec un excès d'acide. WIR Seren ges E TAN 104) OR "Ge. Cette méme AA précipite en jaune 3^ muriate de platiife, ce qui annonce un sel à base de potasse ou d'am- moniaque. 7°. Le nitrate de baryte y forme un précipité assez abon- dant, insoluble dans l'acide nitrique (1). | j Il y avoit donc dans l'infusion de l'écorce extérieure des marrons d'Inde 19. du tannin et peut-étre de l'acide gallique. 29. Un sel à base de potasse. 39. ‘Un sel à ioes, | ES S (1) L'infusion here de l'écorce ienr des marrons évaporée à siccité, et reprise par Veau, a laissé une substance qui avoit toutes les propriétés de la résine. _ Cette résine reprise par l'alcool a laissé une poudre rougeátre qui exhaloit en a brálanti lodeur des matières animales et a fourni une cendre brune qui s'est dissoute dans l'acide muriatique en lui donnant une couleur jaune. Cette disso- lution des cendres précipitoit en bleu par le prussiate de pote et en blanc rosé par l'ammoniaque. Ld D'HISTOIRE NATURELLE. 387 49. De l'acide sulfurique. | 5o. De l'acide phosphorique. " 6°. Une substance amère colorée. á ; 79. Probablement, un acide végétal. 80. Une résine en assez grande quantité. 9°. De l'oxide de fer. 109. De l'oxide de manganèse. L'infusion aqueuse de l'enveloppe extérieure des marrons d'Inde , épuisée par l'alcool, nous a préseüté à peu près les mémes propriétés, mais dans des degrés moins marqués. Ces enveloppes, après avoir subi l’action successive de l'alcool et de l'eau, soumise à la combustion, ont fourni une cendre composée, 19, D'un peu d'alcali. 29. De phosphate de potasse. 3o. De phosphate de chaux. . . : 4». De carbonate de chaux. : 5o. De fer oxide. 6». De silice. E Nous niavons point examiné le fruit du marronier à l'état de maturité ; M. Baumé en a fait autrefois une analyse trés- complète, et on sait qu'il y a trouvé une matière amylacée, une substance résineuse, un principe amére et T il ya aussi une matière animale. $ S-VILE 3 " Expériences sur les cloisons du fruit du marrontier d Inde. L'infusion alcoolique de ces cloisons avoit une couleur # s. w* La 388 ANNALES DU. MUSÉUM jaune påle, une saveur trés- amére, mais moins astringente que celle de l'enveloppe intérieure, du reste présentant à peu prés les mémes propriétés aux réactifs : ainsi elle conte- noit de la résine, un acide, du tannin, etc. L'infusion aqueuse, concentrée, a offert les donnes suivans par les réactifs. à; 19. Saveur acide, salée et un peu nauséabonde. 20. Précipite par l'eau de chaux. - 30. {dem par l'ammoniaque, et dans ce dernier cas la li- queur filtrée précipite encore par l'eau de chaux. 49. Précipite abondamment par le muriate de platine. cido. Ne noircit point la solution du sulfate de fer. - Ainsi cette infusion aqueuse contient, . 1». Du phosphate de chaux. 29. Un acide libre qui est peut-étre l'acide phosphorique. 30, Un sel à base de potasse. 4°. Une matière muqueuse. + = 50. Probablement quelque acide végétal. Combustion des cloisons du fruit du marronter d Inde. Cette cendre avoit une couleur brune; elle étoit dure et agglutinée; sa saveur étoit salée. et légérement alcaline ; aussi rétablissoit-elle la couleur du papier de Somsnasol rougie par un acide. Sa lessive aqueuse saturée par Paidė muriatique n'a que très-légèrement précipité par l'eau de chaux, ee qui prouve quelle ne contenoit presque pas de phosphate alcalin. Cette cendre lavée et fondue avec du borax a coloré le noir en jaune, effet qui est dù à du fer oxidé. | D'HISTOIRE NATURELLE. 389 Cette méme cendre lavée mise dans Tacide muriatique , s'y est dissoute moins ume petite quantité de silice; et cette dissolution s’est opérée avec effervescence. Elle précipitoit par l'ammoniaque en blanc jaunâtre; en bleu par le prussiate de potasse : et une fois précipitée par l'ammoniaque elle précipitoit par l'oxalate d'ammoniaque. Ces expériences prouvent que les cendres des cloisons, quoique bien lavées, contiennent, 19. un peu de phosphate de potasse; 29. du phosphate de chaux ; 3o. du carbonate de chaux; 40. du fer oxidé; 5o. de l’alcali; 60. de la silice. ` GTX * Expériences sur les enveloppes intérieures du marron d'Inde. Enveloppe particulière à chaque beg Ni L'infusion alcoolique des enveloppes intérieures y mar- rons avoit une couleur rouge foncée, une saveur extréme- ment amére et astringente. Elle précipitoit la colle-forte, et le sulfate de fer très-abondamment; enfin elle rougissoit 7 tement le papier de tournesol. L'infusion aqueuse de cette enveloppe nous a senil à peu près les mêmes propriétés, et de plus elle est précipitée par les acides, par lammoniaque et l'eau de chaux. Cette enveloppe contient donc, ro, Une substance amére. ., : 539, Du tannin abondamment. 3o, Un acide libre ( phosphorique). 49. Quelques sels à base de chaux, et de la résine. 18. 50 UA. 390 | ANNALES DU MUSÉUM Résumé. En comparant les résultats obtenus par les opérations aux- quelles nous.avons soumis les diverses parties du marronier, on remarquera qu'elles sont presque toutes formées des mémes . principes, que les progrés de la végétation n'apportent pas d’altération dans la nature de ces principes; que seulement leurs rapports sont ae changés; que ces élémens sont principalement, 10, Des résines liquides assez analogues 1 à la térébenthine. 5». Des résines sèches ayant quelque rapport avec la poix résine ordinaire. | 30. Une huile grasse, ressemblant à de l'huile d'olive ancienne. 4°. Du tannin en grahde quantité. 5o. De l'acide gallique. 6v. Une matière amère. 79. Une combinaison de tannin et de substance animale. 8». Des acides phosphorique , acétique et. différens sels. On remarquera de plus que les résines et la matiére ani- male se trouvent dans tous les organes du marronier, méme dans les fleurs et dans le fruit, mais que le tannin n'existe point dans les pétales qui contiennent au contraire une; ma- tière sucrée. . On ne verra pas, sans dium sans i midi intérét, cette grande quantité de résine et de matiére grasse répandue sur tous les es délicats de cet arbre, destiné à vivre D'HISTOIRE NATURELLE. 391 dans des climats plus chauds, pour les préserver de l’action du froid et de l'humidité assez fréquente dans la saison oà ce végétal fleurit. | La combinaison du tannin avec la matière animale doit contribuer aussi à la conservation des organes de la repro- duction du marronier. 5o * L ? 392 ANNÂLES DU MUSÉUM MÉMOIRE. SUR LES AFFINITÉS DU GENRE RÉSÉDA. . PAR M. JULES DE TRISTAN. oS [E n'est pas besoin d'étre trés-versé dans la connoissance des plantes pour apercevoir l'analogie qui existe entre les diverses espéces de réséda, et qui les fait reconnoitre au premier coup d’œil. On doit donc éprouver quelque sur- prise, lorsqu'on examine en détail leurs caractéres botaniques, d'y rencontrer une variation remarquable. Presque tous les organes de la fleur éprouvent, d'une espéce à l'autre, des changemens qu'on ne trouve ordinairement que dans des genres différens, et qui pourroient suffire pour partager ce genre en plusieurs autres, si cette physionomie des es- pèces ne forcoit à regarder leur réunion comme naturelle. Ces variations dans les caractéres de chaque espéce ont dů nécessairement produire un caractère générique, compli- qué ou inexact; et il en est résulté une grande difficulté dans la détermination des rapports de ce genre, et de la place qu'il occupe dans lordre naturel. Nous allons nous permettre quelques réflexions à cet égard; mais avant nous | jetterons un coup d'œil sur le réséda sésamoide dont le pistil + m 4 D'HISTOIRE NATURELLE . 393 nous a semblé mal décrit; et nous examinerons si les carac- téres particuliers de cette espéce peuvent influer beaucoup sur les affinités du genre; quelques incertitudes que nous émettrons aussi au sujet d'une autréespéce nous engagent à faire remarquer d'avance qu'en général ce genre est au moins incomplétement décrit et que les singularités quil présente en font désirer une révision détaillée. Du centre de la fleur du réséda sésamoide s'élève un stipes ou support qui porte les étamines, et au milieu d'elles cinq ovaires bien distincts, qui n'ont entre eux aucune con- nexion, et qui méme ont chacun un trés-petit pédicule parti- RA ^ * culier. Au-dessous des étamines ce même stipes porte une écaille jaunátre, ouverte et située du côté supérieur de la fleur qui, comme on sait, a son axe dans une position horizontale. Au- dessous de cette écaille et vers la base du stipés se trouve une plique glanduleuse et probablement nectarifére. Pen- dant la maturation le stipés s'allonge, mais seulement par son côté de dessous, le côté où est située la plaque glandu- leuse se dessèche et méme se raccourcit ; il en résulte que le plan de l'étoile formée par les cinq ovaires devient horizontal. En outre, au-dessus de l'endroit où étoient insérées les éta- mines , le stipés se boursoufle et forme une masse charnue à cinq lobes, qui sont les pédicules particuliers des cinq ovaires. ( J'ai vu quelquefois avorter un ovaire, d'autres fois j'en ai vu six.) Pendant le méme temps ces ovaires ont pris en petit la forme d'un haricot inséré par le dos ou par le cóté opposé à lombilic, mais un peu obliquement, de manière que l'un des lobes, tourné vers le dehors du réceptacle, est un peu ascendant; et l'autre, tourné vers le milieu du récep- t s. 394 ANNALES DU MUSÉUM tacle, se penche sur lui et s'appuie méme sur le -pédicule particulier ou lobe du stipés; le lieu où seroit l'ombilic du haricot est occupé par une pétite pointe qui est le style, cet endroit est d'ailleurs peu enfoncé, aussi l'ovaire est-il ovoide plutót que réniforme. Des deux lobes qui composent chaque ovaire, et qui lui donnent l'apparence didyme, l'un seule- ment renferme une ovule; c'est celui qui est tourné vers le milieu du réceptale; il est aussi chargé au moment de la flo- raison de quelques petites pointes glanduleuses. L'autre lobe qui est dirigé vers l'extérieur, ne paroit étre qu'une masse de tissu cellulaire. Pendant la maturité, la graine se gonfle, la portion de péricarpe qui la couvre est réduite à une simple membrane, et il se forme sur sa partie la plus con- vexe une déchirure qui s'étend depuis la base du style jus- qu'au pédicule de l'ovaire; par cette déchirure, dont les - bords sont dentelés et comme déchiquetés, on apercoit la graine qui bientót se détache et tombe; elle a une forme à peu prés lenticulaire, mais elle est surmontée d'une espéce de bec courbé et pointu, qui lui donne l'aspect d'une vir- gule renversée et qui contient la radicule. L'ombilic est situé au-dessous de ce bec, dans le sinus qu'il forme. Avant sa chute cette semence étoit fixée contre le fond de sa loge par un cordon ombilical, qui répondoit au-dessous du style; et le bec pointu dont nous avons parlé s'appuyoit vers la base du style. Le réséda sésamoïde a donc cinq ovaires portés sur un prolongement du réceptacle," et écartés les uns des autres; le fruit est composé de cinq capsules monos- permes, s'ouvrant par leur côté intérieur; et la semence n'est point, comme dans les renonculacées, insérée sur le 4 a. D'HISTOIRE NATURELLE. 395 bord de la valve vers la suture, mais dans l T que forme cette valve pliée en deux (1). Si maintenant nous voulons comparer cette contin à celle des autres résédas, nous jetterons d'abord les yeux sur le réséda canescens, auquel on attribue six ovaires ( germina sex, insidentia stipiti communi , Wild. sp. pl., tom. 2, p. 877 ). Je n'ai vu cette espèce que sèche, dans l'herbier de M. de Jussieu; encore comme elle ne portoit d'autre étiquette que le nom de Lippi, qui paroît l'avoir recueillie en Egypte, je n'ai pas une certitude absolue que ce soit le R. canescens. Quoi quil en soit, ceréséda avoit six ovaires rapprochés, con- formés et disposés à peu près comme ceux d'un sédum, ils s'ou- vroient de méme parle cótéinterne, mais les bords de la suture étoient un peu déchiquetés , chaque ovaire étoit monosperme, la semence avoit à peu prés la forme de celle du sésamoide, enfin ces six ovaires étoient portés sur un stipés au moins aussi long que les divisions du calice et plus menu que le pédoncule. Tout ceci n'a rien qui séloigne beaucoup du sésamoide; nous devons cependant nous étonner qu'on ait bien reconnu six.ovaires dans cette plante, malgré leur rap- prochement ou leur réunion : tandis que les cinq du sésa- moide qui sont écartés les uns des autres, ont été pris pour un seul; mais nous avons cru apercevoir dans ce méme ré- séda canescens, un autre caractère bien plus remarquable, et dont nous n'avons pu nous assurer à cause de la séche- resse de la plante; il nous a semblé que le sommet du stipes des ovaires portoit une petite masse Dernières. qui leur . (1) Ces stations avoient Loérermine Teuraetost à à séparer le genre Sésa- Re du Réséda. — 396 ANNALES DU MUSÉUM servoit de réceptacle immédiat et sur laquelle les six se- mences étoient directement insérées; leur radicule étant alors tournée vers le centre de la fleur, au lieu que dans le sé- samoide et dans les autres résédas elle est tournée vers le dehors de la fleur. Nous aurions donc ici un placenta central, et ce fruit auroit quelques rapports avec celui des malvacées; : analogie que nous étions loin de prévoir en commencant cet examen. Observons maintenant les capsules des autres résédas: nous y trouverons en général un sommet ouvert, trois ou quatre stigmates portés sur autant d' angles pointus du péri- carpe , et trois ou quatre placentas alternes avec les stigmates. De plus, quoique la capsule soit évalve, nous y aperce- vrons ordinairement des stries ou rudimens de sutures qui s'étendent depuis chaque stigmate jusqu'au réceptacle et qui indiquent trois ou quatre valves, chacune desquelles por- teroit un placenta sur son milieu. De cette conformation il ré- sulte probablement que dhaque stigmate fournit deux con- ducteurs spermatiques qui vont à deux placentas différens; et que réciproquement, chaque placenta recoit deux conduc- teurs spermatiques, l'un du stigmate qui est à sa droite, lautre du stigmate qui est à sa gauche. Si donc nous sup- posons qu'une capsule, par exemple à trois placentas, se partage suivant les sutures indiquées, chaque stigmate se trouvera divisé en deux parties, ayant chacune un conduc- teur; et nous aurons trois valves portant des placentas sur leur milieu, et terminées chacune par deux demi -stigmates un peu éfartés l'un de l'autre; mais si chaque valve se plie en deux, et que ses deux cótés se rapprochent, le placenta se | D'HISTOIRE NATURELLE. |, 999 trouvera dans le fond de l'angle qu'elle formera, les deux demi-stigmates se confondront, ainsi que leurs conducteurs, et nous aurons trois capsules univalves s'ouvrant par le cóté intérieur; si en outre elles deviennent monospermes, nous aurons un fruit entièrement analogue à celui du sésamoide. D'oà il résulte que la fructification de cette dernière plante ne différe pas de celle des autres résédas autant qu'on le croiroit d'abord. Laissons donc de cóté cette anomalie apparente du réséda sésamoide, négligeons jusqu'à plus ample. informauon le réséda canescens, et occupons-nous un moment des rapports naturels de ce genre singulier. Nous verrons d'abord dans son voisinage, suivant M. de Jussieu, un genre ( drosera) qui fructifie d'une maniére bien analogue; non pas en nous en rapportanteaux caractères de Linné, mais en admettant ce qu'a dit M. du Petit-Thouars ( Végét. d'Afr., Æ/sodeïa) et ce que nous avons vu nous-mêmes dans les droseras lon- gifolia, et rotundifolia. Le fruit est à trois valves, il y a trois styles divergens,:couchés sur le commencement des sutüres, et profondément bifurqués (on pourroit méme dire quily a six styles réunis deux à deux); enfin les valves , portent sur leur milieu des placentas qui *ont par consé- quent alternes avec les styles, et dont les conducteurs sper- matiques doivent ètre distribués comme ‘ceux que nous avons supposés dans le réséda. Si donc, selon l'opinion de M. du Petit-Thouars, le drosera passe dans la famille des violettes, il est nécessaire d'examiner si le réséda doit suivre son sort et se trouver parmi les violettes, comme l'a pensé M. de Lamarck (Suite aw Buffon de Déterv., Botan., t. 2, 18. 5I. 398 ANNALES DU MUSÉUM p. 327). Or, malgré les rapports de fructification que nous venons de décrire, le réséda diffère du drosera par sa radi- cule courbée, et non pas droite, par un périsperme nul ou trés- mince ( en prenant pour tel la lame mince charnue, tégument intérieur indiqué par Goertner), enfin par ses éta- mines indéfinies; mais ce sont là précisément les caractéres qui distinguent la famille des cistes, actuellement séparée des violettes; nous pensons donc que si les droseras entrent dans la famille des violettes, les résédas doivent être rappro- chés de celle des cistes. Il est même à remarquer que plu- sieurs résédas ont plus de trois placentas et par là se rap- prochent encore plus du genre cistus; en outre dans je réséda luteola, les trois placentas se gonflent de manière à laisser peu d'espace au centre de la capsule, et chacun d'eux porte deux rangées de graines très-écartées l'une de l'autre et dé- jetées contre la paroi de la capsule à droite et à gauche des placentas, ce qui fournit une nouvelle analôgie avec le genre cistus. | Mais ces rapports des résédas avec les cistes ne détruisent pas ceux qui existent entre ces mêmes résédas et les cap- paridées; d’un autre côté les passiflorées rapprochées par: Adanson, et pendant quelque temps par M, de Jussieu, des. capparidées, ont été ramenées.par M. du Petit- Thouars dans le voisinage des violettes. Ainsi nous voilà conduits d'une part à rapprocher les capparidées des cistes à cause du réséda, comme ils le sont des violettes à cause du drosera; et d'autre part à comparer le réséda aux passiflorées. Nous reconnoitrons bientôt entre ces plantes de fortes analogies. La situation de l'ovaire et des étamines est la méme; celle des D'HISTOIRE NATURELLE. 399 - graines et des placentas est conforme; le fruit est évalve, au moins en partie, le calice est persistant; si le réséda a une corolle, le modecca paroît en avoir une. D'ailleurs il n'est pas bien prouvé que les pässiflorées n'aient pas de corolle. L'éloignement des étamines n'est pas une raison suffisante pour forcer à donner le nom de calice à leur enveloppe co- lorée; car alors il faudroit aussi regarder comme calice la corolle des cléomés et celle méme des résédas, ce qui dans tous les cas ne nuiroit pas aux rapports dont nous parlons; d'un autre cóté les pétales des résédas sont en général com- posés de deux parties, | 19, Une espèce d'écaille glanduleuse. 29. Une appendice pétaloide et lacérée; insérée sur le dos de Fécaille. Si donc on adoptoit le caractère suivant : Fleur garnie de trois enveloppes (indépendamment des bractées), une caliciforme , une petaloide et une glanduleuse , toutes les trois ou au moins les deux intérieures cohérentes 5 toutes les trois plus ou moins divisées, la pétaloide man- quant quelquefois : les ovaires et les étamines portés sur un stipès ; trois à six styles; placentas pariétaux, etc. Ce caractère conviendroit aux résédäs et aux passiflorées. En outre dans les résédas le stipés porte souvent au-dessous des étamines un rebord qui se prolonge d'un côté en une écaille charnue; le stipès de quelques passifloras porte aussi un ou méme deux rebords courts, mais réguliers; dans le tacsonia trinervia ( Juss., Ann. du Mus., t. 6, p. 388) les filets des éta- mines sont réunis en une espéce d'urcéole, aprés s'étre séparés du stipès : le réséda alba présente une disposition analogue; ses filets m'ont aussi semblé réunis, mais ils sont polyadel- 51^ 400 ANNALES DU MUSÉUM phes; enfin le fond du calice des passifloras montre une espèce de vase nectarifère fermé par un prolongement de l'enveloppe glanduleuse; dans le réséda sésamoide surtout, les parties squamiformes des quatre pétales supérieurs for- ment ensemble une espèce d’alvéole nectarifère herméti- quement fermée par l'écaille du stipès. H n'y a pas jusqu à la disposition des fleurs en épisdes résédas, qui ne se retrouve dans les modeccas, et la division des feuilles du réséda odo- rata a de l'analogie avec celle du tacsonia tripartita ( Juss.) ; enfin le deidamia et le paropsia de M. du Petit- Thouars, qui semblent devoir entrer parmi les passiflorées, paroissent wavóir pas de stipules, et ce dernier genre paropsia n'a pas “les tiges grimpantes. En voilà plus qu'il ne faut pour auto- riser des rapprochemens de familles. Ces rapports nous pa- roissent méme si considérables qu'il devient nécessaire de faire saillir les différences. Elles consistent principalement dans l'irrégularité de la fleur ; dansle nombre absolu des étamines; dans le nombre relatif des étamines, qui dans les passiflorées paroit étre en rapport aveclesdivisions du calice, tandis que dans les résédas il paroit plutót régi par les styles. En effet il -y à le plus souvent vingt et une étamines dans les résédas odo- rata et lutea qui ont trois styles et six divisions au calice. Nous retrouverons encore d'autres différences dans l'ouver- ture de la capsule, dans le manque d'arille, dans la courbure de l'embryon et dans l'absence ou la ténuité du périsperme. Voilà donc le réséda suspendu entre trois familles, les cistes, les passiflorées et les capparidées. Il est en outre très- voisin de violettes. Ces rapports si compliqués le deviennent encore plus par les affinités de quelques familles voisines, D'HISTOIRE NATURELLE. 401 les cariophyllées, "^ exemple, déjà peu éloignées des vio- lettes, semblent s'en rapprocher encore davantage par le moyen du drosera lusitanica : cette plante a en effet bien certainement un placenta central, une capsule à cinq valves, et probablement à cinq styles et dix étamines. Elle a peut- ètre servi en partie à Linné pour établir son caractère géné- rique des droseras; mais elle ne peut rester dans le méme genre que. le longifolia et plusieurs autres. Ses semences, dont ` je wai pu examiner l'organisation, sont portées sur de petits cordons ombilicaux qui sortent inimédiatement du récep- tacle; en un mot cette capsule est trés-analogue à celle des agrostemas. Néanmoins ce drosera ayant des feuilles alternes ne peut trouver place parmi les cariophyllées. Ne seroit-il pas le type d'une famille intermédiaire entre les cariophyl- lées et les violettes; elle seroit caractérisée par un placenta central et des feuilles alternes , et peut-être que le roridula (1) viendroit s'y réunir, aussi bien que le dionæa que M. de Lamark (L. C. ) place auprés du drosera. “Nous ne dirons rien ici du sauvagesia, ses affinités parois- sent encore douteuses. Quant au parnassia que M. de Jussieu range à la suite du réséda et du drosera, il ne peut man- quer de demeurer dans leur voisinage. En attendant que la structure de sa semence soit mieux connue, ses cinq étamines le feront sans doute placer dans la famille des violettes; mais sa capsule presque à quatre loges forcera de le tenir peu éloigné du genre cistus; et ses cinq nectaires peuvent être () C'est à M. de Jussieu que je dois l'idée de rapprocher le roridula de ce drosera. 402 | ANNALES DU MUSÉUM regardés comme les cinq piéces d'une enveloppe glanduleuse et nectarifère, placées comme dans les passiflorées entre l'enveloppe pétaloide et les étamines. Ainsi cette plante, qui conserve ses affinités avec les capparidées, devient un nou- veau lien entre toutes ces familles. Si malgré ces difficultés nous osions proposer quelques vues sur la disposition de ces diverses plantes, suivant la mé- thode naturelle, il nous seroit nécessaire de remarquer qu'une: simple série ne peut exprimer les rapports complexes de chacun de ces genres. La forme d'une mappemonde seroit la seule manière de faire sentir un plus grand nombre d'at- finités; mais outre la difficulté de la construction d'une sem- blable carte, il faudra toujours avoit recours à une série simple pour l'ordre d'un ouvrage. Or, voici pour les familles et les genres dont il s'agit la disposition qui nous a semblé rompre le moins de rapports. Aprés les cruciféres viendroient les capparidées, comme dans le Genera. Plantarum, puis les passiflorées. Le RÉSÉDA, soit qu'on le laisse seul ou qo "on le réunisse à la famille suivante. Les cisrEs, composés de Yhelianthemum et du cistus. Les VIOLETTES, comMençant par le parnassia et augmentées du drosera et de SRE autres genres. Puis viendroit la petite famille, Tynes par le roridula, le drosera lusitanica, et peut-être le er Enfin les cariophyllées. Je sens que par cette disposition on arrive eU — du commencement à la fin de la 13e. classe en laissant de côté Si NEST i D'HISTOIRE NATURELLE. 403 toutes les familles intermédiaires ; mais j ài cru voir qu'il étoit facile de continuer la série dnie viens de donner un fragment et d'y rattacher d’une manière assez naturelle les familles de la 13e. et de la 14e. classes. Néanmoins je me garderai bien de donner ici une esquisse que je n’ai tracée que pour ma satisfaction particulière. Ce seroit d’ailleurs outrepasser le but que je me suis proposé dans ce Mémoire, qui du moins, je l'espère, contribuera à prouver combien nous avons encore d'observations à faire sur les plantes que nous foulons tous les jours aux pieds; idée satisfaisante pour les botanistes que les circonstances enchainent sur un sol ingrat, et qui ne peuvent participer aux brillantes découvertes des voyageurs. x m , : : ` EXPLICATION DES FIGURES: - Fic. 1, Fruit du Réséda sésamoides vu par dessus. Fic. 2. Le méme vu par dessous. a , lieu de l'insertion des étamines. Fic. 3. Un des ovaires au moment de la floraison. Fic. 4. Le méme dans le temps de la maturité : un des cótés de la capsule est artificiellement relevé pour laisser voir la graine et son attache. | Fre. 5. Capsule presque mûre du réséda odorata. a, calice; b, écaille ou appen- dice du réceptacle placée au-dessous des étamines. Fro. 6. Coupe transversale de la méme capsule montrant la position des trois -~ placentas alternes avec les styles. Fic. 7. Position d'une semence sur un de ces TIMES Fic. 8. Coupe longitudinale des organes sexuels de la méme plante. c, bord de l'especed'urcéole dont un côte b se prolonge en ı formed 'écaille; d, les étamines. x 404 ANNALES DU MUSÉUM NOTICE LE DÉVELOPPEMENT DE LA SALVINIE. PAR M. VAUCHER de Genéve. } L y a long-temps que la salvinie est connue; cette jolie es- péce de plante aquatique, placée d'abord parmi les marsi- lées et ensuite considérée comme un genre à part, se trouve rarement en France, mais elle croit en grande abondance dans les environs de Padoue et dans les marais que l'on rencontre depuis cette dernière ville jusqu'à Ferrare. Les botanistes qui l'avoient souvent observée et qui avoient remarqué les paquets sphériques qui se développent sous ses feuilles et entre ses racines, n'avoient, je crois, encore aucune idée juste sur sa fructification et sur son développement. Lorsque je la cueillis, il y a trois ans, en Italie, dans le dessein de la faire croitre sous mes yeux pour l'observer dans tout le cours de son développement, cette première tentative n'eut pas de succès, malgré les soins que j'y apportai. Les globules qui s'étoient détachés à la fin d'octobre, au moment où j'apportai la plante à Genève, et que j'avois tenus constam- ment dans une eau plusieurs fois renouvellée, ne se dévelop- / # d D'HISTOIRE NATURELLE. 405 pérent point; au contraire ils se décomposèrent aux premières chaleurs du printemps. Je ne me suis point découragé pour n'avoir pas réussi d'abord. Etant retourné en Italie, en 1810, j'en ai rapporté la méme salvinie en plus grande abondance; et au moment de mon arrivée, au mois d'octobre, je l'ai placée dans des bassins d'eau à différentes expositions. Elle étoit chargée de ces globules sphériques que l'on remarque à la base des racines. Comme cette plante est annuelle , elle a promptement péri; ses feuilles et ses racines se sont détruites , mais les glo- bules se sont précipités en grand nombre au fond du vase où ils paroissoient conserver toute leur vie. Quelques- uns ce- pendant sont restés flottans à la surface de l'eau , mais ils s'y sont flétris; les petits grains qui les composent se sont séparés - les uns des autres et ont perdu toute apparence de végétation; les autres, au contraire, ont séjourné l'hiver au fond de l'eau en se conservant dans le méme état, mais au milieu d'avril ils se sont successivement détachés du fond pour venir flotter à la surface. Quelque temps aprés j'ai cru distinguer un point vert sur l'un des petits grains dont l'assemblage forme le globule total. Bientót ce petit grain m'a paru distinctement s'ouvrir et donner issue à une production organisée. Ensuite tout le globule m'a paru composé de petits grains conformés comme le premier. Enfin ces grains se sont séparés les uns des autres et ils se sont développés de manière que je n'ai plus - douté qu'ils ne fussent la semence méme de la salvinie. LE? , L2 406 ANNALES DU MUSÉUM EXPLICATION DE LA PLANCHE. La planche ci-jointe est destinée à présenter les développemens successifs de la salvinie, qui ont été suivis sur un grand nombre de grains. On y voit d'abord (fig. 1) la salvinie entière avec sés globules attachés aux racines : ensuite ( fig. 2) un globule détaché tel qu'il existoit au mois de novembre lorsqu'il gagnoit le fond du vase. Il est composé d'un grand nombre de petits grains qui sont tous les semences de la salvinie. Chacun de ces petits grains tient au centre du globule par une petite queue telle qu'on la voit (fig. 5). Le grain lui-même est d’une cou- . leur brune, d'une consistance dure; lorsqu'on le casse il en sort une liqueur laiteuse. Vu au microscope, il paroit enveloppé d'une membrane transparente (fig. 4); au moment du développement il se partage constamment au sommet en trois parties qui ressemblent à trois dents (fig. 5). Le prolongement se fait d'abord en avant ( fig. 6 ). Ensuite on voit s'allonger sur les côtés deux espèces d’ailes qui s'étendent parallélemeht au grain ( fig. 7 ). Du centre de cette matière verte et qui paroit encore informe on voit alors sortir une feuille pétiolée et trés - fortement échancrée (fig. 8). Puis du sein de l'échancrure sortent deux petites feuilles roulées en dedans et pétiolées( fig. 9). Du sommet de celles-là en naissent de nouvelles, et âu mois d'aoüt, époque à laquelle j'écris, la plante à acquis à peu près tout son développement. Les Fig. 1 — 2 — à l’œil simple —5 — à la loupe. Les Fig. 4 — 5 — 6 — 7 —8—9 — au microscope. Les Fig. 10 — 11 —12— 13 — à Vœil simple. hb D'HISTOIRE (NATURELLE. 407 Sur un Phénomène que présentent la Barite et la Strontiane., loi sqw elles se combinent rapidement au gaz muriatique. PAR M. CHEVREUL. P our démontrer le dégagement d'eau qui a lieu lorsque le gaz muriatique se combine aux bases salifiables séches, je remplis de mercure une petite cloche de verre recourbée, semblable à celles dont MM. Gay-Lussac et Thénard se sont servis dans leurs éxpériences sur le potassium et le sodium. J'y fis passer du gaz muriatique et ensuite j'introduisis dans la partie recourbée un morceau de barite caustique provenant de la décomposition du nitrate de cette base. Je chauffai la barite avec une lampe à esprit-de-vin, le gaz se dilata , ensuite il fut absorbé; la barite répandit alors une belle lumière rouge et il se dégagea beaucoup de chaleur, car le muriate qui se forma se fondit. Quoique on n'eut employé que peu de gaz, cependant il se condensa une quantité d'eau sensible sur les parois de la cloche. MM. Gay- Lussac et Thénard, en faisant passer du gaz muriatique sur la barite chauffée dans un tube de verre, ont observé avant moi ce dernier phénoméne; mais la maniére dont ils ont opéré ne leur a pas permis d'observer le dégagement de lumiére, parce que dans leur Paaie le je ne passoit ; : Lo 408 ANNALES DU MUSÉUM que successivement sur une grande masse de barite et dès- lors le dégagement de lumière, s'il a eu lieu, n'a pas dù être sensible. : La strontiane parfaitement pure a présenté les mêmes phénomènes que la barite, mais je ferai observer qu'il faut placer la partie de la cloche qui. la contient au milieu des charbons. Lorsqu'on fait l'expérience dans l'obscurité, la lu- mière qui se dégage est des plus éclatantes : on ne peut la comparer qu'à celle d’une combustion vive. Le fait que je viens de rapporter est du genre de ceux qui prouvent que le dégagement de lumière qui a lieu dans l'ac- tion chimique des corps n’est pas toujours produit par une oxygénation, qu'il peut l'être par toute combinaison dont les élémens se condensent beaucoup et qui se fait avec rapidité. Ce fait est analogue à ce qu'on observe dans l'extinction de la chaux, et dans la combinaison de plusieurs métaux avec le soufre. J'ai chauffé de la chaux dans di gaz muriatique pour sa- voir si elle sé conduirait comme la barite et la strontiane, mais il n'y a pas eu de lumiére sensible; cependant le gaz.a été absorbé rapidement et le muriate de chaux s'est fondu. Au reste, il est possible que la lumiére du combustible que l'on emploie dans l'expérience pour chauffer la chaux rende insensible celle qui peut être dégagée lors de la combinaison. D'HISTOIRE NATURELLE. 409 NOTE Sur la production de l'Oxyde brun de plomb dans une circonstance qui n'a point été observée. «PAR M. CHEYREUL. i } O, sait que le plomb est susceptible de s'unir à l'oxygène en plusieurs proportions et de former des oxydes jaune, rouge et brun qui n’ont point la même affinité pour les acides. C'est de cette affinité du plomb pour différentes quantités d'oxygène et de la disposition de l'oxyde jaune pour former des sels, qu'il faut déduire la cause des phénomènes qu’on observe, quand on met de l'oxyde rouge de plomb avec de ` Facide nitrique ; on remarque alors qu'une partie de l'osyde est ramenée à l'état d'oxyde jaune qui se dissout, tandis que l'autre partie se combine à l'oygéne abandonné par là pre- miére, pour former de l'oxyde brun qui ne se dissout pas. Jusqu'ici on n’a observé que deux circonstances où l'oxyde brun de'plomb fut produit : celle dont je viens de parler et celle où l'oxyde de plomb rouge ou jaune est en contact avec lacide muriatique oxygéné; le hasard vient de m'en pré- senter une nouvelle que je vais faire connoitre. On avoit traité par l'acidenitrique, et à plusieurs reprises, du cristal (1) (1) Verre dans lequel il entre beaucoup d'oxyde de plomb, 410 ANNALES DU MUSÉUM | réduit en poudre fine, dans l'intention d'en faire l'analyse. La matière insoluble dans l'acide avoit été lavée et calcinée, puis chauffée dans un creuset de platine avec trois fois son poids de potasse. Lorsqu'on délaya dans l'eau la masse qui avoit été fondue, on obtint une dissolution alealine qui contenoit beaucoup de silice et d'oxyde jaune de plomb; et on remar- qua que la spatule de platine, qui étoit restée dans le creuset pendant l'opération, contenoit à son extrémité un culot d’un alliage de platine et de plomb; le fond du creuset étoit revéta d'une couche du méme alliage. La masse alcaline _délayée dans l'eau, laissa déposer une poudre brune cris- tallisée qui avoit l'apparence métallique ; je la pris d'abord pour de l'iridium ; mais après l'avoir lavée et avoir mis dessus de l'acide nitrique, celui-ci prit une belle couleur rose qu'il perdit par la filtration; comme l'oxyde brun de plomb pré- sente le méme phénomène, je pensai que la poudre brune pouvoit bien être ce méme oxyde. Les expériences suivantes prouvérent que j'avois raison : car cette poudre, exposée à la chaleur dans un tube de verre, se réduisit en litharge avec effervescence; traitée par l'acide muriatique elle dégagea beaucoup de gaz muriatique oxygéné et forma du muriate de plomb qui cristallisa en paillettes brillantes. D'aprés ces résultats, il est évident que dans le träitement du cristal par la potasse, une partie de l'oxyde jaune de plomb qui le forme avoit été décomposée en plomb métallique et en oxyde brun; que cette décomposition s'étott opérée en vertu de l'affinité du plomb pour le platine et de celle de l'oxyde. jaune de plomb pour un excès d'oxygène. Je pense que dans cette circonstance la potasse ne détermime kd D'HISTOIRE NATURELLE. il point la suroxydation du’ plomb, par Paflinité qu'elle peut exercer sur l'oxyde au maximum, ainsi que cela arrive à l'oxyde d'étain au minimum dissous dans la potasse; je fonde mon opinion sur ce que la potasse paroit avoir plus d'affinité pour loxyde jaune de plomb que pour l'oxyde brun, car dans l'opération que j'ai décrite, ce dernier oxyde n'avoit point été dissout dans l'eau avec l'aleali, tandis que la por- tion d'oxyde jaune qui n'avoit point été altérée Sy étoit dissoute presqu'en totalité. Au reste, la forme cristalline de l'oxyde brun de plomb prouve bien quil avoit été d'abord en dissolution, et qu'ensuite il s’étoit séparé de son dissol- vant, probablement par le refroidissement. Il résulte de ce que je viens d'exposer, que le platine qui Se trouve en contact avec de l'oxyde jaune de plomb, joue un róle analogue à celui de l'acide nitrique qui agit sur le minium; avec cette différence cependant, que le platine ne pouvant se combiner avec l'oxyde de plomb, détermine la réduction compléte de l'oxyde qu'il attire, tandis que l'acide nitrique ne détermine, dans le minium , que la séparation de la partie ‘d'oxygène qui s'oppose à sa combinaison avec l'oxyde jaune : dans les deux cas, l'affinité de l'oxyde jaune et de l'oxyde rouge pour un excès d'oxygène concourt au résultat. | 412 ANNALES DU MUSÉUM RAPPORT Fait à FIn: nstitut, sur un Mémoire de M. Jacobson , intitulé : DiscsiteHos ANATOMIQUE D'UN ORGANE OBSERVÉ DANS LES MAMMIFERES. PAR M, CUVIER. C: classe nous'a chargés, MM. Tenon, le C'e. de Lacépède etmoi, de lui rendre compte d’un Mémoire de M. Jacobson, pensionnaire et chirurgien- major dans les armées du Roi de Danemark, intitulé : Description anatomique d'un Organe observé dans les Mammifères. Cet organe étant situé sur le plancher de la partie anté- rieure des narines et communiquant avec les conduits pala- tins antérieurs, communément appelés incisifs ou sténoniens, il est à propos de dire d'abord quelques mots de ces conduits et de rappeler ce que les anatomistes en ont écrit. Ceux qui se sont occupés d'anatomie, ont su de tout temps # quil existe dans le squelette de l'homme , immédiatement derrière les deux dents incisives du milieu, une petite fosse commune aux deux os maxillaires supérieurs et au plafond de laquelle sont percés deux trous qui donnent chacun dans la narine deson cóté tout prés de la cloison mitoyenne du nez. D'HISTOIRE NATURLLLE. 413 Mais pendant bien des années, on n'a pas su avec autant de certitude, si dans l'état frais cette communication est ou- verte comme dafs l'os dépouillé de ses tégumens. La diffé- rence des opinions sur un point qui semble d'abord devoir être si aisé à décider, est méme une des choses les plus sin- gulières de l'histoire de l'anatomie. . | | Vésale paroit ‘avoir cru qu'elle étoit ouverte, du moins c'est le sens le plus naturel de ses paroles : paratur hoc foramen gratia connexus consensusque lunicæ palatum succingentis cum illa que narium amplitudini obducitur, portiuncule enim illius tunicæ cum venula et item arte- riola id penetravit; car on ne voit pas comment la tunique des narines et de la bonche pourroit traverser ce. conduit osseux autrement qu'en le tapissant et par conséquent en y formant un canal. 5d de. Ei * La. plupart des anatomistes du seizième et du dix-septiéme siécles s'en tinrent aux termes obscurs de Vésale : per quod venula et arteria transeunt , dit Vidius, et communis tunica narium ac palati. e. We : Spigel est encore plus visiblement copiste : ex palato zn narium amplitudinem venula atque arteriola una cum tunica palatum succingente transmittitur. Blasius, dans ses notes sur Wesling, ne l'est guères moins: vasis membranuleque palatum succingentt, in narium cayitalem viam præbent. j Le premier qui s'expliqua plus clairement fut Stenon, célèbre anatomiste danois. Il fit observer que dans l'homme il y a un canal membraneux assez large vers le nez, et si étroit du cóté de la bouche qu'il laisse à peine passer une 18. 53 414 ANNALES DU MUSÉUM soie; mais qu'on en reconnoit cependant l'orifice méme vers le palais, par une goutelette qui s'en Sehappe quand on presse du doigt cette région. Le méme Stenon décrivit les canaux eco plus am- ples qui existent à cet endroit dans le bœuf et dans la brebis. Alors la plupart des anatomistes admirent ces canaux dans - Thomme et leur donnèrent méme le nom de canaux sté- noniens d'après celui qui les avoit le premier —— avec détail. i : Verheyen dit qu'il les a trouvés ordinairement et assez manifestes. : Kulm assure les avoir > vus et montrés à nantes dans un garçon de deux ans. ‘Ruisch dit avoir possédé dads son cabinet un palais préparé oü l'on en voyoit les orifices. Duverney les représente en détail avec un stilet passé dedans, et ajoute que leur disposition est telle que les hu- ‘meurs s'écoulent plutôt par là que par la grande ouverture des narines. — L’exact Santorini est plus exprès qu'aucun autre; il faisoit passer trés-aisément, dit-il, ( commodissime) une soie par ces canaux ; il démontroit, non-seulement leur cavité, mais la membrane lisse qui en revêt l'intérieur; enfin ses élèves s'a- 1nusoient à faire sur eux-mêmes l'essai d'y insérer une soie. Qui n'auroit cru d’après, des témoignages si positifs, que l'existence de ces canaux ne pouvoit étre soumise à aucun doute? ; | | E. " Vers le milieu du dix-huitième siècle, commença cepen- D'HISTOIRE NATURELLE. 415 dant une autre série d'anatomistes qui soutinrent tout le contraire et dans des termes non moins expressifs. « J'ignore, dit Lieutaud, la raison qui a porté la plupart » des anatomistes à soutenir que ce trou étoit ouvert dans » les sujets frais; je ien assurer que je l'ai toujours trouvé » très-bien bouthh Vainement Berto a tâché, à ce qu zi assure, d'y intro- duire le stilet le plus fin : il chercha méme à découvrir ces canaux dans le cheval, mais sans succès, parce qu'en effet, comme nous le verrons plas bas, c'est précisément le quadru- pede où ils ne sont pas ouverts. Heister les nie également; nullum ductum aut canalem ad nasum. neque stylo tenuissimo neque seta detegere potut. : Le grand Haller a fait de ces canaux l’objet particulier de ses recherches sans les découvrir; il s'est même assuré qu’ils n'existent, pas : clari viri ante me viderunt non patere , ego vero scpe et de industria inquisipt ; membrana hos tubulos replet, nullo pervia canali. | Le même sentiment paroît être celui de MM. Portal et Boyer. Albinus, Winslow, Bichat, ne s'expliquent point. Mais Morgagni, Sabatier et Sœmmering pensent, peut- être seulement d’après toutes ces diversités d' opinions, que ces canaux sont quelquefois ouverts et quelquefois fermés. - Celui de tous les auteurs vivans qui paroit avoir examiné la question avec le plus de soin est M. Scarpa. On sait qu'il a décrit sous le nom de nerf zaso-palatin , une branche de la cinquième paire qui rampe le long de la partie postérieure et inférieure du vomer et passe par un petit trou particulier * 416 ANNALES DU MUSÉUM dans la fosse incisive et à la papille qui en bouche l'orifice. Il étoit naturel que M. Scarpa en suivant ce nerf examinàt les conduits sténoniens devant lesquels il passe. Or, il les a toujours trouvé fermés par le bas et en forme d'entonnoirs trés-allongés dont l'extrémité inférieure seroit bouchée. On ne peut rien faire passer par là du palais dans la bouche sans : rompre la membrane palatine. M. Jacobson a iuam observé la méme chose et JUR que toutes les fois qu'on a cru voir le contraire, on avoit dé- chiré cette membrane par maladresse, et en effet nous met- tons sous les yeux de la classe un palais humain où l'on n'en aperçoit pas. le moindre vestige. Ce qui a pu contribuer aussi à l'illusion, ce sont deux pores qui se voient quelquefois aux cótés de la papille palatii et qui paroissent étre des con- duits excréteurs de petites glandes. Voilà ce que l'on a de plus certain sur ces canaux dans l'homme. - Mais dans les aéré le cheval excepté, i ne reste ` aucun doute sur l'existence d'un conduit qui passe au travers de la fossette ou plutôt du trou incisif, et qui établit une communication libre entre la cavité du nez et celle de la bouche. Les orifices palatins de ces conduits sont méme gé- néralement très- visibles, et dans. quelques “espèces ils ne - forment pas seulement. des pores, des trous, mais de vraies fentes assez étendues, et qui sont seulement cachées à la pre- mière vue par les rebords d'un bourrelet de figure variable selon les espéces, qui occupel' extrémité antérieure du palais, - et qui représente en grand la papille palatine de l'homme. Ce fait, plus ou moins connu — Stenon, a été géné- : D'HISTOIRE NATURELLE, | 417 ralisé par M. Jacobson, et trouvé vrai dans un grand nombre d'animaux où on ne l'avoit point examiné avant lui; il con- firme donc pleinement sur ce point les observations de son illustre compatriote. | | Mais, ni Stenon, ni personne à notre connoissance avant M. Jacobson, n'avoit vu à cet endroit autre chose qu'une simple communication des narines avec la bouche; du moins n'avons-nous trouvé dans aucun des auteurs où nous avons fait des recherches, de traces de l'organe qui fait l'objet du Mémoire dont nous rendons compte, organe dont le canal sténonien ne paroit étre qu'une partie subordonnée, ou un conduit excréteur... : Cet organe consiste en un sac long et étroit de substance plus ou moins glanduleuse, enveloppé dans un étui cartila- gineux de méme forme et couché sur le plancher de la narine, - de chaque cóté et tout. prés de l'aréte sur laquelle vient se poser le bord inférieur de la portion cartilagineuse de la cloison du nez. i On observe à cet endroit dans le squelette un enfonce- ment longitudinal ou une gouttière large et peu profonde creusée sur lapophyse palatine de los intermaxillaire et se continuant plus ou moins sur celle de los maxillaire supérieur. Cette gouttière est destinée à loger l'étui carti- lagineux qui loge lui-méme le sac membraneux, en sorte que l'on peut d’après l'étendue de la gouttière, juger de celle - de l'orgaue même dans les têtes osseüses où il a été enlevé. Quelquefois , comme dans les rongeurs, ce sillon est si creux qu'il forme un canal presque complet. L'organe s'ap- plique aussi plus ou moins contre la cloison des narines, et \ 418 | ANNALES DU MUSÉUM est protégé dans sa partie supérieure par une saillie du bas de - la portion cartilagineuse de cette cloison. Son étui ou sa gaine est une lame cartilagineuse liés en tuyau, avec diverses productions vers sa partie antérieure; la membrane pituitaire la cache en dehors et elle adhére par le reste de sa surface aux os et aux a dont nous ve- nons de parler. Vers l'extrémité postérieure de cette gaine sont les trous qui donnent passage aux nerfs et aux vaisseaux qui se ren- dent à la membrane interne; et dans certaines espèces on y voit une fente plus ou moins étendue, dont nous éxplique- rons l'usage tout-à-l'heure. Er avant esti ouverture qui sert de passage au conduit excréteur. - | L'intérieur de cette gaine est tapissé par deux membranes; dont l'interne est continue, ainsi qu'on le comprend aisément, avec celle de la bouche et des narines; sa surface est trés- lisse et on y observe beaucoup de petites ouvertures qui la traversent obliquément. Elle est elle-méme doublée du cóté de la gaine par l'autre membrane, dont le tissu est aponé- vrotique et trés-fort ; entre deux est une sorte de parenchyme rougeàtre, d'une consistance assez molle, un peu grenue à l'œil, que M. Jacobson suppose avec assez d'apparence de nature glanduleuse et sécrétoire , et dont il est probable que les pores dont nous venons de parler sont les — excré- teurs. . Selon que cette espéce de parenchyme est plus ou moins dits la cavité intérieure du sac, que M. Jacobson appels son réceptacle, est plus ou moins étroite, Quand la gaine est fendue, comme nous l'avons dit plus D'HISTOIRE NATURELLE. 419 haut, ce même tissu paroit se prolonger sur les parties voi- sines, en passant au travers de la fente et en se continuant sous la membrane pituitaire, qui paroit à ces endroits plus épaisse, plus fongueuse ; que dans le reste de son étendue. Le conduit excréteur général de tout le sac donne obli- quement dans le côté du canal sténonien, qui lui-méme est quelquefois enveloppé dans un prolongement de l'étui car- ulagineux, 34i Nous ne suivrons- pas M. Jacobson dans les détails qu'il donne sur les variétés de grandeur de figure, d'épaisseur de l'organe et de sa gaine, ainsi que de la direction de son con- duit excréteur et de sa jonction avec le canal sténonien , daus les diverses espéces. Nous dirons seulement d'après lui que le cheval est jusqu’à présent le seul quadrupède où il ait trouvé le canal sténonien fermé , comme dans l'homme , du cóté du palais, en sorte qu'il y représente un cul-de-sac ou un cône creux sans issue. Du côté des narines ce conduit est toujours ouvert. ! Ce que cet organe a de plus frappant ce sont ses nerfs. Il en reçoit d’abord qui semblent au premier coup-d'œil appartenir à la première paire et qui naissent en effet de la protubérance mammillaire et passent par des trous de la lame cribleuse; mais arrivés sur le vomer, ils'se comportent autrement que les nerfs olfactifs. Beaucoup plus gros et plus longs qu'eux, ils restent visibles dans toute leur longueur, méme au travers de la membrane pituitaire, à laquelle ils ne donnent aucuns filets; descendent obliquement en avant jus- que sur la partie postérieure de l'organe, et aprés s'être divisés en plusieurs filets, ils en percent la gaine pour se - 420 ANNALES DU MUSÉUM distribuer à sa membrane interne ou plutôt à son parenchyme. Le plus souvent ces nerfs sont au nombre de deux ou de trois. Quelquefois il n'y en a qu'un seul qui se divise. M. Jacobson, frappé de ce que ces nerfs ont de particulier dans leur cours, a cherché s'ils ne différeroient puta aussi _des nerfs olfactifs dans leur origine. - Il a trouvé qu'ils naissent toujours d'une portion jaunâtre ou brunâtre qui forme une tache assez distincte sur la face supérieure et vers le bord interne de la protubérance mam- millaire, et qui paroit étre une petite masse particulière de matière cendrée qui seroit comme enchâssée dans cette pro- tubérance ; que l'on porvien.: méme quelquefois.) à en os tacher. Il a remarqué aussi que les trous de la lame cribleuse par oü passent ces nerfs ont quelque chose de différent des autres, ce qui joint à la différence de leur marche, les lui fait presque considérer comme une pare particulière. Les autres nerfs de l'organe dont nous parlons viennent de ce méme naso-palatin de Scarpa que nous avons mention- né ci-dessus. Le tronc aprés avoir donné des filets à la mem- brane pituitaire arrive vers l'extrémité postérieure de l'or- gane et lui donne une branche qui perce sa gaine et se répand dans son intérieur avec les vaisseaux, ensuite ram- pant le long de son bord inférieur et le long du canal sténo- | nien, il descend à la papille palatine; c'est seulement cette - terminaison du nerf naso-palatin qui a été connue des anato- mistes; mais ils n'ont pas aperçu la branche qui den Mm l'organe. La grandeur relative da ces pisi nerveux est trés- | D'HISTOIRE NATURELLE. idu remarquable, car ils surpassent de beaucoup les vaisseaux , quoique ceux-ci soient eux mémes trés-abondans. On n'observe aucune différence notable dans le cours et la distribution de ces nerfs, méme dans les animaux qui dif- férent le plus. Quant à l'organe lui-méme il existe dans tous les quadrupédes sans exception. L'homme en paroit dé- pourvu, du moins on n'y apercoit qu'une petite lame carti- lagineuse qui peut en étre considérée comme un léger ves- tige; mais le cheval, dont les conduits sténoniens sont bou- chés comme Ceux de l'homme, ne lui ressemble point à l'égard de l'organe en question > qui est au contraire très#développé dans cet animal. ii Les cétacés paroissent en être entièrement privés. - M. Jacobson a examiné cet organe dans les divers animaux qui le possèdent, dans la vue de déduire de cette comparaison | quelques conséquences sur sa nature et sur ses fonctions. Les variétés relatives à la grandeur proportionnelle des nerfs et des vaisseaux ne paroissent pas trés-importantes. En regar- dant son parenchyme ou son tissu excréteur comme sa partie principale et en estimant son développement d'aprés celui de ce tissu, on trouve que c'est dans les rongeurs qu'il seroit le plus parfait, ensuite dans les ruminans. Les carnassiers l'ont peu considérable, et dans les singes il devient si petit, , qu'il nous prépare à le voir manquer tout-à-fait dans l'homme. Tout ce que nous venons de lire n’est pas seulement ex- trait du Mémoire de M. Jacobson j c’est aussi le résultat des observations que cet anatomiste nous a mis'à même de aire en mettant sous nos yeux des piéces qu'il avoit préparées . ou en préparant dans le laboratoire de l'un de nous et en sa 18, 54 423- S ANNALES DU MUSÉUM présence des tétes des animaux que l'on a pu se procurer dans l'intervalle, et notamment celles du cheval, du boeuf, de la biche, du chien, du tigre, du kanguroo ; du porc- épic , etc. | Nous croyons donc pouvoir rendre témoignage de l'exac- titude de ses descriptions. Les recherches que nous avons faites dans Jes endroits des ouvrages des anatomistes, où il y avoit le plus d'apparence qu'ils auroient parlé de cet or- gane , s'ils l'eussent connu, nous autorisent aussi à croire que la découverte de M. Jacobson est nouvelle pour la science. Il ne nous reste donc qu'à examiner avec l'auteur quelle peut étre la fonction de cet organe. Se En considérant la texture de son parenchyme, les pores de sa surface interne, son conduit excréteur, l'humeur qui en suinte, on est porté à le juger sécrétoire ; mais la sécrétion qui s’y. fait est-elle sa fonction essentielle, où n'est-ce qu'une fonction accessoire, comme celle du mucus des narines par - exemple ? La grandeur et la singularité des nerfs qui s'y rendent en- gageroit assez à le regarder comme sensitif; mais se demande M. Jacobson, quel agent extérieur pourroit aller se faire percevoir dans un réceptacle si caché, si profond, si peu ac- cessible? | En le supposant purement sécrétoire , cette abondance de nerfs paroitroit annoncer une sécrétion d’une nature bien relevée; mais quel seroit donc son usage soit dans la bouche, soit dans les narines où la petite quantité de liquide que cette sécrétion peut produire doit bien vite disparoitre, et en quel- * m -— CAR : " # D HISTOIRE NATURELLE, s 423 que sorte se perdre par son mélange avec le mucus et la salive qui arrosent constamment ces cavités ? M. Jacobson paroît disposé à croire que l'humeur sécrétée Per cet organe est destinée à humecter, à lubréfier les na- zeaux, dans les animaux qui les ont toujours humides, ou au moins la partie voisine des fosses nazales dans ceux où les nazeaux sont secs à l'intérieur, et à disposer di&s parties à l'exercice de quelques fonctions sensitives. En songeant que l'homme est le seul des mammifères ter- restres à qui cet organe manque entiérement, nousen sommes venus à penser qu'il doit étre relatif à quelque faculté qui nous manque et dont les animaux sont doués. v Or, sa position doit faire choisir de préférence parmi les facultés ainsi distribuées, celles qui concernent les qualités des alimens; et si l'on se rappelle que les animaux distinguent beaucoup mieux que l’homme les substance? vénéneuses, que les animaux herbivores surtout ne se méprennent jamais sur les plantes nuisibles et n'y touchent point dans les pátu- rages, on sera peut-être tenté de soupçonner que l'organe dont il est question est le siége de cette faculté si importante pour la conservation des espéces. Ce fait observé par M. Jacobson que son plus grand dé- veloppement a lieu dans les herbivores , en qui cette faculté se fait aussi le mieux remarquer, pourroit confirmer cet apercu. La position de l'organe est d'ailleurs trés- commode pour ce but; et comme on ne peut guère se représenter cette faculté que comme une modification particulière du sens de l'odorat, on netrouvera pas sans doute étonnant que ces nerfs aient presque une origine commune avec les olfactifs. C Eat m 1 A - 4 + 424 ANNALES DU MUSÉUM Au reste, nous ne donnons ces vues que pour ce qu’elles sont; pour des conjectures trés - susceptibles d’objection et ‘qui exigent encore de longues recherches pour prendre plus de certitude. M. Jacobson termine lui-méme son Mémoire par une série de questions quil lui paroit nécessaire de résoudre avant de fouvoir porter un jugement certain sur un pareil sujet. ` l ! Ce qui est dès ce moment hors de doute par les travaux suivis avec autant de patience que de sagacité par cet ana- tomiste, c'est l'existence générale dans les quadrupèdes d'un organe particulier qui avoit échappé jusqu'à ce ja ar aux ob- servateurs et dont la structure, là position et les rapports avec le reste de l'organisation paroissent annoncer quelque fonction intéressante dans l'économie de ces animaux. Nous croÿons que le Mémojre de M. Jacobson mérite approbation de la classe, et que cet anatomiste doit étre invité à continuer des recherches qui ont déjà fourni un résultat aussi curieux. Nord THPHRIN aa Lion Lu Mj M . Vs ve entierement Ors - -gut vent basses. ~O frs i , ga | | Song Late Pahete on Í AIME à Blanche WW, LL gt 3 n, HA ? à NM (72 À E A S # A ; A PINS p * viere Ri I Ouest LL NU Most à "x Minet DE” ESQUISSE du Cours de SONGI PAHETE (Rivière Acide ) et d'une parte de celui de SONGI POUTI (Riviere Blanche ) == CE - a I EN ASS f 7 maa TJ jipe As 1)" Ji Wa}, = : e 7 À À MS 7 d i Nw Th, Jh» (WT RSS \ Jj io - n in dans \ 7 parte Orientale de CI de Java. Le LS ar M. Leschenault de la Tour. omae) eese D'HISTOIRE NATURELLE. 4 425 NOTICE Sur i un Lac d'acide su lfurique qui se trouve au fond d'un volcan du Mont-Idienne, situé dans la province de Bagnia- Vangni, cóté orientale de l'ile de Java. PAR M. LESCHENAULT, Naturaliste voyageur, pensionné du Gouvernement. L. province de Bagnia- Vangni est la contrée la plus orientale de l'ile de Jaga; elle est séparée de l'ile de Bai par un détroit d'environ deux lieues de largeur ; son terri- toire est formé du déclin du /Monz- Idienne qui la domine à l'ouest et dont la base fort éféndue est couverte de hautes forêts. Ce pays est un des plus beaux, un des plus fertiles, mais aussi un des plus mal-sains de l'ile de Japa. Depuis une quarantaine d'années seulement il est soumis à la Com- pagnie hollandaise; auparavant il étoit gouverné par. son prince particulier qui, chassé par les Hollandais, se retira et mourut à Bali. Quelque temps aprés la soumission de cette province, les habitans se révoltérent à l'occasion de quel- ques injustices faites par le chef que la Compagnie leur avoit donné; ils furent vaincus et dispersés par les Européens : L s ^ 426 d ANNALES DU MUSÉUM mais la plupart de ceux-ci périrent par les maladies; le ré- .sültat de cette guerre fut l'anéantissement presque total de la population de cette province. Bagnia- F'angni est entièrement sole de tous les autres pays habités de l'ile de Java; il faut pour y arriver de Pannaroukan traverser une forêt de 24 lieues de longueur, coupée par un seul sentier d'environ deux pieds de largeur. On ne trouve sur cette route que deux petits villages de dix à douze maisoms chacun; ce sont des lieux de repos pour les voyageurs’ qui y sont reçus dans de mauvais caravanse- .rais, entretenus par les chefs de ces villages. On rencontre encore les traces de quelques autres villages ou dessa plus petits, mais les habitans ont été obligés de les abandonner à - cause des tigres qui leur enlevoient leur bétail et les atta- quoient souvent eux-mémes. L'isolement de Bagnia-Vangni, la difficulté d'en sortir clandestinement , parce que la quantité de tigres qui peuplent les foréts fait qu'on ne peut voyager sans danger que bien accompagné et en plein jour, ont déterminé la Compagnie - à en faire un lieu d'exil où ellé envoie les malfaiteurs indiens; ils y sont détenus et employés à la culture des jardins de poivre et de café appartenans à la eompagnie. Le café de cette province est pes écrin à celui des autres cantons de - Java. Pendant un séjour de deux mois que j'ai fait dans ce pays, jai visité le Mont-Idienne et son revers. Le but de ce voyage étoit non-seulement d'examiner le volcan qui est au sommet de cette montagne, une des plus hautes de Java, mais encore d'expliquer le phénoméne que présente une Por E e : UG "d > D'HISTOIRE NATURELLE. 427 rivière qu'o trouve à quelques lieues de Pannaroukan. Les eaux de cette rivière sont ordinai tblanchátres; dans cet état elles n'ont aucun mauvais goüt et ne sont nuisibles ni aux animaux ni à la végtation; mais tout à coup la couleur blanchâtre disparoît, lateinte devient verdátre et obscure, le gout trés-acide, alors ces eaux sont mortelles pour les ani- maux qui s'en abreuveroient, et font périr les végétaux qu'elles arrosent. Ce phénoméne est intermittent, mais n'a ui période ni durée fixes. Il porte un grand préjudice aux terres des bords de cette riviére, qui pour cette cause ne peuvent être cultivées. Lorsque je partis de Samarang pour visiter la partie orientale de l'ile, M. Engelhard , gouverneur particulier de Java, m'engagea à faire ,des recherches pour l'explication du changement des eaux de la riviére blanche, et pour m'assurer si on ne pourroit y apporter remède; je lui. écrivis en date du 3o septembre 1805, la lettre suivante, qui renferme mes observations et la description du volcan changé en solfatare auquel ce phénoméne se rattache. LETTRE à M. Encrruar», gouperneur de Java, au sujet du voyage que j'ai fait au Mont-Idienne. 30 septembre 1805. Monsieur, Depuis peu de jours jé&suis revenu du voyage que j'ai fait au Mont-Idienne. J'ai joui du spectacle le plus impo- sant" que puisse offrir la nature, non pas la nature bienfai sante présentafit à l'homme l'abondance, le bonheur et le repos, mais la nature terrible offrant l'image du désordre, $- 428 ANNALES DU MUSÉUM de la destruction, et préparant sourdement lefmatières en- flammées dont peut-être un jour elle couvrira et désolera un pays fertile. Je désirerois communiquer à votre âme une partie des sensations que j'ai éprouvées, mais je sens que l'ex- pression me manquera pour peindre mes pensées; mon récit ne sera que le froid exposé d'un grand spectacle. Le but de mon voyage étoit de rechercher les raisons et l'explication du changement de couleur et de nature des eaux de la riviére Blanche (1), et encore d'examiner le vol- can situé au flanc sud-ouest de la partie supérieure du Mont- Idienne.: M. Fikerman, depuis quil est commandant de Bagnia-V'angni, avoit toujours eu le dessein de visiter ce volcan dont la Compagnie a fait plusieurs fois retirer du soufre pour la fabrication de ses poudres; les Javans ne par- loient qu'avec effroi de la difficulté et du danger de cette ex- ploitation; chacun des voyages faits au sommet du Mont avoit été funeste aux hommes et aux animaux. Le commandant désiroit connoitre par lui-méme ces difficultés, il résolut de m'accompagner. di M. Vikernan, M. Lisnet, son gendre, M. Lois , pilote du port, M. Hawersten et moi partimes à cheval le matin ‘du 18 septembre 1805. Nous étions accompagnés du pati (2) et de l'znguebey (3) de Bagnia- Pangni ev d'un grand nombre de Japans et d'esclaves, tant pour notre service que pour le transport de nos bagages et provisions. Nous nous arrétàmes et s nn la nuit à Bantyar, village éloigné PUN (1) Riviére Blanche : en javan : Songi pouti. (2) Pati est le titre de l'intendant de la province. e (3) Inguebey est le titre d'un chef de district. t D'HISTOIRE NATURELLE. 429 seulement de trois lieues de Bagnia-V'angni, et situé sur le coteau inférieur du Mont-Idienne. Jusqu'à ce village la pente est peu rapide; on parcourt pour y parvenir un pays fertile, bien arrosé, couvert de foréts au milieu desquelles sont établis quelques petits villages. Le 19, nous partimes de Bantyar et arrivàmes le soir à Ohonponoph , vallon qui joint le Mont-Idienne (1) au Mont-Ranté, c'est le lieu de repos pour ceux qui font le voyage au /Mont-Idienne; i est éloigné d'environ six lieues de Bantyar. Sur cette route on rencontré d’abord, à une lieue de Bantyar, un village nouvellement établi, nommé Litienne; il est peuplé par quelques-uns des malfaiteurs que la Compagnie exile à Bagria- Vangni pour la culture des jardins de poivre et de café : ceux-ci ont mérité par une bonne conduite d’être rendus à la liberté. A peu de distance de là on traverse successivement les rivières Servant , Bone- d'ho (2) et Pakis (3). Cette dernière est presque entièrement desséchée dans la saison actuelle. Les bords de toutes ces rivières sont trés-escarpés, et dans la mousson pluvieuse , elles doivent former des torrens impétueux. Depuis le village de Lzzezze jusqu'à la rivière Pakis, le pays n'offre qu'une vaste forét de bambous; depuis là jusqu'à Ohonponoph , le bambou ne croit plus, on ne trouve éga- (1) Quoique ce nom soit actuellement le plus généralement donné à ce mont par les habitans de Bagnia-F'angni , cependant son nom ancien est Marapi( mon- tagne de feu) : le nom Zdienne qu'il porte maintenant étoit celui d'un pays situó à son revers ouest, et anciennement habité. (2) Boned'ho est le nom javan de l’Artocarpus integrifolia. (3) Pakis signifie en javan et en malais : fougère. 18 55 430 ANNALES DU MUSÉUM lement plus ni riviéres ni fontaines, mais on traverse des vallées profondes creusées par les torrens formés dans la saison des pluies. Plus on s'élève, plus la pente devient ra- pide. Cette partie de la montagne est ombragée d'arbres d'une élévation considérable et d'une grande variété de végétaux, parmi lesquels on rencontre abondamment la fougére en arbre (1), le chou palmiste (2) et la petite espèce d'arequier sauvage nommé par les javans Zmdpidjr. Sous cette cou- verture de végétaux on ne peut reconnoitre la qualité du sol primitif, pate que le terrein n'est qu'un composé pro- fond des débris de la végétation. Les rayons du soleil ne pé- nétrent jamais ces foréts épaisses, aussi on y respire un air froid et humide qui affecte péniblement la poitrine. Les troncs des arbres sont couverts de mousses, de champi- gnons , d'epidendrum et de fougères parasites (3); les vé- gétaux abattus sont bientót réduits en pourriture, effet de l'humidité habituelle et concentrée. : x On ne voit dans le vallon.d'Ohonzponoph que quelques arbres rares et isolés parmi lesquels on remarque le casua- rina equisetifolia et une espèce nouvelle de cAéne.:Le sol est partout couvert d'une herbe fort haute qui sert denour- riture aux nombreux troupeaux de cerfs qui peuplent les forêts voisines; c'est avec cette ‘espèce d'herbe qu'on avoit recouvert les cabanes qui devoient noüs servir d'asile. Le vallon est d'une étendue médiocre, il domine à l'esz le pays (H) Fougère en arbre : se nomme en javan : pakis galar. (2) Chou palmiste : se nomme en javan : javar. nd (3) J'ai recueilli dans ce voyage vingt et quelques espèces différentes de fou- geres, x i ¿ D'HISTOIRE NATURELLE. 431 qui s'étend jusqu'au détroit de Bali, et à l'oues£ celui qui s'étend jusqu'aux montagnes de Kuendan; au sud il est ` borné par le Mont-Ranté et au nord par le Mont-ldienne. Lorsque le ciel est clair et serein on y respire un air sec et subtil, mais le plus souvent les vapeurs qui se sont élevées pendant le jour des vastes forêts qui couronnent Bagnia- Fangni retombent la nuit et forment un brouillard froid, épais et humide qui est trés- dangereux; c'est un brouillard de ce genre, accompagné de pluie, qui en une seule nuit fit périr, il y a quelques années, un homme et plus de cin- quante chevaux qu'on avoit envoyés pour transporter le soufre qu'on avoit tiré de la so/fatarre. _ Nous couchàmes à OAozponoph , et le lendemain 20 sep- tembre, nous partimes , M. Z';kerman et moi, pour aller vi- siter le revers ouest des montagnes. Le but de cette course étoit l'examen de la riviére Blanche, et des causes de ses changemens. Je vais rendre compte du résultat de mes ób- servations, tant d'aprés ce que j'ai vu moi-méme que d'aprés les renseignemens que j'ai pris auprés du pati de Bagnia- Fangni, qui dans sa jeunesse a parcouru toutes ces mon- tagnes à l'époque où la “Compagnie a eu la guerre avec les habitans de cette province. Pour l'intelligence de ma narration, j'ai esquissé sur les lieux une carte du pays, depuis le sommet de la montagne Seloupo d’où je dominois tous les environs. Cette carte est, sans doute, très -inexacte quant aux positions respectives, mais elle est suffisante pour guider dans la lecture de mon récit. La ripióre Pise (en javan : song? pouti) prend sa source a 59 "a X ^ 432 ANNALES DU MUSÉUM au Mont-Rao; son cours est rapide et se dirige au zord parallélement aux montagnes Kneudan, en passant à l’ouest de la montagne Soukat ; les montagnes Kzeudaz ont d'abord leur direction du sud au zord, mais elles tournent ensuite à l'est en laissant un passage aux eaux de la rivière Blanche qui continue de couler au zord et va baigner le pays situé entre Pannaroukan et Sombrouarou. Ses eaux, dès son ori- gine, ont une couleur un peu laiteuse, mais ce n'est qu'en grande masse, car si on en prend dans un verre elles parois-. sent parfaitement transparentes et limpides; elles sont insi- pides au goüt: les Javans assurent que dans cet état elles fertilisent beaucoup les terres qu'elles arrosent. Le pays voi- sin de la source de cette rivière étoit jadis peuplé (1), mais aujourd'hui il est absolument désert par les mêmes causes qui ont fait disparoitre la majeure partie des habitans de Dagnia- F'angnt. Les eaux de la rivière hish en sortant du Mont-Rao coulent sur une argile blanche qui leur communique sa cou- leur; les changemens qu'elles éprouvent proviennent d'une autre riviére qui les joint à environ trois lieues de leur source. Cette rivière est nommée par les Javans : songé pouti; ses eaux chargées d'une grande quantité d'acide sulphurique sont àcres et brülantes; elles sortent du Mont- Idienne et ont leur source dans le gouffre volcanique de ce mont, comme vous le verrez par la suite de ma narration. Cette ri- yière sulphurique, lorsqu'elle n'est pas augmentée par les — (1) C'est ce pays qui se nommoit I dienne et qui a donné en dernier lieu son nom à la montagne volcanique auparavant nommée AMar-api. ; eut E 8 TA D'HISTOIRE NATURELLE. 433 pluies qui tombent fréquemment dans ces montagnes, est très-peu considérable; dans cet état elle est absorbée peu à peu pär le terrein sablonneux sur lequelelle coule et disparoit entièrement une demi-lieue environ avant d'arriver à la ri- viére Blanche qui alors conserve sa couleur et son goüt pri- mitif jusqu'à son enibouchure; mais si la riviére sulphurique est grossie par les pluies, alors le terrein ne pouvant absor- ber toutes ses eaux. elle se décharge dans la rivière Blanche, à l'endroit où celle-ci coupe les montagnes de Xneudan et lui communique toutes ses qualités nuisibles; l'acide sulphu- rique se combinant avec les particules d'argile que les eaux de la riviére Blanche entrainent, s'y unit et fait changer ainsi de couleur à ces eaux, qui chargées d'acide, tuent tous les poissons qui se trouvent à leur embouchure, donnent. des ' coliques violentes aux personnes qui en boivent et feroient périr toutes les cultures qu'elles arroseroient. Telle est l'explication des phénomènes qu'offrent les eaux dela rivière Blanche; il est d'autant plus malheureux que cette rivière soit gâtée par les eaux sulphuriques de Songi pouti, que, comme je l'ai déjà. observé, elle arrose un vaste pays et qu'elle seroit très-favorable à l'agriculture; mais il seroit peut- être. facile de détourner le cours des eaux de Songi pouti, en leur traçant une route entre les montagnes AK zieudaz. et Radiewpo , ou de séparer leur lit de celui de la riyiére Blanche à l'endroit où elles la joignent. Je suis descendu dans le lit de Songi pouti, ev je l'ai parcouru l'espace de plus d'un quart de lieue; les. eaux étoient basses à cette époque, je n'estime pas que la masse totale de ces eaux réunies füt alors de -plus de 18 pouces de largeur sur autant de profon- 434 ANNALES DU MUSÉUM deur (1). Dans les plus grandes crues la rivière n'a pas plus de 25 pieds de largeur et 2 pieds de profondeur. Il est facile de reconnioître les endroits jusqu'oit les eaux ont atteint par les traces de corrosion qu'elles ont laissé sur les roches et sur le sol, et par le défaut de végétation qu'elles ont éteinte dans tous les lieux où elles ont séjourné. Le revers de ces montagnes, depuis Ohonponoph jusqu'à environ une demi-lieue des bords de la riviére Blanche, est sec, montueux, composé de déjections volcaniques très-di- visées, formant un sable grossier. Le sol est couvert presque partout d'une plante graminée trés-haute, du genre saccha- Tum, nommée par les Javans : a//an; on ne voit d arbres que dans les vallées, ces lieux sérvent de retraites à une grande quantité de tigres et à de nombreux troupeaux de cerfs. Les bords de la rivière Blanche prés de sa source sont - fertiles, on y voit les traces d'anciennes cultures. — Le soir, peu de temps après notre retour à Okonponoph , le vallon fut couvert de cette espéce de brouillard malfaisant dont j'ai parlé; il avoit une odeur fétide et étoit si épais qu'on ne voyoit pas à vingt-cinq pas un feu allumé : heureusement pour nous un vent d'esz violent qui séleva sur les neuf heures du soir débarrassa promptement l'atmosphére de ces vapeurs malignes, qui si elles ne donnent pas la mort causent presque toujours aux personnes qui les ont pendant quelque temps respirées, des fiévres trés-longues et trés- difliciles à guérir. - Le ?1 de grand matin, nous | partimes à pe pour aller (1) S'il ne pleut pas pendant quelque temps, la rivière reste idi à sec. *. D'HISTOIRE NATURELLE. 435 visiter le voln ; le chemin qui y conduit est extrêmement rapide et très-fatigant à cause d’une espèce d'herbe très-fine qui couvre leterrein et le rend wés-glissant; pour gravir on est à tout instant obligé de s’accrocher aux arbustes qu'on ren- contre. Le casuarina equisetifolia, que les javans nomment semara , est presque le seul grand. arbre qui ombrage cette parte de la montagne; le vent en jouant au travers de ses | longues feuilles filiformes fait entendre un frémissement con- tinuel et aigu; il est droit et élancé (1) ; il a le port et l'ap- parence du sapin, mais son bois lourd et cassant ne permet pas de le faire servir aux mémes usages. Aprés environ deux heures de marche, nous arrivàmes au sommet du cratère. Avant d'atteindre cette hauteur on trouve déjà répandus cà et là une grande quantité de morceaux de soufre verdâtres, ternes, en forme de.scories : ils parois- sent avoir été lancés hors du volcan par quelques irruptions. Le volcan est adossé à la partie sud-ouest du sommet du Mont-Idienne , qui dans cet endroit est perpendiculaire- ment coupé en laissant entre lui et le gouffre une place d'environ un demi-quart de lieue d'étendue. Cette coupure perpendiculaire indique qu'une partie du sommet s'est dé- tachée par l'effort qui a eu lieu lors de l'ouverture du volcan, mais l'écroulement principal paroit s'être fait à l’ouest et au nord-ouest, car à l'est et au sud on nen voit aucune trace considérable. ~ (1) Ces arbres lorsqu'ils sont transplantés dans la plaine n'ont plus le même port, ils sont moins élevés que ceux qui eroissent sur les montagnes et leurs têtes se chargent davantage de branchages. b . ANNALES DU MUSÉUM L'ouverture du volean est ovale, ayant %h plus grand diamètre dirigé du zord-est au sud-ouest. J'estime sa cir- conférence, à prendre du sommet, d'environ une demi-lieue; son plus grand diamètre de 560 toises; et sa profondeur, du point le plus élevé, d'environ 400 pieds. Le fond du gouffre a environ 250 toises d'étendue dans son plus grand diamètre: un lac de »ootoises dont les eaux sont chaudes, d'un blanc (1) verdâtre, et chargées d'une quantité de l'acide qui s'échappe du soufre en combustion , Viam au sud-ouest la parte la plus basse; de leur surface il s'élève une fumée légère. Dans l'autre partie qui a environ 25 à 3o pieds d'élévation au- dessus du lac sont les bouches fumantes... — . de. "Toutes les parois du volcan n'offrent que des Foie blanches taillées en aiguilles , ou écroulées , calcinées et ré- duites par l'effet du feu à l'état de chaux; dans quelques endroits elles sont couvertes d'une efflorescence verdátre. A Vouest et au nord-ouest le bord du volcan est abrupte; sa partie supérieure est formée de couches peu épaisses de cendres ou cwm SR successivement rougeûtres , brunes, blanches et jaunátres; à p et sud-est il s'incline en pente médiocrement rapide, jusqu’à la moitié de sà profondeur. Au sud-ouest il y a une coupure peu large, c'est par cette ou- verture que se déchargent les eaux du lac qui ensuite forment | la rivière sulfurique. Au sommet du cratère, dans la partie du sud-est, on trouve des terres ocreuses, rouges et jaunes, La pente dont j'ai parlé, située à l'est et au sud-est, est sillon- L (1) La couleur blanche des eaux du lac est due à la réflexion de la blancheur des roches calcinées qui l'entourent et sur lesquelles elles reposent. ` d 3. D'HISTOIRE NATURELLE. ` 437 née par les eaux pluviales couvertes de tuf volcanique, de soufre et de différentes espèces de laves en morceaux de médiocre grosseur. + Les arbres qui avoisinent le cratère sont ie. on en ren- contre un grand nombre de désséchés. Cependant dans l'in- térieur du gouffre, méme malgré les exhalaisons sulfuriques, la végétation n'est pas entiérement éteinte; on apercoit s'é- chapper de la fente des rochers une espèce de fougère, petite et coriace, et un arbrisseau du genre arbutus, nommé par les Javans , roukom (j'ai également trouvé cette plante lors du voyage que je fis il y a environ deux ans pour examiner un autre volcan situé au sommet du Mont Mar-ap: (1), dans le voisinage de Sourakarta); mais ce qui m'a extré- mement surpris, c'est d'avoir trouvé des excrémens de tigres jusque sur les bords du cratère, car dans cet endroit l'air est extrémement rafraichi à cause de son élévation. Telles sont, Monsieur, les observations et le spectacle que m'a offert le sommet du cratère. Nous étions très-fatigués, nous nous à arrétàmes quelque temps pour prendre du repos accompagnoient préparèrent et assujétirent les échelles en bambou au moyen desquelles nous devions descendre au fond du volcan. Le lieu par où l’on descendest auzord-nord-est; une partie du chemin est en pente, ensuite on est obligé de se servir d- echelles qui sont attachées aux rochers saillans, tantôt per- Q)Ilya plusieurs montagnes ose de l'ile ds Java qui portent le nom de Mar-api, ce qui signifie montagne de feu. 18. 56 438 ANNALES DU MUSÉUM pendiculaires, tantôt inclinées, selon la disposition da local, Cette manière est dangereuse 5j aurois préféré pour descendre des cordes à nœuds qui eussent été fixées au sommet du précipice, parce que tous les rochers étant calcinés et ré- duits à l'état de chaux, sont peu solides et peu adhérens. Si une de ces roches venoit à se détacher par le poids de ceux qui seroient sur les échelles, elle rouleroit au fond du goufire ‘en culbutant et entraînant tout ce qu'elle trouveroit sur són , vassage. Les précautions furent bien prises, et nous arrivàmes sans accident au fond du volcan dans la partie où sont les bouches fümantes. * _ C'étoit la première fois, Monsieur, que je voyois d'aussi prés ces ateliers terribles où la nature prépare les révolations qui changent la surface du globe que nous habitons. Je ne peux vous dire quel sentiment dominoit davantage mon àme, celui de l'effroi ou de l'admiration; de quelque courage que s'arme l'homme, il est rappelé au sentiment inüme et naturel de sa conservation lorsque tout ce qui l'entoure le menace. Des roches pendantes sur nos tétes et qui paroissoient devoir incessamment sécrouler... sous nos pieds le frémissement et la chaleur de matière bouillonmantes, dont nous n'étions séparés que par uue croüte de cendres durcies... le mugis- sement de ces matières, semblable au bruit des flots se bri- sant sur écueil.... un air enflammé ét âcre que nous res- pirions. .. étonnoient mon àme et étourdissoient ma pensée... Rendu au calme nécessaire à l'observation, je m'avancai du côté des soupiraux volcaniques qui donnent passage à la fu- mée; ils sont au nombre de quatre, et tous dans la partie orientale du volcan. L'ouverture qu'on rencontre la première ^ D'HISTOIRE NATURELLE. 439 est la plus grande, c'est un trou parfaitement rond, d'envi- ron 7 pieds de diamètre; à côté de celle-là en est une autre, qui ressemble imparfaitement à une grotte, du fond de la- quelle s'échappe une fumée épaisse; ces deux ouvertures sont entourées à quelque distance d'une efllorescence de soufre, ressemblant à une poussière dorée; les parois des soupiraux sont tapissées de petits cristaux de soufre très-brillans. On peut approcher de très-près ces deux ouvertures; M. Viker- znan et M. Lisnet, ignorant combien les vapeurs sulfureuses sont dangereuses et pénétrantes, eurent méme le courage d'entrer dans la grotte qui précède le second soupirail; ils furent saisis par les exhalaisons, et n'eurent que le temps de se retirer trés- promptement; mais ils pouvoient être suf- foqués et périr sans quil füt possible de leur donner aucun secours. Au milieu des vapeurs qui nous entouroient, nos mains et notre visage paroissoient d'un rouge de sang. Les deux autres bouches, dans lest de celles-ci, sont voi- sines. l'une de l’autre et adossées au flanc oriental du vol- can selles paroissent étre au-dessus du foyer le plus ardent, ' car dans cet endroit le mugissement souterrein est beaucoup plus considérable, et l'une d'elles jette de 10 en 10 secondes environ, et à la distance de 8 à 10 pieds, des morceaux, de matières fondues de la grosseur du poing. Toutes les fois que ces déjections.ont lieu elles occasionnent un sifflement semblable à celui qu'occasionne l'air qui s'échappe d'une. pompe à feu; intervalle qu'il y a d’une déjection à l'autre est assez régulier. Ces matières pendant la nuit doivent pa- roitre enflammées, mais pendant le jour elles ont l'apparence d'une flaque boueuse qui s'aplatit en tombant. J'aurois bien dus 56 * 5 440 ANNALES DU MUSÉUM désiré me procurer un Sehen de ces matières nouvelle- ment sorties, mais tant à WE ^ de leur situation qu'à cause de la chaleur du'terrein, il est impossible de s’en approche à plus de 15 pieds de distance. Toute cette partie du fond du volcan offre encore d’autres petits soupiraux; la fumée sort de toutes les fissures de la croûte sur laquelle on marche, et méme en faisant une ouverture. aveçun instrument tranchant, la fumée s'en PUSRIM aussitôt. Ba nature de ce lieu indique qu'il est sujet à des bouleversemens journaliers ; des blocs de roches plus ou moins calcinées, des masses de cendres plus ou moins durcies, sont entassées sans régularité et offrent l'image du désordre. Le terrein sur lequel on marche est. ccessi ' couches de pozzolane blanche contenant des globules dé verre noir en forme de larme; on rencontre semé cà et là, et en grande abondance, des mor- ceaux de lave et de verre noir de différentes forme et gros- seur, du soufre dans différens degrés de pureté. On dites aussi de l'alun et du vitriol formés dans quelques pierres. Les Javans disent que les soupiraux, il y a environ deux ans, étoient à l'ouest de ceux qui existent aujourd'hui; on en voit encore les traces; ils sont éteints et forment des fon- drières de 25 à 3o pieds de profondeur. On pouvoi aussi autrefois parvenir sans difficulté au rivage du lac d'acide sul- esi ud mais actuellement tous les bords sont escarpés, il n'est plus que trés- difficilement abordable d'un sedl côté , par où un javan alla puiser, dans un bambou, l'eau que je "Re me procurer pour échantillon. Le lieu d’où on a retiré, il ya deux ans, du soufre, est recouvert par l'eau. . Peu s'en fallut aue notre VOXEE Ne füt accompagné d'un $. 3 CS CMT, | D'HISTOIRE NATURELEE. A41 événement tragique : M. Lisnet s'étant approché trop près des bords de l'escarpement qui domine le lac, fit écrouler sous lui une portion de la cendré durcie sur laquelle il étoit; il fut entrainé, et sans une roche qui par bonheur I arréta dans sa chute, il eut misérablement péri dans les eaux du lac. Nous restámes environ cinq quarts-d heure au fond du volcan. J'en ai dessiné une vue intérieure qui fera mieux con- noitre que ma description la disposition de ce lieu. On res- pire au. fond du gouffre un air embrasé et très-âcre qui af- fecte douloureusement les yeux, les lèvres, l'intérieur des narines et les poumons; les semelles de nos souliers furent brülées par la chaleur du terrein. Lorsque nous étions préts à sortir du volcan, il se détacha de la partie supérieure et oc- cidentale une masse de terre de plusieurs toises qui roula avec fracas € ans le lac sulfurique, où elle causa un bouillon- nement long et considérable, ce qui me fait croire que ces eaux sont très-profondes. Nous remarquàmes aussi les ves- tiges de plusieurs éboulemens trés-récens. Je re rettai beaucoup de n' avoir-pas avec moi un thermo- mètre (1) pour connoitre le degré de chaleur des eaux du lac, des Shi i sortant des bouches volcaniques ;*et encore de l'air qu'on respire en ce lieu. J'estime que l'élévation du sommet du Mont-Idienne est au. moins de 1000 toises au-dessus duniveau de lamer.Cette estima- tion n’a d'autre base que le Ry: ; je considère en fixant N64 7 (1) Lorsque j tois à Batavia, d ne pus chez aucun marchand me procurer un seul thermomètre. A4? ANNALES DU MUSÉUM cette hauteur, que depuis Bagnia-V'angni, M y a -environ dix lieues d'une penn sonos pu efpigaes endroits très- rapide. Nous retoürnàmes le soir à i Okonpotoph, où nous arri- vàmes harassés de fatigue. M. Vikerman m'assura quil aimeroit mieux donner sa démission, que de forcer aucun des homnies sous sa dépendance : à aller chercher du soufre dans cet endroit. J'ignore de quelle importance est pour la Compagnie le soufre qu'on retire de ce volcan , mais il peut se faire que le Gouvernement ait été trompé par les rapports de personnes qui comptoient la vie des hommes pour peu de chose, ou qui. avoient intérét à linduire en erreur. Aprés avoir visité ce lieu, j'ai assurance, Monsieur, que connois- sant tous les dangers de cette exploitation, vous vous oppo- serez de tout le pouvoir que vous donne la place éminente que vous occupez, aux réquisitions- de ce genre. Je suis un peu familiarisé avec le danger, et je crois iro l'honneur d'étre assez connu de vous pour que vous ne m'accusiez pas d'exagération, Vous avez dü voir, par la narration que je viens de vous faire, que la descente dans le volcan est trés- dangereuse, ainsi que le séjour que sont obligés d'y faire ceux qui recueillent le soufre. On doit considérer encore que ces malheureux Javans sont obligés pour parvenir au volcan de faire un trajet de 10 lieues, depuis Bagnia- F'angni, par un pays désert et rempli. de tigres; que rendus à Ohonponoph , qui est le lieu de repos il faut qu'ils aillent chercher au loin l'eau qui leur est nécessaire; Te ils sont exposés dans cet en- droit, presque sans vêtement, à un froid auquel ils ne sont point habitués, et t qui méme accompagné de vapeurs humides D'HISTOIRE NATURELLE. 445 et malfaisantes, peut leur faire perdre la vie, ainsi que le prouve la catastrophe déjà arrivée, ou du moins leur donner des maladies longues et difficiles à guérir. M. F'zkerman et moi sommes, sans doute, d'un tempérament vigoureux, et tout ce qui pouvoit faciliter notre descente dans le volcan avoit été employé; cependantlorsque nous en sommes sortis, nous étions l'un et l'autre dans l'état de personnes prétes à défaillir. | - Lorsque la partie orientale du Mont-Idierine sera peu- plée, ce qui arrivera certainement un jour, parce que le sol est d'une grande fertilité, les défrichemens feront disparoitre l'insalubrité que j'atribue entièrement aux exhalaisons de végétaux corrompus qui s'élèvent de ces vastes et humides forêts. Alors L'intérêt seul engagera les habitans qui seront à la proximité u volcan à en extraire le soufre; on pourra peut-étre méme alors tirer un grand parti du lac sulfurique en rectifiant et isolant les différens acides que contiennent ses eaux. Les Javans n'ont aucune tradition d'irruptions récentes de | ce volcan; les ébranlemens, comme je l'ai déjà dit, ont pro- bablement été plus considérables à l'ouest. On trouve à Pa- rassane , sur la route de Bagniagl'angni à Dattol-mati , à unë lieue et demie environ de la mer et dans le nord. du Mont- Idienne, des roches volcaniques qui m'orit paru étre une lave à demie-fondue, contenant plusieurs pierres ponces ou vitrifiées qui forment avec elle. une espécé de poudinp. Ces roches me paroissent faire partie d'un torrent dé lave qui est descendu du volcan, et qui par la succession des temps a été en grande partie recouvert. 444 ANNALES DU MUSÉUM Il y a treize ans que les Javans disent qu'il se fit avec fracas un éboulement qui partit de l'est dusommet du Mont-Idienne. Il se détacha par une commotion intérieure, mais sans irrup- tion de feu ou de fumée, une grande quantité de roches qui roulérent jusqu'à la mer, en entrainant tout ce qui se trou- voit Sur leur passage. Une partie. de cet éboulement s'arréta sur le bord de la mer, au lieu nommé K/afa, à une lieue environ au zord de Bagnia-F'angni; là étoit un marais mouvant qui rendoit le chemin irès- dificil l'éboulement le combla, l'affermit et en resserra les eaux dans un lit qu’elles se formèrent au zord du lieu où elles croupissoient aupara- vant. Nota. Un lac Seay rer atn aussi considérable, trouvé au fond d'une so lfatarre , étant un fait géologique nouveau, jai rapporté en France une demi-bouteille pleine de l'eau de ce lac. Le célébre et savant professeur M. Vauguelin. a _ bien voulu en faire l'analyse suivante. Analyse d'une ilieur acide rapportée par M. Leschenault. 10. Cette liqueur a une saveur acide et en méme temps amére. € : 20, Sa gestes piclique © est à celle de l'eau comme 1,118 est à 1,000 .: elle marque à l’aréomètre 8 degrés. 30. Lorsqu'on fait évaporer cette liqueur, il s'en dégage des vapeurs d'acide muriatique et d'acide sulfureux; la liqueur prend une couleur jaune, et dépose quiiques parties de soufre. 4». En réfroidissant, cette higiene à déposé des cristaux T D'HISTOIRE NATURELLE. - 445 de sulfate de chaux : par une évaporation poussée plus loin, la méme liqueur a fourni des cristaux d'alun. 59, Les cristaux d'alun séparés, et la liqueur concentrée encore plus, a donné du sulfate d'alumine simple. 6». Lorsqu'on a séparé par des cristallisations successives le sulfate de chaux et l'alun, la liqueur restante ou l'eau- mère décomposée par iso a formé un précipité qui étoit composé de fer et d'alumine. is: 329, La liqueur ainsi pe par Sr. Ses éva- porée et le résidu caleiné, n'a donné qu'un peu de sulfate - de potasse, sans autre chose. . | 80. Ces expériences prouvent que la liqueur acide rap- portée par M. Leschenault est composée, 10, D'acide sulfurique. | PA 59, D'acide muriatique. — 3o. D'acide sulfureux. 4°. De sulfate d'alumine simple. z D'une petite quantité d'alun orbir. o, De sulfate de chaux. a De sulfate de fer. š 8». De quelques atomes de soufre. ý L'acide sulfurique est plus abondant que les autres sub- stances, ensuite l'acide muriatique, le sulfate d'alumine simple, le sulfate de fer, et les autres substances n'y sont qu'en très- - petite quantité. - r1 Le m -446 ANNALES DU MUSEUM .* - « a EXPLICATION de la Planche représentant la vue intérieure de. la Solfatarre. a. Lac d’acide sulfurique. 2. Coupure par pape se déchargent les eaux | pour former la riviere dite Songi pouti. 3. Partie du volcan où sont les bouches volcaniques. 4. Anciennes boûches ‚volcaniques, m maintenant éteintes. 5. 5. Bouches volcaniques vomissaat.de la fumée et des portions de matieres fondues. -6. Läeu par où je suis descendu dans le volcan. Der Seal endroit par lequel iieri hui les bords du lac sont abordables. d. Žž . E r D'HISTOIRE NATURELLE. 447 QUESTIONS SUR LA FORMATION DES BEZOARDS INTESTINAUX. SEE M. ERAS LIN. Pour faire suite au travail qui lui est commun. avec M. Fourcroy sur le méme objet. ! in bezoards trouvés jusqu'ici dans les intestins des ani- maux, sont formés, les uns de phosphate de chaux, les autres de phosphate acidule de chaux, les 3e. de phosphate ammo- niaco-magnésien , et les 4e. d'une matière résineuse. On ne doit pas compter au nombre des véritables bezoards ces agglomérations de corps étrangers avalés par les animaux, tels que les poils, le foin , l'agaric de chéne, etc., quoique leur présence dans l'estomac et les intestins leur soit trés- nuisible. Le feutrage, la dureté et la forme arrondie que présentent tous les corps étrangers introduits dans l'estomac et les in- - testins des animaux, annoncent dans ces organes une force et un mouvement de pression circulaire considérables, sans lesquels l'état physique de ces corps n'existeroit pas. Rien ne paroît plus propre à donner une idée de la force énergique et de l'espéce de mouvement de l'estomac et des pt 448 ANNALES DU MUSÉUM , intestins que la forme et le tissu des corps étrangers qui y sont recus. | L'on concoit assez bien comment à l'aide du mouvement et de la pression que l'estomac fait éprouver aux corps qui y sont introduits, ces derniers s'agglomérent et prennent une forme ronde, mais on ne comprend pas aussi bien l'origine et la formation des bezoards salins dont nous avons parlé plus haut : ceux-ci ne résultent point de corps étrangers introduits en cet état dans l'estomac , ils sont nécessairement l'effet d'une analyse ou sécrétion chimique opérée par les intestins; mais quelles sont les matiéres qui fournissent le sujet de ces sécrétions ? Sont-ce les sucs qui abreuvent les intestins, ou les alimens que prennent les animaux ? Cette dernière supposition paroit plus ble. car l'analyse ne découvre rien dans le fluide muqueux sécrété jet les intestins qui. soit propre à la formation de ces bezoards. .| On ne peutcependant. pas se dissimuler que certains fluides animaux ne contiennent des principes susceptibles de former des calculs ou concrétions, puisqu'on en trouve dans diffé- rens organes qui n'ont pu se développer que de cette manière, Mais si nous admettons que les alimens soient l'unique source d’où proviennent les bezoards , comment expliquerons-nous. l'absence de ces corps étrangers chez l'homme et les animaux carnivores, au moins je ne sache pas qu'on ait jamais rencon- tré dans ces derniers de véritables calculs salinoterreux ? Quel- quefois seulement des calculs semblables: à ceux de la vési- cule du fiel; se rencontrent dans les intestins de l'homme. * Attribüerons-nous cette différence à la différence des ali- D'HISTOIRE NATURELLE. ` 449 mens que prennent ces deux.classes d'animaux, ou à celle de l'organisation qui existe dans leurs appareils digestifs ? - L'une et l'autre différences peuvent contribuer à la diffé- rence des résultats annoncés et reconnus. En effet, parmi les substances dont se nourrissent l'homme, les pachidermes, les oiseaux, etc., il y en a beaucoup qui contiennent les élémens propres à la formation des bezoards, et cependant on n'en trouve presque jamais dans leurs in- testins , tandis que l'on en rencontre souvent dans les rumi- nans et les chevaux. : E D'aprés les analyses que nous avons faites des végétaux qui servent le plus ordinairement de nourriture aux animaux dont nous venons de parler, ce sont l'avoine, l'orge, la vesce et le foin lui-même qui contiennent le plus de matière propre à la formation des bezoards. Fs. . Mais comment ces substances insolubles par elles-mêmes, et qui sont répandues dans une masse aussi considérable d'alimens végétaux, peuvent- elles, pendant la digestion, se séparer de cette matière ét se réunir ensuite pour former des calculs dont le volume est quelquefois énorme ? | Pour concevoir cette opération naturelle, il faut d'abord - savoir que les matières végétales arrivées dans les premières voies de la digestion, y éprouvent une sorte de fermentation qui développe une quantité d'acide plus ou moins considé- rable, que cet-acide exerce une action dissolvante sur les sels térreux et les transporte dans les secondes voies de la di- gestion où une partie passe avec le suc nourricier, et où, par une suite de la premiére fermentation, il se forme un alcali qui précipite l'autre partie des matières terreuses. 450 ANNALES DU MUSÉUM i On sait, en effet, que les matières alimentaires après avoir pris un caractère acide dans l'estomac, prennent au contraire souvent un caractère alcalin dans les gros intestins, et que ce n'est que dans cette partie du canal que se trouvent les bezoards. : — La dissolution de la matière des calculs, antérieure à leur formation, nous paroit prouvée par la disposition cristalline, et les couches quelquefois transparentes qu offrent ces dépôts. Mais il faut admettre entre les molécules des matières qui composent les bezoards une attraction assez forte pour dé- terminer leur rapprochement et leur adhésion, à mesure que l'action dissolvante de l'acide dont nous avons parlé diminue. . Mais une fois qu'un noyau est formé, son action sur les parties encore dissoutes, va toujours en croissant comme sa masse, et si la nature ne parvient pas à se débarrasser de ce noyau dans les premiers temps de sa formation, son volume ira toujours en croissant, et pourra devenir énorme, comme on en voit beaucoup d'exemples. &- Cependant il faut avouer quil doit y avoir chez certains individus, indép des causes exposées plus haut, une prédisposition naturelle à la formation des bezoards, puisque . beaucoup sont heureusement exempts de cette maladie. Parmi ces prédispositions on pourroit compter linertie des intestins et le séjour trop prolongé des matières excré- mentitielles dans ces organes qui en est une suite nécessaire. On doit reconnoitre aussi pour la formation de ces calculs des causes accidentelles, étrangéres à la constitution du sys- tème digestif; ce sont des corps plus 'óu moins volumineux qui s'arrétent dans les anses et les replis du canal intestinal. D'HISTOIRE NATURELLE. 451 On voit en effet dans le centre de la plupart de ces calculs, tantôt des. graines, tantôt de petits morceaux de bois, des fragmens de racines, des pierres, des ardoises, etc. , qui cer- tainement en ont déterminé la formation. " J'ai vu un bezoard qui avoit pour base un éclat«de bois de plus de quatre pouces de long, et de plus d'un pouce de large, entiérement recouvert d'une résine verte fort analogue à celle de la bile. J'ai aussi observé que la dde des bezoards résineux arrondis , formés de couches, avoient pour noyau une coque végétale dont les botanistes à qui je l'ai montrée n'ont pu reconnoitre l'espèce, parce qu'apparemment elle venoit de climats trés-éloignés, Des sep à des bezoards dits orien- taux. D’après ce nous avons dit dans cette notice, il nous est permis d'établir deux classes de bezoards intestinaux : la premiére comprend tous ceux qui sont formés de corps étrangers avalés par lés animaux, ce sont les faux bezoards; les espèces que nous avons trouvées jusqu'ici dans cette classe sont composées 1°, de poils, ce sont les vrais ægagropiles; 20, par le bolet amadouvier; 3o. par du foin dont les brins sont feutrés et liés par le mucus intestinal : quelques-uns de ces bezoards se trouvent recouverts par l'une ou l’autre des ma- tières salines qui constituent les vrais bezoards. La deuxiéme classe de bezoards renferme cinq espéces, savoir : 19. le phosphate de chaux; 2°, le phosphate acidule de chaux; 3o. le phosphate de magnésie; 4°. le phosphate ammoniaco-magnésien qui est Li plus commun ; 50. enfin la matière résineuse. 452 ANNALES DU MUSÉUM Une conséquence assez intéressante pour la physique ani- male paroit naturellement découler de ce travail : c'est qu'il ne passe par les intestins des animaux herbivores, dans le systéme de la circulation, qu'une petite quantité de phos- phate de chaux et de magnésie, et quele peu de ces substances qui sont admises dans cet appareil, est employé à la répara- uon des os, et à la formation des poils et des ongles. .. Qu'au contraire il passe une grande quantité de ces phos- phates par les intestins de l'homme et des animaux carnivores dans les canaux de la circulation, puisque d'une part les reins des animaux herbivores ne sécrétent pas un atome de phosphate, et que les calculs qui se rencontrent dans leurs or- ganes urinaires ne sont JTE que du carbonate de chaux, et que de l'autre on n'a pas trouvé jusqu'ici de calculs de phosphates dans les intestins de l'homme, et qu'on en trouve au contraire trés-souvent dans sa vessie, mais jamais de car- bonate de chaux. i Les seuls calculs qui se forment dansles intestins de Phomme sont plus ou moins semblables à ceux de la vésicule du fiel: c'est-à-dire de nature graisseuse. Le seul calcul auquel soit sujette la vessie des animaux herbivores est le carbonate de chaux. Les calculs qui ont été trouvés dans la vessie de l'homme sont ceux d'acide urique, de phosphate de chaux, de phos- phate ammoniaco - i ee d oxalate z chaux et d’urate d'ammoniaque. * Les calculs de la vessie des animaux carnivores sont les mémes que ceux de la vessie de l'homme. D'HISTOIRE NATURELLE. 453 X EXTRAIT D'UN MÉMOIRE AYANT POUR TITRE: -MÉLANGES D'HISTOIRE NATURELLE, OU | Observations faites dans un Voyage au Levant. PAR M. LA BILLARDIÈRE. Lu à la I". Classe de l'Institut Impérial, le 24 février 1812. a Lx observations qui suivent sont pour la plupart relatives à l'histoire naturelle. Je les ai extraites de mon voyage au Levant fait en 1787 et 1788, et qu'un voyage bien plus pé- nible (celui qui avoit pour but principal la recherche de La Pérouse ) m'avoit empêché de publier. . J'avois déjà fait un long séjour au Liban et parcouru les montagnes voisines en attendant la fonte des neiges, pour me porter sur sa sommité la plus élevée, dont j'ai detenas la hauteur de 2900 mètres iioii au-dessus du ni- veau de la mer, lorsque dans l’une de ces excursions une nouvelle espèce de mante m'offrit un fait assez singulier. Je l'ai nommée mantis sordida. Elle est très-voisine du mantis oratoria Lin., mais elle en diffère principalement par son corcelet moitié moins long et couvert de tubercules assez 18. 58 454 ANNALES DU MUSÉUM rapprochés. Je trouvai deux de ces insectes accouplés tout prés du rheum ribes qui croit sur le revers du Tummel- Mezereb, à plus de 2000 mètres de hauteur perpendiculaire, d’où j'apercevois à la simple vue les ruines de Balbec. Un second mâle survient et veut être de la partie; aussitôt la femelle le prend avec une de ses pattes antérieures et com- mence par lui ronger la tête; le mâle continua toujours de faire tous ses efforts pour s'accoupler, quoiqu'en peu il eut la téte de moins. Ces insectes, timides en toute autre cir- . Constance, étoient pour lors dans un tel état d'érétisme que, mis tous les trois dans ma main, ils agissoient de méme que - s'ils eussent encore été par terre, la femelle continuant tou- jours à manger, et le mâle à vouloir s’accoupler jusqu'à ce quil eût perdu la tête et le corcelet. L'autre mâle s'étant détaché, celui-ci avoit été sur le point de réussir quoique si . fortement mutilé. La voracité de la femelle n'étoit point en- core assouvie, car elle ne laissa de ce pauvre mâle qu'une élythre et une patte qu'elle sembloit d'ailleurs avoir laissées tomber par maladresse. La perte de la téte ne prive pas quelques insectes de la fa- culté de s'accoupler, comme,on le voit à l'égard. de l'hip- pobosque du cheval dans les Amænitates acadernicæ , mais une telle voracité dans le moment de l'accouplement est bien remarquable. | . La corneille de montagne ( corpus pyrrhocorax, Lath. ) se trouve aussi au Mont-Liban. C'étoit un peu au-dessous du groupe des cédres qu'on en voyoit venir de loin pour-se précipiter vers la terre, comme le milan qui fond sur sa proie; mais elles disparoissoient aussitôt, et il me fallut approcher . D'HISTOIRE NATURELLE. |: "00 pour apercevoir l'onverture assez étroite creusée par la na- ture à la surface du sol, par laquelle elles se rendoient dans la grotte où elles font leurs nids. Malgré l'obscurité qui y régne chacune sait bien trouver ses petits, quoique d'ailleurs „quittant une atmosphère souvent éclairéépar la vive adu | du soleil. C'est à la fin de juillet. que la terre au Liban est assez échauffée pour occasionner les vents du large. Alors un vent assez fort qui vient de la mer se fait sentir vers midi, suc- cédant ainsi à un assez grand calme. ll amène communé- ment des nuages épais qui font presque sur-le-champ baisser le thermométre à mercure, division. de Réaumur, de 4 à 5 degrés. Alors on voit ces nuages filer en s'élevant dans les gorges des montagnes. Íl est à remarquer que d'abord assez bas ils se volatilisent par la chaleur de la montagne sur la- quelle le soleil a brillé une partie du jour, en sorte que trés- souvent ils en dépassent le$ plus hautes sommités, ou bien ils retournent sur eux-mémes dans les anfractuosités de ces monts, dont l'attraction pour les nuages est plus que contre- balancée par la chaleur du terrein calcaire. _ Je m'étois logé chez un religieux, à une grande hauteur sur la montagne et près des cèdres du Liban, qui croissent, comme je l’ai déterminé, à 1850 mètres perpendiculaires au- dessus du niveau de la mer; c'est de là que javois par fois vers le coucher du soleil le beau spectacle d’une mer de nuages qui alloit se confondre avec les eaux de la Méditer- ranée; au delà, lorsque l'ile de Chypre se trouvoit éclairée par les rayons du soleil couchant, je la distinguois beaucoup mieux à la simple vue, qu'avec une assez bonne lunette à Ë * 450. -o ANNALES DU MUSÉUM tout autre instant; j'étois cependant à plus de 25 myriamétres (cinquante lieues ) de ses plus hautes montagnes. Une belle variété du hanneton foulon (melolontha fullo} se trouve vers les deux tiers du Liban. Il est remarquable : qu'il ne falloit que 94 degrés du thermomètre de Réaumur à l'exposition du soleil pour faire périr ce gros insecte lorsqu'il en recevoit les rayons pendant ro minutes. Aussi ne paroît- il que le soir. Il en seroit de même, sans doute, à l'égard de plusieurs autres insectes qui ne se montrent qu'aprés le coucher du soleil. Celui-ci produit une sorte de cri en frottant l'ex- trémité de l'abdomen sur le bout des élythres. Je vis plu- / sieurs mâles se rendre au nds 3 une femelle en. partie cachée sous l'herbe dans un fossé. Les habitans du Liban emploient pour s'opposer à l'ébou- lement des terres qu'ils cultivent les mêmes moyens que les habitans des Cévennes, moyens déjà si bien décrits par M. Chaptal dans les Mémoires de la classe. Ce sont toujours des murs en pierre sèche. On y cultive la vigne qu'on ne soutient point par des échalas, afin qu’elle approche davantage de la terre dont la chaleur accélère la récolte de quatre à cinq semaines. J'avois un moyen de comparaison avec la méme espéce cultivée dans les jardins, qui soutenue à deux métres du sol donnoit son fruit un mois plus tard. Les habitans du Liban aiment de préférence l'eau froide, et ils sont à portée de se satisfaire, les plus hautes sommités étant rarement sans glace, surtout dans les gorges opposées au sud-ouest. Ces peuples mangent de la neige avec une sorte de délice; cependant on n'y voit point de goitreux. Ainsi D'HISTOIRE NATURELLE. 457 il paroit bien que l'eau bue trés-froide n'a MA une grande influence comme cause de cette maladie. Les bergers couchent ordinairement en plein air dans la belle saison, la figure découverte. Cette imprudence est sui- vie d'ophtalmies, cause très-fréquente de cécité. | Un jour je faisois des reproches de tant d'insouciance à un vieux berger, à qui il ne.restoit plus qu'un oil; il m'engagea à me reposer un instant et me fit dire par mon interprète qu'il désiroit m'offrir une jatte de lait bouilli. Il court vers son troupeau et arrive bientót avec une bonne provision de lait ' de chèvre. Mais notre pauvre pasteur n'ayant que des vases de bois parce qu'ils sont moins fragiles , je ne m'attendois pas qu'il se proposàt vraiment d'y faire bouillir du lait. Htrompa mon. attente en. faisant fortement chauffer des cailloux qu'il lava étant presque rouges pourles jeter dans le lait qui bouillit assez long-temps et me parut délicieux. J'ai vu depuis ce procédé employé par les bergers de l'ile de Corse; les mêmes besoins excitant à peu prés de la méme manière l'industrie de l'homme. ` Ce fut près le village de Berbar, l'un des plus élevés du Liban, que je me procurai le rat-taupe (mus typhlus , Syst. nat. , édit. de Gmel. ) ou l'espa/ax des Grecs, animal vrai- ment aveugle, puisque la peau, d'ailleurs assez épaisse, n'est point percée vis-à-vis del'ocil, comme l’a aussi trés-bien observé notre collégue, M. Olivier, dans son intéressant Mémoire la à la classe, et imprimé par extrait dans le 2°. vol. de son. Voyage dans l'empire Ottoman. Il a aussi distingué jusqu'au cristallin qui n'est sensible dans cet œil, d'un millimètre tout au plus de diamètre, que lorsqu'il a été raffermi en tenant 458 ANNALES DU MUSÉUM l'animal dans de l'esprit-de-vin. J'ajouterai que la pelotte de graisse d'environ 12 millimétres de diamétre oà se trouve déposé l'oeil est entourée d'une membrane aponévrotique. Cet cil dont M. Olivier a bien fait connoitre l'intérieur analogue à l'œil le plus parfait, ne doit pas être privé des muscles qu'on remarque dans les quadrupédes du méme genre; cependant mes recherches pour les distinguer furent infructueuses, leur défaut d'exeréice les faisant probablement disparoitre en se confondant avec la pelotte graisseuse dont je viens de parler. Je remarquerai encore que les deux dents incisives infé- rieures sont très-mobiles, de sorte qu'elles s'écartent forte- ment par le haut pour peu qu'on les presse par bas. Les racines broyées par la mastication et trouvées dans l'estomac étoient peu humectées. Les parois de cet estomac ont une forte épaisseur, mais celles du coecum sont assez minces. Je dois remarquer que le ccecum a la forme d'un autre estomac trés-aminci des deux extrémités et resserré dans sa longueur par des anneaux nécessaires, sans doute, à son mouvement péristaltique. Il étoit rempli d'alimens réduits en pâte comme pulpeuse. Les Arabes me dirent qu'ils nomment ahli ce petit quadrupède. Nous avions vu bien des fois en pleine mer, par un temps calme, la velelle des navigateurs (medusa velella) quitter le fond des eaux pour venir flotter à leur surface. On la prend quelquefois au moyen d'une petite bàche en si grande quan- ‘tité qu'on en peut régaler les équipages qui l'aiment beau- coup frite. Cette espéce n'est pas dangereuse comme le sont la plupart des autres méduses. | J’avois déjà fait quelques excursions dans l'ile de Chypre, { D'HISTOIRE NATURELLE, 459 lorsqu'ayant tiré sur une nouvelle espéce de vanneau armé, que j'ai nommé ¿ringa orientalis , je lui cassai une aile. Aussi- tót je lui comprimai la trachée-artére pour le faire périr, ne désirant point l'emporter en vie ; ce que je continuai pen- dant plus de quatre minutes; mais quelle fut ma surprise, l'oiseau sembloit à peine souffrir. Il me fallut lui comprimer fortement la poitrine pour arriver à mon but. Seroit-ce la communication de l'air atmosphérique avec le poumon par le moyen des sacs aériens et des os brisés qui entretenoit la vie de l'oiseau? Cela mérite bien de faire un sujet de recher- : ches pour les zoologistes, car la communication avec les os de Pair inspiré par l'oiseau, quoique bien démontrée, ne l'est pas également des os avec le poumon, au point d'entre- tenir la vie, la trachée-artère étant bouchée. D'ailleurs je ne présente cette conjecture qu'avec toute la réserve que mé- rite un pareil sujet, n'ayant point été à portée de répéter cette observation. Si on la renouvelle il seroit à propos que ce fut au moins sur un oiseau du méme genre. L'oseille cultivée à Chypre perd bien vite la faculté de produire l'acide oxalique, comme me l'assura M. Astier, alors consul de France dans l'ile. Il faut au plus deux années pour qu'elle devienne d'une saveur trés-douce. Aussi les habitans sont-ils dans la nécessité d'en renouveler la graine qu'ils tirent d'Europe. Ils ont le saZvzz pornifera qui croit spon- tanément et leur donne des tubercules délicieux confits au sucre. On sait qu'ils sont le résultat de la piqüre d'une espéce de cynips, sa larve vivant aux dépens des sucs dont elle cause l'affluence. C'est dans le jeune bourgeon que l'insecte a eu la précaution de déposer ses œufs. Aussi les turber- 460 ANNALES DU MUSÉUM cules se trouvent pour la plupart à l'extrémité des branches. - J'étois parti dans le mois de novembre de Lattaquie pour me rendre en Europe, époque qui n'est pas exempte de. dangers à cause de la violence des vents contraires. Aussi nous passämes un demi-mois à lutter contre des vents im- pétueux, variables du sud-ouest au nord-ouest, qui nous portèrent des côtes de la Morée à celles de Barbarie. Enfin un vent violent de sud-est nous permettoit de faire route; il avoit duré assez long-temps pour élever fortement la vague, lorqu'une tempête venant du nord-ouest s'announga par un ciel trés-obscur. Après un calme de quelques secondes, le vent de nord-ouest opposé directement à celui qui av oit soufflé avec force pendant plusieurs jours, se précipitant avec fureur fit rebrousser la vague au point de nous mettre dans le plus grand danger, les vagues trés-rapprochées et fort hautes ne donnant pas au vaisseau le temps de se relever. Ce fàcheux événement, qui heureusement dura peu, jeta la confusion parmi l'équipage. Je restai, selon mon usage, sur le pont pour être témoin de cet imposant spectacle ; et je dois ajouter que malgré une assez longue navigation dans d’autres mers, le même danger ne s'est point offert. Je terminerai par quelques observations sur des oiseaux de passage. Aprés avoir quitté l'ile de Candie où j'avois fait quelque séjour, nous éuons vers le milieu d'avril hors de vue des hautes montagnes de cette grande ile, lorsque plusieurs oiseaux venant du sud s'arrétérent sur nos vergues, d'autres sur le pont. Le becfigue, le loriot, la tourterelle, la bécas- sine, la caille et l'hirondelle devenoient souvent victimes de leur trop grande confiance. Un bien plus grand nombre, moins fatigués ou plus craintifs, dépassoient notre vaisseau, - D'HISTOIRE NATURELLE. : 461 MÉMOIRE Sur la formation de l'embryon du Tropæolum et sa germination. PAR M. AUGUSTE DE SAINT-HILAIRE. Th la vaste série des plantes dicotylédones, il en est quelques-unes dont les lobes séminaux, unis plus ou moins intimement, semblent n'en former qu'un seul. Trop habile pour se laisser tromper par de telles apparences, Gartner nommoit ces plantes pseudomonocotylédones » €t il indiqua les principales raisons qui doivent empécher de les confondre avec les véritables unilobées. De nos jours, un savant bota- niste a confirmé ( Xoy. Richard, Anal. du ruit, p. 90) les idées de Gærtner par des rapprochemens ingénieux appli- qués à plusieurs de ces fausses monocotylédones, et, entre autres, au genre 'Tropzeolum, peut-être le plus remarquable d'entre elles. Icil'observation vient encore à l'appui du raison- nement, et l'examen des développemens successifs de l'em- bryon du #ropæolum majus m'a fourni tout à la fois la preuve évidente de l'existence réelle de deux lobes dans cet embryon, et les moyens d'expliquer l'organisation singuliére qu'il présente, lorsqu'il est parvenu au dernier période de son accroissement. 18. 59 462 ANNALES DU MUSÉUM La fleur de la capucine contient trois ovaires couronnés par autant de styles soudés ensemble dans la plus grande partie de leur longueur, et dont l'extrémité seule est stigma- tique. Ces ovaires sont parfaitement distincts et appliqués par leur angle intérieur contre un petit axe central trés-pointu, qui est le prolongement du pédoncule. Chacun d'eux, à sa maturité, devient un fruit ridé, plus large à la base qu'au sommet, et qui, comme l'ovaire, présente trois faces dont les 1x latérales, planes et trés-étroites, se réunissent à angle droit, et dont l'extérieure bien plus élargie est trés- convexe, carénée, arrondie sur les bords et relevée de sept côtes très-marquées. Le péricarpe est uniloculaire, de consis- tance fongueuse et renferme une seule graine stiipehdize ( Rich.) à laquelle il adhére entiérement, mais cependant de maniére à pouvoir en étre aisément séparé. La graine est brune, ovoide-arrondie, un peu aplatie du cóté qui répond à l'axe de la fleur, et comprimée à sa base sur laquelle se voit un petit mamelon. Si l'on ouvre cette graine, on la trouve dépourvue de périsperme et formée presque totalement par une masse simple, homogène, charnue, compacte, ep- -tière dans presque toute son étendue, et dildo: à sa base seulement, en quatre dents épaisses et deles; qui le plus or- dinairement adhérent entre elles. Au milieu de ces quatre dents est resserré un petit corps lisse et conique, dont l'extrémité se dirige vers le point d'attache de la graine, et qui, au premier coup d'œil, se fait reconnoitre pour une radicule. Celle-ci est fixée à l'origine des quatre dents par deux points opposés, et, au-dessus d'eux, elle porte une gemmule oblon- gue , très- facile à distinguer, et renfermée étroitement dans D'HISTOIRE NATURELLE. 463 une petite cavité de la partie indivise de la masse charnue, qui, attachée au corps de l'embryon entre la plumule et la radicule, ne peut être considérée que comme un corps cotylédonaire. Tel est l'embryon du #ropæolum , qui déjà a été décrit succinctement par M. Richard : nous allons suivre à présent les progrès successifs de son développement. Si l'on ouvre un ovule peu de temps aprés la*chute des pétales, on aperçoit sous son enveloppe, au centre de la liqueur de l'amnios qui en remplit presque toute la capacité, un corpuscule arrondi suspendu à un filet dont l'extrémité va s'enfoncer dins le cordon ombilical. Lorsque lovule a pris un peu plus d’accroissement, le corpuscule qui n'est autre chose que l'embryon naissant, présente deux cotylé- dons parfaitement distincts, écartés l'un de l'autre et semi- orbiculaires, entre lesquels’ on découvre la plumule sous la forme d'un petit mamelon : au-dessous des cotylédons, on voit la radicule qui est verte, conique, assez épaisse, tuber- culeuse, entièrement à découvert, etse termine par un filet blanchâtre , transparent, vermiculaire qui se recourbe, par- court presque toute. l'étendue du cordon ombilical, et qui peut-étre a de l'analogie avec celui que l'on observe à la base de l'embryon du cycas. A l'époque dont nous venons de parler, on a donc déjà acquis la certitude de l'existence réelle de deux cotylédons dans le #ropæolum : examinons actuellement de quelle manière l'embryon imparfait que nous avons décrit tout-à-l'heure, passe à l'état si différent sous lequel il se présente dans la graine müre. Les cotylé- dons qui d'abord à la vérité s'é étendoient latéralement un peu au delà du point d attache; mais qui inférieurement ne 59* 464 ANNALES DU MUSÉUM dépassoient nullement ce même point, se prolongent peu à peu de droite et de gauche vers la radicule en forme d’oreil- lettes arrondies, et deviennent ainsi réniformes, de semi- orbiculaires qu'ils étoient auparavant. Les deux oreillettes de chaque cotylédon sont en premier lieu écartées l'une de l'autre, et laissent voir la radicule, mais insensiblement elles la recouvrent, en se rapprochant par leur accroissement la- téral, tandis qu'en méme temps elles s'allongent inférieure- ment. Alors les cotylédons cessent tout-à- fait d’être réni- formes pour prendre une figure à peu prés ovale; leurs oreil- lettes, augmentant d'épaisseur, se rapprochent de plus en plus de la radicule; elles l'emboitent un peu au delà du point où commence son filet terminal, et bientót elles ne sont plus distinguées entre elles que par quatre fentes peu sensibles. Deux de ces fentes répondent à l'intervalle qui originaire- ment existoit entre les deux oreillettes d'un méme cotylédon, et les deux autres représentent l'espace qui se trouvoit entre les cotylédons eux-mémes (1). Pendant que ces changemens s'opérent inférieurement, les cotylédons doivent nécessaire- ment aussi prendre de l'accroissement dans la partie supérieure à leur point d'attache et qui s'est manifestée la premiére. Aprés avoir été d'abord fort écartés l’un del'autre, ilsse rapprochent peu à peu, et s'appliquent “exactement l'un contre l'autre, (1) Dans les embryons de plusieurs genres, tels que le Quercus , le Castanea $ le Pagus, les cotylédons s'étendent inférieurement au delà de leur point d'at- tache, et recouvrent ainsi la radicule. L'analogie me fait penser que chacun de ees prolongemens cotylédonaires est dů originairement à deux oreillettes laté- rales qui , pendant la formation de la graine, se sont allongées, rapprochées l’une de l’autre, et qui ont fini par se souder et se confondre. D'HISTOIRE NATURELLE. 465 comme ceux de la plupart des autres dicotylédones. Mais ce n'est point encore là le dernier période de leur développement; une nouvelle croissance les force de se réunir; leur substance ` se confond, et ils finissent par ne plus former autour de la plumule qu’une seule masse où il est impossible de distin- guer les limites qui les séparoient originairement (1). Alors le tégument propre de la semence, qui pendant long- temps avoit été parfaitement distinct du péricarpe, lui devient: adhérent ; le cordon ombilical se dessèche; le filet xdiculaire qui le traversoit se flétrit également, et la graine müre n'at- tend plus que des circonstances favorables pour PP une plante nouvelle par la germination (5). T Il est à observer que, pendant la formation de la graine du tropæolum , sa direction dans le péricarpe éprouve un changement notable. Lorsque l'ovaire est encore renfermé dans la fleur, l'ovule est attaché au sommet du péricarpe; mais comme celui-ci prend plus d'accroissement du cóté ex- térieur un. peu au-dessous du sommet qu an sommet lui- mème, ce sommet primitif est bientôt dominé | par la portion d’abord inférieure qui s'élève au-dessus de lui; le point d’at- tache de la rie “devient latéral; le cordon ombilical est " (1) Gærtner a voulu peindre en peu de mots i RARE LEA successifs de l'embryon du tropæolum ; mais il est impossible d'en prendre une idée juste , en ne consultant que la description peu exacte qu’il en a faite, et que voici : Coty le- dones ante maturitatem quadripartitæ , ia ni dimidiato-ovatæ, crassæ : apice bidentatæ , tandem ita inter se co | amplius nequeant. (2) Si pour rendre les caractères du fruit dela capucine, on ouo employer la nomenclature aussi riggurensement exacte que précise du célèbre Richard, il faudroit. se servir des expressions suivantes; fruit akène; semence suspendue; embry on epispermique , orthotrope , RER. 5N # "i 466 ANNALES DU MUSÉUM forcé de se replier sur l'ovule qui alors se trouve suspendu au lieu d’être renversé (Rich.), comme il étoit d’abord; et ainsi le point d'attache pourroit paroitre avoir Change de place, à l'observateur peu attentif. Les phénomènes que présente la germination du tropæo- lum méritent peut-être encore plus d’être observés que ceux du développement de son embryon. Quand elle éommence | à s’opéter, la radicule se gonfle et force les quatre dents qui l'entourent à senti ouvrir, à s'écarter peu à peu et à laisser son extrémité à découvert. Si à Bientôt le corps ? radiculaire S’allongeant, paroit hors des quatre dents; alors smité se déchire | et la véritable radicule se montre sortant uns espéce de gaine ou de four- reau qui forme autour d'elle un bourrelet.dont les bords ir- régulièrement déchirés se flétrissent promptement.: L'union intime des lobes ne leur. permet pas. de s'entr'ouvrir peur laisser un passage | à la plumule ; mais la nature s est servie d'un autre moyen pour la tirer de la petite cavité où elle est renfermée. Les cotylédons, dans la semence, ne sont point absolument sessiles sur le corps de l'embryon, mais ils portent: sur un trés-court prolongement qui part de celui- ci, et qui à été très-bien comparé au pétiole des feuilles (1 (1 sÀ Par la germination ces espèces. de pétioles prennent un ac- sa} M. Richard a déja observé ( Anal. du fruit, p. g1) que de pareils pétioles se dév eloppoient par la germination dans là semence des'Amentacées à ovaire adhé- rent. Avant-méme que Ie Éerminätion commence, ces mêmes pétioles peuvent s'observer dans le quercus : ceux du Q. pedunculata ont das dans le frait n de 4 millim. de longueur. Las e e 1 + aD EE \ D'HISTOIRE NATURELLE. 467 croissement trés-sensible; ils repoussent la plantule et mettent ainsi un intervalle entre la masse cozylédonaire et Vorigine de la plumule. Celle-ci, pendant ce temps, n'a pu demeurer dans un état d'inertie; sa base s'est allongée , en formant déjà une petite tige dont lé milieu recourbé se redresse, et sort entre les pétioles des corps cotylédonaires, tandis que la gemme des premières feuilles reste encore renfermée dans la cavité qui d'abord contenoit la plumule toute entière. D'un autre côté, un peu au-dessus du bourrelet qui entoure la base de la radicule, se manifestent, vers la même époque, quatre gonflemens ou tubercules, indice des racines secon- daires. L'écorce de ces quatre tubercules s'entr'ouvre et laisse un passage aux jeunes racines, en formant un petit bourrelet aütour d'elles, exactement comme cela arrive pour Ja radicule principale, et, comme celle-ci, ces racines secon- daires sont glabres à leur extrémité et velues dans tout le reste de leur longueur (1). Si nous suivons les progrés de la végétation dans le reste de la plantule, nous verrons la gemme des premières feuilles, entraînée par un nouvel ac- croissement dans la jeune tige, sortir entièrement de la cavité cotylédonaire. Alors la tige se montre dans une position verticale avec son extrémité seule recourbée vers le sol; mais cette extrémité ne tarde pas à se redresser à son tour, et l'on voit se développer les deux premières feuilles qui sont opposées et accompagnées de deux petites stipules rougeátres, 3 EBERT. (1) Dans une graine qui commencoit à germer, j'ai coupé la radicule au-dessons des quatre tubercules latéraux. Ceux-ei se sont développés, la partie retranchée de la radicule a bientôt été remplacée, et la plante s'est développée Ahmed lors dinaire. 468 ANNALES DU MUSÉUM charnues, linéaires, obtuses, dont l'existence confirme l'ana- logie du genre 7’ropæolum avec les Géraniées. Les feuilles qui se succèdent ensuite sont alternes et dépourvues de stipules. De nouvelles racines poussent en tous sens; le corps cotylédonaire se sépare de la plante et celle-ci continue à végéter comme les autres dicotylédones. ` Si quelque chose a lieu de surprendre parmi les phéno- ménes que nous venons de décrire, c'est surtout la ressem- blance singuliére qui existe entre le développement de la radicule du #ropæolum et la manière dont s'opére le méme dixeloppement parmi les monocotylédones, dans la famille des Gr es. Comme dans le Zrz£icumz, par exemple, la radieule du tropæolum sort d’une espèce de fourreau; dans ces deux genres, quatre tubercules se manifestent au-dessus d'elle, et, de ces tubercules, il naît quatre racines secondaires de la méme manière qu'on a vu naître la radicule elle-même. La seule différence est que les quatre racines secondaires du £riticum sont placées sur deux rangs opposés, tandis que celles du #ropæolum sont verticillées; majs l'un et l'autre genre a les siennes, de méme que la racine principale, glabres à l'extrémité et velues dans tout le reste de leur longueur. A. ces traits de ressemblance, on pourroit encore ajouter que la coupe longitudinale de la radicule du tropæolum présente presque les mêmes lignes que l'extrémité radiculaire du zzz- ticum, et enfin que dans les deux genres, le fourreau de la radicule qui lui est adhérent avant la germination, cesse de ‘être dés que la graine commence à germer et peut être détaché jusqu'à l'origine de la radicule sans qu'on la blesse en aucune manière. Ces rapports extraordinaires n 'engageront AF: D'HISTOIRE NATURELLE. 469 certainement personne à rapprocher le genre #opæolum des graminées, et à changer sa place dans l ordre naturel : ainsi l'on voit que la radicule peut se développer de méme dans les familles les plus éloignées; et si la formation de l'embryon du čropæolum nous a prouvé que. sa graine en apparence . unilobée n'infirmoit point la división des plantes en mono- cotylédones et dicotylédones, d'un autre cóté l'étude de la germination du méme genre nous fait voir que, si l'on admet la division des végétaux phanérogames en endorhizes et exorhites , la capucine formera parmi « ces derniéres une ex- ception trés-remarquable. , Qu'il me soit permis de revenir sur une particularité que présente le fruit (fig. 3) du #ropæolum , et dont je n'ai point encore parlé pour ne pas interrompre la description des dé- veloppemens de l'embryon. Avant la maturité de ce fruit, on observe dans l'intérieur du péricarpe un filet vermicu- - laire, blanc, transparent, très-visible à l'oeil nu. et. qui, at- taché à la base du péricarpe vers l'endroit qui répond i à sa cóte nioyenne, suit exactement le contour de l'ovule j jusque vers l'origine du cordon ombilical dans lequel il va s'enfon- cer : dans tout cet espace il est libre, mais à demi-caché dans un sillon qui se trouve sur le dos de l'ovule. Si l'on fait at- tention que ce filet aboutit dans le cordon ombilical préci- sément au point où commence celui qui termine la radicule, que l'un et l'autre ont le méme diamètre, la méme couleur, la méme transparence, il sera difficile de ne pas admettre que le filet de la radicule est une prolongation de celui que je viens de décrire. J'ai déjà dit que celui-ci commençoit à se montrer vers la base du péricarpe à à l'endroit qu répond 18. i 470 ANNALES DU MUSÉUM à sa côte moyenne extérieure. Ne pourroit-on pas voir en lui le conducteur de l'aura seminalis qui, aprés avoir suivi dans la substance du péricarpe, la ligne droite qui répond au style, paroitroit ensuite à l'extérieur, et iroit féconder ovule, en.remontant le long de sa paroi extérieure et en de traversant ensuite le cordon ombilical pour se rattacher à la radicule? Si l'on observe encore que, lors méme que ce filet s'est desséché , on ne sauroit le détacher de l'enveloppe de la radicule, sans la déchirer, et qu'ainsi il fait corps avec cette enveloppe, n'est-on pas fondé à regarder celle-cis comme une prolongation. du filet, et en quelque sorte comme une £xpanslon, du Gondu TEAT y; , dans le cas où il seroit bien re- que le filet w est: entre close que le conducteur Jui- mêm ne EXPLICATION DES FIGURES QG) Fié, 1. a. Ovaire àvant l'entière. maturité. b. Axe central des trois ovaires n ayant - aucune communication directe ayec les styles... Fic. 2. Les trois hisis soudés enserhble: a; Extrémité seule stigmatique. lc. 3. Péricarpe coupé longitudinalenient avant la maturité pour laisser voir la graine qu'il renferme. a. Are b..Graine suspendue. e. Cordon om- bilical. d. Filet vermiculaire qui s'étend intérieurement depuis la base du ` péricarpe jusqu’à: l'origine. du córdon ombilical dans lequel il va s’enfoncer. Tic. 4. Coupe de l'ovaire peu de temps apres la chüte des pétales. a. Péricarpe. b. Ovule suspendu. c. Cordon ombilical. d. Embryon nageant dans l'amnios +. B süspenduà, un filet vermiculaire qui va se cacher dansle cordon ombilical. Tio. 5. Embryon commençant à grossir. a. Cotylédons semi-orbiculaires. b. Ra- * dicule ‘tubérculeuse. e F ilet terminal. Fic. 6; ; 7 8. 49 hii à diflérens ages. L'on peut suivre l'accroissement sue- 0) Les ia sont x M. Daas de Salveët a bide suivre mes obs tint } E k i ; + D'HISTOIRE NATURELLE. 471 cessif des oreillettes cotylédonaires qui commencent à se montrer dans la fig. 6. Fic. g. Coupe longitudinale de l'embryon dans la graine mûre. a. Corps cotylé- donaire. b. Plumule. c. Radicule. d. Rudiment des pétioles cotylédonaires. Fic. 10. Coupe transversale de la base de la graine. On voit la séparation des quatre dents charnues et la radicule au milieu. -" Fic. 11. Graine commencant à germer. Les quatre dents — áÀ la radicule s'allonge et son extrémité se déchire. Fic. 12. Germination plus avancée. — | ; Fic. 13. Germination encore plus avancée : la jeune tige commence à sortir d'en- ire les pétioles cotylédonaires. a. Cerps cotylédonaire. b. Radicule. c. Enve- loppe de la radicule formant un bourrelet autour d'elle. d. Pétiole cotylé- donaire. e. La jeune tige. Fic. 14. La jeune tige est entièrement sortie d'entre lé pétioles cotylédonaires, mais son extrémité est encore recourbée vers le sol: la radicule s'est allon- gée; elle est globrei à; leis et velue i à l'or Ec les quatau ssbercale * HE ^4D editt y Ki $5. Ta) jeune tige s’est Ape a les dod oiimi feailles c commencent à se développer; quatre racines secondaires sont sorties des quatre tubercules latéraux. Fic: 16. Premières feuilles opposées et munies de stipules. Fic. 17. Coupe longitudinale de la partie inférieure de l'amande, dili de - lédonaire. b.: Plumule. c. Radicule. | Fic. 18. Coupe longitudinale de Te embryon du Triticum. * * 472 ANNALES DU MUSÉUM DIXIÈME MÉMOIRE Sur les caractères généraux des fanulles tirés des graines, et confirmés ou rectifiés par les observations de Gertner. RENONCULACÉES — MALPIGHIACÉE s s . PAR M. A. L. DE JUSSIEU. pot eer UOMUHE TN en HU Eee D ANS ies Mémiires génie nous avons parcouru toutes les familles des plantes dicotylédones, soit apétales, soit monopétales, et commencé l'examen des polypétales, en rapportant les observations de Gærtner et de son fils pro- pres à chacune, et joignant à cette énumération celle des genres nouveaux qui se lient à ces. diverses. séries. Nous nous proposons aujourd'hui de continuer ce travail et de parler des familles polypétales à étamines insérées sous l'ovaire. La classe qui les renferme étant trés- nombreuse, nous se- rons forcés de n'en présenter d'abord qu'une première partie. RrzwowcuLAcÉrs. Cette première famille reconnue comme trés-naturelle, a été pour nous l'objet d'un mémoire publié en 1773, dans le recueil de l'Académie des Sciences. Il y étoit dés-lors fait mention d'un corps corné occupant lintérieur de la graine danstoutes ces plantes, et creusé vers son ombilic dune petite fossette dans laquelle est niché un trés- peut Li D'HISTOIRE NATURELLE. 473 embryon. Ce corps que nous avons nommé périsperme et qui est albumen de Gæriner, a été vu par lui dans les genres clematis, atragene , thalictrum, anemone, adonis, ra- nunculus , myosurus , trollius , helleborus , isopyrum y ni- gella , garidella, aquilegia, delphinium, aconttum, caltha , pæonia, cimicifuga , actæa : ce qui prouve que nous avions eu raison dès 1773 de le regarder comme un des caractères principaux communs à toutes les Renonculacées dont il fau- dra éloigner tous les genres qui en seront dépourvus. Les additions de genres nouveaux dans cette famille ne sont pas nombreuses. Ori y trouve seulement l'anamenia de V entenat, ou knoustonia de Salisbury, voisin de l'edonzs , composé de plusieurs espèces réunies dans l'adozus capensis: Lin. , .et le jeffersonia de Michaux qui prend place aprés le podopAyl-.. lum. D'autres genres faits par divers d rentrent dans quelques-uns des anciens. 7 Papavenactes. C'est à Gærtner que nous devons dans cette, famille la connoissance d'un périsperme charnu occupant tout l'intérieur de la graine vers l'ombilic de laquelle est un très- petit embryon à radicule plus longue que les cotylédons, renfermé dans une petite cavité. Il l'a observé dans les genres argemone, papaver, glauctum , chelidonium, bocconia , hypecoum , onc c'est-à-dire dans tous ceux antérieu- rement rapportés à cette famille et de plus dans le capnordes et le cysticapnos rétablis avec raison par lui et adoptés pa d'autres sous les noms de corydalis et de capnocystts , placés auprès du fumaria. Crucarères. Gærtner refuse, comme nous, à cette famille, P +$ T : | ANNALES DU MUSÉUM l'existence d'un périsperme; il ajoute que la radicule de l'em- bryon est repliée sur ses lobes et dirigée vers l'ombilic de la graine. Les genres raphanus, sinapis , brassica , turris, hesperis, cheiranthus , erysimum, cardamine , ricotta, lunaria, clypeola , peltarta , alyssum , draba, cochlearia, iberis, thlaspt, lepidium , anastatica , vella , myagrum, bunias , isatis , lui ont présenté complétement ce caractère. H a remarqué de`plas dans le raphanus, le sinapis , le crambe , que dans lembryon lun des lobes embrassoit l'autre. Nous lui devons encore le pugiontum, genre nou- veau voisin du crambe, et le rétablissement de quelques genres de Tournefort, tels que le camelina séparé du mya- grum et reporté près de lalyssum, Yerucago et le cakile détachés du unies dont ils ne s'éloignent pas, le coronopus retranché au cochlearia et qui paroit devoir être enrichi par l'addiuon du sezrnebiera Cand. A ces genres on ajoutera le rapistrum de Tournefort, également enlevé au 72yagrum et placé près de lui, et le trentepoAlia de Roth qui ne s'é- loigne pas de l'A^eZopua. Caprampées. Un embryon sans périsperme à radicule re- pliée sur les lobes offre. dans cette famille le caractére déjà indiqué dans la précédente, et établit entre elles un point d'affinité. Parmi les vraies Capparidées, Gartner n'a eu oc- gin de l'observer que dans le zzorzsozza et le cleome; mais il admet dans ce dernier un périsperme qui paroit n'étre qu'une membrane intérieure épaissie, quoiqu'il décrive en outre trois autres tégumens de la graine. M. Dupetit-Thouars trouve le méme-embryon, mais sans périsperme ou mem- ? D'HISTOIRE NATURELLE. 475 brane épaissie, dans son oZAzys qui doit venir auprés du cratera. On ne peut que le supposer par analogie dans les autres, soit anciens, soit nouveaux. Nous citerons parmi ces derniers le szephanum de Wildenow qui précédera le cap- paris, et les podoria de Persoon et Zzlachzum de Loureiro ( Voy. Ann. Mus. Hist. nat., vol. 12, p. 70), qui devront le suivre. À la suite de cette famille sont placés quelques genres qui, sans lui appartenir entiérement, ont avec elle quelque affinité, surtout par l'attache des graines aux parois du fruit. Tels sont le reseda dont l'embryon simplement courbe est encore recouvert d'une membrane légèrement épaissie, le parnassia dans lequel il est presque droit sans aucun épaississement de membrane, le drosera dont les graines très-menues sont remplies par un périsperme charnu renfermant, dans une très-petite cavité creusée prés de l'ombilic, un embryon globuleux encore plus petit. D’après ces observations de Gærtner, le reseda et le parnassia s'éloignent moins des Capparidées que le drosera qui devra certainement être re- porté ailleurs, mais dont la véritable place est difficile à as- signer. Nous avons été plus heureux lorsque nous avons pu reporter aux Guttifères (Annales, vol. 14, p. 405) le margrapta et le norantea que nous avions auparavant trouvés et laissés à la suite. des Capparidées. | Une première distribution des familles en 1554, dans ‘école du Jardin des Plantes, présentoit encore dans nne section détachée des. Capparidées le viole, le passzZor« et le kiggellaria, qui ont pareillement les graines attachées aux parois du fruit uniloculaire, et qui pour cette raison 476 ANNALES DU MUSÉUM conservent un point d'affinité avec cette famille ainsi qu'avec les genres précédens; mais à l'époque de la publication du genera , ew 1789, nous avons été déterminés à les éloigner parce qu'ils ont tous trois un embryon assez grand à lobes planes et élargis, renfermé dans un périsperme charnu, et nous les avions répartis dans trois familles distinctes. Un nouvel examen a fait détacher le 2zo/a des Cistes et le pas- siflora des Cucurbitacées pour en former la base de deux familles nouvelles qui seront relatées à leur place dans la série actuelle. Quant au kiggellaria, il ne peut rester dans les Euphorbiacées à raison de son fruit unicoculaire qui le vica PEE Los Sarnoacées. Nos observations anciennes sur un cardo- spermum , un paulénia , un serjania et un sapzndus avoient paru suffisantes pour assigner à cette famille un embryon sans périsperme à radicule courbée sur les lobes repliés eux- mêmes Fun sur lautre. Gærtner a vu le méme caractère dans ces quatre genres et dans le cupania , à quelques modi- fications prés dans la courbure des parties, et il a ajouté que la radicule est toujours dirigée vers le fond de la loge; mais il a trouvé dans un melicocca, un ornitrophe et un euphoria une radicule droite et inférieure, avec des lobes également droits, cependant un peu courbés vers leur base dans le zelicocca. On devra donc rectifier le caractère général de la famille et reconnoitre que la radicule et l'embryon sont courbés dans quelques genres et droits dans d'autres, que de plus la radicule est toujours dirigée inférieurement. | - On rapportera ici le serjania , genre détaché du paullinia * D'HISTOIRE NATURELLE. 477 par Schumacher, l'akeesia de Tussac qui diffère peu de ce dernier, le koelreuteria de Laxmann, voisin du sapindus, l'Aypelate de Swartz prés de l'eupAorra , le stadmannia de Lamarck avant le melicocca dont le scAleichera.de Wilde- now n'est probablement qu'une espèce. Le #kownia de Poiteau et le cupania, auparavant placé plus loin, doivent précéder le 204a qui est presque congénére de ce dernier et avec lequel-sé$ confond le gwioa de Cavanilles. Il. faut encore ramener à la suite de ces genres le dodonæa, aupara- vant rejeté à la fin des Térébintacées, et le faire suivre par leystathes de Loureiro et l'amirola de Persoon ou //a- gunoa de la Flore du Pérou. Le fruit del’alectrion de Gærtner annonce qu'il ne peut s'éloigner de ces genres, et lorsqu'on aura vu sa fleur on le confondra peut-être avec l'un d'eux. - Tl est encore reconnu maintenant que le pekea d'Aublet, nommé rhizobolus par Gærtner, et qui est le caryocar de Linnæus, a dans la graine une conformation qui l'éloigne des Sapindacées. Gartner, et aprés lui MM. Richard et Correa, ont observé que cette graine consiste dans une trés-grosse radicule, occupant presque tout son intérieur, qui se prolonge infé- rieurement en un pivot mince redressé, appliqué contre elle ‘et terminé par deux très-petits cotylédons semblables à des. écailles entre lesquels on n’aperçoit pas de plumule. Gette structure de la radicule que M. Richard dit être commune au lecythis et au bertholletia de M. Bonpland, l'éloigne de tous les ordres connus et fait désirer un nouvel examen de tous ses caractères pour mieux fixer sa place dans l'ordre naturel. Acernées. Nous avons observé, avec Gærtner, que les 18. 61 478 ANNALES DU MUSÉUM deux genresde cette famille, æsculus et acer, ont un embryon sans périsperme, à radicule entièrement repliée sur les lobes. Il a dit de plus que la radicule de l'æsculus très-longue s'en- fonce dans une poche formée par les tégumens intérieurs de la graine5 de sorte qu'elle ne touche pas les lobes, quoique repliée sur eux. M. Richard ajoute encore que cette radicule entière à sa pointe, est divisée à sa base par une fente pres- que imperceptible en deux parties contifies à chacun des lobes qui, ainsi retrécis à leur origine, paroissent comme portés sur des pétioles. Il remarque aussi que dans les deux genres, chaque loge du jeune fruit contient deux ovules qui rarement parviennent tous à maturité. Les caractères énon- cés, joints à celui des feuilles opposées, distinguent l'eesculus des Sapindacées avec lesquels il a une affinité fondée sur le repli de la radicule, l'absence d'un périsperme, la situation et le nombre défini des étamines. Gærtner a encore observé que les lobes de l'embryon sont diversement et irréguliére- ment contournés dans trois espèces d'acer, et nous Pavons aussi remarqué dans deux autres, de sorte que cette irrégu- larité peut étre regardée comme un signe propre à ce genre qui, rapproché de l'æsculus par le repli de la radicule, la pré- sence primitive de deux ovules dans chaque loge, l'unité de style, les étamines distinetes en nombre ordinairement dé- fini et les feuilles opposées, en différe par la structure de son fruit composé de deux et plus rarement de trois capsules ailées et uniloculaires. C’est-par ce dernier caractère qu'il se rapproche du anisteria, premier genre de la famille sui- vante, qui a trois capsules ailées de méme forme, mais dont les filets d'étamines sont réunis par le bas et les capsules ou | D'HISTOIRE NATURELLE. 479 divisions de l'ovaire munies chacune d'un style propre. Ainsi l'acer diffère des Malpighiacées, comme l'æsculus des Sapin- dacées, et ces deux genres, qui ont entre eux des points de contact assez nombreux , servent ainsi de transition de l'une à l'autre famille. Ils doivent donc rester intermédiaires entre les deux, soit qu'ils deviennent le type de deux familles dis- tinctes par le fruit, soit qu'on les laisse réunis dans la méme, comme nousavons fait , pour éviter l'établissement de familles composées d'un seul genre. MarricniacÉes. On retrouve ici, comme dans l'ordre pré- cédent, des fruits composés de trois capsules uniloculaires ( dans le banisteria ), et d'autres conformés en baie simple à trois loges ou trois noyaux ( dans le zza/prg/ua ). Quelques genres ou espèces n'ont qu'un style, mais la pluspart en ont trois. "Tous n'ont qu'un ovule et une graine dans chaque loge ou noyau ou capsule, et ont les filets d'étamines tou- jours réunis à leur base et au nombre de dix, dont cinq sont souvent plus longs. Nous avions ajouté à ces caractéres celui de l'absence d'un périsperme et dela direction droite de la radicule non repliée sur les lobes, observée par nous, soit dans deux banisteria dans lesquels elle étoit dirigée inférieu- rement et accompagnée de lobes droits, soit dans le malpi- ghia et le triopteris jamaiensis qui tous deux avoient cette iiei dirigée supérieurement et les lobes repliés seule- ment à leur base sur eux-mêmes. Nous nous étions crus dès- lors fondés à admettre la radicule droite sur les lobes comme caractèrè de-la famille. Gærtner retrouve à la vérité la même radicule droite et inférieure avec les lobes droits dans le 61* 480 ANNALES DU MUSÉUM banisteria laurifolia ; mais il décrit une radicule repliée sur les lobes et dirigée supérieurement dans le #r1opteris bifurca de l'herbier de M. Banks et dans son Aypzage qui appartient à cet ordre. Il assigne la méme structure et la méme direction à l'Azrea de Jacquin qu'il nomme friopteris hiræa; cepen- dant sa figure montre plutót une radicule droite sur les lobes qui sont pliés dans leur milieu. La différence dans la cour- bure de la radicule sur les lobes ou du repli des lobes sur eux-mémes, peut s'expliquer facilement parce qu'elle paroit dépendre seulement du repli des lobes dans leur partie in- férieure, ou moyenne, ou plus supérieure. ll n'en est pas de méme de la différence de direction de la radicule, infé- rieure dans le banisteriæ, supérieure dans le zriopteris et le malpighia. Ce caractère mérite un nouvel examen, et il faut vérifier si la graine du &azzsteria dans son premier dé- veloppement n'avoit pas une direction supérieure qu'elle aura perdue en augmentant de volume, surtout dans seslobes dont l'accroissement trop considérable aura peut-être gêné celui de la radicule et son redressement. Cette direction su- périeure paroît, en effet$da plus naturelle dans cette série, ainsi que le repli des lobes qui n'est cependant pas constant. La section des fruits en baie ne présente ici que le genre malpighia ; dontal ne paroit pas que l'on puisse détacher, avec Cavanilles, sous le nom de galphimia, les espèces à calice non deski On pourroit cependant le diviser avec M. Richard en trois genres après des caractères plus i im- portans. Les espèces à pédoncules axillaires chargés d’une ou plusieurs fleurs en ombelle, à trois styles distincts, è früit rempli de trois noyaux monospermes conserveroient le D'HISTOIRE NATURELLE. 481 nom de nalpighia. D'autres, telles que les M. spicata, Jucida , crassifolia , verbascifola , etc., à fleurs disposées en épis làches et terminaux, à trois styles, à fruit contenant un seul noyau à trois loges monospermes, formeroient, un se- cond genre que M. Richard nomme byrsonima, parce que ces espèces sont employées dans leur pays natal pour tanner les cuirs. Un troisième genre réuniroit les M. odorata, ni- tida de Jacquin, armeniaca , glandulosa , etc. , dont les fleurs sont en épis làches ou grappes axillaires, les styles réunis en un seul, le fruit rempli seulement de deux noyaux aplatis d'un cóté, convexes de l’autre, semblables à des grains de café : ce qui pourroitle faire nommer bunchosia , du mot bunchos un des anciens noms arabes du café. Il faut cepen- dant observer que quelques-uns de ces caractéres ne sont pas constamment uniformes : on trouve quelquefois avec des fleurs en grappes des fruits à trois noyaux; les styles, collés ensemble pour en former un seul, sont quelquefois détachés -dans une grande partie de leur longueur. Ces circonstances pourroient mettre obstacle à la division du genre. - Dans la section des fruits tricapsulaires on doit ajouter au banisteria et au triopteris , 19. le tetrapteris de Cavanilles qui, à raison des quatre ailes de ses capsules, ne peut faire partie du triopteris, ainsi nommé parce quil a trois ailes, deux supérieures et une inférieure; 29. le Ayp£age de Gærtner, ou gærtnera de Schreber , distinct du précédent par la dis- position différente de ses quatre ailes ou appendices et par la réunion des trois styles; en un seul; 30. le Arca e Jac- quin que nous avions confondu, comme Gærtner, avec le triopteris , mais qui doit en être distingué parce que les ; 482 ANNALES DU MUSÉUM capsules „munies d'une créte saillante sur le dos, ont à chaque côté une grande aile demi-orbiculaire , et que de plus le calice est dépourvu de glandes extérieures. M. Wildenow , en réta- blissant ce genre, lui a réuni avec raison le: flabellaria de Cavayilles qui ne diffère que par l'avortement de deux des capsules, et par la réunion inférieure des deux ailes de la cap- sule qui subsiste. 4». Quoique la description du aymum de M. Dupetit-Thouars ne fasse pas mention de la réunion inférieure des dix filets d'étamines, cependant on peut la supposer par analogie. Il diffère de l'Ayp£age par un plus grand nombre d'ailes ou appendices sur chaque capsule; mais il s'en rap- proche par son style unique, caractère qui établit l'affünité de l'un et de l'autre avec l'acer. 5o. C'est entre ces genres et Tacer que nous avions placé avec doute le thryallis de Lin- neus que nous connoissons seulement par les descriptions : il a, en effet, avec eux un rapport fondé sur l'unité de style et le fruit tricapsulaire. M. Richard croit qu'il en a plus avec l’iræa. V'inspection de la fleur et du fruit de ce genre sur l'individu vivant, ou au moins dans les herbiers, est néces- saire pour delider la question : mais il est au moins sür que le {ryallis ne peut s'éloigner de cette série. l Nous pensons encore que l’ertfhroxylum doit rester à la suite des Malpighiacées dont il présente tous les caractères dans sa fleur, sans omettre les tróisstyles. On retrouve même aux aisselles de ses feuilles la petite écaille remarquable dans plusieurs zua/pighia. Moisil en diffère par ses feuilles alternes, naissant cependant aux deux cótés opposés de la tige, et parce que son früit, petit et conformé en broü sec, contient un seul noyau monosperme. La présence de trois styles peut à D'HISTOIRE NATURELLE. 483. faire supposer l'existence primitive de trois loges ou trois graines, dont deux seroient avortées; la forme triangulaire . du fruit de quelques espèces le confirmeroit; et une note manuscrite tirée de l'herbier d'Amérique de M. Richard peut lever tout doute à ce sujet : il a vu dans le fruit trés-jeune de l'erzthroxylum macrophyllum trois loges et trois ovules dont deux ont disparu dans le fruit mür. Nous ajouterons d’après lui que, ici comme dans le »22/pzgAza , la radicule de l'embryon n'est point repliée, mais droite et montante; que de plus, les lobes sont aussi droits, et que la membrane in- térieure de cet embryon est un peu épaissie. D'aprés ces ob- servations il paroît évident que l'erztAroxylum est bien placé auprès du malpighia, quoiqu'il ait les feuilles alternes. Le genre Zppocratea , placé primitivement à la suite des Acerinées et avant les Malpighiacées, différe des premiéres par ses filets d'étamines réunis à moitié en un tube charnu élevé sous forme de disque autour de l'ovaire qu'il recouvre pres- que entiérement sans lui adhérer. Il se distingue des secondes parce que cette réunion à lieu. jusqu'à la hauteur du sommet de l'ovaire, et que de plus ses anthéres insérées sur ce tube sont seulement au nombre de trois. Comme l'acer il n'a qu'un style, mais triangulaire, et dés-lors peüt-étre composé de trois unis ensemble. Son fruit est l'assemblage de trois capsules distinctes uniloculaires ovales, aplaties comme la gousse de l'Acematoxy lum , S'ouvrant de méme dans leur milieu en deux valves naviculaires et contenant quelques graines. Celles-ci élevées jusqu'au sommet de la loge par un cordon ombilical ferme inséré à sa base, se prolongent in- férieurement en une aile membraneuse qui adhère dans sa * 434 ANNALES DU MUSÉUM longueur à ce cordon. L'embryon est droit, dMépowiifa de périsperme et à radicule droite-et descendante, ayant ainsi . sà direction vers le point d'insertion de la graine. Ce genre, véritablement voisin des familles citées, peut devenir le type d'une famille nouvelle que l'on peut enrichir dés à présent de deux ou trois autres genres. Le premier qui se présente est le tontelea d Aublet; ou tonsella de Schréber, déjà rapproché par MM. Richard et Lamarck , semblable par le calice, la corolle, l'unité de style. et la réunion des trois filets d'étamines, mais différent par le fruit qui est une baie simple presque sphérique. Les au- teurs qui l'ont décrite, la disent à une seule loge remplie de plusieurs graines, mais on peut croire qu'avant sa maturité elle avoit trois loges, puisque le calypso de M. Dupeut- Thouars, qui est presque congénére et organisé de méme, a, suivant l'auteur, un ovaire à trois loges dont les cloisons disparoissent dans la maturité. ll attribue aussi aux graines .un périsperme dont l'existence peut être contestée parce e l'observation a été faite sur des fruits non mürs, ou qui n'est qu'une membrane épaissie. L'admission de ce périsperme le détermine à ranger ce genre prés des Rhamnées qui ont de plus un disque staminifère dans lequel l'ováàire est plus ou moins enfoncé. On trouve à la vérité quelques rapports exté- rieurs entre l'Agppocratea et ses analogues d'une part, et le myginda et l'eleodendrum Yenres Rhamnés de l'autre; les feuilles sont également opposées, et les fleurs en corymbes. axillaires; mais dans les Rhamnées, les filets d'étamines sont implantés sur un disque ét nom un prolongement . de ce disque comme l'observe M. Richard ; elles sont aussi en T." Pio * D'HISTOIRE NATURELLE. 485 nombre égal à celui des pétales, pendant que les genres décrits plus haut n'ont que trois étamines avec cinq pétales. Ils ne peuvent donc, à cause des différences énoncées, étre rangés dans les Rhamnées ni être éloignés des Malpighiacées.. Nous pensons aussi que le calypso doit rester dans cette dernière série. fl ne diffère en effet du Zozzelea que par ses filets d'étamines moins réunis suivant l'auteur, et parce que ses fléurs au lieu d’être en corymbe trés-apparent, ayant un pédoncule commun trés-court, paroissent plutót comme dis- posées en faisceaux axillaires. Comparé dans nos herbiers avec l’hippocratea madagascariensis de M. Lamarck dont ‘on ne conngjssoit pas le fruit et qui a été cueilli dans le méme pays, le calypso n'offre aucune différence. De plus la méme plante est presque identique avec le salacia cochinchinen- sis de Loureiro, dont M. Bang nous a communiqué ancien- nement la feuille et la fleur, en nous marquant qu'il étoit le méme que le salaciæ chinensis, d'après la comparaison faite dans l'herbier de Linnæus. Le résultat de ces diverses vérifications est simple : le sa/acia doit être rapproché de Ja série actuelle; son caractère d'étamines épigynes donné par Linnzus n'est pas exact; ses étamines au nombre de trois (une faute d'impression en met cinq dans le genera) sont portées sur un disque qui cache l'ovaire; la nature de son fruit le place auprès du ZozZe/ea;; ses feuilles, étant opposées dans la plante de Loureiro, doivent l'être aussi dans celle de Linné qui les indique cependant comme alternes ; enfin le calypso est congénère du salacia et peut-être la même plante; et conséquemment , d’après les descriptions de Lou- reiro et de M. Dupetit - Thouars, le fruit du salacia, que 18, 62 496 ANNALES DU MUSÉUM l'on ne connoissoit pas, est une baie contenant plusieurs graines. Une partie de ces faits et de ces conséquences a déjà été énoncée par M. Dupetit-Thouars. Nous ajouterons qu'il faut aussi probablement rapporter à ce genre l'Azppocratea senegalensis de M. Lamarck, semblable dans son port, son feuillage et la disposition de ses fleurs. H existe encore dans la Flore du Pérou de MM. Ruiz et Pavon le genre anthodon que les auteurs eux - mémés rap- prochent de l'Azppocra£ea et du tontelea. L’inspection du fruit qu'ils n’ont pas vu, décideroit auquel de ces deux genres il peut se rapporter. Il faut encore savoir si ses étamines sont réunies inférieurement pour former le disque, qu si suivant l'énoncé du caractère elles sont seulement insérées autour du disque. Dans ce dernier cas le genre resteroit distinct et signalé de plus: par les pétal@iliés. Dans le premier il sera peut-être difficile de le séparer de l’un des deux genres près desquels il paroit se placer naturellement. Ainsi l'Azppocratea , le tontelea, Vanthodon et le salacia uni au calypso, peuvent former ensemble une famille nou- velle sous le nom de Z;ppocraticec , à laquelle on assigneroit le caractére général suivant. Calice monophylle à cinq divisions. Cinq jetait hypo- gynes. Trois étamines à filets distincts par le haut, élargis par le bas et réunis jusqu'au sommet de l'ovaire en un tube épaissi en forme de disque hypogyne. Ovaire enfoncé dans ce disque , surmonté d'un seul style terminé par un ou trois stig- mates. Fruit, tantôt composé de trois capsules uniloculaires, tantót conformé en baie simple à trois loges. Un petit nombre -de graines dans chaque loge ou capsule, dont quelques-unes = D'HISTOIRE NATURELLE. |» 487 avortent quelquefois. Tige en arbrisseau. Feuilles opposées. Fleurs axillaires, en corymbe ou en fascicule, | On attend des observations nouvelles pour déterminer le point d'attache des graines et leur structure intérieure dans les fruits en baie. Le disque prolongé en trois filets d'étamines est ici le caractére principal qui distingue cette famille, soit des Acerinées, soit des Malpighiacées. Quelque différence quil y ait ente les fruits tricapsulaires et ceux en baie, _il est impossible de séparer les genres ainsi distingués, qui d'ailleurs se ressemblent entièrement. Ils ont entre eux la méme aflinité qui existe entre les divers genres de Malpi- ghiacées à la suite desquels se place cet ordre, et l'on en peut conclure plus facilement celle de l'æsculus avec lacer qui au premier coup-d'œil paroit moins fondée. . Dans un mémoire suivant on s'occupera des autres familles de la même classe. ; 62 * TABLE DES MÉMOIRES ET NOTICES. Contenus dans ce dix-huitième Volume. M.HaUvy. ^" Sur les Cymophanes des États-Unis. | 57—69 Observations sur la simplicité des lois auxquelles est sou- — . mise la structure des Cristaux. Fe log aio MM. FOURCROY ET VAUQUELIN. Analyse d'une espèce de Madrépore péché à la sonde à 35 ” brasses de profondeur aux environs du Cap Leuwin, et rapporté par M. Péron. 354—356 M VAUQUELIN. | Analyse comparée des urines de divers animaux. 82—87 Analyse des Coquilles d'œufs. : 164—168 Analyse de la matière cérébrale de l'homme et de quel- ques animaux. | 212—239 Analyse du Chyle de cheval. 240—250 Expériences sur les différentes parties du Marronier d Inde, commencées le 7 mars 1308. 357—391 Questions sur la formation des Bezoards intestinaux. 447—452 - "CPABLE DES MÉMOIRES ET NOTICES, 489 e M. DE JUSSIEU. Mémoire sur les Lobeliacées et les Stylidiées , nouvelles | familles des plantes. | | 1—19 Biibaa Mémoire sur les. roi généraux des fa- milles tirés des graines, et confirmés ou rectifiés par les ieu de’ Gertner. RENONCULACÉES — | - Marpremacéss Ur. 472—487 | .M..CU VIER. e | dani Jait à à l'Institut, sur un Mémoire de: M. Ja- » cobson, intitulé : DescrIPTION ANATOMIQUE D'UN ORGANE | OBSERVÉ DANS LES MAMMIFÈRES. 412—424 M.ÆFRÉDERIC CUVIER. Rech erch ES SUT les caractéres ostéologiques qui ‘distinguent | les princtpales races du Chien: — 333—353 M. AUGUSTE DE SAINT-HILAIRE. Mémoire sur la formation de l'embryon du Tropæolum et sa germination. 461—471 M. DE. CANDOLLE. Monographie des Biscutelles ou Lunetiéres. 292—301 : M. CHEVREUL. Expériences Mii nee sur A Cartilage du SQUALU5 PE- REGRINUS. | 136—153 Sur la liqueur contenue dans les cavités intervertébrales du SQUALUS PEREGRINUS. 1541 55 490 TABLE DES MÉMOIRES ET. NOTICES. Analyse du Mispikel. . 156—163 Examen chimique des feuilles de Pastel et du principe extractif qu'elles contiennent. |^ 951—291 Sur un Phénomène que présentent la Barite et la Stron- | diane , lorsqu'elles se combinent rapidement au gaz muriatique. -` 407—408 Note sur la production de U Oxyde brun de plomb dans une circonstance qui n'a point été observée. 109—411 M. CORREA DE SERRA. Note sur la valeur. du Périsperme considéré comme ca- + ractère d'affinité des RUE en EUST I M HENRY DE BLAINVILLE. Mémoire sur le Squale Pélerin. 88—135 «M. JULES. DE TRISTAN. =. -Mémotre sur les affinités du genre Réséda. 392—403 M. LA BILLARDIÈRE. Extrait d'un mémoire ayant pour titre : Mélanges d'his- toire naturelle, ou ecquis faites dans un Voyage au Levant. E 453—460 M. LAURENT PIERRE DE JUSSIEU. < Sur des Grenats de Finlande. 322—332 M. LÉON DUFOUR. Mémoire anatomique sur une nouvelle espèce du genre Brachine. 6 70—81 TABLE DES MÉMOIRES ET NOTICES. 49 ."M. LESCHENAULT. . Notice sur un Lac d'acide sulfurique qui se trouve au Jond d'un volcan du Mont-Idienne, situé dans la province de Bagnia- Vangni, côte orientale de Vile de Java. ; 425—446 M. PRUNELLE. Recherches sur les Phénomènes et sur les causes du Som- meil hivernal de quelques Mammifères. Premier Mémoire. 20—56 á Second Mémoire. — : 302—321 M SX AIC IH ER do Copia cm * Notice sur le développement de la Salpinie. | 404—406 INDICATION DES PLANCHES DU XVIIIe. VOLUME. not Planche I. Lobeliacées. Page 16 II. Lobeliacées et Stylidiées. 18 LL. Séylidium laricifolium. 19 IV. Cristallisation des Cymophanes. 57 V. Brachinus displosor. .. 8o VI. Squale pélerin. (000333 VI bis. Cristallograplue. 172 VIL. Biscutella hispida. B. auriculata. 204 o VIU. B. cichorufolia. — | á | 295 IX. B. megalocarpa. -—— 7 296 X. D DTM EP m ibid. XI B. suffruticosa. : ibid. XII. B. chilensis. | 297 XII. B. lucida. : si 300 XIV. B. coronopifolia. ibid. XV. B. ambigua. B. eriocarpa. | ibid. XVI. B. saxatilis. 301 XVII. Grenats de Finlande. | = ie: 439 XVIL. T'étes de chiens. 333 XIX. Tétes et pieds de chiens. ibid. XX. Têtes de chiens. ibid. XXI. Réséda et Salyinie. — - DRE T T XXIL Carte d'un canton de Japa. 425 XXIII. Vue de la Solfatare de Jaya. 446 XXIV. Germination du Tropæolum majus. 470 4 TABLE ALPHABÉTIQUE DES ARTICLES* Contenus dans ce dix-huitième Volume. A. A iria DE PLOMB. Observations sur l'action et l'emploi de ce réac- tif dans l'analyse végétale, 278 et ` suiv. Acérinées. Caractères tirés des graines lans cette famille qui se compose à Pacer et de l’æsculus 477. Acide sulfurique. Dirt eru lac | d'acide sulfurique qui se trouve au fond d'un volcan dans l'ile de . Java, > g Æsculus. Observations sur les graines de cegenre,478. Analyse chimique de toutes les parties de l'arbre. . Voy. Marronier d'Inde. Analyse chimique des urines de liters animaux , 82; — du cartilage d'un squale, 136; — d'une liqueur con- tenue dans les cavités; interverté- | brales du méme squale, 154; — du Mispikel, 156; — des coquilles d'eeuf, 164; — de la matière céré- i prale, 212; — du chyle de cheval, © ^94o; — des feuilles de pastel, 251; — des différentes parties du mar- ronier d'Iade, 357; — d’une li- queur acide tirée d'an lac dans Pile de Java, - 444. Analyse végétale. Pourquoi elle est plus 18. ü -difficile et plus incertaine que l'analyse minérale, 252. Anatomie. Conduits palatins : ce que les anatomistes en ont dit, 412 et suiv. Anatomie comparée. Description d’un organe nouvellement observé dans les mammifères, 412 et suiv. Cet organe consiste en un sac de sub- . stance glanduleuse enveloppé dans un étui cartilagineux et couché sur le plancher de la narine de chaque côté, 417. Il existe dans tous les quadrupèdes, mais ne se ` trouve ni dans l'homme ni dans les cétacés, 421. Cet organe, qui est plus développé dans les herbivores que dans les autres quadrupedes, leur sert peut-étre à distinguer la nature des alimens, 423. Il paroît du moins, par sa structure et sa position, être destiné à une fonc- | tion intéressante, EL ood dé Bc Barite. Lorsque ce pe combine rapidement avec le gaz muriatique il se dégage beaucoup de lumiere et de chaleur: Il en est de méme — de la strontiane. Note sur ce phé- "^nomene, ` 407. 63 494 Bezoards. Questions sur la formation des Bezoards intestinaux, 447 et suiv. On peut les diviser en deux classes, 451. Composition des diffé- rens caleuls, 452. Biscutelles ou Lunetiéres. Monographie de ce genre de plantes , accompa- guée de figures, et présentant la description de vingt-six espèces, . dont quinze n’étoient pas encore connues, 292 et suiv. Blaireaux. Restent plusieurs jours sans manger, mais ne s'engourdissent point dans nos climats, 25. Voy. Sommeil hivernal. Bournon (M. de). Observations sur le Traité del'arragonite et de lachaux carbonatée que ce savant a publié, 169 et suiv. Voy. Cristallograp hie. Brachine tirailleur ( Brachinus displo- sor). Mémoire sur cette nouvelle espèce d'insecte, 70 et suiv. Sa des- cription entomologique, 71. Com- ment cet insecte lance avec bruit ‘une liqueur caustique par l'anus, pour se défendre contre ses enne- mis, 72. Description anatomique de cet insecte, +74 et suiy. gre (Robert). Du Prodromus flora - nove Hollandiæ que ce savant vient de publier, Calculs. Yoy. Bezoards. a Calypso. Observations sur ce genre et son identité avec le-Salacia. Il doit entrer dans la nouvelle famille des Hippocraticées , 485. TABLE ALPHABÉTIQUE (7. 4r C Ex PR cw 4 o dans cette famille de plantes. Genres qui la composent. Addi- tions et réformes qu’on doit y faire. Genres qui doivent être placés à la suite, à cause de leur aflinité avec les Capparidées, 475. Capucine. NV oy. Tropaolum. Castor. Analyse de ses urines, 85 et s. Voy. Urines. Cerveau. Analyse chimique dela ma- tiere cérébrale de l'homme et de quelques animaux, 212 et suiv. Histoire des travaux entrepris sur ibid. Traitement cette matière , rp prouve que les sels contenus daus cet orgaue sont des phosphates de chaux , de eigene et i potasse, 216ets. E du cer lubled Palaan démontre qu'il y a du phosphore combiné avec celte matière, 219 et suiv. Examen de la partie du cerveau qui est insoluble dans l'alcool, 229. Résumé des expé- riences sur la composition de la matière cérébrale, 231. Examen de la matière cérébrale abandon- née à la putréfaction, 232. Ana- lyse de la moelle allongée et de celle de l'épine, 235. Analyse des nerfs , 256. Utilité de l'acide mu- riatique pour l'examen des nerfs, 237. Réflexions sur l'état où se trouvent les principes du cerveau 237 et suiv. i dans leur réunion, + i DES ARTICLES. Chauve-souris. Obserrations et expé- riences sur la léthargie de ces . animaux, 28 et suiv. Voy. Sommeil hivernal. Chaux carbonatée. Examen des formes cristallines de plusieurs variétés de ce minéral, 169 et suiv. Voy. Cristallograp hie. Cheval. Analyse du chyle de ce qua- drupède, 240 et suiv. Voy» Chyle. Chien. Mémoire sur les caractères os- . téologiques qui distinguent les principales races du chien- do- ^. mestique, et comparaison de ces caractères avec ceux que présen- tent les autres espèces du méme genre, 333 et suiv. Des autres mo- _difications qu'on observe. dans ces | animaux quant aux organes des . sens, 345. A-ceux de la k génération, ; z 347. Au pelage, 347 "et suiv. Par quel moyen on rend héréditaires les différences accidentelles, 349. Malgré les difié, que présen- ient les diverses races de chien, elles ont toutes la méme origine, et proviennent ainsi que le loup 1:41 d’une même espèce modifiée par . les "m Réflexions à ce sujet 349 et suiv. Chyle. ir: chimique du chyle de cheval, 240 et suiv. Remarques - des anatomistes et des physiolo- gistes sur les caracteres. physiques du chyle, 251. Examen chimique du ch yle retiré du canal thorachi- que, et de celui qui se trouve dans les branches sous-lombaires , , Md 499 et suiv. Le chyle diffère entière- ment de la bile, du sue gastrique et du lait, - 949. . Coquilles d'œufs ( Analyse chimique des), 164 et suiv. Analyse de la membrane interne de Pœuf, 1 Ilay a point d'acide ea - les coquilles d œuf et. il faudroit faire de nouvelles recherches phy- siologiques pour en découvrir la raison, 168. * Coquilles d'huitres comparées oi quement aux coquilles d'œuf, 168. — Sont moins bonnes que la pierre pour faire dela chaux, ^ ?bid. Corindon.. Comparaison des formes cristallines de ce minéral avec . celles delacy mophane, qui prouve istinctes, s'en tenant à l'observation des ca- ractères extérieurs on a mal à pro- pos partagé le corindon en plu- sienrs espèces, se ` Corneille des montagnes. Observatio sur les habitudes de ces oiseaux f : 454. Cr PSE À P EEE. sur la s simplicité des lois auxquelles est dé E- soumise la structure des cristaux , ; sur le 169 et suiv. Observatio Traité de la ci .carbonutée et de l'arragonite q ue idle Bour- non vient de or id. Divers . exemples de l'application de la théorie,” ibid. ne que la méthode :d'anályse te sur les autres méthodes pour l'étude m * E . de la minéralogie , 199 et suiv. Réponse à une objection proposée | contre la théorie de M. Haüy, 322 et suiv. Description de deux cris- taux de grenats de Finlande, dans lesquels la superposition et le dé- eroissement des lames est visible à l'œil nu , 325 et suiv. D’une pro- — priété du rhomboide obtus que M. Haüy, avoit d'abord crue parti- e culière à celui de la chaux carbo- natée, et qu'il a reconnue depuis * être applicable à toutes les formes de ce genre, 328. De quelques- autres price qu'on avoit crues - j iculières, et qui se trouvent généralistes pa de nouvelles ob- servations, 331. Formes cristal- lines du Corindon et de la Cymo- phane. Voy. ces mots. Cristaux. Voy. Cristallographie. Cruciféres. Quels genres composent cette famille. Leurs graines sont dépourvues de périsperme, 473. Cymophane des États- Unis. Mémoire sur le gisement , les caractères extérieurs, et les formes cristal- lines de ce minéral, 57 et suiv. Comparaison de la RTS et du Corindon sous le rapport des formes cristallines, de laquelle il résulte qu'ils constituent deux es- pèces um n . 63 et suiv. Ae S B. T Sd T. | rA de Dampiera. Observations sur ce genre, 6. Description des organes de la fructification im Boios ovali- des ee è TABLE ALPHABÉTIQUE folia et stricta, 18. Place de ce genre dans l'ordre naturel. Voy. Lobeliacées. Digestion. Quelques heures suffisent pour convertir en substances ani- * males les végétaux. dont les ani- maux se sont nourris, 247. Domesticité. Modifications que l'état de domesticité fait éprouver au squelette , et aux organes des ani- maux. Voy. Chien. Drosera. Difficultés pour classer ce genre, 475. E. Espèces. Des modifications qu'éprou- vent les espèces dans les animaux, sais Ne dans lesquelles ces mo- ,et du s de les rendre hérédiiésres ; 347 et suiv. Voy. Cien. Extractif. Aucun caractère particulier ne distingue l'extractif comme principe immédiat des végétaux. La substance qu'on nomme ainsi est souvent une combinaison de plusieurs principes , 254. F'amilles des plantes. Etablissement de deux nouvelles familles. Voy. Zo- beliacées et Stylidiées. Forstera, Voy. Phyllachne. 25.08 i G. Goodenia. Observations sur ce genre, # Li 4 e süiv- fepe et figure des ' organes de la fructification du : G. ovata; 16. Voy. Lobeliacées. Graminées. Rapport singulier entre leur germination et celle du 7ro- ; 468. . Grenats de Finlande. Description de deux ces cristaux qui présen- tent à l'eil nu le décroissement des lames superposées, et réflexions 322 et suiv. pæolum, à ce sujet , r H. Hanneton foulon. 24 degrés de chaleur le font périr, : 456. E Sriciices de ce Hérisson. Observations et sur le sommeil hiv mammifère, 25 et suiv. pt Som- | eil a Hippocratea. Observations sur les « ractères de ce genre, principale- ment sur ceux tirés des graines: il doit étre le type d'une nouvelle famille, 483. Hippocraticées. Famille aferet qui doit être composée des genres Hip- pocrated, Tontelea, Anthodon, et Calypso. Caractère de cette famille, 486. E Java, Description d'une province de ' cette ile, et d'un volcan qui s'y trouve; au fond de ce volcan est un lac d’acide sulfurique, qui donne naissance à une rivière acide dont les eaux font périr la végétation, ; 425. DES. ARTICLES. 497 sn. Lac d'acide sulfurique au fond d’un volcan dañs l'ile de Java. Sa des- cription, 425 et suiy. Lérots. Observations et expériences sur l'engourdissement de ces ani- maux, 22 et suiv. Voy. Sommeil | $ hivernal. Léthargie des mammifères. V oy. Som- meil hivernal. Lion. Analyse de ses urines, de celles du tigre royal, 83. Elles contien- nent de l'ammoniaque et point d'acide urique, Lobelia. Observations sur ce genre, I et suiv. Description et figure desor- ibid. ganes de la fructification du Z. amæna, 16. Voy. Lobeliacées. / Lobeliacées. Les Lobelia et les genres | qui en sont voisins doivent être sé- parés des Campanulacées pour former une nouvelle famille sous le nom de Lobeliacées. Caractères de cette famille et description de la fructification des genres Zobe- lia, Goodenia , Velleia, Scaevola et Dampiera, | EAS suiv. Lunetiéres. Voy. Biscutelles. M. Malpighiacées. Observations sur les Caractères que présentent les fruits dans cette famille, Mt les ré- formes et additions qu'on doit y we d'apres ces caractères, 479. . Le genre Malpighia p i roit être divisé en trois, 480. servations sur les genres Erithro- p E * np “ 498 TABLE-ALPHABÉTIQUE xylum, Hippocratea, Tontelea, Calypso, Salacia et Anthodon, ` 482 et suiv. Mante. Ardeur d’un insecte de ce genre qui continuoit de s'accoupler quoiqu'on lui eut coupé la tête. ” Noracité de la femelle, 433. —J Marmottes. Observations sur les habi- tudes de ces animaux, et expé- - riences sur leur léthargie, et sur les phénoménes qui produisent et qui accompagnent cet état, 33 et suiv, Voy. Sommeil hivernal. Marronier d'Inde. Expériences chi- -miques sur les différentes parties de cet arbre, 357. Sur les bour- geons, 359. Sur les écailles des bourgeons, 364. Examen dela ré- sine ou matière verte des feuilles, 374; — des feuilles développées, 375 ; — des fleurs non épanouies, 378; — des fleurs épanouies, 379; — des étamines, 381 ; — des ieunes fruits au moment de la chute de la fleur, 350; — de l'enveloppe . charnue des marrons ou du brou, 385; — des cloisons du fruit, 387; — des enveloppes intérieures par- ticulières à chaque fruit , 389. Ré- sumé des expériences, 390. Obser- vations sur les caractères bota- niques du marronier et sur sa Vr nt l'ordre naturel, :-— 478. Mispikel. Considérations sur la nature, de ce minéral, 156. Analyse du E Mispikel E wa 157. Du Mis- pikel cristallisé , 159. Il résulte ES od cW] de ces analyses que le Mispikel est une combinaison d'arsenic et de sulfure de fer au minimum, assu- jétie à des proportions fixes, et que ce minéral est une espèce pour là minéralogié comme pour " Jachimie, 3 162. Moelle allongée et moelle épinière. Analyse de cette substance, 235 et gii Y. Voy. Cerveau. N. lerfs. Analyse chimique de la subs- - tance des nerfs, 236. Voy. Cerveau. E 0 : Osmazome. Cette matière est du nom- -brede celles qu'on trouve dans l'analyse de la matière cérébrale, 228. Oiseaux de passage dans le Levant,460. Ours. Ne s'engourdissent point pen- dant l'hiver, 25. A quoi est due lopinion contraire, ibid. Voy. Sommeil hivernal. — Oxyde de plomb. Voy. Plomb. P. Papaveracées. Il y a dans leurs graines un périsperme charnu, 473. Pastel. Examen chimique des feuilles de ce végétal et du principe ex- 4ractif qu'elles contiennent, 251 et suiv. Réflexions sur les dificul- tés et l’incertitude de l'analyse vé- gétale : comparaison de celle - ci à = l'analyse des minéraux, 252. On - a pris souvent pour un principe immédiat ce qui étoit lé résultat Ec + Ke wi” o TA. » 7 DES ARTICLES. . 499 d'unecombinaison ,ainsi le Tannin stances qui sont le résultat d'une et l'extractif ne doivent point étre "^. combinaison, 5$. compris au nombre des principes — Pseudo-monocotylédones. V. oa: des végétaux, 253. Analyse des lum. feuilles de Pastel , de leur fécule, : DT. de leur suc, etc. 256 et suiv. : e Pekea. Observations sur les graines de — Zat-taupe (mus typhlus). Observations cet arbre et sur ses affinités , 477. sur ce quadrupède qui est vrai- I! doit être écarté des ppedsese, ment aveugle, 457. ^ ibib. Renards. Formeñt une famille diffé- : Périsperme. Considérations sur r cet or- rente des loups et très-bien carac- gane, sur sa présence et son ab- térisée, 351. Voy. Chien. sence, sur les anomalies qu'il ^ Zenonculacées. Observations sur les "présente, sur sa nature, sa forma- caractères que les graines four- tion , sa destruction, et sur sa va- nissent dans cette famille, dont il leur pour déterminer V'affinité faudra écarter les genres dénués des plantes, selon les familles dans de périsperme, 472. lesquelles on le considère, 206 et s. Réséda. Mémoire sur ce genre et ses Phosphore. Sa présence dans la matière affinités, 392. Description de la cérébrale des mammifères comme fructification du R. sesamoides, dans la laite des poissons, 222. Voy. Cerveau. qui s'éloigne de celle de ses con- géneres , 393. Rapports du Réséda avec les Cistes et les Violeites, 397. Avec les Capparidées , 398 et 475. Avec les Passiflorées, — 399. Rivière acide , qui prend sa source dans Phyllachne. Observations sur ce genre qui-ne diffère peut-être pas du Forstera, 12 et suiv. Description de la fructification du P. wligi- nosa, 18. Place de ce genre dans : l'ordre naturel. Voy. Séylidiées. un lac d'acide sulfurique situé au fond d'un xolcan dans lile de 2 : Java, 4925 et suiv. Plomb. Note sur la décomposition de l'oxyde jaunede plomb en plomb s. métallique et en oxyde brun,opé- Su/vinie. Note sur la germination et le rée en vertu de l'affinité du plomb développement de cette plante, pour le platine, et de celle de "s áo. l’ox yde jaune pour un excès d'oxi- Supindacées.Caractèrestirésd gene, 409. Eom famille. Bvit a anciens Principes immédiats des végétaux. On ` quila composént ; genres nouveaux prend souvent pour tels des sub- qui doivent y être réunis, 476. 000 Sommeil hivernal des mammifères. Re- cherches sur les phénomènes et la cause de ce sommeil, 50 et suiv. ; 302 et suiv. De l'engourdissement des insectes et des poissons, et des * différences qu'il présente dans les diverses espèces, 21 et suiv. Quels mammiferes sont sujets au som- meil hivernal dans nos climats, 22. Il ne paroit pas que l'ours ni le blaireau soient de ce nombre, 25. — Observations et ex périences sur lengourdissement des héris- sons, 25 et suiv.; — des chauve- souris, 28 et suiv. ; < S$2etsuiy.; — des marmottes, 33 et suiv. Une température trop basse ou trop élevée s'opposent à l'engourdissement et le font ces- ser, 43 et suiv. Effets de l'électri- cité et d'autres stimnlans sur les marmottes endormies, 47 et suiv. Influence de cet état sur la respi- ration et la circulation, 49. Con- séquences qui résultent des expé- riences de l'auteur, 802 et suiv. Observations anatomiques sur la différence d'organisation qu'il y a entre les mammiferes sujets à la léthargie et ceux qui ne le sont pas, et entre les mêmes animaux disséqués dans l'été, et dans le temps de leur léthargie, 306 et s. = Scævola. Observations sur ce genre, 5, Description des organes de la fructification du S. lobelia; 17. Voy. Lobeliacées. — . Squale pélerin. Description et anato- — des lérots, ` TABLE ALPHABÉTIQUE mie de cet énorme poisson , 88 et suiv. Observations sur les circons- tances dans lesquelles il paroit, sur ses habitudes, et sur les carac- teres qui le distinguent des autres squales, 131. Expériences chimi- ques sur le cartilage de ce poisson , 136 et suiv. Analyse du charbon de ce cartilage et recherches sur la cause des propriétés phospho- riques de ce charbon, 152 et suiv. Observations sur la nature du car- tilage, 153. Analyse de la liqueur contenue dans les cavités intesti- nales de ce poisson, 154 et suiv. Stylidiées, ` Famille de plantes séparée es Campanulacées et des Lobe- Tacées : guent, 7 et suiv. Description de la caractères qui la distin- fructification de plusieurs especes de Stylidium, et du Phyllachne, ibid. Stylidiurn. Observations sur ce genre, . + : 7 et suiv, Description et figure des S. armeria et laricifolium , 19. Voy. Stylidiées. _Strontiane. Voy. Barite. té Tannin. La propriété de précipiter la gélatine appartient à des combi- naisons et ne peut servir à carac- tériser un principe immédiat des végétaux, : 258, et 286, Tigre royal. Analyse de ses urines et . de celles du lion, 83. A Lion, Urines. Tropæolum. Mémoire sur la formation ; DES ARTICLES: de l'embryon et sur la germination du Zropæolum majus , 461 et suiv. La graine de cette plante, quoi- qu'en apparence unilobée, est vrai- : mentà deux lobes, comme on le voit avant sa maturité, ibid, Germina- tion et développemens de cette plante dont les cotylédons restent dans la terre, 466 et suiv. Singu- lière ressemblance entre le déve- loppement de la radicule dans le Tropæolum et dans les Graminées. Exception que ce genre présente dans la division des végétaux en Endorhizes et Exorhizes, 468; V. Panneau quon ne püt faire périr en comprimant la irachée - artère , 5 : 459. M . . * r Variétés des modifications qu'éprou- DOI vent les espèces des animaux, et - des circonstances qui rendent ces modifications héréditaires , 547. Voy. Chien. E F'elleia. Observations sur ce genre de plantes, 5. Description des or- ganes de la fructification du 7. spathulata, 17. Voy. Lobeliacées. Voican. Description d'un volcan situé dans l'ile de Java, et dans le fond duquel est un lac d'acide sulfu- _ rique, 425. Voy. Java. Voyage. Fragment d'un voyage à Java. Voy. Java. U. Urines. Analyse comparée des urines du Tigre royal, du Lion et du Castor , 82 et suiv. On reconnoit par Purine de castor l'espece de végétal dont il s’est nourri, 86. e + RES " WENGER T TUNER e rnan cerita zem MU rero ares i T A * Mayo en mo PARI Zonme.zó. PA: | P STYLIDIUM t Larico hum , Zapi ió. lom .16 BRACHINUS dsplosor i POS E LR À PR ps S 1 H y 04 LI i i Q, EAN tiri EA N OA Sr »9 ^ «2 | rs Re e Q T ire LS LC TU ` 2 BISCUTELLA hispida i BISCUTELLA celari folie: tab. 1. zm = TT > ! T : BISCUTELLA megaiearpa. Tab I. , à EF * * $ +. j : BISCUTELLA perutana- Tab IF. i eI OS c 2 - O no MOUSE, neo Ee NAS | BISCUTELLA ufa fe pem X N N N ` 3 AVS) ND $ Y ++ QC 98) (es 2 BIS = CUTELLA ambigu | "e ; Za&.JX. * BISCUTELLA saxats Tab.. Zom. ; 16. Pag. 322. MEE PS afe rte ine ani e inis iu Hig.2 ab Chien de le NE Holande. f. c d A Matn. Fag. ő of Caen de Berger. Fig. 4g À CA. Barbet. á ums TETES ET PIEDS DE CHIENS Fig. s. 53 à Hg. Ÿ. aö Pogue ab forte race’. Jig.9 Preds a gate doigts. Fig. 10 Pedr æ cing doigts . n en apo ^c eod etm mi PHILIPPE es pret tes) z Y TO CPG A TETES DE CHIENS. Fiz. b ab Loup. Fig. 7 © d Loup du Cana. Fig. 8 e f Chacal. Canu epe? Rues Sacguer À Y * ES N°I SALVINIA . * a in S d auo "OR o 1 A E AE 3 : NY i i "MM ` E à À d la hs i VUE INTERIEURE DU VOLCAN. & Zeschenault de (a bur dl. i j J : A. uet 0770 i 25 GERMINATION DU. TROPEOLUM MAJUS , € RS E de. ^